INSTRUCTION XLVI
Devoirs des maris en qualité de supérieurs*
L'amour que vous devez, chrétiens, à vos femmes, en qualité d'épouses , ne doit nuire en rien à l'autorité que Dieu vous a accor* dée sur elles, et qui les rend inférieures et dépendantes de vous, ïl est bien difficile que votre mariage soit heureux, si vous ne sa?ei
Ï50 PAi.r. îv. rasr. xlvi.
pas joindre à l'affection que vous devez à votre femme, cette fer. meté qu'exige votre qualité de supérieur. Nous avons assez expliqué le premier devoir, parlons maintenant du second.
En quoi consiste l'exercice de votre autorité ? Il comprend ici, comme partout ailleurs, deux choses, la surveillance et la correction : mais cependant, quand il est question d'une feuime, l'une et l'autre doivent être exercées et pratiquées d'une manière diiférente.
Je dis premièrement la surceillance. Pour arrêter et corriger à temps le mal, il faut le connaître ; mais il est impossible de le connaître sans une surveillance continuelle. Vous devez donc veiller sur la conduite de votre femme, mais de manière à tenir un juste milieu entre une jalousie excessive et mal fondée et une confiance aveugle. Il ne faut pas, d'un côté, s'ombrager mal à propos, ce serait manquer à l'estime que vous devez à votre compagne ; défaut qui lui serait injurieux et qui, au lieu de la retenir, pourrait être une source de tentation et d'excitation au péché. Mais il ne faut pas non plus fermer entièrement les yeux et vivre dans une entière confiance; car ce second défaut serait une insouciance coupable et le principe de beaucoup de désordres et d'égarements.
S'il faut donc condamner ces maris qui tourmentent leurs femmes par des défiances déraisonnables , à plus forte raison faudrat-il condamner certains maris, naturellement bons et confiants, qui ne peuvent jamais croire le mal, quoiqu'ils aient toutes sortes de motifs de le soupçonner. Il arrive quelquefois que tout le monde parle mal d'une femme, tous blâment et critiquent sa conduite ; et son mari seul ignore ses désordres.
Quelle bonhomie et quel aveuglement ! combien cette ignorance vous rend coupables aux yeux de Dieu ■
Vous devez donc veiller, sans tomber dans aucun excès , ou de confiance ou de jalousie ; vous montrer uniquement vigilants et zélés , à moins que vous n'ayez des raisons positives d'agir autrement. Une fois que vous aurez bien étudié et connu le caractère ,et les penchants de votre femme , cette connaissance vous servira "de règle pour incliner plutôt vers la défiance que vers la confiance ou vers la confiance que vers Sa défiance.
Mais il ne suffit pas de voir le mal : dès qu'on le connaît il faut encore y remédier par une correction convenable , énergique à la vérité, s'il le faut, mais toujours adaptée et conforme à son carac» tère de femme»
Bes sac!v.:-:e.nts. "51
L« ce :'•■ •/■...s cywi sont plutôt dfts menaces , des ewportemi »is Ct (les injures r:;e ti^s «wectfettK, conviennent déjà fort mal à l'égard de vos eftfante et de tos domesii-.jues sar lesquels vous avez, en qualité de pèw ei de maître , une autorité pleine et entière ; I , rte raison , ne conviennent eues pas à l'égard d'une femme q "esse pas d'être votre compagne , quoiqu'elle dépende dj
vous. Or, si ces sortes de corrections produisent toujours un trèsi.,:\ ,;s effet sur les enfouis et les domestiques , à plus forte raison sur une femme qui ne cesse jamais d'avoir droit d'être honorée et respectée. Au lieu de prendre cela pour uns correction , se voyant traitée grossièrement, dans un lieu , dans des circonstances et des temps inopportuns, elle se regarde comme humiliée, offensée et déshonorée, et n'écoule plus que sa colère; et souvent ce qu'elle fcL.alt jusque-là par ignorance et par légèreté, elle le continue par dépit, par vengeance et par contrariété. De sorte que cette correction, qui devait être un remède , devient un vrai poison , parce qu'il a été mal préparé et encore plus mal administré.
Ajoutez à cela le scandale qui en résulte pour les enfants et les domestiques. Si les gens de votre maison voient que vous traitez votre femme avec respect, ils apprennent à la respecter eux-mêmes, autrement ils apprennent de vous à la mépriser. Votre mépris s'étend à tout, au grave détriment de leur éducation.
Il faut donc faire la correction avec beaucoup de réserve , de modération et de prudence. Corriger plutôt par forme d'avis et de conseils , que par forme de réprimande et d'autorité. Le respect que vous devez à vos femmes, exige que vos corrections soient plutôt des avis et des insinuations ; et le respect qu'elles vous doivent exige qu'elles prennent pour des ordres vos avis et vos insinuations. Si la persuasion et les avertissements ne suffisent pas , usez alors de votre autorité : mais en cela ol>servez deux choses : 1° que votre autorité soit soutenue et appuyée sur la raison , de manière que votre femme en puisse voir la justice et l'équité; 2° que vos ordres soient donnés avec un esprit de douceur et d'amitié , sans aigreur, sans mépris, sans paroles piquantes, et par le seul désir du bien de :a famille. De cette manière , vous bannirez de la correction le aanger d'une animosité excessive, toujours funeste et nuisible, surtout à ta femme qui ne cesse jamais d'avoir droit à votre respect.
Mais il ne faut pas éviter avec moins de soin l'extrême opposé, je veux dire, une bonté et une condescendance excessives, qui omet totalement la correction ou qui la fait avec faiblesse. On ne voit
que trop de ces maris qui se laissent dominer : gens à bon caractère, mais d'une bonté aveugle et qui fait compassion , puisqu'elle exclut tout usage de l'autorité. Mais , malheur à vous , si, par une lâche condescendance pour votre femme, vous vous laissez enlever l'autorité ! Elle vous circonviendra tellement, qu'il vous sera irapossible de lui résister et de reprendre le dessus. Ce n'est pas moi qui vous donne cet avertissement , c'est l'Esprit saint lui-même dans ces paroles : Ne des mulieri potestatem animœ tuce, ne ingrediatur in virtutem tuam et confundaris. (Prov. xxxi, 3.) Gardez-vous bien de vous laisser dominer par votre femme , de peur qu'elle ne vous gouverne à son gré et que vous n'ayez à en rougir.
Pourquoi , en effet , voit-on des maisons qui vont si mal ? c'est qui celui qui devrait commander obéit , et celle qui devrait obéir commande. C'est bien certainement la faute des femmes qui cherchent sans cesse à se soustraire à la soumission qu'elles doivent à leurs maris ; mais c'est aussi la faute des maris qui ne savent pas conserver leur autorité.
Prenez donc bien garde de ne pas vous charger des péchés des autres. Le seul défaut de vigilance et de correction peut vous rendre gravement coupable et devant Dieu et devant les hommes ; et vous ne pouvez, sans charger votre âme de fautes très-graves, vous dispenser d'exercer sur votre femme l'autorité que Dieu vous a donnée pour l'aider à se sauver.
Examinez surtout les manquements les plus ordinaires aux femmes, ceux qui ont coutume d'avoir les plus graves conséquences. Je vais vous les indiquer en quelques mots. D'abord le luxe, l'ainhition, l'envie de paraître et de s'élever au-dessus des autres. Cette passion entraîne après elle une foule de désordres : premièrement des dépenses au-dessus de sa fortune au préjudice de la famille , si le mari condescend à ses désirs ; et si le mari ne veut pas les permettre, il peut encore en résulter quelque chose de pire , je veux dire, la perte de l'honneur. Une femme dominée par ce vice, perd en outre un temps considérable pour s'habiller, s'arranger et s'ajuster, et cela aux dépens de ses devoirs domestiques. Enfln, cette passion est la source d'une vanité excessive, d'une vanité réprouvée de Dieu, dangereuse pour son âme et pour l'âme du prochain. Elle voudra suivre les modes les plus lihres et les plus licencieuses du monde, et de là une foule de fautes contre la pudeur et la modestie chrétienne. Mais rappelez-vous bien que les scandales que donnent
fotre femme ne lui seront pas seulement imputés à elle-même, mais aussi et principalement à vous qui devez les empêcher. Voilà tout autant de raisons pour lesquelles vous êtes obligés de réprimer de bonne heure cette passion pour la vanité, l'étouffer à sa naissance, et la contenir dans les bornes de la décence chrétienne et des règles de sa condition.
Un second défaut qui a beaucoup de rapports avec celui dont je viens de parler, c'est l'amour du monde qui se manifeste assez par certaines visites que l'on fait ou que l'on reçoit. J'en ai dit quelques mots en commençant, mais il est nécessaire que je m'explique ici plus clairement. On voit des maris qui ne s'inquiètent nullement de la conduite de leurs femmes et qui se font gloire d'être exempt» de préjugés sur ce point. Delà, quoiqu'ils remarquent en elles certaines libertés très-réprébensibles, certaines inclinations, certains penchants très-marqués, ils passent sur tout cela avec indifférence et ils dissimulent tout. Mais peut-il y avoir un aveuglement pareil ? Car , ou vous ne soupçonnez aucun mal , et alors j'admire votre bonne foi , mais je ne puis l'excuser à la vue de tant de sinistres apparences ; ou bien, tout en le soupçonnant, vous le laissez continuer et vous fermez à dessein les yeux sur ce désordre , et c'est là la conduite la plus indigne et l'abus le plus horrible qu'un mari puisse se permettre pour le malheur de sa femme et au mépris du sacrement qu'il a reçu.
Il ne faut pas, je le répète, fatiguer votre femme par des soupçons imaginaires ; mais il faut empêcher le mal qui peut exister et dont on a des preuves suffisantes ; il faut de plus la soutenir contre les séductions si fréquentes du monde , et éloigner d'elle les perâonnes mondaines, frivoles, dissolues, celles qui ne comprenant pas ou méprisant la sainteté du mariage, ont l'habitude de tourner en ridicule la fidélité conjugale et de ne pas la pratiquer.
Un autre défaut très-grave , c'est la négligence de sa maison et de sa famille. Sur ce point , rappelez-vous et retenez (bien cette maxime du Saint-Esprit dans les Proverbes : Sapiens millier cedU ficat domum ; insipiens instruclam quoque manibus destruet, ( Prov. xiv, 1. ) Une femme sage, qui aime la retraite, qui s'occupe assidûment de ses travaux, qui veille sur ses domestiques , édifie une maison. Elle l'édifie premièrement sous le rapport spirituel, parce que, par son zèle et sa prudence, elle en éloigne le péché et y fait pratiquer la vertu. Elle l'édifie en second lieu, sous le rap* port temporel, parce que, par l'économie sévère des choses , par iv. 23
son industrie et son travail, par la multitude de ses petites épargne» et par ses prévoyances minutieuses, elle la répare et la consolide chaque jour, et chaque jour aussi elle l'élève et l'améliore. Oh ! qu'une femme de ce caractère est un trésor précieux pour une maison ! Sapiens tnulier cedificat domum.
Au contraire, la femme que l'Esprit saint appelle insipiens , insensée, c'est-à-dire, inappliquée, coureuse, négligente, ne pensant qu'à se divertir , ne s'occupant que de modes , de bals et d'autres frivolités de ce genre , celle-là renverse, détruit et ruine une maison. Elle la ruine sous le rapport spirituel, parce qu'à peine saitelle qu'elle a des enfants et des domestiques ; elle ne s'inquiète point de voir ce qu'ils font et com ment ils vivent, elle laisse passer avec la plus profonde insouciance, une foule de choses préjudiciables à la piété, sans parler des mauvais exemples qu'elle donne continuellement.
Ensuite , dans l'ordre temporel , elle ruine sa maison de deux manières, d'une manière positive et d'une manière négative. D'une manière positive, par sa vanité qui lui crée chaque jour de nouveaux besoins et de nouvelles prétentions , qu'elie ne peut satisfaire qu'à grands frais ; d'une manière négative , en laissant aller toutes choses, ne prévoyant rien, ne pensant à rien et ne faisant rien. 11 n'y a chez elle ni règle, ni ordre, ni économie , ni administration, tout est dans le désordre et la confusion. Oh ! quel malheur pour une maison d'avoir une pareille femme à sa tète ! Elle en est véritablement la ruine ; Mulier insipiens instructam quoque deslruet.
Il est donc bien important , maris chrétiens, que vous soyez vigilants sur ce point ; car les conséquences qui résultent natureller.ient de la négligence d'une femme dans le soin de sa maison, sont véritablement incalculables.
Tels sont les défauts les plus communs aux femmes. J'ai cru devoir les mettre sous les yeux des maris, parce qu'ils doivent faire la matière principale de leur surveillance et de la correction dont ils sont chargés à l'égard de leur femme. Mais si vous voulez vous épargner la dure nécessité de les corriger dans les choses importantes, ne négligez pas les petites ; car les plus grands désordres ont toujours de petits commencements. Vous devez donc arrêter le mal de bonne heure, et de bonne heure en tarir la source. Savez- Yous quel est le temps le plus favorable pour réussir ? Ce sont les premiers temps de votre mariage , parce qu'alors votre
femme étant encore pleine de respect pour vous, il vous sera trèsfacile de la redresser et de lui donner un bon pli. N'attendez donc pas qu'elle prenne le dessus et qu'elle passe du respect à une hardiesse excessive, et de celle-ci à l'insubordination et à une indépendance absolue.
Voilà les obligations que vous avez à remplir envers vos femmes. Si vous y êtes bien fidèles, elles vous prêteront un appui mutuel et vous tiendront éloignés de tout excès : tinter comme époux et comme ami ; commander comme chef et comme supérieur: ces deux choses doivent être inséparablement unies , et il ne faut jamais les séparer l'une de l'autre ; car l'amour seul sans l'autorité ne peut que vous rendre passionnés , faibles , complaisants, et par conséquent méprisables; l'autorité, au contraire, sans l'amour , vous rendra nécessairement dur, pénible, odieux et intraitable. Il faut donc tempérer l'autorité par l'amour et l'amour par l'autorité, de sorte que l'une serve de correctif à l'autre.
En exerçant votre autorité sur votre femme , n'oubliez jamais qu'elle est votre compagne et votre amie ; cette pensée vous fera veiller sur sa conduite sans la froisser, et corriger ses défauts sans î'aigrir.
En lui témoignant l'affection que vous lui devez, souvenez-vous qu'elle vous est soumise et qu'elle dépend de vous ; cette considération vous fera respecter votre femme , sans lui donner o ccasion de se laisser aller à la fierté et à l'orgueil : elle vous fera pourvoir à ses besoins et à son honnête entretien , sans favoriser son taxe et sa vanité ; elle vous fera compatir enfin à ses défauts,, mais sans les favoriser et les fortifier.
En un mot , ayez toujours sous les yeux vos deux qualités d'époux et de supérieurs. L'observation de ces deux devoirs produira toujours en vous une conduite douce et affectueuse à la vérité , mais en même temps assez soutenue et assez grave.
Et ne craignez pas que cette conduite grave et sérieuse soit prise par votre femme pour un défaut d'affection. Elle trouvera une preuve incontestable de votre amour dans votre soin à ne lui laisser manquer de rien , à lui fournir toutes les choses convenables à son rang et à favoriser ses goûts et ses inclinations dans tout ce qui n'est pas mal. Une telle preuve la convaincra que vous l'aimez sincèrement, sans que vous ayez besoin de recourir à d'autres démonstrations. Votre gravité ne l'empêchera pas de se croire aimée, mais elle l'empêchera de tomber dans une trop grande familiarité
et d'abuser de votre cœur pour se rendre indocile , désobéissante et vivre selon son caprice.
Telles sont les règles à observer, si vous ne voulez pas avoir sujet de vous plaindre de vos femmes. Si vous n'êtes pas contents d'elles, sachez que vous devez en chercher la cause dans votre propre conduite, ou trop rigide et trop sévère , ou trop faible et trop complaisante. Jusqu'ici je ne vous ai parlé que de vous; mais j'ai aussi beaucoup d'avis h donner à vos épouses ; je traiterai ce sujet dans ma prochaine instruction , mais de manière qu'il vous soil xtusi utile à vous-mêmes.
INSTRUCTION XLVIÎ.
Devoirs de la femme envers son ni ail.
Après avoir jusqu'ici exposé les obligations du mari envers sa femme, je ne puis me dispenser de dire quelques mots des obligations de la femme envers son mari.
Or, les devoirs de la femme envers son mari, sont renfermés dans ces paroles de l'apôtre saint Paul : Domus curam habentes , benignas, sabditas viris suis. (Tit. n, 5.) Obéissance à son mari, douceur et soin de la maison.
Le premier et le principal de ces devoirs, c'est la soumission et Cobéhsance au mari , devoir qui résulte des rapports mutuels établis par le Seigneur entre l'homme et la femme. Nous avons vu que l'homme est le chef de la femme, qu'il a sur elle une véritable et légitime supériorité : c'est sur ce droit de supériorité qu'est fondée l'obligation qui lui est imposée de la diriger et de la gouverner. Mais si le mari est chef et supérieur, la femme est donc sujette et dépendante ; si le mari est obligé de diriger et de gouverner sa femme, celle-ci est donc obligée de se laisser conduire. Dieu lui-même a clairement établi ces obligations dès le commencement par ces paroles : Sub viri potestate eris, et ips<e dominabitur tut ( Gen. m, 16), et il les a encore souvent répétés dans la suite ; car il n'y a rien dans l'Ecriture qui soit plus souvent répété et inculqué: Mulîeres subditœ suit viris suis, sicut Domfno,
Ceci tous montre combien se trompent les jeunes personnes qui regardent l'état du mariage comme un état de liberté , et qui prétendent se marier afin de se soustraire à la dépendance de leurs parents. C'est là une erreur et une grossière illusion. Il peut bien leur arriver de rencontrer un mari idiot et imbécile , un mari si faible qu'il se laisse conduire au gré de sa femme ; mais ceci sera (toujours un renversement de l'ordre établi de Dieu, également répréhensible et de la part du mari et de la part de la femme. Une jeune personne en se mariant, change bien d'état, mais non pas de condition ; elle passe seulement de la dépendance de ses parents sous celle de son mari, de l'obéissance filiale à l'obéissance conjugale, qui, quoique moins rigoureuse, n'en est ni moins naturelle, ni moins juste, ni moins indispensable.
Tous ces principes sont vrais et très- vrais : cependant, maris chrétiens, n'allez pas vous imaginer pour cela avoir droit de disposer de votre femme selon vos caprices. Non sans doute : il n'y a pas dans le monde d'obéissance qui n'ait ses règles et ses limites. Toute autorité humaine cesse dès qu'elle est en opposition avec la loi de Dieu , le devoir et la conscience, que ce soit celle autorité : père, mère mari, maître , souverair même.
Si donc vous êtes un de ces maris déraisonnables qui prétendent exiger de leur femme des choses illicites et coupables ; qui ne veulent souffrir de leur part ni modestie dans la toilette, ni pudeur dans la conduite; qui veulent leur défendre môme les pratiques les plus essentielles du christianisme; dans ce cas, vous n'avez plus droit ù leur obéissance, et elles ne sont pas obligées de vous la rendre ; 2lles sont même obligées de vous la refuser , parce que dans tout ;e qui regarde les devoirs immuables de la loi de Dieu et de leur propre salut, elles n'ont plus de compte à rendre de leur conduite à personne qu'à Dieu ; c'est à lui seul qu'elles doivent obéir et non à vous. A cet égard, vous devez les laisser toujours entièrement et tarfaitement libres, ne les gêner en rien dans l'accomplissement plein et entier de leurs devoirs , sous la direction de leurs pères spirituels. Et si malheureusement, pour les faire consentir à vos désirs, tous employiez les mauvais traitements , qu'elles se laissassent vaincre et qu'elles vinssent à se soumettre, pour ne pas être exposées à une persécution continuelle et insupportable , elles ne seraient certainement pas excusables devant Dieu qui veut toujours être préféré à tout autre ; cependant, elles seraient encore dignes da quelque compassion. Mais vous qui êtes la cause de leurs péchés ei
qui les entraînez dans ces désordres, en les mettant à ces dures épreuves, quel compte effrayant ne vous préparez-vous pas devant Dien? Est-il possible que vous en veniez à un tel excès de malice que de les porter vous-mêmes au péché , vous qui êtes par devoir obligés de les en préserver ; que vous vouliez les empêcher de pratiquer la vertu, vous qui devriez les y porter ; que vous ne vouliez souffrir de la part de votre femme, ni mœurs, ni modestie, ni religion, même lorsque vous la possédez déjà dans votre maison et que vous la possédez sans gêne et sans contrainte ! Méditez bien cette pensée.
Mais dans tout ce qui n'est pas contraire à la loi de Dieu, la femme doit obéir à son mari; dans les petites choses, comme dans les grand» ; dans les occasions peu importantes, comme dans les choses essentielles; et même jusque dans les choses les plus indifférentes : in omnibus, dit saint Paul, in omnibus. Mais comme il vous est facile d'abuser de cette doctrine , pour éviter cet inconvénient, ayez sans cesse sous les yeux tes deux avis suivants :
1° Ne soyez pas indiscret et trop exigeant dans l'exercice de votre autorité sur votre femme. Qu'elle soit obligée de vous obéir dans tout ce qui n'est pas péché » cela est évident ; mais on ne peut pas pour cela approuver la conduite de ces maris qui veulent montrer leur autorité en tout et partout, qui agissent toujours en maîtres et qui veulent en tout exercer tellement leur domination, que même, dans les choses les plus minutieuses, on ne commande et on ne fasse rien sans leur ordre. Ce défaut est très-grave et très-difficile à supporter de la part des femmes, et devient une source de querelles, de disputes et de froideurs continuelles. Quoique dans le gouvernement de la maison, vous soyez le chef et le maître, il ne convient pas pour cela que vous vous ingériez dans certains détails qui regardent plutôt les femmes que les hommes. En un mot, pour se faire obéir, il faut savoir commander. L'exercice de l'autorité doit être judicieux et discret avec tout le monde , à plus forte raison avec une épouse ; il faut que vous sachiez apprécier chaque chose , et vous conduire de manière à ne pas accorder une entière indépendance, ni exiger une soumission absolue. Voilà le premier avis.
2° Le second , qui est encore plus important , consiste à ne pas prétendre que, dans la maison, l'obéissance et la soumission ne re* gardent que la femme, et que vous ayez droit de vivre dans une despotique et capricieuse indépendance. Je m'explique : dans certaines
choses qui ne concernent pas l'administration de la maison , mais la conduite et les mœurs, vous devez savoir que vous n'êtes plus à l'égard de votre femme un maître ni un supérieur , mais un époux et un ami. Or, comme celle-ci est obligée de s'abstenir de tout ce qui peut vous choquer , vous aussi , vous devez éviter de lui faire de la peine. Et si c'est un devoir pour elle de se plier à votre volonté dans les choses les plus indifférentes , ne devez-vous pas aussi vous plier à la sienne dans les choses qui regardent vos devoirs essentiels ? Elle veut, par exemple , que vous renonciez aux jeux et aux cabarets, que vous n'alliez pas dans certaines maisons, que vous rompiez certaines amitiés suspectes, que vous viviez en chrétien et non pas en libertin ; en tout cela , elle a raison et vous devez avoir la docilité de vous rendre et de ne pas lui donner sujet de vous faire des reproches sur ces différents points.
Je sais que l'obligation d'obéir est si rigoureuse pour une femme, qu'elle n'en est jamais dispensée, quelle que soit d'ailleurs la conduite de son mari ; mais qu'importe ? Si, par votre faute , elle en vient à se déranger, son péché ne retombera-t-il pas encore plus sur vous que sur elle ? Et si elle est assez vertueuse pour rester toujours parfaitement Adèle à ses devoirs, elle gagnera à la vérité une précieuse couronne dans le ciel, mais votre conduite n'en sera pas moins pour vous une source de damnation.
En voilà assez sur l'obéissance, premier devoir d'une femme considérée comme inférieure et dépendante de son mari. Les autres devoirs 3 dont parle saint Paul , regardent la femme comme épouse ou compagne de son mari. En cette qualité, elle doit l'aimer ; or, cet amour comprend deux choses : la douceur envers lui et le soin exact de la maison : Benignas, domiis curam habentes.
Premièrement : douceur envers la personne de son mari , douceur qui consiste à tenir une conduite affable , à être prudente el réservée dans ses paroles et à supporter avec patience ses défauts. Ce devoir regarde aussi les maris ; mais il est spécialement recommandé aux femmes et pour deux raisons : 1° parce que les femmes sont naturellement plus portées à babiller et à parler sans beaucoup de réflexion ; ce qui est une source d'impatience pour les maris ; 2° parce qu'elles en trouvent une occasion plus facile et plus fréquente dans les défauts et les vices de ces maris , comme aussi dans l'abus qu'ils ont assez coutume de faire de leur autorité. Saint Paul leur recommande donc de se montrer toujours douces et patientes.
560 PART. IV. I.NST. XLYII.
Très-certaïnement elles réussiraient bien mieux par ce moyen a les gagner, que par leurs manières rebutantes et par leurs repro* ches irritants. Sainte Monique avait rencontré dans Patrice un homme d'une fierté presque brutale ; cependant, apprenez de saint Augustin comment elle réussit, non-seulement à ne jamais s'attirer de sa part ni paroles grossières , ni mauvais traitement , mais encore à Padoucir de manière à le rendre ensuite patient et bon, et enfin chrétien. Ce fut 1° en lui faisant, par sa conduite exemplaire, un reproche tacite , mais efficace sur ses dérèglements ; 2° en implorant souvent et avec ferveur la divine miséricorde pour obtenir sa conversion ; 3° en évitant avec soin , lorsqu'elle le voyait dans des accès de colère, tout ce qui aurait pu l'aigrir davantage ; 4° en saisissant adroitement les occasions favorables , les moments de calme, pour justifier avec prudence sa propre conduite. Par ces moyens, elle triompha de ce caractère indomptable : de sorte que, dans le même temps que les autres femmes irritant des maris moins intraitables par des manières imprudentes , les rendaient plus méchants , et n'en recevaient chaque jour, continue le saint, que des coups et des mauvais traitements , Monique seule, obligée de vivre avec un mari si violent, n'en recevait jamais la moindre offense.
Profitez, chrétiens, de cette salutaire leçon, si vous vous trouvez dans le cas d'avoir à souffrir les vexations et les boutades d'une femme indocile, capricieuse et intraitable. Mais surtout rappelezvous toujours que la patience imposée à votre femme , n'est jamais une raison qui puisse justifier vos bizarreries et vos mauvais traitements. Elles doivent être douces et patientes ; mais de votre côté, tous devez aussi être prudents, charitables et discrets.
La seconde qualité qui doit caractériser l'amour d'une femme pour son mari, c'est le soin de la maison , domûs curam habentes ; ce soin comprend deux choses , les biens et les personnes. Une femme doit être occupée d'esprit et de corps des affaires de Iq maison , et en même temps veiller exactement sur les personnes qui en font partie,
Il est bien vrai que ce devoir regarde aussi le mari, mais il est plus spécialement imposé à la femme. La raison en est que le mari étant obligé de travailler au dehors, pour gagner de quoi soutenir sa famille, la femme doit s'occuper au dedans du bon ordre de la maison et du soin du ménage : et plus le mari est occupé extérieurement, plus la femme doit prendre soin de l'intérieur et rendre ainsi à son mari sollicitude pour sollicitude.
Et que les femmes riches et nobles ne croient pas pouvoir se dispenser de ces devoirs ; non sans doute : domûs airain liabentes, regarde plus ou moins toutes les femmes ; car aucune d'elles n'a été placée en ce monde pour mener un e vie oiseuse et inutile. Aussi la femme forte n'est-elle tant louée par l'Esprit saint, que parce que, quoique femme d'un grand seigneur, elle ne rougit pas de manier la quenouille et le fuseau, de veiller attentivement sur ses domestiques et sur ses servantes , et d'accomplir exactement tous les minutieux et pénibles devoirs de son état. Saint Jean Chryso-sterne les exhorte vivement à élever leurs filles de manière à en faire, non des danseuses et des musiciennes, mais d'excellentes mères de famille, sachant parfaitement s'acquitter des fonctions pour lesquelles elles sont faites ; et il veut que la partie la plus importante de leur éducation consiste à leur donner l'amour et l'aptitude pour les occupations domestiques.
Mais comment une femme s'acçaittera-t-elle de ses devoirs si elle ne reste pas continuellement chez elle, si elle n'aime pas la retraite, si elle n'aime pas à rester dans sa famille, si elle ne regarde pas sa maison comme le lieu où elle doit être, si enfin elle n'est pas bien persuadée que nulle part ailleurs elle n'est à sa place. Pensez-y sérieusement , vous qui placez votre dévotion partout ailleurs que dans le soin de votre ménage.
Les œuvres même de piété que vous pratiquez dans les églises ne sauraient être agréables à Dieu, par là .même qu'elles nuisent à vos devoirs domestiques ; bien plus , elles lui déplaisent souverainement alors, et deviennent des péchés: Oratio ejnsfiet in peccaium. Que sera-ce , si cet abus provient de la dissipation, de l'amour de l'oisiveté, des visites et des amusements? Je n'ajouterai plus rien sur cette matière, ayant déjà assez excité votre attention à cet égard dans ma dernière instruction, en vous exposant les graves désordres qui en sont la suite.
Concluons donc : vous voyez quels sont, dans l'état du mariage, les devoirs de la femme et ceux du mari. Du fidèle accomplissement de ces devoirs résulte la bonne harmonie qui doit régner entre les époux et que le Saint-Esprit a eue en vue qnand il a dit : Vir et millier sibi benè consentientes. ( Eccli. xxv, 2. ) Cet accord ne peut manquer de produire la paix, la joie, la tranquillité et le bonheur pour les époux et pour toute la familie. Je ne vous ai pas parlé des devoirs des époux par rapport à la bonne éducation de leurs enfants , parce que ce s'était oas ici le lieu d'eu
parler ; mais je vous dirai qu'en étant bien d'accord entre eux, ils ont déjà beaucoup fait pour la bonne éducation de leurs enfants. On remarque que dans les familles où les époux sont bien unis, les enfants sont bien élevés. Tout le contraire arrive dans les mariages où régnent les disputes et les divisions ; les outrages mutuels qu'ils se fout, nuisent gravement à l'autorité du père et de la mère; tous les deux perdent par là le respect de leurs enfants ; et ceux-ci en reçoivent une mauvaise impression dont les conséquences sont incalculables. Si donc vous avez à cœur votre bien et celui de vos enfants, soyez exacts à bien remplir vos obligations. Et si l'un de vous vient à manquer à ses devoirs, que devra faire l'autre? S'appliquer l'avis de saint Jean Chrysostôine, mettre plus de soin à remplir se> propres devoirs , au lieu de faire des reproches à l'autre et de prendre occasion de ses négligences, de tomber lui-même dans les mêmes défauts. Lorsque je m'adresse à votre mari , disait le saint à une femme qui se plaignait de lui, je ne lui permets pas de m'objecter les devoirs imposés à sa femme, mais j'exige qu'il remplisse ceux qui lui sont imposés à lui-même ; ne vous occupez donc , vous aussi, que de ce qui vous regarde , sans aller rechercher ce que fait votre mari. Ce qui veut dire que le moyen le plus sûr et le plus efficace pour ramener la partie qui est en défaut , c'est une constante application à bien remplir ses propres devoirs. Les louchants exemples des vertus contraires , la fidélité , la patience, les douces et amicales remontrances, une complaisance sans borne en tout ce qui n'est pas défendu par la loi de Dieu, et surtout des prières ferventes au Père des lumières et au Maître des cœurs : voilà les industries par lesquelles une partie contribuera au changement et à la sanctification de l'autre.
Mais il sera bien difficile aux époux de pratiquer tout cela s'ils n'ont pas un véritable esprit de piété et de religion. La religion est le fondement de toutes les œuvres, l'âme et la vie des mariages chrétiens, le moyen qui aplanit toutes les difficultés et adoucit toutes les peines et tous les devoirs. Avec la religion, il ne sera pas difficile aux maris d'exercer sur leur femme une autorité douce et modérée , et les femmes n'auront pas de la peine à se soumettre , avec une respectueuse humilité et une entière obéissance aux volontés de leurs maris. Mais sans la religion, il n'y a plus que trouble et désunion.
Quoique la piété soit nécessaire aux deux époux, cependant elle est bien plus nécessaire et bien plus efficace dans le mari qui, étant
le plus fort, est destiné à servir d'appui et de secours à la femme qui est la plus faible.
C'est à vous, maris, surtout, à donner l'exemple du respect pour la religion et de la fidélité à la pratiquer ; c'est à vous à entretenir et à accroître la piété dans vos femmes. Si vous étiez fidèles à ce devoir, on verrait se vérifier , dans une foule de maisons, ces paroles de l'Apôtre : Sanctificata est millier infidelis per virum fidelem ( I. Cor. vu, 14 ) ; cette femme vaine , légère et sans dévotion serait entièrement changée et transformée sous la conduite d'un mari exemplaire et vertueux. Mais nous avons au contraire le regret de voir tant de jeunes personnes élevées chrétiennement dans le sein de leur famille , totalement changées en peu de temps dans la société de leur mari. Et comment pourrait-il en être autrement ?
Lors même que vous ne porteriez pas formellement votre femme au péché, c'est un scandale queje ne veux pas même supposer;mais si elle ne vous voit jamais ni prier ni donner aucun signe de religion; si elle ne vous voit jamais approcher des sacrements ; si elle ne connaît pas même votre confesseur ; si elle n'aperçoit ni dans vos paroles ni dans vos actions rien qui prouve que vous fassiez le moindre cas de votre âme et de votre salut , qui cependant est la seule affaire importante ; si elle ne sait pas même découvrir quelle est votre foi, comment est-il possible alors, à moins d'une grâce extraordinaire, qu'elle ne vienne pas peu à peu à vous ressembler et à perdre tout sentiment de piété ? Comme la goutte d'eau , qui tombe continuellement, creuse peu à peu la pierre, selon un vieux proverbe; de même, par le commerce journalier avec une personne , on prend ses habitudes sans s'en apercevoir , et l'impiété d'un mari se transmet nécessairement à sa femme.
Religion donc, je le répète, religion : c'est la base et le fondement de tout et surtout dans un mari. Religion dans vos maximes et vos conversations qui doivent toujours être assaisonnées d'un sel chrétien ; mais religion surtout manifestée par les pratiques et les exemples d'une vie chrétienne. Tout bon exemple a une grande force pour former des imitateurs ; mais l'exemple domestique d'un bon mari, étant continuel, fait une impression plus profonde sur Je cœur d'une femme. Les relations d'intimité , de confiance et d'araour qui existent entre un mari et une femme , font recevoir à celle-ci de pareils exemples , non-seulement avec estime et avec respect, mais encore avec affection et avec tendresse. Si donc vous montrez de la piété et de la religion , rien qu'en vous voyant , votre femme se sentira portée à vous imiter.
Alors vous pourrez dire que vous aimez réellemen votre femnia de cet amour surnaturel dont Jésus-Christ aime son Eglise, et vous accomplirez ce précepte de l'Apôtre : Viri, diligite uxores vestras, sicut Christus dilexit Ecclesiam. Par ce moyen , vous ferez de votre état un état de paix et de bonheur pour la vie présente , et une source de grâce et de prédestination pour la vie à venir.
Je vous ai parlé très au long de la préparation au sacrement de mariage et de la conduite à tenir dans cet état ; mais , en dernière analyse , tout se réduit à ce point important, religion et religion par-dessus tout!