‹ Cours de chimieChapitre 541 sur 633 · ROLE DES SELS · texte numérisé non relu

ROLE DES SELS

C’est ici qu’intervient le rôle complexe des sels : beaucoup n'agissent qu’en fournissant leurs éléments aux molécules à venir, comme lorsque l’azotate de potasse vient apporter à la plante l’azote nécessaire à la formation des matières albuminoïdes ou lorsque les phosphates fournissent aux nucléines et aux lécithines le phosphore qui entre dans leur constitution. D’autres modifient les milieux protoplasmiques et concourent ainsi indirectement aux réactions chimiques dont ils sont le siège; d’autres enfin s’unissent aux composés qui s’y forment : amides, urée, sucres, matières albuminoïdes, etc., et leur communiquent des propriétés nouvelles. C’est ainsi que l’albumine, la caséine, la légumine ne sont pas libres, mais unies à une certaine dose de sels de chaux et de potasse, dans le blanc d’œuf, le lait, les plasmas végétaux, et que la plupart des produits d’excrétion ou de sécrétion qui se forment sont plus ou moins combinés aux sels de potasse, de soude, de chaux, de magnésie. Ils le sont quelquefois si intimement que la cristallisation, la dissolution de ces substances dans l’alcool, etc., ne suffit pas à dédoubler ees associations, comme on le remarque lorsqu’on veut extraire la glycose des urines diabétiques où elle est unie au sel marin; ou lorsqu’on essaie d’extraire les leucomaïnes, en général intimement assolées à des sels de magnésie ou à du chlorure de potassium. De là deux conséquences. La première, c’est que sous l’influence des doubles échanges qui peuvent se produire au sein de l’organisme entre les sels combinés aux matières organiques et les sels des plasmas, une même matière, une même substance albuminoïde par exemple, prend, suivant la cellule où elle passe, des propriétés nouvelles très dissemblables, telles que la solubilité ou l’insolubilité. On sait qu’il suffit d’ajouter du sel marin à la fibrine du sang pour la redissoudre en en séparant des phosphates, et que cette fibrine ainsi transformée possède alors presque toutes les propriétés de l’albumine. On sait aussi que le plasma du sang salé est incoagulable spontanément, mais qu’il se coagule dès qu’on ’étend d’eau ; on sait enfin combien facilement deviennent solubles ou insolubles les substances caséiniques suivant l’acidité très faible ou la neutralité du milieu qui empêche ou permet leur union aux oxydes alcalins ou terreux. Il intervient dans ces divers cas des doubles échanges qui modifient les propriétés physico-chimiques de solubilité, d’insolubi-

MÉCANISMES DE LA NUTRITION GÉNÉRALE

lité, de dialysabilité, etc., de la molécule, sans altérer en rien la constitution de sa partie organique spécifique.

Voici une autre conséquence de la nature des sels combinés : On sait que chez les végétaux, aussi bien que chez les animaux, les substances qui constituent les plasmas intracellulaires sont généralement unies à la potasse, tandis que la soude prédomine dans le liquide extracellulaire. Les produits de l’activité vitale de la cellule, unis à la potasse, peuvent donc dialyser facilement vers le plasma extérieur appauvri en sels de cette base; arrivés dans ce plasma extracellulaire, ils y rencontrent une quantité relativement considérable de sels de soude, et pour cette raison, et d’autres peut-être qui nous échappent, ils échangent leur potasse pour la soude, laissent rentrer la potasse dans la circulation générale et s’éliminent principalement à l’état de sels sodiques. De là cette nécessité de fournir incessamment à l’animal une dose de sels de soude toujours supérieure à celle des sels de potasse (*), enrichissement des plasmas en sel de soude et dialyse facile vers les humeurs extracellulaires de produits riches en potasse contenus dans l’intérieur de la cellule. Les sels agissent enfin soit en rendant les milieux plus ou moins acides et alcalins, et dans ce dernier cas en favorisant les oxydations, soit après avoir solubilisé ou insolubilisé certaines substances, en aidant à fixer ou extraire ces divers principes immédiats dans ou hors des cellules, de telle sorte que les plasmas qui en ont été débarrassés, par exemple, tendent à en recevoir de l’extérieur des quantités nouvelles, d’où résulte une véritable circulation et une accumulation continue de ces matières dans certains tissus.

Page 1