SECTION I
De U Tige en général.
Art. i**. — De la tige proprement dite,
La tige (caalis) est cette partie fondamentale du végétal qui tend toujours à s'élever verticalement avec plus ou moins d'énergie, qui porte par en bas la racine, et par en haut les feuilles, lorsque la plante 'est destinée à en avoir, ou , comme le dit M. Desvaux, la tige est le corps intermédiaire entre les racines et les feuilles (-i). Cet organe, qui est celui duquel tous les autres partent en divers «sens, ne manque dans aucun végétal vasculaire; mais il y existe tantôt bien évident et bien développé, tantôt rabougri ou caché sous terre, de manière à paraître nul, comme Hedwig Ta déjà affirmé dès 1793(2), comme je l'ai établi dès i8o4 (3) 9 et comme M. Dutrochet l'a depuis confirmé (4) par d'élégantes observations. Les plantes où la tige est bien visible ont été nommées en latin caules' centes, mot que quelques auteurs ont conservé en fran-
(1) Nomol. , p. 6.
(a) Sammlung abhandl. und beob. Leipzig. , in-^.«, 1798. (3) Dissert, sur les Propriété des Pbntes. In 8.« Paris , 1804. FI. fr. » i8o5> vol. i, p. 68. Théor. ëlëm. , i8i3. (4; Mém. Mus. d'Hist nat. , 1821, p. i^S, 8 c.
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OBGANES FONDAMENTAUX. xl^h
çais. CeUes où la tige est peu apparente ont été, par opposition , nommées acaules ou subacaules. Cette distioctioo, qui est commode dfans le langage descriptif, n'est BdemenC exacte; car la tige existe toujours ; mais elle est tintôc très-longue , tsmtôt très-courte , le plus souvent bien apparente, et quelquefois cachée sous terre : c'est ce que ocras allons montrer par quelques exemples.
La plupart des plantes dites sans tige {acaules) ne doÎTent cette apparence qu'à la brièveté de cet organe > leurs feuilles et leurs fleurs paraissent naître de la racine, et sont dites radicales (radicales), parce que leurs bases cachent en entier la tige qui leur donne naissance; aussi presque toutes ces plantes so«t-elles susceptibles de présenter tme tif^e bien développée, lorsqu'dles se trouvent pkcées dans des drcoostances favorables : c'est ainsi que le cajrUjia acaulis , \astragalas monspessulanus , le carduMis acauUê, etc.^ etc., se présentent aussi souvent avec une tige risSAe et développée que sans tige apparente.
Le corps globuleux et déprimé qu'on a coutume de' désigner sous le nom de racine tubéreuse dans les cyclamens (5), est une véritable tige ou souche, qui donne naissance aux racines du côté inférieur, et qui produit chaque année, de son sommet, un bourgeon à feuilles et à fleurs. Cetle assertion est eonfîrroée par le mode de germination de cette plante, et par la légère verdeur qu'acquiert ce corps globuleux lorsqu'il est etposé à la lumière.
Dans les plantes bulbeuses, telles que Ja jacinthe ou la tuBpe, la tige parait manquer tout-à-fait; mais ici l'analogie nous sert de guide, et prouve clairement que
(5) Duham. , Phys. âl Arb., I, pi. 4, f.'8. Hayne, Tcmi. bot., pi. 8, f. a. Turp. , Icon. , pi. 4> f» '•
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^4 ORGANES FOIfDAMEITTAUX^
leur tige D'est autre chose que le plateau orbiculaire, qui fait la base de Toignon (6), et qui porte d'un côté tes racines, de Tautre les feuilles et les fleurs. Eu effet, personne ne refuse le nom de tige à celle des palmiers, des yucca, des aloës et des lis; mais, par des dégradations insensibles, on peut descendre jusqu'à celle delà jacinthe. Dans le genre allium, par exemple, on trouve des es^ pèces à tige droite et bien évidente, comme \ allium tataricum^ d'autres où la tige est courte , couchée à la surface de la terre^ comme X allium senescens^ d'autres enfin , où elle est réduite à un seul disque orbiculaire, comme dans V allium cepa.
Les tiges courtes^et rabougries sont souvent difficiles k reconnaître, parce qu'elles se trouvent cachées sous terre, comme nous venons de le voir dans les aulx; le même phénomène se présente parmi les fougères, dont les unes ont la tige droite et ferme comme un arbre, par exemple le diJ^sonia } d'autres l'ont tortueuse, faible et grimpante, par exemple les ugena ; d'autres enfin , et ce sont les seules que nos climats possèdent , ont une tige rampante à 'la surface du sol, ou même sous terre.
Cette 5orte de liges souterraines , rabougries , et qui ont l'apparence de racines , ont été nommées rhizoma par M. Ker(7), nom qui signifie semblable à une racine, et
qui exprime bien leur nature ; les tiges des nymphaea, des
(6) Turp., Icon. , pi. 4> f. 2, 3 et g.
(7) M. Kcr a porté successivemeDt les noms de Ga^vler , de Bellenden et de Rer : c^est sous le premier de ces noms qu^il a public une dissertation tivs-intcressante sur les Iridë&s , où il a f>roposé ce terme. Voyez Sims. et Kocnig , Ann. of Botany, Tol. 1, p. aiy.
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OBCAWEi FONDAMENTAUX. 1^5
fougères etiropéeaiies^ des arum enropéeos, de plusieurs auk, sont des rhizomas. Hedwig dotmait le nom de trun^ eus superficialU aux tiges couchées horizontalement à la sorface du sol, comme, par exemple, Firis germanique.
Le saule herbacé présente quelquefois d'une manière particulière cette p<^tion souterraine de la tige. Lorsque ce petit arbre croit sur les pelouses des Alpes, dont le sol est suscepty^le d'être exhaussé par les éboulemens supérieurs, la tige, qui est fort courte, est chaque automne couverte de terre, et s'alonge chaque printemps jusqu'à la nouvelle surface du 90I*, de sorte qu'au bout de quelques années, la tige entière est cachée sous terre, et ne montre à la surface que les sommités herbacées de ses branches. Lorsqu'il croit ou qu'on le cultive dans un terrain qui ne s'exhausse pas , alors la tige ligneuse est couchée et ram<pante à la surface du sol, et l'on ne voit plus Foraine de aoD nom de saule en herbe.
Il est donc bien certain que la tige existé dass tous les végétaux vasculaires, mais tantôt grande, tantôt petite, le pbs souvent aérienne, quelquefois souterraine.
La tendance générale des tiges vasculaires est de s'éle* ver perpendiculairement au sol qui les porte, et cette propriété fondamentale, que nous analyserons dans la sm'te, ne manque que dans un très-petit nombre de végétaux vasculaires, tous parasites , c'est-à*dire, qui vivent avec la sève préparée par d'antres végétaux, tels sont le gui et la cuscute. Dans plusieurs cas , cette vérité est peu évidente, comme, par exemple, lorsque la tige ou ses branches sont si faibles, qu'elles ne peuvent pas se soutenir dressées, ou bien lorsque la tige est attachée au slol, dans toute sa longueur, par des racines ou des cram-