‹ Cours d'instructions familières (volume 2)Chapitre 39 sur 43 · INSTRUCTION XLV · texte numérisé non relu

INSTRUCTION XLV

Devoirs da mari en qualité rt'épouv

Après l'explication des devoirs qui sont communs à l'un et à l'auîre des époux, II est nécessaire de parler de ceux qui sont propres et particuliers à chacun d'eux : car s'ils ne sont pas d'accord dans l'accomplissement de leurs devoirs respectifs, il n'y aura-iamais aucune harmonie dans le mariage.

des Sacrements. 343

Cette matière est très-étendue et exigerait de grandes explications, car les obligations varient selon les conditions, les caractères et les circonstances ; dans l'impossibilité de tout dire , je me conf* tenterai de toucher les points généraux , laissant au jugement dé$ directeurs la décision des cas particuliers.

Commençons par les devoirs du mari. Or, pour bien connaître les devoirs du mari envers la femme, il faut remonter à leur principe et à leur source. Les saints Pères remarquent que la charge d'un mari envers sa femme est d'une nature tout-à-fait particulière, et qu'on ne rencontre rien de semblable dans les autres conditions. Pourquoi cela? Parce qu'elle consiste dans l'union de deux choses qui semblent être opposées l'une à l'autre. Le mari , en effet, en vertu de son mariage, est supérieur à la femme , et il est en même temps son époux ou son égal.

En qualité de supérieur, il doit la regarder comme lui étant inférieure et soumise ; en qualité d'époux , il doit la traiter comme son égale. Il doit donc se conduire de manière à exercer sur elle ses droits de supérieur, sans blesser sa qualité de compagne ; de même aussi il doit la traiter comme sa compagne, sans qu'elle cesse d'être dépendante de lui. Chose difficile à concilier à la vérité, mais non pas impossible, puisqu'elle est nécessaire.

Dieu, dit saint Ambroise , eut en vue et signifia clairement la réunion de ces deux qualités dans le mari, par la création d'Eve, en la formant, non de la tête ni des pieds, mais d'une côte d'Adam : Quia non domina, nec ancilla parabatur Adaino, sed socia; nec de capite, nec de pedibus, sed de latere erat producenda. Le Seigneur voulant, d'un côté , lui donner l'égalité avec son mari, ne la forma pas des pieds de celui-ci , mais d'une partie voisine de son cœur ; voulant, d'un autre côté, qu'elle fût soumise à son mari et dépendante de lui, il ne voulut pas la former de la tète ; et de plus, il prononça peu après ces paroles qui expriment la puissance et la juridiction maritale : Sub viri potestate eris , et ipse dominabitur tut. Ainsi, et par sa conduite et par ses paroles , Dieu établit dans Adam, et successivement dans tous les maris , le double titre de supérieur et d'égal.

Or, c'est de ces deux qualités, maris chrétiens, que naissent tous les devoirs que vous avez à remplir envers vos femmes, devoirs que l'on peut facilement réduire à ces deux principaux : les aimer comme vos compagnes, et les diriger et les gouverner comme vos inférieures. Vous accomplirez le devoir d'égal ou d'époux par l'a-

mour ; et celui de chef de la maison , par la direction et le commandement.

Les aimer comme vos compagnes. Dernièrement , en vous expliquant les devoirs communs aux deux époux, j'ai placé en premier lieu l'amour. Or, cet amour, qui est un devoir mutuel., est de plus, par rapport au mari, une obligation très-spéciale. L'Ecriture sainte veut que la femme se distingue spécialement par sa soumission , parce que , par sa nature, elle est portée à secouer le joug de l'obéissance, matières subditœ estote viris veslris ; mais elle veut aussi que le mari se distingue par l'amour, parce que l'homme est très-porté à abuser de son autorité , viri, diligite uxores vestras. (Colos. m, ISet 19. )

Or , le grand secret pour exclure tout abus de votre autorité , c'est de les aimer, viri, diligite uxores vestras. Aimer votre compagne, c'est la regarder comme une partie de vous-même , et dire avec Adam, au moment où il vit Eve auprès de lui : Hoc nunc os ex ossibus meis et caro de carne meâ. ( Gen. n, 23. )

Cet amour qui ne doit pas être un amour purement extérieur et sensible, doit nécessairement produire les trois effets suivants qui sont des qualités essentielles : l'honorer, l'assister et la supporter avec patience; l'honorer comme l'exigent son rang et sa condition, l'assister dans ses besoins, et la supporter dans ses défauts.

1° La respecter selon son rang, qui n'est pas celui d'une esclave ou d'une servante, mais d'une compagne , dépendante de vous à la vérité, mais cependant toujours digne de respect et d'honneur, dit 6aint Pierre, malgré la faiblesse naturelle de son sexe , impertientes honorem quasi infirmiori vasculo muliebri. Ils pèchent gravement sur ce point, ces maris qui ne savent prendre avec leurs femmes que des manières grossières et rebutantes, et qui les regardent avec mépris, les insultent continuellement de la manière la plus indigne. Hors de leurs maisons., dans les conversations et dans les sociétés du monde , ils sont d'une humeur gaie, d'un commerce doux et agréable; mais dans leur famille et à l'égard de leur femme, ils sont toujours de mauvaise humeur , toujours chagrins et irrités. Or, c'est là une conduite grossière, injuste et contraire à votre alliance qui est une alliance d'amour. C'est assurément une condition bien triste pour une femme que d'être associée à un homme de ce caractère, à un homme qui, quoiqu'elle dise ou qu'elle fasse , n'a jamais que de mauvais compliments à lui faire, qui a toujours le feu dans les yeux et les reproches sur la langue, qui est

toujours fâché et en colère, qui ne commande Jamais avec dou« ceur, et qui ne sait jamais parler poliment et de bonne grâce.

Ce serait bien pire encore si, aux paroles grossières, il joignait les mauvais traitements et allait jusqu'à la frapper. Un homme de ce caractère ne mérite plus le nom de mari , ce n'est plus qu'un être brutal et dénaturé ; car étant devenu , par le mariage , une seule et même chair avec sa femme, et erunt duo in carne unâ ; en la maltraitant, il se maltraite lui-même. Et puis aimant si peu sa femme, comment cet homme pourra-t-il se flatter que cette femme l'aime sincèrement, ou qu'elle n'aime pas d'autres hommes que lui, elle qui se voit d'autant plus courtisée et honorée par les étrangers, qu'elle est plus outragée et maltraitée par son mari ? Je ne sais comment il pourrait l'espérer. Cette humeur atrabilaire et ces emportements sont donc une des principales causes de l'infidélité des femmes. Plus vos mauvais procédés les indisposent contre vous, plus elles sont tentées de s'attacher à d'autres.

Mais le respect que vous devez à vos femmes., ne doit pas seulement consister à vous abstenir de toute parole grossière et de tout mauvais traitement, mais encore à leur donner des témoignages d'estime et à leur faire part de vos projets et de vos affaires, surtout lorsque vous vous apercevez que votre femme est une personne qui a de la capacité, du jugement et du tact. Si, en vertu du mariage, tout devient commun entre les époux , pourquoi ne se communiqueraient-ils pas aussi avec confiance leurs affaires d'intérêts ?

Je ne puis donc approuver ces maris qui ne font jamais part à leurs femmes de leurs projets , qui ne veulent recevoir d'elles au< cun conseil, qui font tout par eux-mêmes, comme si leur femme était une étrangère qui doit ignorer toutes leurs déterminations.

Aussi, n'est-il pas rare de leur voir porter la peine de cette conduite si secrète et si cachée. Combien qui n'auraient pas eu à se repentir de s'être jetés dans des entreprises ruineuses, si avant de s'y engager, ils avaient consulté leur femme et suivi ses avis ? Mais arrivons au second point.

Au respect que vous devez à votre femme, il faut en second lieu ajouter l'assistance ou le soin à subvenir à ses besoins et à l'entretenir selon sa condition. Il convient qu'une femme ait une mise modeste et proportionnée à son rang, dit saint Paul, dans sa première lettre à Timothée : Similiter millier es in habitu ornato , cum verecundiâ et so^rietate ornantes se.D'après cela, un mari

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ne doit pas laisser sa femme manquer des choses nécessaires i son entrelien et convenables à son rang.

A cet égard , on peut tomber dans un excès de prodigalité ou dans un excès d'avarice. Parmi les maris , les uns n'aimant qu'euxmêmes , ne pensent qu'à se contenter et à se satisfaire en tout , sans aucun égard pour leur femme et pour les enfants dont elle se trouve chargée. Ils dépensent à tort et à travers, dans les auberges, dans les théâtres et les parties de plaisir ; tandis que leurs femmes, manquant des choses les plus nécessaires, sont obligées de suppléer , par leur propre industrie , aux folles et coupables dépenses de leurs maris. Quand on considère de près une pareille conduite, on est forcé de convenir qu'il est bien pénible pour une femme de se voir obligée de porter le poids de toutes les privations, tandis qu'un mari, sans économie et sans cœur, dépense tout hcrs de la maison pour entretenir et contenter ses honteuses passions. Il est donc grandement coupable le mari qui réduit sa femme à une situation si triste et si douloureuse.

D'autres , par une sordide avarice , se condamnent eu^-mJmes et leurs femmes à une économie si rigoureuse, qu'ils sont fc fcé s'imposer les plus grandes privations, et qu'ils ont plus à souffrir de l'avarice qu'ils n'auraient à souffrir de la pauvreté même. Qu'une pareille conduite est blâmable dans le mari, et que la femme est alors digne de compassion !

Ces deux excès révoltants sont également contraires à la tendre sollicitude avec laquelle vous devez pourvoir aux besoins de vos femmes. Que serait-ce si, pour se procurer les choses que vous leur refusez ou pour une raison ou pour l'autre, elles s'abandonnaient à l'inconduite ? Le cas n'est pas impossible , il n'est même que trop fréquent. Voilà donc encore une autre source d'infidélités dont vous êïsa vous-mêmes la cause ; et par conséquent voilà donc encore pour vous une grave responsabilité devant Dieu.

Je sais que, quelle que soit l'extrémité à laquelle une femme se trouve réduite, elle ne peut jamais recourir à un tel moyen, puisqu'il est toujours criminel et réprouvé de Dieu ; mais je sais aussi que le besoin et l'indigence sont toujours une forte tentation , et que peu de personnes ont assez de vertu pour y résister. Si ce malheur arrivait donc à votre femme , comment vous justifierieztous de lui en avoir fourni l'occasion, ou par votre cruelle avarice, ou par vos folles prodigalités ?

Je dois encore vous faire remarquer ici une autre tyrannie qui provient des deux mêmes excès. Il y a des hommes qui accablent leurs femmes de travaux excessifs, qui les forcent de travailler du, matin au soir, sans le moindre repos ni le moindre soulagement, ne tenant aucun compte de leurs faiblesses, de leurs indispositions et de leurs maladies ; qui agissent ainsi, non par besoin, ce serait pardonnable , mais pour tirer de leurs peines de quoi accumuler toujours plus, ou de quoi alimenter leurs propres vices. Il résulte de là que souvent elles sont conduites au tombeau à la fleur de leur âge, épuisées et consumées par ces travaux excessifs. Ne peut-on pas dire que de pareilles femmes ont été véritablement tuées par leurs maris ? Est-ce là l'amour conjugal? n'est-ce pas une barbarie, une cruauté et un véritable assassinat?

Enfin, le mari doit être indulgent pour les défauts de sa femme. Mais pour quels défauts ? Je ne veux pas parler ici de certains vices qui déshonorent gravement sa conduite et qui sont contraires à la bonne administration de la maison et à ses devoirs essentiels. Il faut savoir distinguer entre défauts et défauts ; entre ceux qu'il faut supporter avec indulgence, et ceux qu'il faut corriger avec autorité. Ici, par défauts, j'entends ce qui est plutôt faiblesse que vice, ou tout an moins en matière de vices , certaines choses qui sont excusables et dont il faut avoir compassion, parce qu'elles sont l'effet du caractère, du tempérament , d'une certaine faiblesse naturelle ou bien parce qu'elles ne tirent pas à conséquence ; par exemple , un certain fond d'impatience, de vivacité et d'aigreur ou de paresse et de lâcheté. Un mari qui aime sincèrement sa femme doit se préparer de bonne heure à supporter avec patience ces défaut naturels, et à ne pas en faire un sujet continuel de reproches, de colère et de discussions qui troublent la paix domestique et finissent par des brouilleries et des désordres scandaleux. Pour vous aider à cette patience et à cette donceur, il vous sera avantageux :

1° De considérer vos propres défauts, en même temps que vous examinez ceux de votre femme. Chacun a ses défauts, et le plus grand de tous, c'est de s'imaginer de n'en avoir aucun. Si vous remarquez donc qu'il y a en vous bien des choses repréhensibles, même des choses essentielles , et qui sont une source continuelle de patience pour votre épouse, cette vue habituelle vous fera supporter avec plus de patience ce qui vous paraît repréhensible en elle. Le Oésir et le besoin d'indulgence vous rendra indulgent pour les au-

très : Supportantes invicem in mutuâ charitate, comme dit sainî Paul.

2° Il vous sera aussi très-utile, au lieu de vous arrêter à considérer uniquement les petites misères de votre compagne, d'envisager au contraire ses bonnes qualités, par lesquelles elle rachète abondamment ses défauts. Eh quoi ! elle sera pleine de bonnes qualités ; elle cherchera à vous plaire en tout et partout ; elle aura de l'esprit, de la capacité ; elle sera exacte dans l'accomplissement de ses devoirs , vigilante sur sa famille ; et parce qu'elle sera un peu brusque dans ses réponses, ua peu vive et susceptible , vous , au lieu de fermer les yeux sur cette vivacité , vous ne chercherez qu'à l'irriter davantage ; vous oublierez tant de bonnes qualités qu'elle possède , pour ne penser qu'à ce défaut et yous en plaindre sans cesse ! Votre conduite n'est certainement pas raisonnable.

3° Mais le meilleur moyen de compatir à ses défauts , c'est de l'aimer. Dans les premiers jours de votre union , tout dans votre femme vous convient et vous plaît s même ses défauts : pourquoi ? parce que vous l'aimez. Mais à mesure que la bienveillance et l'affection diminuent, au lieu d'aimer, comme auparavant ses défauts, vous en venez même jusqu'à méconnaître ses bonnes qualités. Si donc vous avez soin de conserver la même tendresse, vous ne trouverez pas en elle tant de sujets de reproches et de plaintes.

Voilà, maris chrétiens , à quoi vous oblige l'amour que vous devez à votre femme, considérée comme épouse. Votre amour doit être un amour respectueux , un amour prévoyant, un amour patient. L'Apôtre renferme tout cela en deux mots lorsqu'il dit que les maris doivent aimer leurs femmes comme ils aiment leurs corps: Virx debent diligere uxores suas sicut corpora sua. Il vous avertit en même temps qu'être le chef et le supérieur de son épouse, ce n'esf pas être un maître ni un despote, et que cette supériorité doit être modérée, douce et affectueuse, comme celle que notre âme exerce sur notre corps qui dépend d'elle.

Dites-moi, je vous prie, y a-t-il quelque danger qu'une personne se maltraite elle-même et qu'elle haïsse sa propre chair ? Non certainement : Quis unquam carnemsuam odio habuil? Avec quelle attention et quelle sollicitude ne fournissez-vous pas à votre corps le vêtement, la nourriture, l'habitation , le lit et tout ce qui est nécessaire à ses besoins et même à ses plaisirs ? Et si un bras , une jambe, un membre quelconque se trouve souffrant , quel est celui

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d'entre nous qui, au lieu d'en avoir compassion, de le soulager et de le traiter avec douceur, conçoive de la haine et de l'indignation contre lui ? Telle est l'attention amoureuse et la charité dont vous devez user envers votre femme , erunt duo in carne unâ.

Enfin, n'oubliez jamais qu'elle est votre compagne ; que, par amour pour vous, elle a laissé sa famille , son père , sa mère , ses frères , ses sœurs , peut-être même sa patrie, pour s'abandonner tout entière entre vos mains et se confier à votre loyauté. Vous devez donc lai tenir lieu de père, de mère, de frères, et lui faire retrouver en vous tout ce qu'elle a perdu de plus cher. Cette seule réflexion, si vous avez un peu de sentiment , doit certainement suffire pour vous animer d'une tendre bienveillance envers votre femme. Si vous ne vouliez pas avoir pour elle ces justes égards que la nature et la religion exigent de vous., vous deviez rester seul. C'a été , de votre part, une bien triste pensée que celle de vous unir à une femme pour faire son malheur, devenir son bourreau, causer peutêtre sa damnation et très-certainement la vôtre.

Malgré tout ce que je viensdedire, on peut aussi, en cette matière, pécher, et beaucoup de maris, en effet, pèchent par une excessive condescendance; je veux dire , en se faisant les esclaves de tous les caprices et de tons les travers de leurs femmes. A ceux-là, je leur dirai qu'ils doivent encore se souvenir qu'ils ne sont pas seulement les époux de leurs femmes , mais encore leurs supérieurs; qu'ils ne doivent pas seulement les aimer, mais qu'ils doivent sser de leur autorité pour les diriger et les conduire : second devoir qu'il ne faut pas séparer du précédent, et dont je vous parlerai dans ma prochaine instruction.

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