AVOINE
Sulfate d'ammoniaque.
{Phosphate acide de chaux. . * Nitrate de potasse (1) Sulfate de chaux
I Sulfate d'ammoniaque.
> Sulfate d'ammoniaque.
... 230 fr.
Dépense totale : 659 fr.
Dépense annuelle supplémentaire 131 fr. 80 c.
(1) Ainsi que nous l'avons dit plusieurs fois, le nitrate de potasse ne convient pas pour source de potasse à fournir au trèfle ; on remplacera cette quantité avec avantage par 300 ou 400 kilogr. de Kalidunger de Stassfurt, ou de sulfate de potasse et de magnésie d'Alais^ qui ne reviendront jamais à plus de 40 ou 50 francs.
582 DES ENGBAIS.
Dans ces conditioDs, il n'est pas douteux que m les engrais chimiques restent à un prix abordable, ils joueront le rdle assigné depuis longtemps au guano, à la poudrette, au noir animal, aux phosphates fossiles ; réduite à ces termes, la doctrine des engrais chimiques cesse d'être une nouveauté, mais elle passe du domadne de l'utopie dans celui de la pratique.
g 1&9. — RÉSUMÉ. — LA PROSRÉRITÉ AGRICOLE EST LIÉE AU SUCCÈS
DES SjgÉWLATIONS ANIMALES.
Nous touchons au terme de nos. études sur les engrais, efforçonsnous d'indiquer, en finissant, dans quel sens doit incliner ]a production agricole pour réussir à donner à notre pays la somme de richesse que lui assurent sa situation géographique et la fertilité naturelle de son soi.
Pour aborder cette étude, il convient de la diviser en plusieurs parties : nous examinerons successivement ce qui est relatif à la culture du nord de la France, à celle du midi; puis nous dirons en terminant comment nous comprenons que doivent être utilisés les engrais des villes.
Af rlcnliure du nord de la Fraace. — Il existe dans le nord de la
France un certain nombre de contrées qui sont arrivées au maximum de production agricole : quand la saison est favorable, on trouve dans le Nord, dans le Pas-de-Calais, dans TAisne, des localités qui rendent 40 hectolitres de froment àrhectare, 60 000 kilogr. de betteraves, 350 in 400 hectolitres de pommes de terre, comme nous les obtenons nousmêmes dans le champ d'expériences de Grîgnon, et nous ne pensons pas qu'on puisse beaucoup aller au delà. A quelle cause faut-il attribuer cette admirable prospérité? Dans certaines localités, àFemploi de l'engrais flamand que les cultivateurs du Nord utilisent depuis descentaines d'années; dans d'autres, où l'engrais humain n'est pas re«. cueilli, à la culture de la betterave. On l'a répété sur tousles tons,, on ne le répétera jamais assez, celte culture est celle qui a le plus contribué aux progrès agricoles : elle supporte très-bien les fortes fumures, elle exige de nombreuses façons ; de telle sorte qu'elle laisse la terre dans un parfait état de propreté pour la céréale qui suit ; elle donne enfin au bétail une alimentation substantielle. La masse de pulpe qui revient à la ferme, et qui renferme encore une partie des matières contenues dans la betterave, force d'entretenir un nombreux bétail, et par suite de confectionner une quantité de fumier considé-
rable; les terres reçoivent donc 50000, 60000 kilogr. de fumier qui, en se brûlant dans le soi, déterminent la fixation d'une quantité notable d'azote atmosphérique, et amènent ainsi la terre à renfermer, comme le constatent nombre d'analyses, 2 millièmes à 2 millièmes 1/2 d'azote combiné.
En général, ces terres paraissent renfermer, en outre, une quantité suffisante de phosphates ou de potasse. Si même ces principes font défaut, la culture n'en sera pas privée, car ce sont là des matières qu'il est facile de se procurer.
Sans doute on exporte constamment du domaine de la potasse et de l'acide phosphorique, mais nous avons vu que l'alcali n'a pas toute l'importance qu'on a voulu lui donner, et quant à l'acide phosphorique, il est actuellement facile à remplacer; les mines s'épuiseront sans doute, mais nous touchons là à un problème analogue à celui de l'épuisement de la houille, qui reste ime terrible menace pour un avenir éloigné, sans que le présent ait encore lieu de s'en préoccuper.
La prospérité de ces contrées, les plus riches de la France, bien que la culture essentiellement nationale, la culture de la vigoe, n'y réussisse pas, nous enseigne la voie qu'il faut suivre dans des conditions analogues. C'est par l'établissement des sucreries et des distilleries que nos départements situés au-dessus du massif montagneux de l'Auvergne réussiront à atteindre le développement des régions septentrionales. On peut affirmer que les pays dans lesquels réussit la culture de la betterave sont destinés à acquérir dans un certain temps la prospérité des régions septentrionales de notre pays, et cela par le développement dé l'élevage, par l'entretien d'un nombreux bétail qui n'est plus cantonné seulement dans les pays d'herbage, et qui, conduit avec discernement, donnera du fumier à des prix très-modérés. L'observation des faits agricoles récents démontre donc une fois de plus combien sont justes les idées émises déjà par nos devanciers, à savoir, que la prospérité de l'agriculture est liée au succès de l'élevage.
Avec du fumier de ferme additionné, quand l'expérience l'indique, de phosphate, parfois même de potasse, on peut arriver dans le Nord aux rendements maxima.
Agrlcnltiure dn «ad de la France. — H n'en eSt paS de même
malheureusement de nos contrées méridionales. Les conditions dans lesquelles elles se trouvent sont tout à fait différentes ; les cultures arbustives y sont infiniment plus développées que toutes les autres; le bétail est rare, par suite les fumures peu abondantes. On a reconnu la nécessité de l'emploi des tourteaux, des matières fécales. L'exploitation
(du bétail ne peut être entreprise que dans des conditions tout à fait spéciales, ou dans les localités privilégiées adossées aux montagnes qui leur fournissent en abondance Teau d'irrigation. Ailleurs, pendant Tété, rherbe est rai-e dans la plaine brûlée du soleil, il faut conduire les animaux à la montagne où Therbe persiste ; de là la nécessité d* élever surtout les races ovines robustes, capables de supporter les longs voyages, mais en même temps osseuses, lentes à arriver à la boucherie.
Et cependant ce pays est admirablement disposé pour que la prairie s'y développe. En effet, tandis que le nord de la France, si heureusement fécondé parla pluie, est un pays de plaines, le Midi, desséché pendant Tété, est montagneux; par suite Teau s'y accumule sur les cimes, elle est là suspendue à une hauteur considérable, et il suflît de la diriger au travers des plaines pour que celles-ci dexîennent admirablement fécondes et se couvrent d'une végétation luxiu*iante. Dans les parties du Var qui sont arrosées, on peut faire quatre ou cinq coupes de luzerne par année; les vallées de la Haute -Garonne, celles des Hautes-Pyrénées, sont les plus riantes qu'on puisse voir, l'herbe semble y repousser sous la dent des animaux. Que les irrigations se multipUent dans nos départements du Midi, l'élevage y devient facile, le fumier abondant, et les rendements s'élèvent.
C'est l'ingénieur qui d'abord doit se mettre à l'œuvre pour assurer la prospérité du midi de la France ; c'est à lui de conduire les eaux qui s'écoulent de la montagne; c'est à lui de féconder avec les neiges des Pyrénées tout le Languedoc, avec celles des Alpes la Provence, enfin avec celles d'Auvergne tous les pays qui s'étendent entre les montagnes du centre et la mer. La législation qui régit l'emploi des eaux doit être, pour que ces utiles travaux soient exécutés, complètement modifiée : s'il est intéressant de fournir aux usiniers une force motrice à un prix très-modéré, il l'est encore davantage de permettre à l'agriculture d'utiliser les eaux qui sont la condition même de son existence.
Quand la France aura réussi à recouvrer les provinces qu'elle a perdues, et que la paix pourra être considérée comme étabUe pour de longues années, elle pourra employer une partie du capital qu'un sage gouvernement la force de se constituer chaque année à ces utiles travaux ; on verra les progrès s'engendrer les uns les autres : l'abondance de l'eau créera les prairies ; les animaux deviendront plus nombreux, ils seront d'une meilleure conformation. Puisqu'on aura fait descendre l'herbe de la montagne, on n'aura plus besoin de recourir à la transhumance, l'animal ne perdra plus son fumier pendant une moitié de
Tannée, et là, comme dans le Nord, Tabondance du bétail amènera les forts rendements.
Coltore maraîchère aox. environs des villes. — Enfin, auX environs
des villes, se concentreront les cultures maraîchères : l'exemple donné par la ville de Paris ne peut manquer d*ôtre suivi ; on supprimera sans doute dans nombre d'autres cités l'établissement des fosses fixes ; on dirigera toutes les déjections des habitants dans les eaux d'égout, qui, élevées, si cela est nécessaire, par des machines, se répandront ensuite dans les jardins enviroimants et y développeront ces cultures luxuriantes de légumes, de fleurs à parfums qui couvrent aujourd'hui la plaine de Gennevilliers, naguère encore misérable et stérile.
La question des engrais nous parait donc être sortie des longues études, des longues discussions auxquelles elle a été soumise pendant de nombreuses années ; elle en revient presque à ce que disaient nos devanciers. Mais la solution actuelle n'est plus seulement empirique ; elle s'appuie sur les connaissances solides que nous ont permis d'acquérir les travaux accumulés depuis soixante ans par Th. de Saussure, Davy, Liebig, Dumas, Boussingault, Thenard, Lawes et Gilbert; elle se résume dans l'emploi du fumier comme source d'azote, additionné de phosphate et, dans quelques cas, de potasse. Dans le Nord, la culture de la betterave assure la production du fumier; dans le Midi, celle-ci ne pourra prendre tout son développement qu'autant que l'irrigation sera assurée. Aux environs des villes, enfin, le jardinage, la culture maraîchère, acquerront un admirable développement quand les eaux d'égout chargées des déjections humaines arriveront sur le sol avec profusion.