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Cours d'instructions familières

Après avoir parlé de la prière en général , je vais maintenant vous expliquer en particulier celte divine prière que Jésus-Christ nous a proposée comme le modèle et la règle de toutes les autres, et que pour cela on appelle vulgairement Oraison Dominicale , c'est-à-dire prière du Seigneur , et autrement le Pater. Cette prière est si importante et si nécessaire , que les saints Pères l'appeliem; quotidienne , et que les saints conciles veulent que tous les fidèles , selon leur capacité, non-seulement l'apprennent et sachent la réciter de mémoire, mais encore qu'ils la comprennent suffisamment j au point qu'on ne peut pas même donner le nom de catholiques s ceux qui l'ignorent.

unir. Fam. il. I

J PART. ir. IXST. X.'

En effet comme les vérités que nous devons crOirè sont contenuei dans le Symbole des apôtres , ainsi les choses que nous devons demander et espérer de Dieu , sont renfermées dans le Pater. Et de même aussi que pour l'exercice de notre foi , la récitation matérielle du Credo ne suffit pas , ainsi pour l'exercice de la vertu d'espérance, la récitation matérielle dvi Pater ne suffit pas no ii plus. Il importe donc de bien comprendre ce que l'on dit quand ou s'adresse à Dieu par cette prière.

Mais avant d'entrer dans l'explication des diverses demandes qui /a composent , je dirai quelques mots sur son excellence et sur le» fautes que l'on commet ordinairement en la récitant. Le Pater est incontestablcmentla plus excellente des prières vocales, soit à raison de son auteur , soit à raison des choses qu'elle renferme , soit enfln à raison de son efficacité.

1* A raison de son auteur qui est Jésus-Christ, le Fils éternel de Dieu fait homme , la sagesse incarnée. Dieu même. Nous voyons dans l'Evangile qu'il nous a enseigné cette divine prière en deux circonstances : la première fois en public , dans le célèbre sermon sur la montagne. C'est alors que, parmi les diverses instructions qu'il nous a laissées , venant à parler de la prière , il dit que les païens croyaient que pour bien prier il fallait s'étendre en de longs discours ; mais que la prière ne consiste pas dans la multitude des paroles , in nmUiloquio, mais dans la pureté de l'intention , dans l'énergie et l'ardeur des sentiments. Il nous prescrit donc la formule que nous devons employer. Pour vous , vous prierez ainsi : Vos autem sic orabilis , Pater noster, (Malth. vi, 9.) La seconde fois en particulier : un jour qu'ayant fini sa prière , un de ses dis- Diples s'approcha de lui et lui dit : Domine 3 doce nos orare. Le Sauveur, pour toute réponse, lui répéta la môme formule. Avonsnous besoin d'autre motif pour faire une grande estime de cette prière ? C'est Dieu qui l'a composée , elle est l'œuvre de Dieu ; or Dieu seul connaît , et ce que nous devons demander et la manière dont nous devons le demander pour être exaucés de lui.

2° En outre, le Pater est la plus excellente des prières à raison des matières qu'elle contient: car elle renferme en quelques mots tout ce que nous pouvons raisonnablement demander à Dieu et dans l'ordre le plus parfait et la meilleure méthode.

Elle est très-courte , tous peuvent facilement l'apprendre et la retenir de mémoire ; et il n'y a pas un homme si borné et si stupide qui puisse prétondre le contraire. Elle est très-juste dans ses de»

DE l'oraison dominicale. Z

•mandes , embrassant tout ce que nous pouvons légitimement cl(5sirer et pour la vie présente et pour la vie future. Il y a dans ses demandes nn ordre parfait: on y demande d'abord à Dieu de nous donner les vrais biens et ensuite de nous préserver du vrai mal.

Quant aux vrais biens, nous demandons d'abord celui de Dieu qui ne peut être que sa gloire extérieure , et ensuite le nôtre ; mais avec une certaine gradation ; avant toul.le bien céleste qui est son règne, puis le bien spirituel qui est raccomplissement de sa sainte volonté, et enfln le bien temporel qui est l'entretien de la vie présente. De même pour le péché , nous demandons d'abord d'être délivrés du péché qui s'oppose au bien céleste , ensuite des tentalions qui s'opposent au bien spirituel , et enfin nous prions Dieu de nous préserver de l'adversité qui s'oppose à notre bien temporel.

Cet ordre admirable nous fait toujours mieux connaître le divin auteur de celte prière ; c'est un ordre , dit saint Augustin , que nous devons , avec une certaine proportion , observer dans toutes les autres prières que nous faisons et qui ne peuvent être agréables à Dieu, si elles ne sont pas conformes à celle-ci et quant à la qualité et quani à l'ordre des demandes ; conformité requise d'abord dans les demandes. Nous pouvons bien , continue le même Saint , nous servir d'autres formules et d'autres mots , mais nous ne pouvons demander que ce qui est renfermé dans cette prière. Toute prière qui ne se rapporte pas à une de ces demandes, est indigne d'un chrétien et nesauraiiètre exaucée. Conformité quanta l'ordre, donnant toujours la préférence aux choses les plus importantes , telle que l'honneut et la gloire de Dieu, la grâce d'arriver à notre fin bienheureuse, l'accomplissement de sa très-sainte volonté ; et pour les biens tem porels, ne les demandant jamais que d'une manière subordonnée J ceux dont je viens de parler, selon celte maxime de Jésus-Chris que j'ai tant de fois déjà citée : Ç«^nfe primùm regnum Dei e jusliiiam ejus , et licecomnîa adjicientiir vobis.

o' Enfin celte prière ayant été composée par Jésus-Christ mêm( et étant si parfaite par sa nature , il s'ensuit qu'elle est encore la plus puissante, la plus efficace ei\a plus propre à nous concilier la miséricorde de Dieu, soit à raison du mérite de celui qui nous l'a enseignée , soit à raison du mérite de celte prière , la plus parfaite qui se puisse concevoir.

£n effet , si lorsque nous avons à présenter une supplique à an souverain pour obtenir quelque faveur, nous en avions une qui fious eût été dictée par le propre fils de ce prince , il est bien certaio

t PAUT. II. INST. I.

que nous n*en irions pas chercher une meilleure et plus capable d« nous obtenir l'objet de nos désirs. C'est précisément l'avantage de l'oraison dominicale: c'est une supplique que nous présentons à Dieu le Père , mais une supplique que nous a dictée Jésus-Chris! lui-même de sa propre bouche , Jésus-Christ qui est le maître infaillible de la prière , qui s'intéresse pour nous , qui non seulement est le^Fils de Dieu , mais qui de plus nous sert d'avocat auprès de lui« il.est donc impossible que Dieu n'écoute pas favorablement cett« prière , si noas la faisons comme il faut , puisque , pour nous adresser à Dieu, nous empruntons les paroles mêmes de son divin Fils. Jésus-Christ, d'ailleurs, nous ayant assurés que nous obtiendrons de son Père tout ce que nous lui demanderons en son nom : 5» quicl petieritîs Patrem in nomtne meo , dabit vobis , à combien plus forte raison serons-nous exaucés, dit saint Cyprien , lorsque nous nous servirons, pour le demander, des paroles mêmes que Jésus-Christ a placées dans notre bouche.

Mais en quoi consiste précisément l'efficacité de cette prière ? Selon le sentiment des saints Pères, en ce qu'elle a la vertu d'effacer les fautes vénielles que les justes commettent chaque jour et dont ils obtiennent le pardon , principalement par la protestation qu'ils pardonnent à ceux qui les ont offensés. Cette prière, disent-ils, est un remède journalier qui purifle notre âme des fautes journa» lières.

Ils ajoutent encore qu'elle est médecinale et sanctifiante ; récitée avec foi et confiance , elle nous procure une augmentation de grâces si nous sommes justes ; récitée avec des sentiments de componction , elle amollit notre cœur et le prépare à une vraie conversion, si nous sommes pécheurs.

Tout ce que je viens de dire doit vous montrer quelle estime vous devez en faire, avec quel soin vous devez l'apprendre, avec quelle attention vous devez la réciter et combien vous devez la répéter souvent. Toutes les autres prières sont bonnes , excellentes ; iuais celle-ci est par excellence la prière du chrétien. Lors même que vous «eriez ignorants, dépourvus de toute instruction, que vous ne sauriez pas d'autre prière , vous ne devez pas vous inquiéter ; contentezvous de faire celle que Jésus-Christ nous a apprise , faites-la bien , répétez-la avec sentiment, avec affection et dévotion , cela suffit. Quelle prière plus agréable à Dieu que celle-là ?

Vous redites toujours la même, mais qu'importe ? si vous ladites av2C plélé, vous en retirerez du fruit chaque fois que vous la té*

T)2 L'Cr.AISON DOMINICALE. $

pèlerez. Jésus-Christ nous a donné l'exemple de ceue conduite ; nous TOyons qu'au Jardin des Olives, il répéta trois fois la même prière i Oravit tertio eumdem sermonem dicens. (Marc, xiv, 39.) Les saints élisaient la même chose; ils passaient les jours et les nuits à répéter avec la plus grande ferveur les uns une oraison jaculatoire, les autres une autre ; et plus ils la répétaient , plus ils se sentaient portés à la redire, et toujours ils se sentaient plus saintement toucliés et attendris.

L'essentiel , c'est de la réciter avec piété et non par routine. Jésus-Christ, en nous l'enseignant, a voulu qu'elle fût pour tous les chrétiens une source de grâces et de bénédictions ; mais elle reste infructueuse pour la plupart des chrétiens , par le mauvais usage qu'ils en font. Comme celte prière est une des premières choses qu'on ait apprises dans son enfance , qu'on la récite malin et soir, et qu'on la répète très-fréquemment , on finit par la dire . os fer» veur , sans le moindre désir d'obtenir ce qu'on demande et même avec des dispositions toutes contraires ; aussi dans la bouche d'un grand nombre de chrétiens, au lieu d'être une prière , c'est plutôt une dérision, un jeu, voulez-vous le voir?

Nous disons : Sanctificetur nomon tuum , Seigneur , que votre nom soit sanctifié. Or c'est h nous qu'il appartient de sanctifier ce saint nom ; mais y pensons-nous ? Désirons-nous sincèrement et avec ardeur que le Seigneur soit connu , loué et adoré de tous les hommes? Quel zèle avons-nous pour les intérêts de sa gloire? Quel soin apportons-nous à le glorifier en nous-mcmos et dans les autres? C'est déjà beaucoup si nous ne déshonorons pas ce saint nom par le péché et si par notre mauvaise conduite, par nos mauvaisexemples et nos scandales, nous ne fournissons aux autres l'occasion de le déshonorer aussi.

Adveniat regnum tuum : que votre règne arrive ; c'est-à-dire le règne de votre grâce dans notre cœur en cette vie , et le règne de Tolre gloire en l'autre. Mais comment ce règne arrivera-t-il , si aç lieu de faire régner Jésus-Christ dans notre cœur , nous y faisons régner le démon en obéissant à ses suggestions , en faisant ses œu« vres; si nous nous livrons au démon de l'impureté, de la colère, tic l'avarice et de la gourmandise ! Comment ce règne s'établira-t-il, ri nous ne pensons pas môme à cette félicité à laquelle Dieu nous appelle, et si, comme de vils animaux, nous avons toujours les yeux attachés à la terre , disposés à ne la jamais quitter si cela dépendait de vous.

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