PART. II. INST. X
ftat vokintas tua: que votre sainte volonté soit faite. Mais en réalité la faisons-nous nous-mêmes, ou tout au moins désirons-nou» de la faire ? Ne remarquons-nous pas que nous voulons mille choses que Dieu ne veut pas^ tandis que nous ne voulons rien de ce que Dieu '^Yeot, que nous sommes sans soumission , sans patience et sans ré> 'tsignation dans les peines et les disgrâces que la volonté de Dieu nous Jménage.
• Nous lui demandons le pain de chaque jour , panem nostrum •quotidianum da nobis liodiè , el noas ne sommes jamais contents du nécessaire et du convenable; au contraire nous sommes insatiables dans nos désirs ; et peut-être même , au lieu de nous contenter de notre pain , nous commettons toutes sortes d'injustices pour nous emparer de celui des autres.
Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; dimitte nobis débita nostra sicut et nos dimittimus debiloribus nostris. Or , est-il bien vrai que nous pardonnons, que nous pardonnons sincèrement et de cœur? Si Dieu nous prenait au mot et nous pardonnait de la même manière que nous pardonnons aux autres , serions-nous contents et satisfaits ?
Seigneur , ne nous laissez pas succomber à la tentation ? Et ne nos inducas in tentationem : mais avec cela , de quelles précautions usons-nous pour prévenir ces tentations? Quelle promptitude mettons-nous à les combattre lorsque nous en sommes assaillis? Ne les recherchons-nous pas imprudemment, ne nous y jetons-nous pas aveuglément, ou au moins ne les entretenons-nous point volontairement et avec réflexions en nous-mêmes ?
Délivrez-nous du mal : libéra nos à malo. Mais le seul mal qui loità craindre, c'est le péché ; or c'est précisément celui que l'on traint le moins et même que l'on ne craint pas du tout. Délivrez' nous du mal , et avec cela, on passe des semaines et des mois avec des fautes très-graves sur la conscience. Oh ! quelle contradiction entre notre langage et nos sentiments , entre nos prières et nos oeuvres !
Cette contradiction , vous la verrez encore mieux par l'explication de chacune des demandes du Pater. Mais en attendant , je vous le (emande, où est notre bonne foi , où est notre sincérité ? Une pareille prière n'est qu'un acte ridicule, plein de mensonges et d'hy- Jocrisie , pour ne pas dire une insulte et une dérision envers Dieu.
Mais quelle est la source de ce désordre , chrétiens ? C'est qu'on ne comprend pas ce que l'on dit, ou au moins on n'y réfléchit pas»
DE l'oraison dominicale. 7
Car si od le conipieiiail et si on y réfléchissait, on aurait honte de «oi-mênie et de ses mauvaises dispositions , et par conséquent on concevrait au moins un vrai désir de clianger , et ce bon désir suffirait pour rendre celte prière agréable à Dieu et proOtable à celui qui iafait. Concluons de là que, comme il est impossible de bien vivre sans bien prier , puisque la prière est le canal de toutes les grâces; de ujèiue il est impossible de bien prier si l'on ne vit pas bien ou si l'on ne désire pas au moins de vivre chrétiennement. Nous sommes pécheurs parce que nous prions mal, et d'un autre côté , nous prions mal, parce que notre vie est mauvaise.
Ce n'est pas que je prétende que les pécheurs doivent s'abstenî/ de réciter l'oraison dominicale , non sans donte , telle n'est pas ma conclusion. Q uelles que soient les dispositions de notre cœur, quel que soit l'état de notre âme, nous ne devons jamais cesser de faire celte prière qui nous a été expressément recommandée par Jésus-Christ; mais méditons bien les paroles que nous adressons à Dieu; et, trou» vant dans notre intérieur tout le contraire de ce qu'exprime notre bouche, livronJ-uous à une salutaire confusion jointe à un désir ardent de changer de \'ie. Prions Jésus-Christ , qui est l'auteur de cette prière et qui l'a placée dans notre bouche , d'en être aussi le sanctificateur, en nous animant de son divin esprit , de sorte que notre cœur désire réellement ce que notre bouche demande , et que nosaffections , nos désirs etnos œuvres soienten tout conformes à celte prière.Si vous priez ainsi, soyez certains que votre prière sera précieuse devant Dieu et produira dans votre âme ces fruits de grâce et de salut que Jésus-Christ a eus en vue en nous la donnant.
Je ne dois pas omettre de vous faire remarquer ici, en finissant, un autre avantage de cette prière , avantage qui vous portera puissamment à la faire comme il faut; c'est que chacune de ses parties peut nous servir de pieuse aspiration dans les diverses circonstances de la vie. Je vous ai déjà dit qu'on peut accomplir le précepte de toujours prier, par la pratique fréquente des oraisons jaculatoires. Nais les diverses demandes du Pater' sont précisément tout autant d'oraisons jaculatoires parfaitement adaptées aux diverses situations où lious pouvons nous trouver.
Voulez-vous vous exciter à la confiance en Dieu? Invoquez Dieu par le doux nom de Père : Pater noster qui es in cœlis»
Voulez-vous bénir, louer et remercier le Seigneur? dites : Sanctificeiur nomen tuum. Etes-vous sous le poids des calamités et des
s PART. II» INST. XI.
peines de celle vie ? dites : Adveniat regnutn tinmi. Seigneur, donnez-moi une place dans voire royaume.
Eles-vous dans l'affliction , dans les tribulations et les maladies? dites : Fiat voluntas tua siciit in cœlo et in terra.
Etes-vous dans la pauvreté et le besoin ? dites : Panemnostrum <jUOlidianum , da nobis liodiè.
Etes-vous molesté, injurié et persécuté par les hommes? dites: Dimitle nobis débita nostra sicut et nos dimittimus debit07'ibus nostris : Pardonnez-moi comme je pardonne.
Eles-vous assailli tantôt par une tentation et tantôt par une autre? dites, Seigneur ne permettez pas que je succombe à cette tentation: Et ne nos inducas in tentalionem.
Eles-vous enGn dans la crainte et dans l'appréliension de quelque mallieur? dites: Seigneur délivrez-moi de tout ce que vous savez être mal pour moi : Scd libéra nos à malo.
Vous récitez cette prière tous les jours , mais vous la dites plus de bouche que de cœur : vous 1» dites sans attention et sans réfléchir à ce que vous demandez : voilà pourquoi vous n'obtenez rien, ou presque rien. Si vous preniez l'habitude d'en répéter quelque demande le long du jour , il vous serait facile de la réciter toute avec attention et de cœur.
Ces observations préliminaires me paraissent suffire pour vou9 faire comprendre l'excellence de cette prière, et en môme temps pour vous engager h la réciter d'une manière convenable. Mais les instructions suivantes vous feront encore mieux comprendre ces deux choses*
INSTRUCTION XI
De l'introduction de l'oraison nominicale.
rOraison Dominicale , dont je vous ai donné une idée générale dans ma dernière instruction , est composée de sept demandes pré* «édées d'une courte introduction qui sert de préparation à ces demandes ; cette introduction très-propre à nous rendre Dieu propice et favorable, et surlout à nous disposer à bien prier, est conçue £11 ces termes : ISolrePère qui êtes aux deux. 11 est évident que
DE l'oraison dominicale 9
ces mots ne renferment aucune demande ; c'est un exorde , nne invocation , mais une invocation admirable et affectueuse qui nous prouve toujours plus l'importance de celte prière.
Quel prodige en effet, s'écrient les saints Pères, quel prodige qu'il nous soit permis à nous, viles créatures , en nous adressant à Dieu, de l'appeler Notre Père ? Et cependant non-seulement Dieu jfiousîe permet; mais il nous l'ordonne même. Qui de nous aurait osé, en s'adressantà Dieu , lui donner ce nom , si Jésus-Christ luimême ne nous avait enseigné à lui parler ainsi f
Aussi l'Eglise, à la sainte messe, fait-elle précéder cette prière de ces paroles d'excuse : Prœceplîs salutaribus monili et divinâ institutione formati , audemus dicere: Pater noster, etc. Ce qui vent dire : Nous ne nous permettons d'employer ce nom que parce que nous en avons reçu l'ordre de Jéeus-Christ: ro5 auteni sic orabitis.
Voyons donc es que signifient ces paroles ; elles sont très-courtes à la vérité , mais elles sont pleines de sens. Voyons pourquoi Jésus- Christ veut, qu'en nous adressant à Dieu , nous nous servions du nom de Père , plutôt que de tout autre ; en quel sens Dieu est appelé Notre Père; pourquoi nous disons Noire eX non pas mon Père ,et enfin pourquoi nous ajoutons: Qui êtes aux deux.
Et d'abord quant à la première question , il ne manquait certainement pas, dit le catéchisme romain, d'autres titres pour invoquer Dieu dans la prière , comme celui de Roi des rois, Seigneur des seigneurs , Dieu de majesté , souverain Maître , Juge suprême et autres semblables , qui tous sont des titres très-vrais et qui conviennent parfaitement à Dieu. Mais non, Jésus-Christ a voulu choisir le nom le plus tendre et le plus affectueux , le nom de Père, nom àf* douceur et d'amour dont il s'est ser\1 lui-même en tant d'autres cir constances, en nous parlant de Dieu : Votre Père vous voit, votrt Père vous écoute^ votre Père connaît vos besoins , et autres expressions de ce genre que l'on trouve dans l'Evangile. Et pour quel motif Jésus-Christ ne cessait-il de nous imprimer cette idée de Père , de nous faire connaître et invoquer Dieu sous ce nom ? C'était surtout pour exciter dans nos cœurs les sentiments nécessaires à la prière, je veux dire, une vive confiance d'obtenir ce que nous lui demandons. En effet, quel est le fils qui n'espère d'être exaucé de son père ? Quel est le père qui ne désire de faire plaisir à son fils dans ce qui est juste et raisonnable ? Or , n'en sera-t-il pas de même de Dieu qui est un Père sans comparaison meilleur et plus
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tendre que tous les pères de ce monde. Car, auprès de lui ceux-ci ne méritent pas même le doux nom de père , comme Jésus-Christ nous en avertit : Patrem nolite vobis vocare super terrain ? Jésus- Christ met dans notre bouche ce nom , pour exciter dans notre cœur une certitude infaillible d'obtenir ce que nous demandons ; rien ne nous montre mieux son amour pour nous , la tendresse de son cœur , et le plaisir qu'il éprouve à nous^iaii'e du bien et à nous Becourir.
Mais Dieu est-il véritablement notre Pèie ? Oui : il est notre Père premièrement à titre de création et de coaservaiion. C'est lui qui nous a donné l'être et qui nous le conserve. En ce sens , tous les hommes peuvent appeler Dieu leur Père, parce que tous sont Bes créatures, tous ont été tirés du néant par lui et formés à son image et à sa ressemblance , et parce que c'est encore lui qui chaque jour les protège, pourvoit à leurs besoins et à leur nourriture avec une tendresse vraiment paternelle.
Mais par rapport à nous, chrétiens. Dieu est notre Père d'une manière très-spéciale et dans un sens tout particulier. Outre que nous pouvons , avec tous îes hommes, l'appeler notre Père , parce qu'il nous a créés et qu'il nous conserve, nous avons un autre titre qui n'appartient pas au reste des hommes , mais à nous seuls ; titre grand , glorieux et sublime, je veux dire le tiire del'adoption divine que nous avons acquise par le baptême. Dans ce sacrement. Dieu ne nous a pas seulement délivrés de l'esclavage du démon , mais il nous a réellement adoptés pour ses enfants. Et en ce sens il est mille fois notre Père, puisque, chaque fois que nous perdons par le péché celte vie surnaturelle que nous avons reçue dans le baptême, il est prêta nous la rendre et il nous la rend en effet par le sacrement de pénitence.
Celte divine adoption est un privilège qui nous dislingue de tous les autres hommes, et qui nous donne un droit spécial d'appeler Dieu notre Père. Saint Jean , en méditant une si grande faveur , en éiait ravi d'admiiation et s'écriait: «Voyez l'immense et l'incompréhensible bonté de Dieu, qu'une misérable créature, qu'un homme méprisable, soit appelé enfant de Dieu, et même qu'il le soit réellement : Vt Filii Dei nominemur et sîmus. » {I. Joan. m, 1.)
Oui, chréiiens , si nous sommes en état de grSce, nous sommes dans on sens très-rigoureux les enfants de Dieu; non pas par nature , parce qu'en ce sens le Père ne peut avoir d'autre Fils que le Verbe divin ; mais par adoption : Accepistis Spiriium adoptionis ^
DE l'oraison dominicale. H
inquoctamamus abba Pater. (Rom. viii, 15.) Et comme les enfants adoptifs deviennent, en vertu de l'adoption, les frères des enfants légitimes; de même nous, en vertu de celte divine adoption, nous sommes les frères de Jésus-Christ ; de plus , comme les enfants adoptifs acquièrent un vrai droit à l'héritage paternel j ainsi nous , en vertu de l'adoption divine , nous avons acquis un vrai droit d'entrer un jour avec Jésus-Christ en possession du royaume de Dieu: UcBredes Dei , cohceredes aulem Christi. (Rom. viii, 17.)
Voilà donc avec quelle affection nous devons réciter cette parole, lorsque nous disons à Dieu notre Père. Nous devons être animés delà double affection , et des enfants, dans l'ordre de la nature et des enfants dans l'ordre de la grâce.
Mais, me direz-vous, ceux qui sont en état de péché mortel , et par conséquent dans l'inimitié de Dieu , ne peuvent donner ce doux nom à Dieu , au moins en ce second sens ?
Ceux-là certainement ne peuvent être comptés parmi les enfants de Dieu, puisqu'ils ont perdu ce titre par le péché ; et si, malgré leur état , ils continuent à lui donner ce nom, ils doivent trembler que le Seigneur ne leur jette à la face ce reproche qu'il faisait autrefois aux Hébreux. « Je ne suis pas votre Père, vous avez pour père le démon , puisque vous apprenez le mal de lui, que vous vous étudiez à vous conformer à ses désirs iniques et à lui ressembler f.n tout » : Vos ex "patre diabolo estis et desideria palris vestri viiUîs perpcere. (Joan. viii, W.) Cependant si vous me parlez de f es pécheurs qui désirent sincèrement se convertir , Dieu leur permet d'employer ce nom, pourvu qu'ils le lui donnent avec les sentiments d'humilité et de componction , dont était pénétré l'enfant prodigue, à son retour vers son père, après ses égarements : « Mon Père, disait-il , j'ai péché contre le ciel et contre vous ; je ne sois plus digne d'être appelé votre fils : Pater peccavi in cœLum et coram te. » (Luc. xv , 21.)
Remarquez en effet ici, en passant, que Jésus-Christ', en mettant dans notre bouche ce nom de Père, a voulu non-seulement ranimer notre confiance , mais de plus en appeler à nous-mêmes et à notre conscience.
Et d'abord il a entendu , dit saint Cyprien , nous rappeler Tobligation de nous conduire comme de vrais enfants de Dieu, de manière que si, de notre côté, nous nous réjouissons d'avoir Dieu pour Père, il puisse lui aussi se réjouir de nous avoir pour enfants. Or quels sont les devoirs d'un enfant envers son père î II y en a trois
IJ PAr.T. II 1>ST. Xî.
principaux, l'amour , le respect et robéissance. En qualité d'enfants de Dieu , nous devons donc Taimer , et c'est surtout le devoir du cœur ; Tlionorer , et c'est le devoir de la langue qui le pratique par les paroles d'estime et de respect ; cnOn lui obéir , et c'est le devoir de la volonté ; on accomplit es devoir surtout par les œuvres, par l'exacte et soigneuse observation de ses commandements. Si nous n'accomplissons pas tous ces devoirs, il a parfaitement droit de nous adresser ce reproche : Si Pater ego siim , ubi est honor meus ?(Malach. i, 6.) Si je suis votre Père , montrez , par Totre respectueuse soumission, que vou3 êtes mes enfants ? Mais ce n'est pas tout.
Jésus-Cliristavoulu de plus nous rappeler la sublime dignité de notre état, et par là, nous porter à ne pas le déshonorer par notre conduite. Car de même que le fils d'un grand roi , l'héritier de la couronne , ne doit pas s'abaisser à une conduite méprisable et indigne de sa naissance, et qu'au contraire il doit avoir des sentiments , des goûts et des mœurs dignes de son rang et de sa condition ; ainsi nous , en nous rappelant que nous sommes les enfants de Dieu, destinés à régner éternellement avec lui, nous devons soutenir la grandeur de notre litre , par la sainteté de notre vie et de nos mœurs, et ne pas l'avilir par des actions indignes de notre ^ état ; comme font tant de chrétiens qui ne sont occupés que des intérêts de la terre , et qui se rendent les vils esclaves des passions bonteuses , de l'argent , des plaisirs , de i'ambition , de l'impureté et de la gourmandise. Fieconnaissez , ô chrétiens , dit saint Léon , votre grandeur et n'allez pas la déshonorer par une conduite toutà-fait méprisable : A 5rnc>5ce, cliristiane , dignitaîem tiimn , et divines consors natures , noli in vétéran vilitatem degeneri conversations redire. Si l'on examine la plupart des chrétiens, quelle différence irouvera-t-on entre leur conduite et celle des païens, qui ne croient et n'attendent rien au-delà de celle vie ? Ob I quel désordre révoltant!
Pourquoi Jésus-Christ ordonne-t-il à chacun de nous d'appelet' Dieu nolrePère et non pas mon Père ? Pourquoi ne pouvons-nous pas dire mon Père au lieu de notre Pare ? Dans les autres prières , nous pouvons bien dire mon Père, comme nous disons »mom Du,'» , mon Créateur, etc.; mais dans la récitation de l'Oraison Dominicale , il ne faut pas changer une syllabe. Aussi ne devons-nous pas dire : Mon Père, donnez-moi aujourd'hui mon pain de chaque jour, pardonnez-moi mes oftenses ; mais donneî-nous , pardonnez-nous.
DE l'oraisox dominicale, 15
La raison de cela en est, que Jésus-Clirist veut par là nous inspirer l'amour et la cliarité pour nos frères.
En nous apprenant à dire noîre Père, il nous fait connaître que Dieu est le Père commun de tous les '^hommes et que tous, tant que nous sommes , riches et pauvres, grands et petits, savants et ignorants , nous n'avons tous qu'un seul et même Pèie ; que par conséquent nous devons tous nous regarder et nous comporter comme des frères les uns envers les autres, nous aimant mutuellement, nous intéressant les uns aux autres, supportant mutuellement nos défauts, nous secourant dans nos besoins, ne méprisant jamais le prochain, quelque différence qu'il y ait entre nous et lui , parce que nous ne formons tous qu'une seule et même famille dont Dieu est le Père. Vous voyez donc que cette seule parole devrait bannir de notre cœur tout sentiment d'orgueil , de fierté , d'envie , de jalousie, de rancune, d'aigreur et en même temps esciteren nous une tendre affection pour le prochain.
En effet, si Dieu qui estinGniment au-dessus de nous, ne dédaigne pas de nous regarder et de nous traiter tous comme ses enfants , pourquoi refuserions-nous de nous considérer et de nous traiter comme des fi ères? Puisque tous les hommes jouissent de l'estime etde la bienveillance de Dieu , pourquoi ne mériteraient-ils pas la nôtre?
Un des principaux devoirs que Jésus-Christ veut nous , inculquer dans cette introduction , comme aussi dans tout le Pcite7- , c'est de prier pour les autres et de les aider du secours de nos prières. Disons donc ?îo^re Père et non pas mon Père', donnez-nous notre pain quolidien , et non p's donncz-woi , parce que quand nous prions Dieu , nous ne devons pas le prier pour nous seulement , riiais encore pour tous les chrétiens , nous devons demander aussi pour eux les mêmes grâces spirituelle* et temporeiles que nous demandons pour nous. Voilà pourqaoi saint Ambroise appelle l'Oraison Dominicale , la prière fralernelle.
N'allons pas nous imaginer de perd^^e quelque chose en priant pour les autres : cette objection est vraie pour les demandes adressées aux grands de ce monde , dont on a d'autant moins à espérer que le nombre des suppliants est plus considérable , parce que leur générosité et leur puissance ont des bornes. Mais il n'en est pas ainsi de Dieu à qui il ne conte pas plus d'en écouter et d'en exaucer mille qu'un seul. En priant pour les autres, nous prouvons la haute idée que nous avons de lui, puisque nous reconnaissons»