PART. II. INST. XI
par là , qu'il pense à fous , qu'il pourvoit à tous et prend soin de tous. Une telle prière est donc tout à la fois plus aR"éable à Dieu et plus profitable à nous-mêmes.
La raison en est qu'alors notre cœur est animé de la charité fraternelle. Si nous ne prions que pour nous, nous y sommes déterminés par notre intérêt ^t l'amour de nous-mêmes; mais lorsque nous prions pour les autres, nous y sommes portés par l'amour du prochain. Et comme celte vertu est si agréable à notre Seigneur , nous nous rendons par celte disposition plus dignes d'obtenir ce que nous lui demandons pour nous-mêmes. Mais nous y trouvons de plus un avantage réciproque ; car si nous prions pour les autres , eux aussi prient pour nous ; et si les autres profltent de nos prières , nous profitons aussi des leurs.
Il nous reste à voir pourquoi nous ajoutons ces mots : Qui êtes aux deux. Dieu n'est-il pas présent partout? Il est vrai que Dieu par son immensité est présent partout sans être contenu par aucun lieu ; cependant on dit qu'il fait son habitation dans le ciel, pour trois raisons :
1° Parce que le ciel est la partie la plus belle et la plus magnifique de l'univers, et que c'est là que le Seigneur étale toutes les pompes de sa grandeur et de sa majesté, en se manifestant aux anges et aux saints, et en les rendant participants de sa gloire. On peut donc dire en toute rigueur que c'est dans le ciel qu'il déploie les richesses de sa cour et de son trône royal.
2° Pour nous imprimer une plus haute idée de la majesté suprême qui siège dans les cieux et devant laquelle nous ne sommes que de vils et méprisables versde terre. Par conséquent si le nom de Père, par lequel nous nous adressons à lui , doit nous inspirer «ne grande confiance et une sainte hardiesse , ces mots , qui êtes aux cieux, doivent nous remplir de respect et de vénération en nous rappelant que nous parlons , non plus à un père terrestre , mais à un père céleste , à un père tout-puissant, environné de gloire, de majesté et de splendeur,
3° Enfin pour nous montrer le grand, le précieux, l'inestimable héritage qui nous attend là haut ; et pour élever, par cette pensée, notre esprit, notre cœur et nos désirs, en les détachant des misérables objets de la terre où nous n'avons pas une demeure permanente, mais où nous ne sommes qu'en passant. îSon liabemus hic manentem civitatem, sed futuram inquir^mus . (Hebr. xiii, 5.)
01a belle invocation donc que celle-ci t.Vo^re Père ^in' éles àua