LES MUSCLES
Les muscles sont ce qu’en langue vulgaire on nomme la viande ou la chair. Ils sont, pour la plupart, situés autour des diverses pièces du squelette, qu ils recouvrent, revêtent et enveloppent de manière à donner au corps sa forme et ses contours caractéristiques.
Structure. — Si l’on détache avec soin un de ces muscles, par exemple celui que l’on connaît sous le nom de biceps du bras, on s’aperçoit qu’il est formé d’une masse centrale, rouge, molle, qui constitue le muscle proprement dit, et de deux extrémités blanchâtres, très résistantes, nommées tendons, par lesquelles le muscle s’attache solidement aux os, et qui sont constituées par du tissu fibreux.
Si l’on examine un morceau de muscle au microscope, on constate qu’il est formé par la juxtaposition d’une multitude de fibres très longues et très fines.
Chacune de ces fibres en particulier possède la propriété de changer momentanément de forme, de se raccourcir en se renflant. Dès lors il est évident que le muscle lui-même, qui n’est qu’un faisceau de fibres, possède la même propriété : il peut se raccourcir en se renflant, ou, comme on dit, il peut se contracter.
Contraction du muscle. — Ainsi un Fig.37.— b, fibres mU scle est comparable à un cordage musculaires; ........ .....
A, unecle ces fi- mastique préalablement etire, qui peut bres; A', coupe revenir sur lu-imême et se raccourcir en dunfaiscèau Cl& devenant plus épais : seulement l’état normal du caoutchouc est d’être contracté, tandis que l’état normal du muscle est d’être allongé, distendu.
Le retour du caoutchouc sur lui-même est tout passif, au contraire le raccourcissement du muscle est actif : c’est une contraction. Disons tout, de suite que la con-
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traction musculaire a lieu, chez l’animal vivant, sous l’excitation de la volonté, ainsi qu’on le verra dans les leçons prochaines; mais d’autres excitations, soit chimiques (ammoniaque, acides, bases), soit physiques
Fig. 38. — Le biceps contracté, le biceps détendu
(étincelle électrique, courants d’induction, choc, piqûre) peuvent la produire.
Cela dit, il est aisé de concevoir comment ces machines motrices, les muscles, mettent en mouvement les leviers osseux. Supposons un muscle fixé solidement
160 COURS D’ANATOMIE ET DE PHYSIOLOGIE, par l’un de ses tendons à l’os du bras (humérus) et attaché par l’autre tendon à l’un des os de l’avant-bras (radius). Quand ce muscle viendra à se contracter, c’està-dire à se raccourcir énergiquement, le bras et l’avantbras tendront à se rapprocher l’un de l’autre ; mais l’humérus, fixé à l’épaule et au tronc résiste, ne bouge pas, et c’est l’avant-bras, segment mobile du membre, qui cède à la sollicitation du muscle et qui vient se rabattre sur le bras. Tel est le mode d’action de presque tous les muscles de l’organisme ; chacun d’eux est fixé par ses extrémités à deux os articulés; en se contractant, il entraîne l’os le plus mobile vers l’os le mieux fixé.
Phénomènes physiques de la contraction. — Le muscle s’use, comme tout organe, lorsqu’il travaille, c’est-à-dire lorsqu’il se contracte, et se nourrit pendant qu’il ne fonctionne pas. C’est ainsi que le cœur se repose et se répare entre chaque contraction, c’est-à-dire douze heures sur vingt-quatre. A l’état de détente, de repos, le muscle absorbe un peu d’oxygène, exhale un peu d’acide carbonique, respire en un mot 1 . Cette respiration s’opère également à l’état de contraction, mais avec une énorme intensité. Le muscle qui travaille consomme une grande quantité d’oxygène, brûle une grande quantité de charbon et produit une chaleur considérable : le sang veineux qui vient de le traverser est entièrement noir. Au contraire, quand aucune contraction musculaire n’a lieu (syncope, sommeil), le sang veineux revient au cœur presque rouge. De là l’importance du travail musculaire quant aux phénomènes intimes de la respiration. C’est surtout le muscle qui est le théâtre de la combus-
1. Il continue à respirer même détaché de l’os et porté sous une cloche, dont il appauvrit et vicie graduellement l’atmosphère.
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tion du carbone, de la consommation de l’oxygène 1 , de la fabrication de l’acide carbonique.
Distribution générale des muscles. — On compte environ trois cent cinquante muscles dans le corps humain ; il est donc impossible d’étudier ici la situation de chacun. il suffit de décrire les principaux groupes de ces muscles et le rôle général de chacun de ces groupes.
a) Muscles de la colonne vertébrale. —Cette colonne, composée de vingt-quatre petits disques empilés les uns sur les autres, et fortement sollicitée en avant par le poids des viscères de la poitrine et du ventre, est maintenue par plusieurs groupes de muscles situés presque tous à sa partie postérieure: les uns, courts, vont d’une vertèbre à la vertèbre voisine et servent à assurer la solidarité de toutes ces pièces ; d’autres, très longs et très vigoureux, se fixent par une de leurs extrémités au sacrum et au bassin, tandis que, par l’autre, ils vont s’attacher aux vertèbres dorsales et même cervicales et aux côtes. Quand ces longs et forts cordages se tendent, ils redressent l’épine dorsale, ou la font tourner, ou l’inclinent en divers sens.
b) Muscles de la tête. — Des muscles épais et vigoureux, ceux de la nuque, vont des vertèbres cervicales et des omoplates à l’occiput; ils redressent ou inclinent la masse pesante de la tète, alourdie par la face. D’autres muscles, situés en avant du cou, vont de la tête à la clavicule, ou aux premières côtes : ils abaissent la tête ou la font tourner. Une foule de petits muscles, répandus sur la face, autour des lèvres, du nez, des yeux,
1. Par là s’explique la douleur de l'immobilité, le besoin absolu (même pendant le sommeil) de changer de position ou de place, sous peine d’exposer les muscles, qui ne respirent plus suffisamment, à un commencement d’asphyxie.
pécaut, — Anatomie. 11
\(ïi COURS D'ANATOMIE ET DE PHYSIOLOGIE, ouvrent ou ferment les orifices des organes clés sens et contribuent à la physionomie. Deux muscles puissants manœuvrent la mâchoire inférieure: tous deux partent de l’extrémité de cette mâchoire; l’un va s’attacher à la tempe, l’autre à la pommette ; ils relèvent la Mâchoire inférieure et la pressent contre la supérieure.
c) Muscles du tronc. — Chaque côte est reliée à la côte voisine par deux muscles, les muscles intercostaux , qui rendent solidaires tous les arcs osseux et contribuent à les mouvoir. D’autres muscles, situés le long du dos et prenant leur point d’appui sur les vertèbres, soulèvent ou abaissent les côtes. Un muscle énorme, plat et large, ferme entièrement la base du thorax: c’est le diaphragme; en se contractant il élève les côtes et dilate la poitrine. Un muscle puissant, épais, le pectoral, va des premières côtes à l’humérus, recouvrant la partie antérieure de la poitrine, et recouvert par la mamelle. Des dernières côtes, qui forment la base de la caisse thoracique, descend verticalement une large ceinture musculaire qui va s’implanter sur tout le pourtour supérieur des os du bassin, transformant l’espace vide qui sépare la poitrine des os iliaques en une vaste poche, qui est le ventre. Quand cette ceinture musculaire a des lacunes, des points faibles, les viscères de l’abdomen et en particulier les intestins pressent sur ces points, écartent les fibres, se creusent un passage, le franchissent et viennent former sous la peau cette saillie que l’on nomme hernie. Un muscle épais, large et long, descend des vertèbres dorsales et des parois intérieures du bassin vers la cuisse, et s’attache au fémur, qu’il contribue à mouvoir en divers sens : ce muscle, dont le nom scientifique est le psoas, est celui qui, dans le boeuf, forme le filet.
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d) Muscles du membre supérieur. — Un groupe de muscles assez courts et fort épais entourent l’articulation de l’épaule, la coiffent .et attachent l’humérus à l’omoplate et à la clavicule, l’empêchant d’échapper de la cavité articulaire et lui communiquant des mouvements d’élévation et de rotation. Le long de l’humérus, deux groupes principaux relient cet os aux os de l’avant-bras : le premier, dans lequel figure le biceps, iest situé; en avant et fléchit l’avant-bras sur le bras ; le second, situé en arrière, étend l’avant-bras sur le bras. Au bras, même distribution générale : en avant, le groupe des muscles fléchisseurs, qui plient les phalanges des doigts et fléchissent la main sur le poignet ; en arrière, les extenseurs, beaucoup plus faibles, qui étendent la main et les doigts. Il faut y ajouter des muscles obliques, qui fonttourner le radius autour du cubitus (voyez la leçon II ,pronation, supination).
e) Muscles du membre inférieur. — On y voit une disposition analogue. Autour du fémur sont allongés des muscles d’une énorme puissance, dont les uns plient la cuisse ou la jambe, tandis que les autres l’étendent. Les muscles de l’épaule sont représentés ici par la masse vigoureuse des muscles fessiers, qui vont du bassin au fémur et maintiennent ce dernier os étendu quand nous gardons la position verticale. A la jambe, deux groupes, encore : l’un, en avant, maintient le pied à angle droit sur la jambe et étend les orteils; un autre en arrière, constituant la puissante masse du mollet, va s’attacher par un unique et fort tendon (tendon d’Achille) à la pointe du talon. C’est ce dernier groupe qui soulève seul le corps pendant la marche, effort qui paraîtrait incroyable, si l’on ne réfléchissait que la force musculaire agit au bout d’un bras de levier notablement
? 6i COLT.S D’ANATOMIE ET DE PHYSIOLOGIE, plus long que le bras au bout duquel s’exerce la résistance, et qu’ainsi elle est rendue beaucoup plus efficace.
La station bipède. —- Aucun autre mammifère que l’homme ne possède réellement la station bipède. Quand les g rands singes se tiennent sur leurs pieds, c’est par exception, et encore ne marchent-ils que courbés et appuyés sur un bâton. L’homme seul se tient sans grand effort dans cette fière attitude. Voici par quel mécanisme.
Dans la station debout, la base de sustentation est constituée par les deux voûtes des pieds, voûtes solides dont les pièces osseuses sont taillées en coin et s’arc-boutent fortement. Sur ces voûtes s’appuient verticalement les deux tibias, portant les deux fémurs. Entre les têtes coudées des fémurs le bassin est suspendu en équilibre, supportant à son tour la longue pile des disques vertébraux, au sommet de laquelle se balance la tête. L’équilibre de toutes ces pièces osseuses superposées est infiniment instable, puisque le centre de gravité de *des diverses l’ en semble est. situé vers le milieu du masses museu- bassin et qu’il suffit pour causer la chute, rent la station que la verticale abaissee de ce centre verticale. t ] e gravité sorte de l’étroit trapèze limité parla plante des pieds l . Aussi l’action musculaire
1. Aussi, dès qu'il faut assurer notre équilibre, nous écartons les jambes, élargissant ainsi le trapèze de sustenta ion.
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est-elle sans cesse en jeu, pendant la station bipède, pour maintenir ce fragile équilibre. On en peut juger par le schéma ci-joint (voy. fig. 39). Les muscles du mollet empêchent le tibia de s’incliner en avant; ceux de la cuisse maintiennent le fémur vertical ; les puissants fessiers immobilisent le bassin; les muscles des reins redressent la colonne, et enfin ceux de la nuque tiennent la tête en équilibre. Ainsi la station debout exige une somme d’efforts musculaires qui la rend à la longue très pénible. Dans la position hanchée le corps repose tout entier sur l’un des membres inférieurs, laissant reposer les muscles de l’autre.
La marche. — Dans la marche, le corps entier s’incline en avant, la verticale sort de la base de sustentation et il se produit un commencement de chute en avant; mais à ce moment l’un des membres inférieurs quitte le sol, se porte au-devant de l’autre, se pose à terre et arrête la chute ébauchée. Gètte série de phénomènes constitue unpas. Le corps se penche de nouveau : l’autre membre quitte à son tour le sol, se pose en avant du premier et ainsi de suite. Dans celte translation des jambes le membre qui abandonne le sol se fléchit à demi pour se raccourcir et ne pas toucher la terre.
La course. — La différence de la marche à la course est que, dans la première, le corps ne quitte jamais le sol, il s’y appuie toujours par l’un des pieds. Au contraire, dans la course, la détente du membre fixé au sol projette le corps tout entier obliquement en avant et en haut. La course est donc une série de sauts où le corps est alternativement lancé en l’air par l’un et par l’autre pied.
La natation .—Dans la natation, presque tous nos muscles travaillent. Le corps étant étendu sur le ventre et submergé en entier à l’exception de la face, les jambes
et les cuisses se replient, les bras se fléchissent, les talons sont joints, les mains sont appliquées l’une contre l’autre. Tout à coup les membres inférieurs se détendent, s’appuient sur l’eau par la plante des pieds et projettent le corps en avant. Alors les bras sont lancés en avant, puis séparés et ramenés sous la poitrine par un vaste mouvement circulaire, les mains battant l’eau. Ces mouvements sont trait pour trait ceux de la grenouille qui nage.