ORIGINE DE LA MATIÈRE CARBONÉE DE LA TERRE ARABLE
Ce qui nous frappe davantage à 1* inspection des tableaux d'analyses précédents, c'est la quantité considérable de matière carbonée contenue dans les sols cultivés. Sans doute, depuis un temps immémorial, on accumule sur ces ten-es d'abondantes fumures, et l'on pourrait peutêtre y trouver l'origine de l'abondance de ces matières carbonées, si on ne la rencontrait encore dans des sols provenant du nouveau monde, où l'on fume peu ou pas : la terre du rio Gupari, dont l'analyse a été rapportée plus haut (p. 312) , en est un remarquable exemple.
C'est qu'en effet il n'est pas nécessaire que l'homme intervienne pour que, dans un bon cUmat, un sol convenablemeijt humecté se charge de matières carbonées. Sans doute, les plantes qui se développeront dans un sol fertile laisseront pendant la durée de leur vie et à leur mort d'abondants débris qui enrichiront d'autant le sol qui les a portées; mais ces débris se rencontrent même dans une mauvaise terre, car, pourvu qu'elle soit humide, les graines apportées par le vent y germeront et les plantes s'y développeront, malingres et chétives si le sol ne leur fournit rien, plus fortes et plus vigoureuses si quelques nitrates et quelques phosphates répandus à leur portée leur donnent les éléments de leurs matières albuminoïdes. Dans tous les cas, le carbone fixé par la plante pendant sa vie et contenu dans ses tissus restera sur le sol après sa mort, et le sol se trouvera ainsi enrichi de matières carbonées. Ces débris se brûleront partiellement au contact de l'oxygène, et laisseront ces résidus noirs, rares dans certains sols, si abondants dans d'autres qu'ils leur communiquent une teinte foncée caractéristique : telles sont les terres noires de Russie, qui, d'après nos analyses, renferment par kilogramme 23 grammes de carbone appartenant à des matières organiques ; tels sont encore les terreaux des jardiniers (voyez plus haut, page 310, les analyses de M. Boussingault), et particulièrement la terre de bruyère, dans laquelle s'accumulent les feuilles, les racines des végétations antérieures.
L'oxydation des débris organiques, leur transformation en matière noire soluble dans les alcalis, mais insoluble dans l'eau pure, en humusy est-elle due simplement à l'action de l'oxygène s* exerçant librement sur ces matières complexes? est-elle, en outre, favorisée par quelques végétations microscopiques analogues à celles qui ont
été étudiées par M. Pasteur? ou enfin se développe-t-il pendant la décomposition des matières ligneuses un ferment particulier exerçant sur la cellulose une action de contact analogue à celle de la diastase sur Tamidon? C'est ce qu'il est encore impossible de préciser, et les mots de pourriture, de fermentation ulmique, d'érémacausie désignent ces phénomènes d'oxydation, dont la cause prochaine n'est pas encore rigoureusement déterminée. Si nous ne pouvons suivre la formation de la matière carbonée dans tous ses détails, nous connaissons les parties essentielles du phénomène, et la fixation de l'acide carbonique de l'air par la végétation, puis la combustion lente des débris que celle-ci abandonne, nous montrent clairement l'origine de la matière carbonée de la terre arable.