LES SÉCRÉTIONS
coiffées par l’épiderme. Ces papilles, sur lesquelles nous reviendrons plus loin, renferment chacune un nerf sensitif, et sont le véritable organe du tact; aussi plus elles sont nombreuses et finement recouvertes d’épiderme, plus le toucher est exquis : c’est le cas des papilles du bout des doigts, des lèvres, de la langue, etc.
Les cellules épithéliales qui forment l’épiderme ne sont point partout identiques. Dans les parties profondes, elles sont molles et vivantes; mais à la surface elles sont mortes, sèches, plates, et forment un revêtement corné.
A mesure que ces cellules de la surface s écaillent et tombent, elles sont remplacées par de nouveaux cadavres de cellules. L’épaisseur de cette couche morte varie selon les régions. Elle est plus grande dans les points exposés à des contacts rudes et fréquents (plante des pieds, paume des mains; durillons, cal des religieuses situé aux genoux, des cochers situé au pouce et au médius, etc.). Les cors ne sont autre chose qu’un épaississement très localisé de l’épiderme. Ce sont les cellules vivantes de la couche profonde qui donnent lieu aux cancers : le cancer est le plus souvent le résultat de la formation exagérée de cellules épithéliales, qui s entassent, envahissent les tissus voisins, les ulcèrent et les dévorent.
Un fragment de peau vivante, appliqué sur la surface d’une plaie, y adhère, y prend racine, y vit et s’y développe : c’est la greffe épidermique , employée pour activer la réparation des plaies.
Productions de la peau. — La peau est partout couverte de poils plus ou moins longs, sauf a la plante des pieds et à la paume des mains. Un poil est une production de la peau ; il prend naissance dans le derme, au
fond d’une petite cavité, et est uniquement constitué par des cellules épithéliales qui se sont allongées au lieu de s’aplatir. Quand on l’arrache, il repousse, parce que la petite cavité du derme le régénère 1 .
A la racine de chaque poil s’ouvre une petite glande, dite glande sébacée, qui sécrète une matière huileuse, destinée à lubréfier et à assouplir le poil ; cette huile déborde aussi sur la peau, qu’elle rend imperméable, à l’exception des endroits ou lé contact des objets étrangers a dépouillé l’épiderme de ce vernis graisseux (paume et plante) 2 .
L’ongle, comme le poil, est une production de la peau : il est formé de cellules épithéliales qui se sont aplaties en forme de lame courbe, et il est incessamment régénéré par le lit d’épiderme sur lequel repose sa base.
Fonctions de la peau. — La peau exerce trois fonctions bien distinctes :
(a) Elle est le siège de phénomènes d’échanges gazeux qui constituent la respiration cutanée. Elle absorbe de l’oxygène et exhale de l’acide carbonique et de la vapeur d’eau, tout comme le poumon. Une grenouille à qui l’on a arraché les poumons n’en continue pas moins à vivre grâce à la respiration qui s’effectue par sa peau. Un animal enduit de goudron périt d’asphyxie, bien qu’il puisse respirer par le poumon.
(b) La peau est l’organe du tact. Nous reviendrons sur
1. Les cheveux, la barbe ne sont que des poils d’une longueur plus considérable. Les crins du cheval, la laine des moutons, la soie du sanglier, les piquants du porc-épic, les plumes des oiseaux, les écailles des tortues ne sont que des poils modifiés dans leur forme ou dans leur structure.
2. Voilà pourquoi dans ces régions l’épiderme, après un bain prolongé, s’est imbibé d’eau et apparaît gonflé et boursouflé.
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ce rôle spécial quand nous étudierons les organes des
sens (voy. leçon XV)- . , .
(c) La peau est le siège de la production de la sueur, et par là elle est le grand régulateur de la chaleur organique. Ceci demande explication. Dans les profondeurs du derme se trouvent cachés deux à trois millions de glandes, les glandes sudoripares, qui viennent, chacune par un conduit spécial, verser la sueur à la surface du corps. Cette sécrétion est continue : la sueur humecte sans relâche notre peau, et en s’évaporant elle la refroidit en vertu d’une loi de physique bien connue. Cette transpiration, ordinairement insensible, s exagère dès qu’il faut contre-balancer une combustion intense, par exemple pendant un énergique travail musculaire ; elle devient également fort abondante quand il faut lutter contre une température extérieure très élevée. Dans ces cas la sueur ruisselle et produit un refroidissement suffisant pour maintenir la chaleur organique au chiffre invariable de 37 degrés. La quantité de sueur secretee en vingt-quatre heures est en moyenne d’un litre a un litre et demi.