LEÇON XVI
(Résumé)
La vue.
Sommaire : La vue. Les annexes de l’œil. Le globe oculaire. Le nerf optique. Théorie de la vision. La notion du relief. La notion de la distance- La notion des couleurs. La notion de mouvement et de repos. Durée des sensations visuelles.
La vue. — La vue est le sens à l’aide duquel nous percevons ces vibrations de l’éther qui constituent pour nous la lumière. En nous révélant les propriétés lumineuses des objets, elle nous renseigne sur leur couleur, leur forme, leur distance et leur état de mouvement ou de repos. C’est par la vue que nous entrons le plus largement en rapport avec le monde extérieur, et que nous sortons des bornes étroites des appréciations de contact pour saisir à la fois l’ensemble et le détail de la nature. Le contact immédiat est la condition indispensable des perceptions tactiles, gustatives, olfactives : quelques lieues marquent l’extrême limite des propagations sonores; mais à travers des milliards de milliards de lieues, notre œil nous met encore en relation avec les mondes dispersés dans l’espace infini.
La faculté de percevoir les vibrations lumineuses appartient, chez les vertébrés en général et chez l’homme en particulier, aux nerfs de la seconde paire crânienne, ou nerfs optiques. Chacun de ces nerfs vient se terminer,
à la partie antérieure et supérieure de la face, par un ïhrge épanouissement appelé rétine t c’est la rétine qui seule possède la faculté d’être impressionnée par la lumière. Mais pour que cette faculté aboutisse à nous révéler les formes et les couleurs des objets, il faut que les rayons émanés de ces objets soient reçus et concentrés par un appareil optique, en tout analogue à la chambre obscure des photographes, et viennent former sur la rétine une image de ces objets mêmes. Cet appareil, cette chambre obscure, c’est le globe de l’œil.
L’organe de la vue est situé au-dessous du cerveau, au-dessus de la face, et il est profondément logé et abrité dans ces deux cavités osseuses nommées les orbites. La direction légèrement oblique des orbites laisse l’œil se porter soit en avant, soit quelque peu en dehors, en même temps que leur position élevée permet au regard de dominer un large horizon.
L’œil se compose de trois parties : 1° les annexes de l’œil, qui servent à le protéger, à le voiler, à maintenir sa transparence et à le mouvoir ; 2° le globe oculaire, véritable appareil de dioptrique, chargé de concentrer les rayons lumineux et de les diriger sur l’écran rétinien ; 3° le nerf optique et son épanouissement terminal ou rétine.
Les annexes de l’œil. — Ce sont les sourcils, les paupières, l’appareil lacrymal et les muscles orbitaires.
a) Les sourcils, placés au-dessus des yeux comme une sorte d’auvent, servent à projeter sur eux une ombre légère et à tamiser la lumière.
b) Les paupières, voiles mobiles qui alternativement couvrent ou découvrent le globe de l’œil, sont constituées par une couche musculaire vêtue de peau en dehors et de muqueuse en dedans. Les paupières, outre leur office
qui consiste à soustraire momentanément les yeux à la lumière, ont encore pour fonction d’étaler sans cesse sur le sïlobe de l’œil l’humide couche des larmes ; leur clignement est provoqué par un réflexe, dont l’origine est la sensation légèrement douloureuse de dessèchement dont l’œil est le siège quand la rosée lacrymale s est évaporée. Les cils, poils fins qui garnissent les pau¬
pières, tamisent, arrêtent les poussières flottantes qui viendraient souiller ou ternir la vitre oculaire.
c) U appareil lacrymal a été décrit plus haut (voy. leçon XII).
d) Un appareil musculaire fort élégant, composé de six muscles, occupe l’espace compris entre les parois anciennes de l’orbite et le globe de 1 œil, et le meut en
Fig. 54
-uns des cordages l’œil.
2U COURS D’ANATOMIE ET DE PHYSIOLOGIE, tous sens, le faisant tourner sur lui-même, le dirigeant en haut, en bas, en dehors, suivant la situation de l’objet à regarder. La chambre oculaire, en effet, est si petite et, comme on le verra plus loin, le champ sensible de l’écran rétinien est si exigu, que sans le jeu compliqué de ces muscles, les mouvements de la tête ne seraient jamais assez rapides ni assez précis pour braquer incessamment les deux petites lunettes physiologiques sur les milliers d’objets qui nous environnent. — A l’état normal, les deux yeux se meuvent en même temps et de façon que leurs axes symétriques soient toujours parallèles. Mais il peut arriver que l’un des muscles orbitaires soit paralysé ou au contraire contracté, en sorte qu’il imprime à l’un des yeux un mouvement insuffisant ou excessif. Ce défaut de concordance entre les évolutions des deux yeux constitue le strabisme : l’individu qui en est atteint, louche.
Le globe oculaire. — C’est une chambre obscure de tous points comparable à "celle des photographes, mais de forme sphérique. La totalité du globe oculaire forme une cavité close de toute part, hormis en deux points opposés : en avant, elle est percée d’un trou rond qui enchâsse les lentilles convergentes de l’œil ; en arrière, un autre trou livre passage au nerf optique, qui, à peine entré, s’étale en mince membrane pour tapisser le fond de la chambre. Tout l’intérieur de l’œil est rempli par un liquide d’une transparence absolue, l’humeur vitrée, qui sert à le maintenir distendu, à lui donner la rigidité et la consistance nécessaires.
En résumé, l’œil est une chambre obscure sphérique, munie d’un objectif ou système de lentilles convergentes, et d’un écran sensible, 1a. rétine, sur lequel vient se peindre l’image renversée des objets.
LA VUE
L’objectif oculaire est d’une construction assez compliquée. Le trou rond qui livre passage à la lumière est fermé par la cornée, membrane transparente, de forme convexe, qui est sertie, enchâssée dans 1 ouverture, comme un verre de montre dans sa monture de métal.
Un peu en arrière de la cornée, également enchâssée
- Coupe de l’œil.—A, cornée ; B, humeur D, iris; E, cristallin; K, rétine.
dans les parois de l’ouverture oculaire, se trouve la piece principale de l’objectif : c’est le cristallin, grosse lentille biconvexe, transparente, identique à celle qui constitue l’objectif photographique. L’étroit espace compris entre la face interne de la cornée et la face anterieure du cristallin est exactement rempli par un liquide transparent, Y humeur aqueuse, qui sert, non seulement a
soutenir la cornée, mais à transformer cet espace que l’on appelle chambre antérieure , en une lentille convexoconcave.
En avant des lentilles d’un appareil photographique, on trouve généralement un disque percé d’un trou et appelé diaphragme, qui sert à limiter la quantité de lumière admise dans la chambre obscure : l’opérateur dispose de toute une sériede ces diaphragmes, etilles choisit plus ou moins grands selon le plus ou moins d’intensité de la lumière extérieure. La chambre obscure oculaire est, elle aussi, munie de cette pièce indispensable. En avant du cristallin^ dans l’espace nommé chambre antérieure, est tendue verticalement une membrane opaque, percée à son centre d’une petite ouverture destinée à ne laisser passer qu’un mince faisceau de lumière : c’est Y iris. Mais le diaphragme oculaire a sur le diaphragme photographique cette supériorité qu’il agrandit ou diminue lui-même, en sa qualité d’organe contractile, le trou dont il est percé, et qui se nomme la pupille. A cet effet, il est pourvu de deux couches de fibres musculaires : les unes, concentriques, rétrécissent la pupille, à peu près comme la coulisse d’une bourse ferme cette bourse; les autres, rayonnantes, la dilatent. Il faut remarquer que ces variations du diamètre pupillaire sont des mouvements réflexes, dont l’origine est la sensation lumineuse elle-même. La pleine lumière provoque la contraction des fibres concentriques et resserre la pupille qui n’admet plus qu un fin rayon lumineux ; le jour vient-il à baisser, la pupille se dilate, livrant un large passage au peu de clarté qui subsiste encore. Merveilleux mécanisme, et d une précision si parfaite, que la moindre variation de la lumière extérieure, le moindre changement d’attitude de la tête qui modifie l’exposition de l’œil au jour, en-
LA VUE
traîne une modification instantanée du diamètre pupillaire, en sorte que le vivant diaphragme est sans cesse en mouvement.
La pupille, trou par lequel on aperçoit le fond sombre de l’œil, est ce qu’on appelle vulgairement le noir de l’œil ; la face antérieure de l’iris est d’une couleur qui varie du gris bleuâtre au brun foncé.
Le cristallin , nous l’avons dit, est la pièce maîtresse de l’objectif oculaire. Il reçoit les rayons admis par la pupille et les converge sur la rétine de façon à peindre sur celle-ci l’image renversée des objets. Dans l’objectif photographique, une crémaillère sert à faire varier la distance entre la lentille et la plaque dépolie, selon l’éloignement des objets, de façon à faire tomber l’image juste sur la plaque, à la « mettre au point », comme on dit en optique. Mais la lentille oculaire est inamovible, ne peut ni avancer ni reculer; la même distance invariable la sépare toujours de la rétine. Et cependant il faut qu’elle fasse tomber juste sur l’écran rétinien les images d’objets situés aux distances les plus diverses, l’étoile éloignée à l’infini, ou le bout de notre nez. L’appareil oculaire doit, en un mot, posséder la faculté de s ’ accommoder aux distances des objets.
Cette faculté, dite d’accommodation, réside dans 1a» lentille même, dans le cristallin.
Le cristallin, en effet, n’est pas rigide : il est flexible, susceptible de subir une déformation notable. En outre, il est enchâssé dans un anneau musculaire épais et vigoureux, soumis du reste à la volonté. Dès lors le mécanisme de l’accommodation devient aisé à comprendre - L’objet à regarder est-il éloigné : l’anneau, la monture musculaire se contracte, presse sur le cristallin, le bombe, en augmente la convexité ; le contraire se pro-
duit quand l’objet est rapproché. En résumé, le pouvoir d’accommodation est dû à ce que la monture contractile de la lentille oculaire peut à chaque instant faire varier le degré de courbure, et par conséquent la puissance convergente de cette lentille. Un œil bien conformé s’adapte à tontes les distances variant de l’infini à 25 centimètres.
Mais tous les yeux ne sont pas également bien conformés. Certains cristallins sont trop convergents ; l’image qu’ils donnent, à moins que ce ne soit celle d’un objet extrêmement rapproché, tombe toujours en avant de la rétine. Cette malformation constitue la myopie. Le myope ne voit pas distinctement les objets un peu distants. Veut-il regarder un objet qu’il tient à la main? Il le rapproche instinctivement, de façon à allonger le cône de réfraction, et à faire tomber l’image sur la rétine même.
D’autres cristallins présentent une anomalie inverse : trop peu bombés, ils ne sont pas assez convergents ; le cône de réfraction est trop long, et l’image, à moins que xe ne soit celle d’un objet très lointain, tombe au delà de la rétine. C’est Vhypermétropie; l’œil hypermétrope ne voit bien que les objets très éloignés.
Il faut remarquer que l’œil même bien conformé perd ordinairement, avec l’âge, l’exquise précision de son pouvoir d’accommodation : la ceinture musculaire au cristallin s’affaiblit, les modifications de la lentille deviennent plus lentes, plus paresseuses, cessent de s approprier aux distances. Cette inertie oculaire constitue la presbytie.
Il est aisé de comprendre comment 1 art peut corriger les malformations de l’œil : des lunettes à verre divergent redressent l’erreur de l’œil myope en allongeant le
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cône de réfraction ; des lunettes convergentes suppléent au défaut de courbure du cristallin hypermétrope. Il importe seulement que les verres choisis soient mathématiquement complémentaires de la courbure crislallinienne, sous peine de dépasser le but ou de ne pas l’atteindre.
Certaines maladies ont pour résultat de rendre opaque le cristallin, qui obstrue alors le passage des rayons lumineux et frappe l’œil de cécité. Cet état constitue la cataracte. On y porte remède en enlevant le cristallin ainsi épaissi et en remplaçant ensuite la lentille enlevée par des lunettes convergentes.
Le nerf optique. —Étudions-end’abordla partie intraoculaire, la rétine. Cette membrane possède une sensibilité exclusivement lumineuse ; elle est inapte à toute autre sensation. Qu’elle soit frappée d’un rayon de lumière, ou bien piquée, pincée, électrisée, comprimée, c’est toujours une sensation lumineuse qu’elle apporte au cerveau. De là l’expression populaire, très juste, qui fait dire à un homme atteint d’un coup sur l’œil : « J’ai vu trente-six chandelles. » Si, dans l’obscurité, l’on presse fortement du doigt le globe de l’œil, la rétine comprimée perçoit une impression lumineuse. Ainsi la sensation lumineuse ne tire pas sa spécialité de l’agent excitateur, de la lumière, mais bien de l’organe percepteur, du mode spécial de sensibilité propre à la rétine. En d’autres termes il n’y a pas de lumière, il n’y a que des perceptions lumi-