‹ Cours d'instructions familièresChapitre 69 sur 70 · PART. III. IXST. XXIII · texte numérisé non relu

PART. III. IXST. XXIII

Evitons ce péché avec soin , chrétiens. Si la crainte de la justice luiuaine suffit pour retenir notre main, que la crainte de la justice jiivii.e , dont les châtiments sont tout autrement sévères , sûrs et inévitables , suffise pour retenir votre langue et enchaîner vos passions , de sorte que vous ne fournissiez jamais à qui que ce soit l'occasion de s'offenser , et que vous soyez vous-mêmes toujours disposés à pardonner chrétiennement les injures , à rendre le bien pour le mal , à respecter tout le monde et à conserver la paix avec tous.

La pâlie liCe, la douceur et la bonté , telles sont les vertus caractéristiques et la marque infaillible du chrétien. Ces vertus sont l'ob» jet des dérisions et des sarcasmes du monde qui les qualifle de faiblesse , de bonhomie , de petitesse d'espnt et de bassesse de cœur;r.':ais souvenons-nous qu'il y a une opposition essentielle entre les maximes du monde et celles de l'Evangile , et que c'est pour cela que le monde est maudit et réprouvé de Jésus-Christ. Si BOUS Vuulons être chrétiens, si nous voulons nous sauver, nous devons nous attacher aux maximes de Jésus-Christ et non à celles da monde , et par conséquent travailler sans cesse à réformer notre cai-actère , à le vaincre et à le rendre doux, s'il est porté aux dis* putes , à la colère et à la rancune.

Je dois enfin vous avertir , suivant encore en cela la doctrine de Jésus-Christ dans l'explication du même précepte , que sa transgression emporte avec elle l'obligation de faire au prochain une réparation et une satisfaction proportionnée à l'injure qu'on lui a faite. D'abord il y a obligation de réparer les dommages causés au prochain par le meurtre , par les blessures et les mauvais traitements sur sa personne. Il faut donc réparer de la manière la plus conveiiiîbie, les torts faits aux personnes intéressées. En second lieu, Il y a obligation de satisfaire pour l'offense que vous avez faite par ros actions ou par vos paroles. La foi humaine nous enfaitunde« wir, à plus forte raison la loi divine.

Cest par là que Jésus-Christ conclut ses instructions : Si offcrs munus tuum ad altare et tibi recordatus fueris quod frater taus huhet aiiquid adversiim te, relinqueibi munus tuum, et l'ade pvlùs reconciiiari fratri tuo ( Matth. v, 23 ). Si lorsque vous rou* présentez à l'autel pour faire une offrande , vous venez à vous rappeler que votre frère a quelque sujet de mécontentement contre ♦oiii» , laissez là votre offrande et allez auparavant vous réconcilier ûvfic lui. Ce (liil vflut au luoins dire : si vous avez occasiocné queî>i:. j

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préjudice à votre prochain , il faut le réparer et rîiK'cinni-cr entièrement ; si vous l'avez offensé , outragé et morilGé, il faut iui demander pardon et lui donner une satisfaction suffisante.

Je dis au moins , car les paroles de Jésus-Clirist, à les prendre à la rigueui" , exigent quelque chose de plus. En effet , il ne vous dit pas : Si vous avez offensé votre "prochain. ; mais ce qui est bien différent : Si vous vous souvenez que votre prochain croît avoir été offensé par vous , sirecordatus fucris , quod f rater tiiushabet aliquid adversum te , c'est-à-dire quoique vous ayez la cens.* cience de ne lui avoir donné aucun sujet de s'offenser , cependant vo I? ne devez rien négliger , pour effacer ses mauvaises impressions, pour détruire ses soupçons et rétablir l'union et la bonne harmonie entre vous. Et tout cela doit se faire avec tant de promptitude , que vous n'ayez pas même la hardiesse de vous présenter à moi ni pour faire des offrandes , ni pour recevoir les sacrements, ni pour m'a» dresser des prières , avant d'avoir donné satisfaction aux personnes offensées , et avant d'avoir fait tout ce qui dépend de vous , pour opérer une entière réconciliation et dissiper tous les ombrages qu'il a conçus contre vous : Vade prius reconciliari fratri tuo.

Voyez donc , chrétiens , jusqu'à quelle rigueur et jusqu'à quelle délicatesse a porté l'observation de ce précepte notre divin légis» lateur Jésus-Christ , ce Dieu si jaloux de la concorde et de la charité. Ah ! que de haines implacables seraient prévenues , que de cruelles vengeances on verrait s'éteindre si ces divins enseignements, si ces instructions si justes et si sages étaient observés; si au moins ceux qui ont offensé le prochain par colère ou par inad» vertance , allaient s'excuser et demander pardon ou par eux-mêmes ou par la médiation de quelque autre !

Appliquons-nous donc soigneusement à mettre fidèlement en pratique ces leçons et ces préceptes de Jésus- Christ , puisqu'ils ont pour objet le bien général de la société et le bien particulier de chacun , et qu'ils n'ont pas d'autre but que de nous rendre , autant qu'il est possible , tranquilles et heureux, même pendant la vie présente : Ut tranquillam et quietam vitam aganius.

Il n'est pas parlé, dans ce commandement, du pardon des injures : l'auteur a traité ce sujet en expliquant la cinquième demande de roraison dominicale. Le scandale que la plupart des auteurs rapportent à ce peuple, « été traité en pe.claut de la charité. {Noie du Traducteur^

rAr.T. in; i?:sT; %xivi

INSTBT^CTION XXÎV,

Sixième commandement. De l'adultêr®.

Il y a, selon les saints Pères, deux sources d'où découlent tous les péchés des hommes ; Cappélil irascible et l'appétit concupiscible- Le premier nous porte à la colère, au ressentiment et à la vengeance; lo seconda l'assouvissement des passions impures. Détruire le premier est le but du cinquième commandement que je viens de vous expliquer ; et détruire le second est la fin du sixième que j'entreprends de vous expliquer aujourd'hui.

Ce sujet est de la plus grande importance d'une part, et de l'autre il est si difficile et si délicat, que beaucoup de personnes pensent, à cause de cela, qu'il vaudrait mieux passer cette matière sous silence. Cependant, je ne suis pas de cet avis. Il me semble qu'il faut sacrifier cette délicatesse en faveur de tant de gens qui en ont un si grand besoin. J'espère d'ailleurs, avec le secours de Dieu, en parler avec tant de prudence, que mon instiuction sera utile uas, uns sans être funeste aux autres.

Et précisément la prudence que nous devons observer sur cette matière, doit vous faire conclure quelle est l'énormité de ce crime, puisque on ne peut en parler sans danger, lors même qu'on n'en parle que pour en inspirer l'horreur : quels ne sont donc pas l'aveuglement et nilusion de ceux qui veulent l'excuser en le traitant de faiblesse et de fragilité pardonnable ? Mais entrons dans notre sujet.

Quoique à s'en tenir à la lettre, Dieu semble ne nous défendre, dans ce précepte, que l'adultère seul, c'est-à-dire, la violation du lit nuptial, ou de la fidélité conjugale, il est très-certain, cependant, d'après l'enseignement unanime des saints Pères et des théologiens, qu'outre l'adultère il défend encore toute espèce d'impureté extérieure, soit de parole, soit d'action. Il ne peut en être autrement, puisque nous verrons que le Seigneur, par un précepte spécial qui est le neuvième, défend même de désirer la femme d'autiui : Non eoncupisces uxorem proximi tui.

Mais si toute impureté extérieure est défendue, pourquoi Dieu He nomuie-t-il formelleaienl que l'adulttre ? Pour deux raisons : premièrement parce que sous le voile du mariage il est plus facile

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de cacher les désordres et les conséquences abominables de tant de mauvaises fréquentations , et que, par conséquent, il est plus facile de les commettre. Ensuite parce que , comme dit Je Catécliisme romain , outre la laideur qui est commune à tous les péchés déshonnêtes , celui-ci renferme encore une malice spéciale , surtout dinjustice contre le prochain, par l'abus qu'il fait du mari ou de la femme d'autrui. Et comme le Décalogue est une loi de justice, le Seigneur , après avoir défendu d'enlever au prochain la vie du corps par l'homicide , nous défend , dans celui-ci , de lui enlever, par ladullère , l'honneur, qui est le plus précieux de tous les biens après la vie corporelle.

J'ai dit que ce péché reaferme pi'încîpûlêmmt un caractère d'in» justice, car ce n'est pas sa seule malice intrinsèque. Il renferme une triple malice, il est une triple injure : la première au sacrement, la seconde à l'époux ou à l'épouse , et la troisième aux enfants.

1* C'est une injure au sacrement , c'est-à-dire à la sainteté du mariage qu'il déshonore et qu'il profane. Chacun sait que le mariage qui , dans le commencement, n'était qu'un contrat naturel , quoiqu'il eut été béni de Dieu dès son institution, a été élevé par Jésus-Christ i la dignité de sacrement conférant la grâce , destiné à sanctifier les époux et à représenter par l'union conjugale les plus sublimes mystères de notre foi , c'est-à-dire l'union hypostatique du Verbe divin avec sa très sainte humanité, et l'union morale de Jésus-Christ avec l'Eglise son épouse : Sacramentum hoc magnum est in Çhristo et in Ecclesid (Ephes. V. 32). Ainsi remarquez bien ceci : la matière de ce sacrement n'est pas une chose morte et inanimée, comme l'eau, dans le baptême, l'huile, dans l'extrême-onction, mais ce sont les époux eux-mêmes ; et ils ne sont pas seulement la matière du sacrement pendant que le mariage se contracte ; mais ils continuent encore de l'être après qu'il est contracté ; puisque tant qu'ils ne sont pas séparés par la mort, ils ne cessent jamais de représenter les deux mystères qu'ils flgurent. Si vous me demandez ce que c'est, dans le christianisme, qu'un mari et une femme, je vous réponds que ce sont deux personnes sanctifiées par un sacrement, en venu auquel elles sont toujours une vivante image dn Verbe incarné et un symbole vivant de son amour pour l'Eglise.

Cela posé, qui ne voit l'outrage horrible que l'adultère fait à ce grand sacrement, puisque, par ce mélange avec une personne étrangère, il abuse d'une chose qui est très-sainte et qui continue d'éu-e un signe sacré et vénérable des mystères les plus subUmes ? Le chré-

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3cn qtfiLouibe clans rc ciiine, commet donc une espèce de sacrilège qui ajoute une malice énorme au péché des infidèles. Et voilà précisément la raison pour laquelle les adultères sont appelés sacrilégéï par les lois civiles et canoniques : Sacrilegos nuptlarum violatores. Sans doute, une personne libre qui a commerce avec une personne mariée , n'est pas totalement exempte de cette profanation, puisqu'elle coopère avec l'autre à un abus sacrilège : mais cet abus est double, si l'une et l'autre sont engagées dans le mariage.

2° Outre cette malice de profanation qu'un pareil crime renferme par rapport au sacrement , il contient une seconde malice d'injustice et d'usurpation par rapport à l'époux innocent.

Car vous n'ignorez pas que, par le mariage , chacune des parties s'oblige envers l'autre : Mulier non habet polestatcm sut corporiSf sed vir , similiter et uxor viri (I. Cor. vu, k) . Cette obligation est mutiiplle , et par conséquent la fidélité que les conjoints doivent se garder est aussi récipi'oque. Ils se la sont jurée devant Dieu et de* Tant l'Eglise , et en vertu de cet engagement , hors du lien conjugal, ni l'un ni l'autre ne peut donner à personne aucun droit sur son cœur et moins encore sur sa personne.

L'injustice de l'adultère est donc claire et évidente , puisqu'en entretenant des relations étrangères , il dispose de ce qui n'est pasà lui contre le droit légitime de sa compagne [et vice versa) . Injustice qui ne cesserait pas lors même que , par un excès d'infamie que l'on ne devrait pas supposer , les époux se donneraient un consentement et une liberté réciproques ; car le droit acquis par le mariage est d'une nature telle, qu'il ne peut ni s'aliéner ni se transférer à d'autres. Toute liaison et toute fréquentation criminelle avec des personnes étrangères, sera donc toujours une vraie usurpation et un véritable vol.

Usurpation et vol que rien ne sauvait excuser ; car si une per- Jonno afi'amée et sans pain s'empare du pain d'autrui , chacun a Coni-iission d'elle ; tandis que tout le monde est indigné contre cefoi qui vole ayant du pain dans sa poche. Vous me comprenez. Je ne veux pas dire que les personnes libres soient innocentes , lorsqu'elles se laissent entraîner par leurs passions impures ; cependant il aie semble qu'elles sont en quelque sorte excusables. Mais quelle ombre d'excuse peut alléguer une personne mariée , qui , ayant sa ûiaison pleine de biens , va encore voler le bien d'autrui ? La fragilité de la chair est toujours une excuse vaine et ridicule ; mail Quelle ^ju'elle soit, vous n^ couver vous en servir en aucune my

Dlère, vous à qui le mariage offre un remède contre les penchants naturels.

3° Enfin il y a souvent dans ce péché une troisième malice , je veux dire un dommage et un préjudice grave par rapport aux enfants. Et comment ? par le moyen des fruits étrangers et illégitimes que de semblables fréquentations jettent dans votre famille et dans celle des autres , au préjudice des enfants légitimes dont ils mangent injustement le pain , et au préjudice des familles dont ils confondent ei bouleversent les successions. Et n'est-ce pas encore 00 désordie très-funeste , que les fruits du péché et de la prostitution viennent usurper et partager les droits qui n'appartiennent qu'aux fruits de l'amour conjugal ? Ces intrusions sont très-faciles à cacher ; mais malheur à celui qui , content et satisfait de les avoir ensevelies sous le voile du mariage , ne pense point à réparer les torts qui en résultent pour,les enfants légitimes ! Il a causé ces torts par son péché, et il est rigoureusement obligé de les réparer.

Par les trois raisons que je viens de vous donner , il vous est facile de comprendre la gravité spéciale et la difformité d'un tel péché. C'est la plus grande injure qtu puisse être faite au mariage , considéré , soit par rapport au sacrement , soit par rapport à la fidélité mutuelleque les époux se doivent , soit par rapport aux enfants dont il est la source légiiime : en un mot, c'est un pécbé qui est Tanéantissement de tous les devoirs du mariage. Une fois qu'il est entré dans ce saint état, il n'y a plus entre les époux, ni respect, ni confiance, ni affection mutuelle : les liens que Dieu a formés entre eux leur deviennent odieux et insupportables ; de là, tant de séparations scandaleuses que l'on voit chaque jour, lesquelles entraînent à leur suite les diffamations réciproques, les inimitiés déclarées de famille à famille, et un ex emple (risie et déplorable pour les infort uaés enfants qui ont le malheur d'avoir de tels perents.

C'est donc la plus grossière illusion d'aller s'imaginer que les personnes mariées puissent se permettre plus de liberté que les autres, et que cela doive se tolérer de leur part: illusion cependant qui n'est que trop répandue dans le monde. En eflet, tandis que le monde trouve juste et convenable que les jeunes gens et surtout les jeunes filles se tiennent sur leurs gardes pour ne pas se déshonorer, il considère les personnes niariées comme des gens qui ont acquis le droit de traiter et de couverser librement et sans réserve avec qui que ce soit. Mais quelle contradiction ! Les jeunes gens au nioins, étant encore maîtres dtuvmemes, pourraient se justifier

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par le prétexte de ti'ouver un époux ou une épouse pour se marier | mais les maris pourront-ils jamais invoquer un tel prétexte pouf lusîifier leurs assiduités avec une personne étrangère à laquelle même ils ne peuvent penser sans faire une injure au sacrement qu'ils ont reçu ? Sien loin que ces amitiés puissent se justiOer par l'élat du mariage, cet état, au contraire, leur imprime un caractère de malice plus grande , et elles sont assurément bien plus graves et Lien plus réprcIiGusibles dans les personnes mariées que dans celles qui ue le sont pas. Car, dans celles-ci, de telles fréquentations sont seulement contraires à Thonnêteté natui-elle , tandis que , dans les aiitres, elles sont de plus injurieuses de toutjpoint au mariage même.

Il ne faut donc pas s'étonner si Dieu , parlant de ce péché dans les divines Ecritures, ne l'appelle jamais qu'un péché grand et très-grand: Ncfas et iuùiuitas maxinia. Et , chose remarquable, Jésus-Christ lui-même , interrogé uu jour par les Pharisiens , s'il pouvait y avoir lui crime pour lequel il fût permis à un mari de se séparer de sa femme et à la femme de son mari , répondit que cela ne leur était permis que dans le seul cas d'adultère : Nisi ob fornù cationem. Par où il voulait leur dire , quelque défaut qu'ait votre mari ou votre femme , supportez-le , prenez patience ; mais s'il vous manque de fidélité , je vous permets de vous séparer , et ce crime seul peut autoriser une pareille séparation : Nisi ob fornicalionem.

Si tout cela est très-vrai , comme on n'en peut douter , pourrat-on donner le nom de sinîple galanterie à un tel crime? Je m'adresse sartout aux hommes , qui croient qu'il leur est plus pennis quauî femmes de manquer à la fidélité conjugale. Tandis que souvent ils ont la prétentio.i que îeui- épouse soit le sanctuaire même de la pudeur , eus se donnent touie sorte de liberté , comme si la loi faisait une différence entre les hommes et les femmes , et comme si l'obligation n'était pas également rigom-euse pour les deux parties. Quelques-uns même portent le scandale et l'aveuglement à un tel point, qu'au lieu de rougir de leur conduite , ils semblent se faire nn honneur et une gloire de se trouver continuellement auprès de la femme d'un autre, et tout cela au déshonneur de la religion , an scandale du voisinage et du public et au mépris de leur épouse, dont la vie n'est plus qu'une continuelle et lente agonie. Malheureux qu'ils sont ! qu'ils demandent avec instance à Dieu de faire tomber lesécaillesdeleurs yeux, de leur faire connaître toute l'énormité de ce péché et de le juger dès aujourd'hui comme ils le jugeront aa h)ur.

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Enfin , quoi qu'en pense ou qu'en dise le monde , une personne marîée , selon les principes du christianisme , est une personne liée par un nœud , tel que la uioit seule est capable de le couper; uns personne qui n'est plus libre de choisir un autre parti ; qui n'a plus le droit de plaire à d'autres , tout autre amour ne pouvant avoir en elle une fin honnête ; une. personne, en un mot, qui doit être tout entière et toujours à son mari ou à sa femme seule. Telle est l'idée que nous a laissée du mariage Dieu en l'instituant , et Jésus- Christ en le sanctifiant. Il n'y a donc pas de milieu : il faut ou renoncer à ces abominables familiarités , ou renoncer au chrijUanisme et à l'espérance du salut.

Kolite errare , saint Paul vous le déclare hautement ; Adulteri regnum Dei non possickbunt (I. Cor. vj, 9). Ne vous trompez pas, et ne vous laissez pas persuader par les maximes du monde, par les mauvais exemples et par vos passions , que ce soit là une faute légère. Dieu n'en juge pas ainsi , il nous déclare, au contraire, que ces sortes de personnes , seront exclues de son royaume et damnées pour toujours : Adulteri regnum Dei non possidebunt.

Mais, pour ne pas tomber dans de tels excès, il faut éviter les choses qui peuvent y conduire. Or , la vraie souice de ce crime , ce sont les familiarités et les amitiés qui se contractent entre les personnes mariées , de l'un et de l'autre sexe ; certains désirs et certaines affectations de plaire à ceux à qui il est défendu de plaire ; cet usage si répandu de converser intimement et familièrement avec une personne qui n'est ni votre mari , ni votre femme. Le monde cherche à justifier cet usage dangereux , en appelant cela undevoir de politesse et l'honneur de faire sa cour. Hélas! quels dangers pour la chasteté conjugale ! et lors même que, par accident, il ne se passerait rien de contraire au sixième commandement, ce qui est assez difficile à croire , je ne sais si le neuvième sera bien observé et si vous ne l'enfreindrez pas par les pensées et les désirs criminels qu'il défend sous peine de damnation. Ce qu'il y a de certain , c'est que Dieu , en nous défendant le péché , nous défend par là même tout ce qui nous expose à le commettre.

Tenez-vous donc éloignés des femmes étrangères. Pour apaiser la concupiscence de la nature corrompue , il suffit du remède que Diea a établi dans le mariage même ; et si celui-là ne vous suffit pas , soyez certains que nul autre n'y réussira. Vainement vous vous flattez qu'en vous abandonnant à la fureur de cette passion, vous TOUS ragaasierez pleinement UKC fais et qu'après cela vous rctron-

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verez le calme. Quiconque se iivre a ce crime , dit le Saint-Esprit dans l'Ecclésiastique , sera dévoré par une faim à laquelle toute nourriture paraît douce et il ne s'arrêtera plus jusqu'à la fln. Homîni fornicario omnis panis dulcîs ; non fatigabitur transgrediens usque ad finem (Ecol. xîiii, 1h]. La passion s'enflamme et il n'y a pas de vice qui , comme celui-là , accompagne Thomme jusqu'à la tombe. Tenez-vous donc en garde contre ses premiers commencements , ou au moins arrêtez-vous , si vous êtes sur le pencbaut de cet abîme ; car le mariage et l'âge même sont des remparts trop faibles contre une passion qui devient de jour en jour plus terrible à mesure qu'on la saiisfait davantage.

Jusqu'ici je vous ai parlé des époux de l'un et de l'autre sexe ; cependant, avant de terminer , je dois quelques avis aux maris. Vous ne devez pas seulement vous croire coupables des infidélités que vous commettez vous-mêmes ; mais encore de celles que vous faites commettre à vos compagnes. Et ici je ne parle pas de ces infidélités que vous voyez et que vous connaissez , et cependant que, par faiblesse ou par intérêt , ou par tout autre motif , vous avez la coupable lâcheté de dissimuler. C'est là une chose si révoltante et 61 abominable, que je croirais vous faire injure que de vous en supposer capables. Je veux seulement parler de celles que vous ne permoue?pas et que vous ignorez, mais que vous occasionnez par votre faute.

Je m'explique : j'appelle occasion coupable en premier lieu l'imprudente liberté que vous prenez de vous entretenir avec d'autres et de leur donner des témoignages d'attachement et d'affection. Cette liberté ne peut manquer de répandre la défiance et les soupçons dans l'esprit de votre compagne, et par conséquent de la tenter de se venger par d'autres affronts, des affronts réels ou supposés que vous lui faites. C'est donc pour vous une obligation rigoureuse de bien Teiller sur vous et d'éviter tout motif apparent et tout sujet de reproche sur le point de la fidélité que vous lui devez.

J'appelle, en second lieu, occasion coupable, la trop grande liberté que vous accordez à vos épouses de donner à tout le monde fibre entrée dans votre maison.

La bonne foi dont on se pique sur ce point est une véritable sottise ; on se réveille ensuite, mais trop tard, et quand le mal est déjà invétéré. Ce serait sans doute une injuste cruauté de vouloir réduire votre femme à une solitude absolue, par l'effet d'une jalousie mal entendue ; vous tomberiez alors dans une autre extrémité ; mais

DU décalogcb; '(lOf

tous dévèz cependant faire atieniion aux personnes quî viennent dans votre maison , et en éloigner celles qui ont une conduite suspecte , un caractère frivole, eiféminé , ùiondain , personnes dangereuses, qui ordinairement ne fréquentent pas longtemps une maison, sans y laisser des traces de leur passage et sans y mettre la désunion.

3'appelle occasion coupable , en troisième lieu , les manquements tux égards que vous lui devez, vos manières dures, les mauvais traitements dont vous usez envers elle et qui ne servent qu'à vous aliéner son esprit et son cœur. Une femme toujours irritée et exaspérée , si elle n'est pas douée d'une solide vertu , n'est pas loin de chercher un soulagement auprès de quelque autre , d'autant plus qu'il se trouve toujours assez de personnes mal intentionnées, toujours prêtes à profiter des discussions domestiques et même à les fomenter , afin de se mettre en votre lieu et place. 3e ne sais si vous me comprenez suffisamment ; mais vous devez me comprendre.

Voilà les occasions ordinaires qui amènent l'infidélité des femmes. Les occasions, sans doute, ne suffisent pas pour justifier leur inconduite ; mais elles suffisent pour vous rendre, vous maris, complices et responsables de leur péché devant Dieu.

Je termine enfin , maris , en vous répétant les paroles de l'Apôtre : Sacramentiim hoc magmim est, le maiiage est un grand sacrement : portez-lui donc un grand respect , surtout en pratiquant une parfaite et inviolable fidélité à vos épouses et en les aidant aussi elles-mêmes à vous la garder. Ayez soin , les uns et les autres, d'éloigner de votre cœur toute affection étrangère et plus encore toute fréquentation criminelle : car , je le répète , c'est là la grande plaie du mariage , le danger le plus funeste dans lequel vous puissiez tomber , c'est le chemin le plus sûr pour vous conduire à votre perte et à votre malheur éternel.

INSTRUCTION XXV

fiitlème précepte. De« discours et des parôleâ ôhScéHâi* Quoique l'adultère dont je vous ai parlé dernièrement soit le

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premier et le principal objet du sixième commandeiûeiu , à cause de sa grièveté et de sa malice spéciale , cependant il n'en est pas Tunique objet; car oe précepte nous défend encore toute espèce d'impureté extérieure tant de parole que d'action.

<}tiant aux actions contraires à la pureté , la pudeur ne me permet pas de vous en parler en détail ; ce n'est pas non plus ici le cas de vous en montrer la malice , les suites et les dangers ; nous en parlerons plus à propos en expliquant le troisième des péchés capitaux, laluxure. Qu'il me suffise de vous faire remarquer ici que ce péché change d'espèce selon la diversité des actes qui se commettent , parfaits ou imparfaits; ou selon la diversité des personnes avec lesquelles il se commet , mai'iées , libres , vierges , consacrées à Dieu, parentes, etc., circonstances nécessaires à exprimer pour l'intégrité de la confession.

Mais je ne dois pas passer sons silence celte espèce d'impureté qui se commet par la langue; je veux parler des discours sales, obscènes et licencieux que les théologiens appellent turpiloquia , discours honteux, et les mondains, au contraire, plaisanteries agréables et conversations piquantes. Mon intention est de vous parler aujourd'hui de ces discours infâmes qui, d'un côté, sont si funestes à la pudeur , à l'innocence et aux bonnes mœurs, et qui , de l'autre, sont si usuels et si communs à toute sorte de personnes ; non pas seulement à la populace corrompue qui n'est pas moins grossière dans son langage que dans sa vie et ses mœurs, mais encore aux personnes d'un certain rang , aux gens même distingués qui, daas leurs réunions et dans leurs sociétés, ne savent pas s'amuser, si leurs discours , ouvertement ou d'une manière cachée , ne font pas allusion à ces saletés impures et à ces obscénités dégoûtantes. Je veux vous en montrer la grièvelé , la malice et les dangers , afin que vous 'appreniez à mieux garder votre langue , si malheureusement vous avez été jusqu'ici trop libres et peu réservés dans vos paroles , et en même temps à vous tenir en garde contre ceux qui tiennent de semblables discours.

Pour être plus clair et désabuser 'beaucoup de personnes qui confondent deux choses bien did'érentes , distinguons bien ici les paroles déshonnêles des discours déshonnêtes , ou plutôt deux sortes de gens qni parlent contre la pui-eté. Les uns racontant un fait, une nouvelle ou une autre chose indilTérente , mêlent à leurs discours des expressions, des termes et des paroles indécentes qu'ils intercalent dans toutes leurs conversalions , par suite de Tba»

bitude qu'ils en ont conlractée ; mais ils ne vont pas plus loin et ils neprenîient pas formellement des choses déshonnètes pour sujet de leurs discours. Dans ce cas , ce n'est pas précisément le sujet de Iq conversation qui est mauvais , mais seulement la manioie de s'exprimer : et quoique ces soites d'expressions soient un péché dans la bouche d'un chrétien , puisque saint Paul nous défend jusqu'au simple souvenir des choses impures et immondes: FornL calio et omnis immunditia nccnomînetur in vobis (Ephes. v, 3); cependant, lorsque dételles paroles ne sont pas de nature à produire une impression honteuse , durable , comme serait un seul mot lancé en passant à côté d'une femme , ou bien qu'il n'y aurait pas danger de scandale grave , comme certaines expressions dont les parents se servent en présence des enfants qui prennent le même langage, sans le comprendre ; ces paroles ainsi isolées n'iraient pas jusqu'au péché mortel.

Mais nous devons raisonner autrement de ceux qui tiennent formellement des mauvais discours et des raisonnements sur des ma. tières déshonnètes et lascives , se servant non-seulement de pa;olcs, mais même faisant des tableaux, des descriptions et des narrations qui coniicnnent tout ce qu'il y a de plus dégoûtant en matière d'impureté , et avec les teimes dont se serviraient à peine les animaux les plus immondes s'ils pouvaient parler. Pour ceux-là, je prétends qu'il est impossible de les excuser de péché mortel.

Si on tient des discours déshonnètes, dans le but et ii;:.?::l;oa d'exciter des passions impures en soi ou dans les autres, il est indu!)itable qu'on commet une faute grave ; mais même , cette intention à part , ce sera toujours un péché grave , dès qu'il y aui-a danger de consentir à des pensées impures. Tel est l'ensei^neiacat unanime desThéologiens: Si turpiloqiiium fiât animo excilandi se vel alîos ad tiirpia , vel pericido in ca consentiendij etsi animus isle desit , est peccatum mortiferian.

Or, vu les mauvais penchants de notre nature corrompue, qui pourrait nier qu'il n'y ait toujours danger de s'y complaire et d'y consentir ? Ne pensez-vous pas ainsi vous-mêmes , quand il est question de statues, de gravures et de peiiitures exposées aux yeux du public et qui représentent des postures indécentes et des nudités scandaleuses? Mais dites-moi : les paroles et les sentiments extérieurs ne sont-ils pas autant d'images et de représentations exposées aux yeux de l'esprit comme la peinture matérielle l'est aux yeux du corps? J.iicerlaiiîment. Si je vous parle dune bataille sanglante

HOl PART. m. Î>'ST. XXV,

livrée entre deux armées , aussitôt Thorrilile tableau des armes , des combattants , des blessures , du sang, des cadavres se préseiUe à votre imagination , et en même temps des senliinenls de compassion et d'horreur se réveillent dans votre cœur , n'est-il pas vrai 'è De même, si je vous parle de saletés et d'obscénités , vos pensées cl ,vos imaginations seront pareillement obscènes ; et par suite de cela, combien vos alTections ne deviendront-elles pas facilement aussi obscènes et impures ? Le danger de prendre plaisir aux choses impures est donc inséparable de ces mauvais discours , soit pour celui qui les tient , soit pour celui qui les écoute : or ce danger suffit pour les rendre gravement coupables.

Même de la part de ceux qui les écoutent , de tels discours sont de véritables péchés de scandale , et de scandale plus ou moins grand selon Iqs personnes en présence de qui ils se tiennent. Je m'explique.

Nul doute que ce ne soit un plus grand péché de tenir de pareils discours en présence de personnes innocentes et des enfants , à cause du danger de leur apprendre le mal et de les jeter dans la voie du péché. Et il faut avouer que c'est là la source la plus ordinaire de la démoralisation de la jeunesse. On a si souvent l'air étonné de la malice prématurée des jeunes garçons et des jeunes filles , aux([ue]s on entend tenir des discours et auxquels on voit faire des choses qui font frémir : Tantidlus puer^ et tanlus peccator , comme saint Augustin disait avec amertume en panant de lui-même. Mais quelle est la cause de ce mal ? Direz-vous qu'il y a à côté d'eux quelque démon sous une forme humaine qui leur a enseigné ces infamies dont ils sont instruits de si bonne heure ? Hélas ! non ; un seul mauvais discours suffit pour cela : Corrumpunt bonos mores eloquîa prava (I. Cor. xv, 33).

Ces enfants étaient des anges de pureté , des miroirs sans tache ; ils n'avaient pas la moindre idée du mal, et toute leur innocence consistait dans l'heureuse ignorance de ce que , pour leur bonheur , ils n'auraient jamais dû savoir. Mais depuis que malheureusement ils ont entendu certains discours obscènes , on ne les reconnaît plus , parce que tout-à-coup leurs yeux se sont ouverts. Ce que la nature ne leur avait pas encore appris , un mauvais discours le leur a fait connaître ; il a d'abord piqué leur curiosité et ensuite ils oiU eu le désir d'éprouver ce qu'ils ont entendu: et ainsi, en peu de temps, d'anges qu'ils étaient, ils sont devenus des démons.

Oiî ! quel respecr on ûoh à l'innocence des <">î'^nts à cattfc de la

DO DÊCAtOGlîE. ftOS

facilité à leur occasionner de mauvaises impressions qui , une fois reçues, ne s'effacent pas facilement. C'est pour cela que les saints docteurs enseignent communément que les confesseurs eux-mêmes doivent être très-prudents et très réservés dans les confessions des enfants et dans les interrogations qu'ils leur font sur certaines matières ; et lors même qu'une circonstance serait nécessaire à expli» quer , ils doivent plutôt sacrifier riniégrité matérielle de la confes« sion , que d'exposer l'innocence du pénitent. Les confesseurs mêmes sont tenus à tant de circonspection , eux qui , dans leur ministère, n'ont d'autre but que le salut des âmes ; et tant de gens du monde

ont si peu de prudence et ne se font pas le moindre scrupule de parler sans égard , en présence de qui que ce soit, et de corrompre; l'innocence avec le venin contagieux de leurs mauvais discours ! /

Que ceux-là méditent sérieusement les paroles et la conduite de: Jésus-Christ , alors que prêchant publiquement à une grande multitude de peuple , il vit passer un enfant et l'appelant auprès de lui, il le prit par la main et le plaça au milieu de la foule : Statiiit eiim in mecUo eorum ; puis prenant un ton de majesté et montrant du doigt ce jeune innocent, il s'écria: Vce illi qui scandalizaverît timmi ex liis piisillis. Celte menace sortie de la bouche de Jésus- Christ avec cet appareil, doit vous faire comprendre l'énormité d'un tel scandale , et le châtiment sévère qui attend les langues qui empoisonnent l'innocence.

Ne croyez pas cependant que les discours obscènes ne soient scandaleux et coupables que quand ils sont tenus en présence des âmes simples. Bien de gens se l'imaginent ; aussi , quand on leur reproche une semblable conduite, ils ont coutume de s'excuser en disant : quand nous avons parlé de ces choses, nous avons bien toujours eu soin de ne pas le faire en présence de personnes innocentes; nous n'en parlons qu'entre nous autres ; nous étions tous des gens mariés , des personnes du monde et tous du même sexe , il ne peut donc pas y avoir danger de scandale.

Il n'y a pas danger de scandale? Vous n'avez donc pas une juste idée de ce péché ? Or , je vous ai déjà montré qu'en parlant de ces matières , vous exposez les personnes qui vous entendent à s'y complaire et à y prendre plaisir. Si celui qui entend ces choses , au lieu d'en avoir horreur , les écoute avec complaisance , ne sera-ce pas un péché mortel et un péché qui vous est imputable , puisque vous en êtes la cause par vos paroles obscènes? Mais lors même qu'il n'en résulterait aucun péché, cela n'csluas nécessaire pour vous rciidrc

tJbQ^ PART. III. I^ST. XXV.

coupable de scandale , il suint que vous en fournissiez l'occasion : aussi vous commettez autant de pécliés qu'il y a de personnes présentes à vos mauvais discours.

Et c'est une erreur très-grossière que de croire qu'il n'y a scanilate que lorsqu'on apprend le mal à ceux qui ne le connaissent pas encore. Le scandale est en effet plus grave alors , mais ce n'en est pas moins un que de réveiller des mauvaises pensées dans l'es- |)rit de celui qui ne les a pas actuellement ; d'autant plus que les personnes dérangées sont par là même plus portées au mal et plus susceptibles de tentations et de mauvaises impressions. C'est pour ce motif que les théologiens enseignent que les pénitents doivent, dans le tribunal de la pénitence , passer rapidement sur ces matières dangereuses , et se borner à en exprimer seulement l'espèce et le nombre, sans descendre dans les détails, pour ne pas s'e«poser à sesouiller de nouveau en remuant cette boue. Or, tirez la conclusion : si ces sortes de péché, même quand on s'en confesse, avec la honte de les déclarer au prêtre, peuvent encore exposer au danger de s'y complaire, quel danger et quel péché ne sera-ce pas d'étaler de pareilles ordures dans les sociétés , de la manière la plus impudente et la plus scandaleuse , et avec tout les raffinements d'une malice infernale ?

Voilà donc la malice intrinsèque des discours obscènes ; c'est de scandaliser en présentant à l'esprit des images honteuses et des choses qui portent à l'impureté. Ces abominables discours appi-enneut le mal à ceux qui l'ignorent ou le réveillent , l'allument et l'excitent dans ceux qui n'y pensent pas. Ce que je dis ici ne regarde pas seulement les conversations ouvertement obscènes , mais encore les paroles couvertes, voilées , les paroles à double sens , certaines figures, certains mots ou certaines équivoques dont on saisit cependant tout de suite la mauvaise signification. Et même ces plaisanteries ambiguës sont souvent encore plus dangereuses;, parcequ'elles lont plus piquantes. Plus elles plaisent, plus elles font de nial^ parce qu'on les reçoit avec plus d'avidité et qu'elles font sur le cœur ine impression plus durable.

Aussi Dieu , dans les saintes Ecritures , sans distinguer entre tel ou tel mode , défend sévèrement toute espèce de parole honteuse : Turpem sermonem deponite de ore vestro (Ephes. iv, 29). Banr nissez de votre bouche toute parole sale : omnis scrmo malus non procédât de ore vestro ; qu'il n'en sorte jamais rien d'indiîcent et. d'impur (GqIoss. m, 8}j fornicatio et omnis immundilia nec no*

fin sÉCALoeuE. 607

mînetuf în voMs , qn*!! ne soit pas môme fait mention parmi vous d'inipnrett!^ ctdeciioses déslîonnètes, et ainsi dans une foule d'autres passages.

Je vous laisse à juger vous-même , d'après tout cela , s'il est pos« sible de recevoir les excuses de ceux qui allèguent qu'ils n'ont aucane mauvaise intention en tenant des discours honteux , mais qu'ils le font uniquement par amusement et par récréation. Sotte excuseî Qu'importe que vous n'avez pas de mauvaise intention , puisque la ciiose est mauvaise par elle-même et de nature à porter au péché ! Votre intention ne peut la justifier. Tout au plus pourra-t-on dire que votre scandale n'est pas direct , nais il sera toujours indirect.

Et lorsque vous me dites que vous n'avez d'autre but que de vous amuser et de divertir la société , vous m'élonnez viaiment. Est-il possible que vous ne trouviez pas moyen de vous divertir autrement qu'en odensant Dieu et en scandalisant le prochain ? Ce n'est pas un péché de se récréer , mais toute récréation doit éviter l'offense de Dieu et le scandale du prochain. Voici le délassement spirituel que saint Paul place pour fin et pour règle de tout divei îissement chrétien : gaudetc in Domino semper. Lorsque lindécence et le scandale viennent se mêler à nos amusements , ce ne sont plus des amusements raisonnables et honnêtes, ce sont des péchés ; et alors vous n'êtes plus , vous-mêmes , du nombre de ceux qui se réjouissent dans le Seigneur , ce qui est le propre des âmes justes ; mais vous êtes du nombre de ceux qui se réjouissent lorsqu'ils ont mal fait et qui tressaillent de joie dans l'iniquité : Lcttantiir ciirn malè feceHntj et exsuUanl in rehus pessimis (Prov. ir, 14).

Prenez donc la résolution pour fruit de cette instruction , si vous êtes coupables sur ce point , de bien méditer la grièveîé de vos paroles libres et déshonnètes, et par conséquent de concevoii* un ferme propos de respectera l'avenir la chasteté des autres et de vous tenir toujours dans les bornes de la décence et de la modestie. Vous devez vous prescrire pour règle invariable de ne jamais souiller votre langue par des paroles déshonnètes , lors même que vous seriez avec des personnes qui , par la maturité de l'âge ou parla connaissance et la pratique du monde, ne rece\Taient peut-être pas une grande impression de vos discours ; parce que enfin le souvenir des choses honteuses est toujours indécent pour vous et dangereux pour les autres. Mais ces égards de respect, ayez-les surtout en présence des jeunes gens et des jeunes filles, afin que vous n'ayez jamais à vous reproçùci" U'uvoir les premiers enscigaé ie mal aui iuies i||r

&08 part; III. iNST. xvr,

cocentes. Ah ! quel horrible péché vous porteriez au tribunal de Dieu , si vous aviez le malheur d'avoir été la première cause des égarements de quelque âme jusque-là pure et innocente ! : Mon instruction doit produire un autre fruit qui se rapporte à vous, bons jeunes gens qui m'entendez. C'est pour vous une obligation rigoureuse de fuir autant que possible la société et la fréquentation de ces personnes ; vous devez les regarder comme des personnes atteintes de la peste , exhalant un souffle meurtrier , selon l'expression de l'Ecriture : Sepulchrum patens est guttur eorum , venenum aspidum sub labiis eoriim. Ce n'est pas un jugement téméraire de penser mal de ceux qui ont l'habitude de tenir des discours déshonnêtes , qui n'ont jamais que de saletés à la bouche et qui ne trouvent de goût et de plaisir que dans les infamies. La langue est l'interprète infaillible du cœur , dit Jésus-Christ : Ex ahundantiâ cordis os loquitur (Matth. xii, 36). Et comme on a droit de juger qu'une personne a la poitrine attaquée , lorsqu'elle crache les poumons , on doit dire aussi que celui qui tient des discours mal- Lonnétes a des mœurs corrompues. 11 est infiniment plus facile de vivre mal et de bien parler que de parler mal et de bien vivre. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'il n'est pas possible de fréquenter longtemps de telles personnes sans contracter leurs mauvaises habitudes. EIoigHement donc et séparation totale.

Cependant , comme il peut arriver que , malgré vous , vous vous trouviez dans des circonstances où il vous serait impossible de les éviter et de ne pas entendre leurs mauvais discours , comment devrcz-vous vous conduire dans ce cas ? D'abord n'en riez jamais , n'y applaudissez jamais , n'y prenez jamais plaisir ; ce serait les engager à continuer et par conséquent coopérer au péché d'autrui. Il y en a qui n'aiment pas à entendre de pareils discours , qui en rougissent même ; mais qui , pour ne pas être traités de bigots et de scrupuleux , font semblant d'en rire. N'est-ce pas là trahir Dieu , sa religion et sa conscience? Sachez qu'il n'est pas même permis de se montrer indiCTérent. Si vous ne pouvez toujours les reprendre ouvertement et librement , parce qu'ils sont plus âgés que vous ; si vous avez lieu de croire que la correction serait inutile , intempestive et même peut-être dangereuse ; si vous n'avez pas toujours un moyen pour détoui'ner le discours , vous devez au moins manifester votre horreur par votre silence . par un maintien grave et sévère et par un air de mécontentement. Ce langage muet sera quelïuefois plus efficace qu'une concciioij ouvcilc.

Mais celte réserve n'est pas pour vous, chefs de familles ou maîtres d'ateliers. Pour vous, vous devez vous tenir sur vos gardes,pour ne jamais souffrir de seiiiblables discours ; vous devez, au contraire, ne rien négliger pour les enipècher. La froideur et l'indolence avec lesquelles on les laisse tenir, sans la moindre opposition, sont une véritable trahison qui vous rend coupables, devant Dieu de toutes les suites funestes qui en résultent pour les mœurs de ceux qui dépendent de vous ou qui vous sont confiés; une pareille conduite vous expose aux plus terribles châtiments.

En voilà assez pour vous inspirer l'horreur des discours obscènes et licencieux, et vous mettre suffisamment en garde et contre ceux qui les tiennent et contre ceux qui les écoutent. Que votre langue soit chaste et qu'elle ne laisse jamais échapper une seule parole sale et malhonnête ; qu'elle soit pure, intègre et sans tache, telle que doit être la langue d'un chrétien, celte langue sanctifiée dans le baptême par le sel bénit, et surtout dans l'Eucharistie par le corps et le sang très-purs de Jésus-Christ. Mais que vos oreilles soient cTiastes aussi, afinde ne jamais donner accès à de semblables discours afin de les abhorrer et de les fuir et de ne jamais les accueillir avec complaisance.

Je termine par les deux avis bien formels que nous a donnés l'Esprit saiiit : IndiscipUnata iingiuetwn assuescat os tiium (Eccl. xx;n, 17). Voilà le premier, il vous regarde vous qui tenez des discours obscènes : Sepi mires tuas spinis (Eccli. xvviii, 28); voilà le second, il vous est adressé, à vous qui les écoutez avec indifférence et curiosité. 11 faut pratiquer l'un et l'autre, si l'on veut parfaitement observer le sixième commandement que je viens d'ex-i pîiquer.

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