‹ Cours d'instructions familièresChapitre 68 sur 70 · PART. m. osT. wii · texte numérisé non relu

PART. m. osT. wii

ces combats cTiin seul contre un seul , avec détermination du temps, du lieu et des armes, partent ordinairement , dans la partie qui les provoque, d'une vaine ostentation de bravoure et de courage ; dans la partie qui les accepte, ils prennent leur source dans un faisx point d'honneur. On se croit déshonoré si l'on refuse , comme s'A fallait craindre le jugement de ces insensés qui n'ont ni raison, !ii religion , ni mœurs , ni juste idée de l'honneur i et comme si on ne devait pas préférer la loi de Dieu , l'approbation et l'estime des gens de bien , à toutes les considérations humaines.

D'ailleurs, malgré tous les prétextes que l'on apporte , ces cartels ou ces duels sont défendus par toutes les lois divines et humaines. Aussi l'Eglise , pour mettre un terme et un frein à cette fureur maniaque qui fait perdre à tant de personnes la vie du corps et celle de rame , frappe d'excommunication , non-seulement les duellistes, mais encore les parrains et les témoins et tous ceux qui y coopèrent de quelque manière que ce soit , ou qui le pouvant , ne les empêchent pas , même ceiu qui n'y assistent que par pure curiosité. Telle est la rigueur avec laquelle l'Eglise poursuit cet excès , et elle a raison , puisque contre tout droit naturel et divin on prétend disposer de sa propre vie et de celle des autres , et qu'on en prétend disposer au mépris formel de toutes les défenses et de toutes les censures , même au risque de tomber tout-à-coup , par une mort criminelle , dans l'abîme de la damnation.

Que chacun donc, de quel rang et de quelle condition qu'il soit , évite avec horreur ces aveugles emportements , se rappelant que c'est une absurdité ridicide, je dirai même une sorte de superstition , que de vouloir décider par la force qui a raison ou qui a tort ; comme si Dieu devait toujours se déclarer d''une manière ostensible en faveur de l'un ou de l'autre. Dans de pareils con* llits , celui qui a raison peut aussi bien succomber que celui qui a tort: on ne peut donc , de l'issue du combat , conclure que vous, avez raison , ni que vous avez tort.

Cependant , onue se rend pas seulement coupable d'homicide, en ^tant soi-même et de ses propres mains , la vie à son prochain, tuais encore en concourant ei 3a contribuant d'une manière quelconque à cet attentat :

1* Par voie de commandement , ainsi David se rendit cou*pable de la mort d'Urie , quoiqu'elle lui fût donnée par le moyen de Joab et par l'épée des Ammonites.

2° Par voie de conseil , en encourageant les autres à le coranieft

STJ DÉCAI.OGrE. ?8î

tre , par esempTe , en exagCTaiit la grandenr de l'injure que quelqu'un a reçue et en le traitant de lâche, s'il ne tue pas son ennemi.

Ô° Par voie de protection , en recevant dans sa maison , er» mettant en quelque sorte en sûreté et en gardant chez soi des scélérats et des mauvais sujets.

On peut encore se rendre coupable d'homicide par une négli. geiîce coupable : ainsi, celui qui en frappant gravement un homme, sans avoir l'intention de le tuer, lui donne cependant la mort, est réellement coupable d'homicide. 11 faut dire de même de ces femmes qui se blessent par des travaux excessifs , en portant des fardeaux au-dessus de leurs forces, ou par d'autres excès , lors même qu'elles n'en a':raient pas eu i'intcntion ; de même aussi de ces maris féroces et brutaux qui ne craignent pas de maltraiter leurs femmes pendant qu'elles sont enceintes ; de même encore des parents qui étoufl'ent , sans le vouloir , leurs enfants en bas âge , pour vouloir les faire coucher avec eux dans le même lit , sans prendre les précautions voulues; enfin des médecins, des chrirurgiens et des apothicaires , si par négligence ou par ignorance , ils causent la mort des enfants dans le sein de leur mère ; de tous ceux en ua mot, qui , ne prenant pas les précautions et les soins nécessaires , sont causes de la mort de quelqu'un , sans même avoir Tintentioa de la procurer.

Mais tout ce que nous avons dit jusqu*id du meurtre des antres, doit à plus forte raison s'appliquer au meurtre de soi-même. Et qui en doute ? Comme nous ne sommes pas les maîtres de la vîe des autres , nous ne le sommes pas non plus de la nôtre. Elle appartient essentiellement à Dieu , c'est un dépôt que le Seigneur nous a confié, qu'il nous a ordonné de garder et de conserver jusqu'à ce qu'il lui plaise de nous le redemander. Nous donner la mort à nous-mêmes , serait donc une véritable transgression de ce précepte; quel que soit d'ailleurs l'état oii nous nous trouvons: :e serait même un crimo d'autant plus énorme , qu'il est en môme 'emps irréparable; car celui qui se suicide , se donne une double mort, celle du temps et celle de l'éternité ; il se prive du temps de faire pénitence, et il se précipite sans remède dans la damnation Herneile.

Et cependant combien ce crime n'est-il pas fréquent et ordinaire le nos jours ! A tout instant on entend raconter la niorttragiquj da quelqu'un : celui-ci s'est coupé la gorge , celui-là s'est brûlé la cer" Telle , uo tel s'est précipité d'une hauteur pour pe tuer , un tel autre

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s'est jeté clans une rivière pour se noyer , un autre s'est empoisonné. Que signifie cela ? Cela nous prouve la corruption des mœurs et l'extinction de la foi. La corruption des mœurs produit nécessaire- ! ment les malheurs , le désespoir , les catastrophes et certains revers ' Çrès-sensil)les auxquels humainement parlant on ne voit pas de '•emède. La perle de la foi fait que ces sortes de personnes , dans ces affreuses positions, prennent la vie en horreur et se persuadent qu'il vaut mieux se détruire et se donner cette mort qui devrait les faire trembler plus que tout autre : de là , de sang froid et avec pleine réflexion , elles vont au devant de cette mort et se la donnent de leurs propres mains. Ce qui conduit à cet affreux parti , c'est le désespoir et l'esprit d'irréligion : car les bons chrétiens , quelles que soient les afflictions et les tril)ulations qui les accablent , portent avec patience le poids de la vie , ils se résignent à la volonté de Dieu , et se fortifient dans l'espérance du secours divin.

Au reste, il n'est pas même nécessaire d'être bon chrétien pour se défendre d'une telle tentation ; il suffit de n'avoir pas perdu la foi en une autre vie. Quel est, en effet, le chrétien ayant la foi, qui, pour se soustraire aux maux de cette vie , sans doute très-graves , mais passagers, veuille se précipiter d'un seul trait et à coup sûr, dans une éternité de supplices épouvantables ? Il n'y aurait donc pas tant de suicides , s'il n'y avait pas tant d'incrédules.

Au reste , je dirai à ces malheureux : vous ne pouvez entière* ment détruire en vous la croyance d'une autre vie; or, le seul doute sur ce sujet ne devrait-il pas suffire pour vous ôter une si horrible pensée ? Si vous deviez mourir deux fois , votre conduite serait plus pardonnable , parce que vous pourriez réparer par la seconde mort, le malheur de la première ; mais on ne meurt quune fois et les conséquences de la mort sont irréparables : Non dalur correC' tîo erroris ; periisse semel cBternum est. D'où vous devez conclure que le suicide est le dernier excès d'aveuglement , de fureur et de folie dans lequel un homme puisse tomber : excès hautement condamné parles philosophes même du paganisme, lesquels , éclairés des seules lumières de la raison , ont vu dans cette mort , non une preuve de courage et de force d'âme , mais une extrême et vile lâcheté qui n'a pas la force de se vaincre et de supporter les malheurs de cette vie.

Mais revenons à notre sujet. S'il n'est pas permis de se donner la mort, il n'est pas non plus permis d"e\poser sa vie sans nécessité et sans un motif raisonnable. Je dis 5an5 motif ;cdx on peut l'ex-

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poser pour la gloire de Dieu et l'avantage du prochain : in le peul pour des œuvres de charité , on le peut pour des œuvres de pénitence et de mortification : autrement on ne le peut pas.

Que dirons-nous donc de ceux qui exercent certaines profeslionsqui portent toujours avec elles un danger probable de la vie, comme serait , entre autres , de s'élever dans les airs, de faire des tours très-périlleux , pour montrer son adresse ou sa force , ou par bi/.arrerie ? Que dirons-nous de ceux qui nuisent gravement à leur santé par des excès notables diins le boire et dans le manger ^ dans les passions impures et dans les autres désordres? Oh ! combien et combien de personnes , par suite de leurs imprudences , de leur témérité, et surtout par suites de leurs dérèglements, n'arrivent pas à ia aïoitiéde leur carrière ! Celles-là nesont-elles pas de véritables suicides ?

A qui que ce soit donc que vous donniez la mort , soit à d'autres, soit à vous-mêmes , de quelque manière que vous le fassiez , directement on indirectement, hors des circonstances dont j'ai parlé en commençant, ce sera toujours un péché contre le cinquième commandement : c'est pour cela qu'il est dit en général : vous ne tuerez point , non occides.

Mais quel péché est l'homicide ? C'est un péché énorme , un de ces péchés qui , selon l'expression de l'Ecriture , crient vengeance devant Dieu. La voix de ton frère que tu as tué, dit Dieu au perfide Caïn , le premier homicide , crie de la terre contre toi et demande vengeance : Vox sangiiinis fratris tid clamât ad me de terra ( Gen. VI. 16 ).En effet , outre que ce péché est un crime qui répugne à la nature même , puisque la seule pensée d'un meurtre inspire l'horreur à toute âme qui n'est pas eniièrcmeni abrutie et qui n'est pas plus féroce que les bêtes mêmes , qui ordinairement ne cherchent pas à détruire les animaux de leur espèce , je dis que ce péché renferme une double injure et une injure très-grave , l'une contre le prochain et l'autre contre Dieu.

l' Contre le prochain. En lui ôlant la vie temporelle on lui enlève le bien le plus cher et le plus précieux qu'il possède et on l'ex» pose encore évidemment à perdre la vie de l'âme avec celle du corps. Ils sont rares, en effet, les hommes qui vivent en état de grâce, et qui sont toujours prêts à mourir. Il en est bien pou qui aient la disposition , néanmoins nécessaire, de pardonner chrétiennement à ieur propre assassin; d'autant plus que ce ne sont pas ordinairement es personnes pieuses et chrétiennes q;ui sont victimes de tels coups, instt fuMAU ^3

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mais des scélérats et des mauvais sujets, dont la sainte Ecriture di que Dif^u les a livrés entre les mains de leurs ennemis, qui sont devenus les ministres de ses vengeances : Tradiditeum in manus ejus. Permettez-moi de faire ici une observation effrayante mais très- Vraie. Lorsqu'on nous raconte une mort qui a été la suite d'une rixe, nous avons coutume de l'appeler malheur , hasard, accident, fatalité ; mais non : dites plutôt , et vous direz mieux, que c'est une terrible et juste disposition de Dieu qui, après avoir supporté dans cet homme tant de péchés et tant de scélératesse, 'a enfin voula celte mort; sans doute il ne l'a pas voulue en tant qu'elle est un crime horrible dans le meurtrier , mais en tant qu'elle est une 'punition très-juste pour celui qui en est victime. Dieu a conduit le pécheur dans ce mauvais pas , il a fait naître cette circonstance fatale , afin qu'il mourût dans ces péchôs dont il n'a jamais voulu se corriger , quoiqu'il ait été souvent averti et repris par ses amis, par ses parents et par ses cdnfesseurs : Tradidît eum in manus ejus. Craignons donc sincèrement Dieu , et nous n'aurons pas à redouter de semblables malheurs.

Outre l'injure faite au prochain , il y en a une autre faite à Dieu; puisque l'homicide usurpe le pouvoir et l'autorité qui appartiennent à Dieu seul : Ego occida7n et viverefaciam (Deuter. xxxiii, 39) ; puisqu'en détruisant l'homme , il détruit l'image de Dieu à la ressemblance duquel l'homme est fait , et c'est précisément une des raisons dont Dieu se sert pour défendre ce crime: Ad imaginem quippe etsimiiitud/'nem Dei factus esthomo. De même donc que ce serait faire un grave outrage à un prince et se rendre coupable de lèse-majesté , que d'avoir la témérité et l'audace de renverser et de fouler aux pieds ses statues et ses images , ou de leur faire d'autres injures humiliantes; de même, l'homme étant la statue animée et l'image vivante de Dieu , quiconque ose la jeter par terre et la détruire , fait à Dieu un outrage horrible et se rend coupable de lèse-majesté divine.

C'est pour toutes ces raisons que Dieu lança sa malédiction sur Caïn , qui le premier trempa ses mains dans le sang de l'homme, et qu'il a menacé dans plusieurs endroits de l'Ecriture que le sang de l'homme qui répand celui des autres sera répandu à son tour: Qui effuderit humanum sanguinem, fundetur sanguis ejus ( Geo. IX, 6 ) ; et les lois humaines sur ce point sont confcu-aes aux loisdivines.

Cependant, combien n'y a-t-il pas, dans le o^nde, de ces ^mmes

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ianguinaires et emportés , flont l'Ecriture dit: Veloces pcdes eoriim ad effundendum sang^dnem {9sa.\. xiii, 3); qui, pour un mot pour une légère offense , pour une bagatelle , sont prêts à répandre le sang et ne craignent pas de tout exposer et de mettre tout en pé« ril, la famille, la vie, Pâme et l'éternité ? Cette conduite provient uniquement de ce que l'on ne sait pas réprimer les premiers mouvements et étouffer les premiers éclats de la colère ; de ce qu'oQ prend un caractère hargneux et vindicatif, de ce qu'on s'accoutume à une certaine audace qui affronte les aventui'es et les dangers , qui se jette dans les querelles et les disputes, vice assez commun dans la jeunesse , qui est ordinairement plus ardente , plus fougueuse et moins réfléchie, et qui d'ordinaire se plaît à faire ostentation de courage et de bravoure.

Mais par ce précepte. Dieu défend encore tout ce qui est capable de conduire à ces excès , selon l'explication que Jésus-Christ luimême nous en a laissée dans l'Ëvangile. Nous en parlerons dans l'iostruciion suivante.

INSTRUCTION XXIII

Antres défenses contenues dans le cinquième commandement.

Il me roste quelques explications à vous donner sur le cinquième commandement , afin que vous l'observiez d'une manière chré» tienne et non d'une manière judaïque.

Nous avons vu dernièrement quel est l'iiomicide que Dieu défend par ces paroles, non occîdes ; mais croirons-nous que ce commandement défende uniquement d'riter la vie au prochain, sous prétexte qu'il n'est question que de l'homicide seul ? S'il en était ainsi, il serait donc permis de battre , de frapper et de maltraiter le prochain, pourvu qu'on lui conservât la vie ? Mais puisque tout cela est défendu par les lois humaines, à plus forte raison par les lois divines, qui sont bien plus parfaites.

Sachez donc pieinièr.^ment qu'avec l'homicide , sont défedus les coups, les blessures, les mauvais traitements, et qu'on se rend coupable contre ce précepte , non-seulement lorsque , sans droU et sans autorité légitime , on frappe , on blesse ou qu'on maltraite autrement le ûiochaiu; mais encore lor8que,en qualité de supérieur,

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de maître ou de père , étant obligé quelquefois de corriger ou de châtier ses inférieurs, on se laisse entraîner par la haine et la colère à de graves et dangereuses extrémités.

Mais ce n'est pas encore tout : la loi divine nous défend de plu» lout ce qui peut conduire à ces excès et à ces violences , ou par des paroles choquantes, ou par des passions désordonnées. Telle est la manière dont Jésus-Christ lui-même nous explique ce commandement dans TEvangile.

Dans ce célèbre sermon qu'il fit sur la montagne , après avoir dit qu'il n'était pas venu pour détruire la loi ancienne dans ce qui regarde la bonne direction de notre conduite , mais pour la perfectionner davantage : Non veni solvere legem, sed adimplere ( Matth. f, 17) ; après avoir dit que notre justice , pour nous sauver, devait surpasser celle des Scribes et des Pharisiens, qui jouissaient aux yeux du peuple d'une haute réputa tion de vertu ; mais qui ne s'inquiétaient que d'une certaine régularité extérieure : Nisi ubttndaveritjiistilia vestra plus qùam Scribarum et Pharisctorum, nonintrabitis in regnum cœloriim , il explique en quoi consiste cette surabondance de justice exigée de nous; et, commençant précisément par le cinquième commandement , il dit : Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Vous ne tuerez point, et quiconque tuera, sera condamné à mort au tribunal des juges : Aiidistis quia dictum est anliquis , non occides , qui autem occiderit, reus eritjudicio (Matth. v,21,etseq. ). Ainsi parlaient les anciens, vos maîtres et vosdocteurs, et ils n'allaient pas plusloio ; mais moi je ne m'arrête pas là, je vous dis de plus et je vous déclare que quiconque se fâche contre son frère , mérit'î pareillement d'être condamné : Qui irascitur frali suo , reus prit judicio ; et que quiconque dit à son frère: Tues un fou, tu es un insensé, mérite le feu éXerneV.Quidixsrit ,fatue , reus eritgehennceignis. Voilà donc les paroles grossières et les emportements défendus par Jésus-Christ même dans ce ci::q',i;ènio précepte.

Premièrement, les injures, les moqueries, l'es sarcasmes, les paroles injurieuses , humiliantes et offensantes qui servent à provo- «juer et à exciter la colère , et c'est avec raison. En effet , d'où vier>aent les disputes violentes, les rixes et les meurtres ? Le plus souvent, d'une parole imprudente et trop libre. Quiconque se voit piqué j méprisé et baffoué , naturellement s'enflamme et s'emporte; W rond affront pour affrout et U'épris pour mépris. Ensuite !e« esjBriis s'échauffent de part et d'autre ; des paroles ou eo vient aiU

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mains. Oh ! combien à qui un mot piquant , une plaisanterie luor» danteacoûté la vie ! Peut-être ne vous apercevrez-vous pas tout dô suite que le prochain s'offense , parce qu'il usera d'une certaine dis» siaiuiationfjusqu'à ce qu'il trouve une occasion favorable de se venger. En efllet, il y a des gens qui se montrent insensibles sur le moment, rrui ne répondent pas le mot, qui ne donnent pas la moindre marque .c3 haine; mais ils attendent la circonstance et alors ils montrent u.ec fureur ce que cachait celte insensibilité extérieure.

C'estdonc une loi bien sage et pour nous et pour les autres , que celle de Jésus Clirist qui nous ordonne de bannir de notre langage tout ce qui peut blesser et offenser , nous défendant jusqu'aux expressions qui échappent le plus facilement et le plus communément, et que l'on regarde ordinairement comme des bagatelles et des nialâories» com:ne serait de donner à quelqu'un le nom d'imbécille , de sot , é'insensé : Si quis dixerit , fattie , reus erît gehonnœ ignis*

J'avoufi que cette sentence de Jésus-Christ doit être entendue dans de certaines limites ; car on ne pèche pas gravement toutes les fois qu'on adresse au prochain ces sortes de paroles. Quand on les dit {.ar badinage, sans avoir l'intention d'oflenser, et avec la certitude morale qu'elles seront prises comme des plaisanteries et non comme des injures , dans ce cas, elles sont exemptes de péché ; mais si elles sont dites avec l'intention d'offenser gravement et avec un soupçon fondé que le prochain les prendra pour une grave offense , alors arrive précisément le cas dont parie Jésus-Christ. Pour juger de leur culpabilité, il faut donc faire attention à deux choses, à l'intention qui les fait dire , et aux (onséqaenccsqu'elîes peuvent produire d'après les prévisions ordinaires.

A l'intention qui les fait dire. Par conséquent, si vous proférez ces paroles avec l'intention de choquer , de blesser et de contrister profondément votre prochain et de le rendre méprisable aux yeux des aulics , le mal est assurément grave à raison de la mauvaise source qui les produit , je veux dire de la méchanceté de votre intention pl de îa malignité de votre cœur. L'injure par elle-même n'est pas grave, mais votre esprit est animé d'une haine grave, et cela suffit»

Quoique votre intention ne soit pas mauvaise, cependant l'injure peut être grave par rapport aux conséquences qu'elle va produirOé

Si vous prévoyez que votre prochain en concevra un grave dépit et un profond chagrin , qu'il se livrera à une grande colère et que fléaniiioliîs vous vous exposiez à tout cela , vous ne pouvez être excoié de fsutê grave { rar si rinjure par elle-jnême est légère la

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blessure que vous faites est grande et vous la faites avec advertance et délibération. Et ne dites pas que , n'ayant pas une mauvaise Intention , la faute ne vient que de la faiblesse du prochain : cette raison ne vaut rien ; car je vous répondrai que la charité vous oblige à ménnger et à respecter la faiblesse d'autrui et à ne jamais la provoquer et l'exciter.

Voilà comment il faut entendre celte sentence de Jésus-Christ, qui au premier abord paraît trop rigide et trop sévère ; et comment, entendue de la sorte , elle est très-juste et très-raisonnable.

Mais le Sauveur ne s'arrête pas là. Pénétrant plus avant dans les replis les plus secrets du cœur et voulant guérir le mal dans sa source , outre les paroles injurieuses , il nous défend encore avec ane égale rigueur , les mouvements intérieurs et désordonnés de colère : Qui ivascîtur fratri suo^ reus eritjudicio^ ce qui , dans le langage de l'Ecriture, signifie que celui qui se fâche contre son frère mérite la damnation éternelle. En effet, la colère porte toujours l'esprit à la vengeance , et elle peut éclater et éclate souvent pour le malheur et la ruine du prochain. Mais lors même rqu'elle resterait cachée dans notre cœur et qu'elle ne se manifesterait en aucune manière , ni par des faits , ni par des paroles , elle mériterait encore la damnation éternelle.

Mais, direz-vous , qui donc pourra jamais être sûr de lui-même , les occasions de se fâcher étant si nombreuses et si fréquentes, et les sentiments d'indignation étant si prompts et si faciles à se réveiller en nous? Ici vous devez remarquer, avec saint Thomas , que la colère , si sévèrement défendue dans ce texte par Jésus-Christ , n'est pas un mouvement quelconque d'indignation qui s'élève dans notre cœur ; mais seulement cette colère qui fait désirer de se venger , de faire du mal et de ruiner le prochain : et ce désir, s'il est accompagné d'une advertance et d'une délibération salQsantes « est très-certainement un péché grave et digne de l'enfer.

Si la colère, ainsi expliquée , même la colère momentanée et passagère , est ane faute grave , à plus forte raison la haine qui est un état fixe et permanent d'inimitié, toujours accompagné d'un sentiment coupable et volontaire contre le prochain , qui nous fait désirer tout le mal qui peut lui arriver et nous réjouir de celui qui lui arrive. Cela est incontestable ; et Jésus-Christ nous le déclare formellement dans un autre endroit de l'Evangile , par la bouche de Tévangéliste saint Jean : Qui odit fratrcm suum , homicida est ((Joan. II, h). Quiconque hait son frère est homicide, non de£fùt« mais de désir.

DU HÉCALOGUE. 8M

Saint Augustin explique parfoisement cette vérité par nne comparaison très-jusie : Voyez , dit-îî , nn loup qui sort du bois pour dévorer une brebis ; il s'approclie Oo troupeau pour la saisir , mais voilà qu'effrayé par l'aboieiiîent des chiens et les menaces du bergei, il retourne sur ses pas, effrayé et tremblant. Direz-vous pour cc!u que ce loup a changé de caractère et de nature , et qu'il ne soit plus un loup furieux et dévorant ? Non, sans douie : c'est un loup et quand il frémit de rage et quand il tremble de peur : Lnpiis fre* viens , lupus tremens , semper lupus. Il faut en dire autant de vous qui , par suite d'une haine habituelle et invétérée ou encore par un transport passager de colère , voudriez tuer et massacrer votre ennemi, si les regards des hommes, si la crainte devons attirer quelque malheur ne vous retenait. Vous ne laissez pas d'être homicides aux yeux de Dieu. Vos désirs, votre volonté, vos inclinations , vous constituent véritablement coupables de vengeance et d'homicide devant Dieu , comme si vous aviez assouvi votre rage dans le sang du prochain : Qui odit fralrem suum , homicida est.

Le peu que j'ai dit jusqu'ici , suffit pour vous faire bien comprendre toute l'étendue et toutes les obligations du cinquième commandement: nous ne pouvons raisonnablement nous plaindre qu'il soittrop rigoureux ; car si cette loi met un frein à notre colère naturelle , elle nous défend et nous préserve aussi de la colère du prochain.

Concluez de là que vous auriez tort de vous flatter d'avoir ac« compli ce précepte par cela seul que vous n'auriez pas trempé vos mains dans le sang d'autrui. Cette justice est celle des Scribes et des Pharisiens , insuffisante au salut, d'après Jésus-Christ, qui veut surtout établir en nous la bonté intérieure , la bonté du cœur, sans laquelle la bonté extérieure des œuvres n'est qu'une pure illusion. La justice extérieure sans la justice intérieure n'est ni une vraie vertu , ni une vraie justice, et elle ne saurait se maintenir longtemps si elle ne prend sa racine dans notre cœur. Si donc vous nourrisse» en vous contre quelqu'un, de l'aversion, de la haine et de l'amertume , quoique en apparence vous vous montriez charitables et amis, vous n'en êtes pas moins transgresseurs de ce précepte. Hélas! combien y en a-t-il qui vivent dans cette mauvaise disposition et par conséquent dans l'inimitié de Dieu! Le soleil ne devrait pas se coucher une seule fois sur notre colère , dit saint Paul : Sol non occidat super îracundiam vcstram (Ephes. iv , 26) ; et nous passons les semaines, les mois et jusqu'aux années avec des haines secrètes.

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