‹ Cours de chimie agricole, professé à L'École d'agriculture de GrignonChapitre 25 sur 228 · LA COMPOSITION DES CENDRES · texte numérisé non relu

LA COMPOSITION DES CENDRES

L'analyse des cendres démontre que les plantes choisissent, dans la dissolution complexe que renferme le sol, certaines substances mi-

DéraleSy et s'en emparent, se les assimilent à l'exclusion de certaines autres. Qu'on sème dans la même terre du trèfle et du blé, ainsi qu'on le fait souvent, et à l'analyse on ne trouvera pas aux cendres la même composition : le blé renfermera surtout de la silice et des phosphates, le trèfle de la potasse et de la chaux. Quel est le mécanisme de cette sélection ? c'est ce qui nous reste à étudier.

Ezameii des ornâmes d'absorption. — L'hypOtbèse la pluS simple

qu'on puisse faire pour expliquer le choix qu'exécutent les végétaux consiste à supposer que les tissus des racines ne présentent pas la même structure dans les espèces différentes; que les organes d'absorption du blé sont aptes à se laisser pénétrer par la silice ou les phosphates, tandis que ceux du trèfle, qui refuseront la silice, absorberont au contraire la potasse et la chaux. Il suffit presque d'énoncer cette hypothèse pour voir combien elle est singulière et peu d'accord avec ce qu'enseigne la science actuelle, ennemie des causes occultes. La répugnance qu'inspire cette hypothèse est, au reste, justifiée par l'examen des faits : en soumettant à un examen microscopique attentif les organes, il est impossible d'y découvrir les moindres différences correspondant aux différences qu'on remarque dans la composition des cendres des plantes auxquelles ils appartiennent. (Voyez, sur l'absorption des liquides par les racines, Duchartre, Traité de botanique ^ page 237, qui relève une erreur généralement répandue.) Au reste, pour démontrer qu'il n'existe pas dans les racines une faculté de sélection suffisante pour produire les effets constatés par l'analyse des cendres, on peut avoir recours, comme l'a fait depuis longtemps Trinchinetti, à des expériences directes {SuUa facolta assorbente délie radiée de vegetabili^ Milano, 1863).

lies raeinss absorbent tous les élémeiits solnbles qat sont mis en

eontaet avee eUes. — Ce naturaliste a reconnu, en plongeant pendant quelque temps des plantes munies de leurs racines en bon état dans des dissolutions salines variées, que toutes les matières dissoutes pénétraient dans les tissus. Ces expériences paraissent mériter toute confiance, car Trinchinetti eut soin de caractériser, à l'aide de réactifs appropriés, les sels qui avaient pénétré dans la plante, et le fait de l'absorption d'une dissolution saline quelconque pourra être considéré comme démontré, quand nous aurons signalé la cause d'une anomalie connue depuis longtemps.

Si l'on fait l'analyse des cendres des plantes qui ont végété dans un sol plâtré, on reconnaît que celles-ci renferment plus de chaux et de potasse que les plantes qui se sont développées dans un sol non amendé

avec du sulfate de chaux, mais que la proportion d'acide sulfurique qui existe dans les cendres est loin d'être suffisante pour saturer la chaux et la potasse, et Ton pourrait avoir quelque peine à comprendre un fait semblable et être tenté, par suite, de l'attribuer encore à une faculté particulière aux racines, si l'on n'avait constaté, d'une part, qu'une plante semée dans du coton et arrosée avec de Teau chargée de sulfate de chaux absorbe très-bien ce sel, et, d'autre part, que le sulfate de chaux enfoui dans le sol ne tarde pas à s'y transformer en carbonate. C est sous cette nouvelle fonne que les bases pénètrent dans la plante; de telle sorte que si l'on ne remarque pas habituellement de sulfate de chaux dans les cendres d'une plante développée sur un sol plâtré, c'est tout simplement parce que ce sulfete de chaux n'y persiste que pendant peu de temps.

Excrétions 4es raeiaes. -- Nous reconnaissons douc, d'une part, que tous les sels pénètrent dans les plantes; de l'autre, que ces principes ne sont pas tous simplement en dissolution dans l'eau qui gorge la plante, mais que quelques-uns d'entre eux sont combinés avec les divers principes immédiats. Si nous pouvions reconnaître dans les plantes la faculté d'excrétion, nous arriverions facilement à comprendre le mécanisme suivant lequel se fait le choix constaté par l'analyse. Supposons, en effet, qu'une dissolution complexe, comme celle qui existe dans le sol, pénètre dans la plante et se répande dans tout l'organisme, elle arrive au contact de difllérents tissus; quelquesunes des substances minérales introduites perdent leur solubilité, et les autres, après un séjour plus ou moins long dans le végétal, sont expulsées au dehors par les racines : de telle sorte que lorsqu'on analyse la plante, on n'y trouve plus, bien que tous les éléments solubles contenus dans le sol y aient pénétré, que ceux qui sont capables de contracter quelque combinaison.

Pour que nous puissions admettre cette hypothèse, il nous faudrait démontrer que les plantes sont capables d'excrétion. Cette idée n'est pas nouvelle ; elle a été soutenue par plusieurs esprits distingués, et notamment par De Candolle (1), qui avait cru pouvoir baser une

(t) Physiologie, p. 248, etc. — n faut remarquer que s*il est impossible de constater l^exerétion d'une substance minérale par les racines, il est vraisemblable que celles-ci émettent un acide fixe au moment de la germination, et très - habituellement de l'acide cubooique. En faisant germer des graines sur du papier de tournesol, on reconnaît facileoentque celui-ci se teint en rouge dans tous les points où il a été en contact avec les racines; <te plus, celles-ci exercent une action dissolvante remarquable sur les calcaires.

Us expériences qui tendent à le montrer sont insérées par M. J. Sachs dans son Traité de physiologie végétale (page 210), et l'on a pu en voir les résultats à Texposition de 18G7. Des

théorie des assolements sur cette propriété hypothétique ; toutefois toutes les expériences directes qui ont été faites sur ce sujet ont conduit à des conséquences négatives.

On sait que Walter, notamment, a contribué à faire rejeter l'idée de l'existence d'une exosmose régulière, en faisant végéter une plante munie de plusieurs racines dans deux vases différents, de sorte que quelques-unes des racines plongeaient dans l'un des vases renfermant de Teau distillée, les autres pénétraient dans une dissolution saline. Si les racines sont des organes de sécrétion, si elles peuvent rejeter quelques-uns des principes qu'elles ont pris d'abord, il est probable que la dissolution saline absorbée par l'une des racines se répandra dans toute la plante, puis sera rejetée au dehors, et qu'on retrouvera dans l'eau pure le sel contenu dans l'autre vase. Les expériences furent faites à l'aide du sel marin, du sulfate de soude et de l'acétate de plomb, et conduisirent toujours à des résultats négatifs ; dans le dernier cas, il fut facile de reconnaître le sel de plomb dans la plante et même dans les racines plongées dans l'eau pure, mais on ne put en retrouver dans cette eau.

Nous avons nous-niême exécuté quelques expériences analogues. Des plamtes aquatiques, des lentilles d'eau {Lemna minor) furent placées dans des dissolutions très-étendues de sulfate de cuivre et de sel ammoniac ; on y laissa les plantes quatre ou cinq jours; puis, après les avoir bien lavées, on les remit dans l'eau distillée, qui fut examinée après quelques jours. Il fut impossible d'y découvrir la moindre trace de sel de cuivre ou de chlorure, et l'on sait cei)endant qu'il existe, pour reconnaître ces substances, des réactifs d'une admirable sensibilité.

Ainsi, l'explication de l'accumulation dans les plantes d'un principe minéral, à l'exclusion d'un autre, ne peut s'appuyer sur l'idée que les principes non combinés, non retenus dans la plante, sont éliminés par les racines, et une autre manière de voir doit être proposée.

gaines de difTérenles plantes {Phascolus muUifloruSy Cucurbita Pepo^ TriUcum vulgare, etc.) sont semées dans du sable contenu lui -môme dans de petites caisses de marbre; les racines se développent et atteignent bientôt le marbre, sur lequel elles rampent dans différents sens. Quand on met fin à Texpérience^ on voit très-distinctement, sur la surface polie du marbre, la trace de plusieurs racines et de leurs ramifications : les limites de ces empreintes sont nettes ; elles sont en moyenne larges d'un demi-millimètre et ressemblent à un trait légèrement marqué avec un burin à pointe large. Les empreintes sont aussi visibles sur de la dolomie ; mais sur le plâtre^ au lieu d'être en creux, elles sont en relief : les racines ont protégé le plâtre contre l'action dissolvante de l'eau.

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