QUARANTIÈME LEÇON
LA LYMPHE
Transsudé à travers les parois des capillaires les plus fins, une partie du plasma sanguin pénètre à travers les espaces intercellulaires du tissu conjonctif, et porte aux éléments des divers tissus, une partie de ses globules blancs et ses autres matériaux de réparation. A leur tour les cellules dont sont composés les tissus laissent extravaser avec une partie de leurs plasmas surtout les produits excrémentitiels de leur incessante activité, produits en général cristallisables et aptes à l’exosmose. L’ensemble des humeurs provenant de ces deux origines pénètre dans un ■système de vaisseaux très fins, les capillaires lymphatiques, qui après ■ s’être réunis entre eux par anastomoses et avoir traversé un grand nombre des ganglions spéciaux vont former deux troncs vasculaires principaux. Le premier réunit tous les vaisseaux lymphatiques de la partie sous-diaphragmatique du corps et de la moitié sus-diaphragmatique gauche ; il va se jeter dans le canal thoracique après avoir reçu le chyle, c’est-à-dire le contenu des lymphatiques intestinaux provenant de la digestion; le second tronc réunit les lymphatiques de la partie sus-diaphragmatique droite et forme la grande veine lymphatique droite qui s’abouche dans la sous-clavière.
C’est ainsi que, grâce à la transsudation des vaisseaux sanguins et à la circulation lymphatique, les matériaux alibiles du sang arrivent «aux organes, et que ceux-ci peuvent indirectement rejeter dans le torrent circulatoire les produits de leur activité qui, suivant leur nature, vont être utilisés ailleurs ou être excrétés à travers les reins et rejetés au dehors.
Les ganglions lymphatiques qui se trouvent en grand nombre sur le trajet des petits vaisseaux lymphatiques ont une structure et un rôle que nous avons étudiés ailleurs. Ils contiennent une petite quantité de
IA LYMPHE
leucine, d’acide urique, peut-être de xanthine et de tyrosine, qui pa. raissent provenir surtout de l’activité des globules blancs. Ces ganglions s imprègnent souvent d’une substance pigmentaire, brune ou noire, probablement dérivée de l’altération de l’hémoglobine.
La quantité de lymphe versée dans le torrent circulatoire dépend de 1 alimentation. Elle diminue par l’inanition; elle augmente sensiblement avec le régime animal. La pression sanguine et l’activité musculaire la lont allluer dans les fistules pratiquées pour la recueillir.
Nous nous bornerons à étudier ici la lymphe proprement dite, celle qui coule à travers les lymphatiques généraux. La liqueur qui remplit les lymphatiques de l’intestin pendant la digestion, le chyle, sera examiné en parlant de cette dernière fonction.
LA LYMPHE
Constitution. — La lymphe est une humeur tantôt transparente, tantôt opalescente. Au microscope on voit qu’elle est formée, comme le sang, d’un plasma au sein duquel nagent des corpuscules figurés. Les plus nombreux sont les globules ou corpuscules lymphatiques, identiques aux globules blancs du sang. Leur nombre est plus grand à la sortie qu’à l’entrée des ganglions. On en compte en moyenne 8 000 par millimètre cube de lymphe. Quoique ces corpuscules semblent se produire dans les ganglions et dans les glandes lymphoïdes, on croit qu’ils peuvent aussi se multiplier dans la lymphe et le sang, et provenir encore des plasmatocystes du tissu cellulaire aptes à reprendre, dans certaines conditions, leur état embryonnaire primitif ( Ranvier ).
11 existe encore dans la lymphe, surtout dans celle de la rate et du canal thoracique, des globules colorés plus petits que les hématies du sang ( hémcitoblastes de Hayem ). Enfin l’on y rencontre de très fines granulations formées surtout de corps gras neutres, enveloppées d’une très mince couche de substance protéique.
Propriétés. — La lymphe est un liquide légèrement visqueux, quelquefois transparent et eitrin avant son passage à travers les ganglions; d’autres fois légèrement opalescent ou même opaque, blanc jaunâtre ou un peu rosé (dans le canal thoracique et après la rate), suivant les organes d’où elle provient. Son odeur varie avec l’espèce animale. Sa saveur est saline. Sa densité oscille entre 1,015 et 1,045. Elle est alcaline, mais moins que le sang.
Extraite de vaisseaux, la lymphe se congulc après 5 h 20 minutes, mais toujours moins vite que le sang. 11 se fait un caillot petit, mou, blanchâtre, peu rétractile. A l’état humide, il représente de 4 a 45 dix-millièmes du poids de la lymphe. 11 paraît devenir un peu rosé