INSTRUCTION II
Du baotéine. — Son essenri»
Après ces explications générales, je passe maintenant à ce qui regarde chaque sacrement en particulier , et je commence par le baptême , qui est le premier de tous , le plus nécessaire et la porte , comme disent les saints Pères , de tous les autres , jartua sacramentorum : c'est, en effet, la porte des autres sacrements, puisqu'on n'en peut recevoir aucun si on est devenu chrétien par le baptême.
Il est vrai que, pour nous, nous l'avons tous reçu, et que nous ne pouvons le recevoir une seconde fois ; mais nous ne devons pas pour cela laisser d'en parler. En effet t l'ayant reçu dans un âge où nous étions incapables d'en connaître ni la dignité, ni l'excellence , ni les admirables effets qu'il produit en nous, ni les obligations rigoureuses qu'il nous impose, il est nécessaire d'y revenir de temps en temps, pour faire sur ce sujet de sérieuses réflexions et puiser dans ces pensées, des motifs de nous montrer reconnaissants envers Dieu pour un si grand l)ienfait,et en même temps fidèles à la grâce que nous avons reçue, et qui formera un jour le sujet le plus terrible de notre jugement.
Bien plus, il peut arriver que le salut de quelque enfant en dan-
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ger de mort, dépende de nous; il est donc nécessaire que tous , hommes et femmes , connaissent la manière de baptiser , et les parties essentielles de ce sacrement.
Que signifie ce mot baptême? Pris oans un sens général, il signifie toute espèce d'ablution ; mais l'Eglise l'emploie pour signifier l'action sacramentelle par laquelle on lave la personne que Ton fait chrétienne, en même temps qu'on prononce les paroles prescrite s par Jésus-Christ. Le baptême est donc un sacrement de régénéralion institué par Jésus-Christ , lequel, parte moyen de l'ablution extérieure du corps et de certaines paroles particulières, signifie et produit l'ablution intérieure de l'âme, opérée par le Saint-Esprit.
J'ai dit instituée par Jésus-Christ : mais quand ? Ce n'est , à la vérité, qu'après sa résurrection qu'il ordonna à ses apôtres de se répandre dans tout l'univers , d'enseigner toutes les nations et de les baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit : Euntcs clocete omnes gentes, baptizantes cos in nomme Patris et Filii et Spiritûs Sancti. (Matth. xxvm, 19.) Cependant le catéchisme romain , suivant la doctrine des saints Pères , nous enseigne que Jésus-Christ l'a institué lorsqu'il fut baptisé par saint Jean-Baptiste, dans le Jourdain. 11 voulut être baptisé, dit saint Augustin , non parce qu'il en avait besoin , car il était l'innocence et, la sainteté même , mais parce qu'il voulait sanctifier l'eau par le contact de t^a chair adorable, et lui communiquer la vertu de purifier les âmes du péché. Ce fut aussi précisément alors, dit encore le même catéchisme, que nous fut révélée expressément la très-sainte Trinité, au nom de laquelle le baptême est conféré ; c'est alors qu'on entendit du ciel la voix du Père qui dit sur son Fils : Hic est Filius meus dilectus. (Matth. ni, 17.) Le Fils était présent et le Saint-Esprit descendit sur lui en forme de colombe. Alors aussi le ciel s'ouvrit, et l'entrée nous en fut ouverte par le moyen du saint baptême. Mais voyons les parties essentielles du sacrement,
La matière de ce sacrement est l'eau naturelle : Nisi quis renatm fueril ex aqud ; efj'undam super vos aquam mundam (Joan. m, 3 ) , comme l'eau de pluie, de source, de rivière, de puits, pourvu qu'elle ne soit pas altérée et qu'elle n'ait pas perdu sa qualité d'eau naturelle. On ne peut donc se servir d'eau composée ou artificielle, comme l'eau de fleurs distillées, bien moins encore des diverses liqueurs, qui ne portent pas le nom d'eau , comme le vin, l'eau-de-vie, la bière, le lait. La pratique de l'Eglise est (]o se servir
d'eau bénite et consacrée à cet usage , ci non pas d'eau ordinaire ; cependant cela n'est pas nécessaire à l'essence du sacrement : l'eau naturelle suffit pour sa validité.
On doit appliquer cette eau en forme d'ablution, ce qui peut se faire de trois manières , par immersion, par infusion , et par aspcrsion : par immersion , en plongeant l'enfant dans l'eau , comme cela se pratique à Milan ; par infusion , en versant l'eau sur l'enfant : c'est le rit généralement suivi dans l'Eglise romaine ; par aspersion, en jetant de l'eau sur l'enfant ; cette dernière manière n'est plus en usage. De quelque manière que le baptême soit «dministré, il est bon et valide; mais pour le baptême solennel, i! convient de suivre le rit particulier de son Eglise.
Cependant il n'est pas nécessaire de laver tout le corps , il suffit de laver la partie principale, c'est-à-dire la tête, et si on ne le peut, on verse l'eau sur la partie qui se présente ; mais il ne faut pas oublier que le baptême qui n'est pas donné sur la tête est au moins douteux, et que par conséquent il faut le renouveler sous condition. Mais il est toujours nécessaire de verser l'eau de manière qu'elle coule ; quelques gouttes ne suffisent pas, car mouiller simplement n'est pas laver. Pour qu'il y ait une véritable ablution, i! faut ou une application successive du corps à l'eau , comme dans le baptême d'immersion, ou de l'eau au corps, comme dans le baptême d'infusion.
Cette ablution doit être accompagnée des paroles que J es us- Christ a prescrites pour constituer la forme du sacrement. Or, i::ieiles sont ces paroles? Dans le baptême solennel, nous les pioi'.Tons en latin , mais comme le baptême est toujours valide, de quelque iangue qu'on se serve, je vais vous les dire en français ; [< s voici : Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint» L»prii. C'est Jésus-Christ lui-:nj;ne qui nous a donné celle forme quand ii a dit à ses apôtres: Baptizanles eos in nomine Patris et Fllii et Spiritm Sancti.
11 y a donc trois choses qu'il est indispensable d'exprimer pour l'essence de la forme : l'action de baptiser , la personne que l'on baptise , et le nom formel des trois personnes de la sainte Trinité. Ii suit de là que touies ces paroles que je viens de citer sont essentielles : si vous omettez la première, te , vous n'exprimez pas la personne qui est baptisée ; si vous omette/, la seconde, je baptise, vous n'exprimez pas l'action de baptiser; si vous omettez une deaufres, i! n'y a pas invocation formelle des trois personnes de là
DES SACREMENTS. Il
sainte Trinité ; et le baptême conféré au nom d'une seule, sans nommer les autres, ne serait pas valide.
Il faut encore remarquer deux choses : premièrement, l'eau doit être versée et les paroles prononcées par la même personne , par celle qui baptise ; le baptême serait donc invalide si l'une versait l'eau tandis qu'une autre prononce les paroles. De même, la matière1 et la forme doivent être moralement unies, de manière à ne former qu'une seule action; c'est-à-dire qu'il ne faut pas terminer les paroles sans verser l'eau, ni verser l'eau sans commencer les paroles. Ce n'est pas que je veuille dire qu'il faille , pour !a validité du sacrement, une coïncidence parfaite entre ces deux choses, maisenûn il iUut qu'elles se touchent par quelque extrémité.
Que devriez-vous donc faire, si vous vous trouviez dans le cas do baptiser un enfant ? Vous devriez prendre de l'eau naturelle, même non bénite, si vous n'en avez pas d'autre, et la verser sur la tête de l'enfant ou sur la partie qui se présente à vous , si vous ne pouvez avoir la tête, et en même temps prononcer ces paroles : Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ayant l'intention débaptiser ou défaire ce que l'Eglise fait en baptisant.
Concluez de là que dans le cas de nécessité toute personne, même un infidèle , peut baptiser validement et même licitement ; mais hors le cas de nécessité et pour le baptême solennel administré avec les cérémonies de l'Eglise, l'évêque et le curé seuls , ou leur délégué, ont le droit de le conférer.
Cependant, même dans le cas de nécessité, il faut, s'il est possible, observer un certain ordre : on doit prendre le plus digne, et préférer un prêtre à un simple clerc, un clerc à un laïque, un homme h une femme ; à moins que, pour ne pas exposer la validité du sacrement, on ne choisisse mie femme, parce qu'elle saurait mieux l'administrer. Mais, je le répète , toute personne, de quelque condition et de quelque religion qu'elle soit, même un hérétique, un schismatique, un excommunié peuvent le conférer validement. L'Eglise a toujours regardé comme valide le baptême des hérétiques, pourvu qu'il ait été administré avec la matière et la forme voulues. Le baptême étant absolument nécessaire, Dieu a voulu que tout le monde pût l'administrer, afin que les enfants fussent moins exposés à mourir sans un sacrement si indispensable. Et, pour en rendre l'administration plus facile, il a établi pour matière la chose la plus commune, iJeau naturelle ; pour forme, quelques paroles que les person-
nés les plus ignorantes peuvent retenir, et pour ministre, quiconque a l'usage de raison.
En effet, ce sacrement est nécessaire de cette nécessité rigoureuse et absolue que les théologiens appellent nécessité de moyen, c'est-à-dire que ce sacrement est si nécessaire, que son omission, même non coupable, exclut du royaume des cieux. Quelle faute, en effet , peut avoir commise un enfant qui n'a pu le recevoir ? Et cependant, s'il ne le reçoit pas, il est exclu du ciel, d'après cette parole de Jésus-Christ à Nicodèrae : Nisi quis renatus fuerit ex aquâet Spiritu sanclo, non potest introire in regnum Dei.
Je n'entreprendrai pas de vous parler du sort et de l'état des enfants morts sans baptême et de ce qu'on doit penser des limbes qu'ils habitent. Dieu ne nous a rien révélé sur ce point. Ce qui est certain et de foi, d'après les paroles que je viens de citer , c'est que ceux qui meurent sans le baptême sont éternellement séparés de Dieu et privés de la vision béatifique. Malheur affreux, malheur souverain, et auquel les enfants sont très-exposés, eux dont la vie est si fragile et sujette à tant d'accidents imprévus. De là la nécessité pour les parents de porter le plus tôt possible leurs enfants à l'église pour leur faire recevoir le baptême, moyen unique de salut pour eux. Il y a même, dans un grand nombre de diocèses, excommunication portée contre les parents qui diffèrent au-delà de huit jours de faire baptiser leurs enfants, à moins qu'à raison de la nécessité, ils ne l'aient été à la maison.
Mais, quelque grande que soit la nécessité du baptême, il est certain, selon la doctrine de l'Eglise, qu'on peut y suppléer de deux manières : parle désir et par le martyre.
Premièrement par le désir , mais seulement pour les adultes. Un adulte qui serait en danger de mort et même hors de ce cas, e; qui n'aurait pas reçu le baptême, pourrait suppléer à ce sacremeni par le désir de le recevoir, joint à la contrition parfaite. L'Eglise, en effet, a toujours présumé favorablement du salut des catéchumènes qui venaient à mourir pendant qu'ils se préparaient à le recevoir. C pendant, il ne serait pas inutile pour nous de concevoir un pareil désir, et voici pourquoi : Quiconque est né de parents chrétiens et dans un pays catholique, n'a ordinairement aucun motif de douter de son baptême; néanmoins personne ne peut avoir une certitude infaillible d'avoir été valklemenl baptisé. Evidemment un doute si peu fondé ne doit pas nous occasionner 'l'inquiétude ;
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mais on peut cependant conseille! d'exciter quelquefois en soimême ce désir du baptême en renouvelant un acte de charité et de contrition parfaite qui renfermerait la volonté explicite d'être baptisé, dans le cas où on ne l'aurait pas été validement.
J'ai dit encore par le martyre, et ce moyen de suppléer au baptême est commun aux adultes et aux enfants. Par conséquent , si un enfant ou un adulte était mis à mort à cause de Jésus-Christ et de notre sainte foi, cette mort lui tiendrait lieu de baptême. Il est vrai qu'un enfant ne peut souffrir la mort pour Jésus-Christ avec connaissance de cause et par un acte libre de sa volonté ; mais il suf- Ot que sans même le savoir il reçoive la mort pour cette cause et que Dieu daigne le tenir pour martyr et le sauver de la même manière qu'il sauve les autres enfants par le baptême de l'eau, sans aucune connaissance de leur part et sans aucun concours de leur volonté. Nous avons une preuve de cette vérité dans les enfants que l'impie Hérode fit mourir à Betblébem et aux environs , à la naissance de Jésus-Christ. L'Eglise en célèbre la fête et les honore comme martyrs. Elle honore aussi comme martyrs une foule de païens qui au temps des persécutions se présentaient eux-mêmes aux tjrans en protestant qu'ils étaient chrétiens et qui pour cela étaient mis à mort avant même d'avoir été baptisés.
On peut donc distinguer trois sortes de baptêmes : le baptême d'eau, le baptême de sang et le baptême de désir; cela n'empêche cependant pas qu'il n'y ait, à proprement parler, qu'un seul baptême .comme le dit saint Paul, una fides, anum baptisina, parce que le baptême de l'eau est le seul qui soit un véritable sacrement ; les deux autres ne sont pas proprement des baptêmes ni des sacrements qui confèrent la grâce; mais on les appelle improprement de ce nom, parce qu'à défaut du baptême de l'eau, Dieu , dans son amour et dans sa miséricorde, a voulu qu'ils suppléassent au baotême et qu'ils en produisissent l'effet. De là un adulte qui a été justifié par un ardenl désir du baptême de l'eau, ne doit pas pour cela se dispenser de le recevoir ; de la même manière que celui qui a obtenu le pardon île ses péchés par la contrition parfaite, ne doit pas se dispenser de se confesser, s'il peut le faire.
Je ne vous ai parlé jusqu'ici que de ce qui regarde la validité du baptême ; mais ces connaissances ne peuvent être utiles qu'aux autres, dans le cas où vous auriez à l'administrer, et non à vous quj l'avez déjà reçu. Il y a d'autres poinis qui vous intéressent person* n< llement et de très-près : ce sont ceux qui regardent les elfeis di
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baptême et les obligations que vous avez contractées en le recevant : c'est ce qu'il me reste à vous expliquer.
Mais cette matière exigerait trop de temps pour être traitée aujourd'hui ; je la renverrai donc à la prochaine instruction.
Avant de finir celle-ci, je vous ferai en passant une observation sur la fonction des parrains et des marraines qui sont employés dans l'administration solennelle du baptême. Cette fonction regarde ceux qui choisissent des parrains pour leurs enfants et ceux qui sont choisis comme parrains des enfants des autres.
Cette fonction obligea lever l'enfant sur les fonts sacrés, à M donner un nom, à répondre pour lui aux interrogations qui lui son" faites et surtout à se rendre, devant Dieu, garant et caution de son éducation chrétienne et à remplacer ses parents s'ils venaient à h.i manquer. On les appelle parrains et marraines perce qu'ils acquièrent une espèce de paternité et de maternité spirituelles par la génération surnaturelle que reçoit leur filleul dans le saint baptême; d'où résulte aussi une affinité spirituelle avec les enfants, qui sont tenus sur les fonts sacrés et avec leurs parents respect. fs.
Ce n'est donc pas une pure formalité et une cérémonie sans importance qu'accomplissent les parrains et marraines ; ils contractent une véritable obligation devant Dieu. Supposons que votre filleul se trouve, par la faute de ses parents ou par un coup de fortune, abandonné et privé de tout secours spirituel et même temporel, qui sera obligé de l'assister, sinon vous qui en avez pris l'engagement et qui avez contracté une alliance avec lui ?
De là un double devoir : l'un pour ceux qui choisissent les parrains et l'autre pour ceux qui sont choisis pour en remplir la fonction.
Les parents, dans ce choix, doivent se conformer aux décrets de l'Eglise et avoir principalement en vue la bonne conduite et non pas les richesses, le rang de la personne, les avantages temporels et une alliance humaine. Si vous ne couliez pas indistinctement votre argent à qui que ce soit, à plus forte raison ne devez-vous pas confier vos enfants à des personnes sans piété , sans mœurs et sans réputation.
Ceux qui sont demandés pour cette fonction ne doivent pas l'accepter à l'aveugle, sans bien connaître et bien peser les obligations dont ils vont se charger. Cependant ces obligations ne doivent pas les empêcher d'accepter , car c'est toujours là un acte de chariié, et de charité bien grande , surtout en faveur des pauvres , qui
souvent ne savent à qui s'adresser pour remplir une pareilio fonction : mais il faut toujours avoir une intention droite et prendre garde de ne jamais se proposer des uns mauvaises et criminelles.
Cette dernière observation n'est pas une chose qui m'échappe, mais un avis que je donne à dessein : il n'arrive que trop souvent, par suite de la corruption du monde , que des personnes s'offrent d'elles-niènes pour remplir cette fonction, aOn de pouvoir s'introduire dans une familie et en abuser sous le titre de compère ou de commère. Mais quoi ! Vous ferez servir un sacrement d'instrument au crime ! vous en profiterez pour nouer des intrigues et des liaisons scandaleuses ! Tirons un voile sur celte conduite sacrilège : ou ne pas accepter cette fonction, ou la remplir en vrai chrétien.
Nous verrons plus tard les autres cérémonies du saint baptême, au moins les plus remarquables, lorsque nous expliquerons les effets qu'il produit en nous et les obligations que nous contractons en le recevant.