EXPLICATIONS DES EFFETS UTILES DU PLATRE
Le. plâtre réussit sur les légumineuses et n'exerce aucune action sur les céréales ; c'est là le point le plus curieux de son histoire agricole qu'il convient surtout d'expliquer.
Avant d'indiqaer ici comment nous comprenons ce résultat singulier que ne présente aucun autre amendement, îl est utile de rappeler les diverses théories qui ont été émises pour rendre compte des effets du plâtre.
H. Davy admettait que les plantes qni bénéficient de son emploi absorbent ce sel en nature ; il serait indispensable à la formation de leurs tissus, comme le sont les phosphates à la formation des matières albuminoîdes. Mais cette hypothèse ne peut se soutenir devant les analyses exécutées par M. Boussingault. Ce savant chimiste a reconnu que dans les cendres d'un trèfle plâtré, l'acide sulfurique et la chaux sont loin d'être dans les rapports où on les trouve combinés dans le gypse ; tandis que la chaux forme une partie importante de ces cendres, l'acide sulfurique n'y entre que pour une faible proportion. On 1^ reconnaîtra à l'inspection du tableau suivant :
MATIÈRES DOSI^ES (i).
Chlore
Acide lulfurique
Chaux
Magnésie
Oxyde de fer de manganèse . . .
Potasse
Soude
Silice
ftâcOLTK IXTRAOaODIAIU SI 1841 .
Cendres de trèfle
non plAtré.
pUtré.
BiCOLTI PBU FAT4MUBU DB 184S.
Cendres de trèle
non plâtré.
(1) On a calculé en faisant abstraction de l'acide carboniqae et de la perte.
plitré.
traces
Si le plâtre était absorbé en nature, s'il servait directement d'aliment à la plante, on devrait le retrouver dans les cendres, dans le rapport de 28 de chaux à 40 d'acide sulfurique ; or on trouve que, pour 28 de chaux, il y a S,9 d'acide sulfurique, c'est-à-dire 1/1 0* de la quantité qu'exige la chaux pour être saturée. On remarquera de plus, ce qui est fort curieux, qu'il n'y a pas plus d'acide sulfurique dans les cendres du trèfle plâtré que dans celles des plantes qui
n*ont pas reçu de sulfate de chaux ; il est donc bien clair que l'expiicalion si simple de Davy ne peut être adoptée.
Le baron de Liebig avait supposé que le plâtre fixe le carbonate d* ammoniaque des eaux pluviales en le métamorphosant en sulfate d* ammoniaque. On sait, en effet, que si l'on mélange le carbonate d'ammoniaque avec du sulfate de chaux, on obtient un précipité de carbonate de chaux, et il reste en dissolution du sulfate d'ammoniaque^ c'est ce qu'exprime Inéquation suivante :
Ca0,S0»4. AiH*0,C0» = CO^CaO + AiH^O,S03.
Le sulfate d'ammoniaque n'étant pas volatil comme le carbonate, il ne sera plus entraîné au moment de la dessiccation du sol pendant les chaleurs de l'été ; les plantes pourront donc bénéficier de cette ammoniaque qui, sans l'intervention du plâtre, se fût dissipée dans l'air et leur eût échappé.
Ctte théorie a été évidemment émise à un moment où Liebig croyait encore à Teflicacité des engrais azotés ; mais elle a le défaut de s'appliquer très-mal, car il est peu de plantes qui profitent aussi peu des engrais azotés que les légumineuses. Il est à remai-quer, en outre, qu'ils sont très-efficaces sur les céréales ; or, il se trouve que les céréales ne profitent pas de l'emploi du plâtre, tandis qu'il agit au contraire sur les légumineuses. Cette théorie est donc absolument erronée; elle a été proposée, au reste, à une époque où l'analyse des eaux pluviales n'était pas faite : on ignorait combien elles sont pauvres en ammoniaque, et par suite quelle faible action fertilisante elles peuvent exercer.
M. Kûhlmann avait proposé une explication qui, au premier abord, est plus satisfaisante. Le plâtre, suivant lui, se décomposerait dans la terre arable sous l'influence des matières organiques, leur céderait son oxygène en les métamorphosant en nitrates ; le sulfure de calcium résultat de cette décomposition, exposé à l'air, s'oxyderait de nouveau pour être bientôt après décomposé encore une fois. Il se ferait ainsi dans 1a terre arable une série d'oxydations dont le plâtre serait l'agent intermédiaire, et il jouerait, par rapport aux matières organiques, le rôle des vapeurs nitreuses qui, dans les chambres de plomb où l'on fabrique l'acide suif urique, ' portent l'oxygène de l'air sur l'acide sulfureux pour le métamorphoser en acide sulfurique.
A priori, il est clair cependant que cette théorie est incomplète , car, nous le répétons, les nitrates sont bien plus efficaces sur l«t
cultures de céréales que sur le trèfle, la luzerne et le ssdnfoio, et cependant c'est sur ces dernières plantes qu il est utile de répandre du plâtre et non sur les céréales. Toutefois, voulant reconnaître si le plâtre favorisait la nitrification, comme le pensait M. Kiihlmann, j'entrepris une série de recherches précises sur ce sujet.
lie piAiM ne faioriee pas im nitriflcaOeM. — Pour être certain qu'on opérait exactement, on commença par rechercher dans du sable une petite quantité de salpêtre qu'on y avait introduite.
Dans 200 grammes de sable lavé, on ajouta 12°>'^^,& de nitrate de potasse, on en retrouva li'^^'s^^k.
Les expériences portèrent sur la terre de Russie n** 2, dont nous avons donné l'analyse plus haut (p. 353). Elle ne renfermait alors que des traces de nitrate ; le plâtre employé était pur, il était préparé par la calcination du gypse en fer de lances. On en mêla à un échantillon de terre un dixième de son poids ; en même temps on mélangea un autre échantillon avec un dixième de son poids de sable pur, artifice employé par M. Boussingault afin de diviser la terre et de favoriser l'action oxydante de l'air (voy. § 97). On dosa l'acide nitrique à différentes reprises; on remarqua qu'il augmentait dans la terre sablée, mais que la terre plâtrée n'en renfermait que des traces. Enfin on fit le dosage trois semaines après le plâtrage, et l'on trouva, en rapportant à un kilogramme, dans :
Terre sablée^ nitrates équivalent à nitrate de po-
taise 0»',027
Terre plâtrée traces
Après quelques jours, on recommença les dosages, mais on ne trouva pas que les proportions eussent augmenté.
On choisit encore deux échantillons de cette môme terre de Russie ; l'un fut laissé à l'état normal, l'autre plâtré au dixième. On trouva, au bout de quatre mois, par kilogramme :
Terre normale, nitrates équivalent à salpêtre. . . 0'',â91 Terre plâtrée 0«',102
Ainsi l'expérience se prononçait nettement : il n'y a pas d'acide nitrique formé sous l'influence du plâtrage.
I<e plAtre ne favorise pas la ionnatlon de l'ammosJaqae* — Le
plâtrage ne favorise pas davantage la formation de l'ammoniaque ; c'est ce que démontrent les expériences suivantes. L'ammoniaque toute formée devait être recherchée par la méthode
imaginée par M. Boussingault ; on voulut donc d'abord s'assurer qu'on opérait régulièrement. On mélangea dans 200 grammes de sable une quantité de sel ammoniac renfermant 6"»^*'8',55 de gaz ammoniac; on retrouva Ô°'^'8r^57,
L'ammoniaque toute formée fut dosée comparativement dans les échantillons de la terre de Russie n"" 2, qui avaient* été mélangés de sable et de plâtre pour les expériences précédentes.
Après un mois, on dosa, dans un kilogramme de terre séchée à l'air, en anunoniaque toute formée :
Terre «abléc 0«',0624
Terre plâtrée 0>%0458
L'ammoniaque fut recherchée également dans la terre de Russie normale et dans la terre restée en contact avec le plâtre pendant quatre mois ; on trouva dans un kilogramme :
Terre de Russie normale 0'',173
Terre de Russie plâtrée OK',130
On voit donc que le plâtre est loin d'agir sur la ten^e arable comme la chaux. En effet, dans une des expériences qu'il a faites sur les chaulages, M. Boussingault a trouvé en ammoniaque toute formée dans un kilogramme :
Terre mélangée de sable OK',012
Terre chaulée. ... 0'%303
En examinant la composition des cendres du trèfle planté et non plâtré que nous avons donnée plus haut, on reconnaît que la potasse est plus abondante dans les cendres provenant de la plante qui avait reçu le plâtre, que dans celle qui n'en avait pas reçu, et, bien qu'au premier abord on ne vît guère de raison pour que le plâtre favorisât l'assimilation de la potasse, on se résolut à tenter quelques essais dans ce sens, et de rechercher comparativement la quantité de potasse que Feau pouvait enlever à une terre plâtrée et à une terre normale.
Ëje plAtre favorise la diffusion de la potasse dans la terre araMe.
— En général, on agit sur 100 grammes de ten'e séchée à l'air qui fut lavée avec un demi-litre d*eau; l'eau était évaporée d'abord dans une capsule de porcelaine, puis traitée par du carbonate d'ammoniaque pour éliminer la chaux (1) ; la liqueur filtrée était alors évaporée
(1) .11 aurait mieux valu employer la baryte, qu'on eût ensuite éliminée par racide carbonique et l'ébullition. (Voyei § 78.)
DC PLATRAGE DES TERBES ARABLES. 429
à sec dans une capsule de platine et calcinée pour chasser l'excès des sels ammoniacaux ; on reprenait le résidu par l'acide chlorhydrique bouillant; on ajoutait de l'alcool et du chlorure de platine.
On filtrait après vingt-quatre heures le chloroplatinate de potasse ; on desséchait le filtre, et Ton pesait enfin le chloroplatinate obtenu.
Les recherches furent commencées par un essai préalable ayant pom* but de s'assurer que le procédé décrit plus haut ne présentait pas de causes d'erreurà graves.
On mélangea à 10 grammes de plâtre une quantité de salpêtre pur et sec renfermant 0'%1 16 de potasse; en suivant le procédé indiqué, on trouva 0«%107: ainsi on avait fait une erreur de 0'',009, qui, bien que notable, n'était pas de nature à compromettre le succès des recherches. Un grand nombre de terres furent plâtrées au dixième, quantité énorme, impossible à employer dans la pratique, mais qui avait pour but d'exagérer l'efifet du plâtre, et l'on dosa comparativement la potasse dans les terres normales et dans les terres plâtrées. On trouva les résultats suivants :
PoUui» extraite par Veau froide d'un kilogramme de terre $échée à l'air.
TERRES
unis BK npÉRienci.
PO T A SSB
extraite
de
U terre uormAle.
Terre noire de Russie n® 2. .
Terre noire de Russie n** 1 •
Terre des Chapelles (Seineet-Marne)
Terre de VerclWes (Eure) . . .
Terre du rie Parana
Terre de Sologne
Terre franche du Cardin des plantes