PART. II. IXST. XII
grandeur , sa puissance , sa bonté , en un mot l'ensemble de ses inOnies perfections. Les Livres saints emploient ordinairement ccite expression, pour signifier les divers attributs de Dieu et le culte relatif qui leur est dû. Ainsi la sainte Ecriture nous dit que le nom de Dieu est terrible , qu'il faut invoquer son saint nom , qu'il faut l'adorer et placer en lui toute notre confiance , que ce nom est toute notre gloire , notre espérance et notre bien ; ces expressions et les autres de ce genre ne signifient pas autre chose sinon que Dieu seuï esta craindre, que lui seul mérite d'être invoqué et adoré, que lui seul peut satisfaire nos désirs et procurer notre vrai bien.
Voulez-vous savoir la raison d'un tel langage : c'est que tout ce qu'il y a de bien et de perfection est le nom de Dieu ; il est le juste, le saint , le puissant , le grand , ou plutôt il est la justice , la sainteté, la puissance , la grandeur par essence. Ainsi , lorsque nous disons : Que votre nom soit sanctifié , c'est comme si nous disions : Sei' gneur soyez sanctifié.
Mais ici se présente aussitôt une diiHculté. Comment peut-on faire à Dieu une telle demande, puisque Dieu est infiniment saint par lui-même , ou plutôt , puisqu'il est la sainteté par essence, quel besoin a-t-il donc d'être sanctifié ?
Remarquez que le mot sanctifie?- peut se prendre en deux sens ; il signifie rendre quelqu'un saint, ce que Dieu fait par rapporta nous, en nous communiquant la grâce sanctifiante ; et en ce sens il est très-vrai qu'il ne peut être sanctifié , puisqu'il est lui-même la source de toute sainteté et que c'est de lui qu'elle se répand dans les autres êtres. Le mot sanctifier signifie encore reconnaître quelqu'un pour saint, le traiter comme tel , c'est en ce sens que nous disons 5a/icn7ié'r/(?5/y;e5, c'est-à-dire, les respecter et les traiter comme des jours saints. Or c'est de cette seconde manière que nous demandons que Dieu soit sanctifié. Il est très-saint à la vérité , mais peu et bien peu d'hommes lui rendent les honneurs et les hommages qui lui sont dus. Combien n'y a-t-il pas en effet d'infidèles da:\s le monde qui ne le connaissent pas, et dont par conséquent il ne peut recevoir aucun honneur? Combien d'hérétiques qui ne lui rendent .qu'un culte fauv et qui l'outragent? Combien de mauvais chrétiens '.qui veulent vivre à leur caprice et qui ne font pas le moindre cas jde ses ordres et deses lois? Nous demandons donc qu'il soit connu, (respecté, servi et adoré de tous les hommes , que sa gloire se dilate let s'étende toujours davantage, et que, comme les anges et les saints îdans le ciel ne font que bénir et louer le Seigneur , de même sur
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la terre, toutes les nations et tous les peuples s'unissent dans la connaissance . l'amour et le culte du vi ni Dieu.
L'objet précis de cette demande est donc proprement la gloire de Dieu ; non pas la gloire essentielle et intérieure qu'il possède en lui-même , et qui le rend parfaitement heureux et content , sana avoir aucun besoin de nous; mais cette gloire extérieure et accidentelle qu'il peut et doit recevoir de ses créatures.
Remarquez en passant combien est juste une pareille demande: en demandant à Dieu que son nom soit sanciiOé, nous demandons pour nous-mêmes la fuite du péché, l'accomplissement de ses divins préceptes, la pratique fidèle de l'Evangile , la foi , l'espérance etia charité , et tout le culte que prescrit la religion ; car sans cela Dieu ne reçoit pas de nous la gloire qui lui est due. Nous demandons en outre que les infidèles se convertissent à la connaissance du vrai Dieu , que les hérétiques abjurent leurs erreurs, que les schismatiques rentrent dans l'unité de l'Eglise , que les pécheurs sortent du péché et que les justes persévèrent dans la grâce du Seigneur. Celte demande, en un mot, embrasse tous les moyens d'honorer Dieu et toutes les personnes qui peuvent le glorifier. Concluez de là combien elle est importante et nécessaire , et avec quelle ardeur nous devons demander que le nom de Dieu soit sanctifié. Si notre demande était exaucée, on' verrait le péché banni du monde ei toutes les vertus y fleuriraient à la place.
Quelle est en eflet la source de'ce déluge de crimes qui inonde la terre ? C'est que Dieu n'est pas connu , et n'étant pas connu, il n'est pas respecté et obéi comme il devrait l'être. Delà la duplicité , les fraudes , les rapines , les fornications, les adultères ; de là les blasphèmes, les parjures; delà un libertinage effréné et des désordres sans fin : ISon est scîentîa Dei in terra , ideà vialediclum et mendacium et Iwmiciclium et furtiim et aclulterîum inimdaverîint, (Osée. VI, 2.) Nous devons donc demander avec ardeur que le divin nom de Dieu soit sanctifié ; car à la gloire de Dieu sont attachés notre bien temporel et notre bonheur éternel.
Mais, me direz-vous, pourquoi prier Dieu qu'il soit glorifié des hommes? ne faudrait-il pas plutôt prier les hommes de glorifier Dieu ?
Non sans doute , parce que l'homme , par ses seules forces naturelles, est incapable de rendre à Dieu l'honneur qui luiestdû. Voilà pcu''quoi nous le prions de nous donner la force de pouvoir l'honorer t'^ncment. C'est pour celte raison qu'on recourt toujours à