C) CORPS GRAS
Nous n’avons pas à revenir ici sur l’origine alimentaire des graisses. Dans les expériences de Boussingault, de Fr. Hofmann, et de Pettenkoffer et Voit, les animaux amaigris, soumis à une alimentation presque exclusivement composée de graisses, absorbaient de 50 à 55 pour 100 des corps gras de leurs aliments.
Nous avons donné, p. 751, les raisons qui nous font admettre qu’une partie de ces principes gras peut se former aux dépens des albuminoïdes, grâce à une simple hydratation qui disloque ces dernières substances en principes gras, sucres, urée (ou autres matières azotées) et acide carbonique. Ce phénomène se passe certainement dans les muscles et les autres organes lorsqu’il n’y accède pas une quantité suffisante d’oxygène. La transformation des albuminoïdes en graisses arrive à son maximum lorsqu’on introduit dans l’économie certains poisons qui, tels que le phosphore, l’arsenic, s’opposent a l’oxydation des tissus; ceux-ci subissent dès lors, avec une très grande rapidité, la dégénérescence adipeuse.
COIU’S GRAS.
D’après les expériences de Chaniewski, Munk, etc., sur l'engraissement des oies, des chiens et des porcs, /O a 80 pour 100 de la graisse formée dans l’organisme provient du dédoublement des aliments hydrocarbonés. Nous avons dit ailleurs que cette transformation se fait principalement par perte d’acide carbonique et sans accession de l’air, et nous avons essayé d’exprimer cette destruction de la molécule sucrée par l’ équation :
14 C6Hla06 = C87H11006 + 24 CO* + 271120 + C31I408
Glycose. Stéarine.
Les corps gras ainsi formés se déposent dans les cellules du tissu adipeux ; 1 eau et I acide carbonique sont excrètes,* le composé C3H;,03 s oxyde à son toui, ou bien, s unissant peut-être à l’hydrogène, redonne de la glycérine qui se combine aux acides gras alimentaires ou formés dans l’organisme, et reproduit de nouveaux corps gras ; Munk a démontré, en effet, que les acides gras injectés dans l’intestin sont absorbés et changés en graisse dans l’économie, ce qui implique la formation de glycérine en dehors du simple phénomène de saponification des corps gras alimentaires.
Réciproquement, M. Berthelot a obtenu autrefois un corps de la
famille des glucoses en soumettant la glycérine à l’action du testicule de coq.
L on sait d ailleurs aujourd’hui par les expériences de E. Fischer, que les glycoses peuvent se produire aux dépens de l’aldéhyde glycélique et Ion comprend, par conséquent, que grâce à une réaction inveise, 1 hydrogénation et le dédoublement de ces glycoses dans l’économie puissent donner naissance à la glycérine nécessaire à la constitution de corps gras :
C6Hi206 + H* — 2 C3H803
Glycose. Glycérine.
ou plutôt
2 Olf -O0 = 2 C31I805 -f 011*0* + 2 CO3
Glycose. Glycérine. A. butyrique.
11 est probable que les graisses se dédoublent d’abord par hydratation avant de s’oxyder, que leurs acides gras s’unissent aux alcalis du sang, et que les savons qui en résultent sont graduellement brûlés soit dans le sang, soit dans les organes; mais on ne connaît pas bien les produits d’oxydation intermédiaires entre les graisses, d’une part, l’acide carbonique et l’eau de l’autre. On suppose seulement que l’acide
succimque, l’acide mésoxalique et l’acide oxalique font partie de ces intermédiaires»
MÉCANISMES DE LA NUTRITION GÉNÉRALE
(D) MATÉRIAUX DE DÉSASSIMILATION
Examinons maintenant, non plus les principes plastiques de l’économie ou ceux qui en dérivent directement, ou bien que l’alimentation nous apporte, principes chargés d’énergie virtuelle, mais les matériaux de désassimilation qui en proviennent par dédoublements et oxydations successives, et essayons de déterminer pour chacun d’eux leur origine et leurs transformations ultérieures.
Nous commencerons par les produits azotés complexes dérivés des
albuminoïdes.
(a) Produits azotés complexes de I économie. — Les nucléines, les lécithines, les matières colorantes de la bile et des urines, et quelques autres substances font partie de ce groupe. Les corps des deux premiers groupes peuvent même être regardés comme des matériaux plastiques.
Les nucléines se rapprochent en quelques points de la mucine, des kératines, de la substance amyloïde, mais elles ne donnent pas la réaction de Millon. Elles sont certainement plus simples que les matières albuminoïdes ordinaires dont elles doivent par conséquent dériver. Leur forte teneur en phosphore, la facilité avec laquelle les réactifs acides et alcalins produisent avec elles les bases de la série xanthique (xanthinc, sarcinc, guanine, adénine) conduisent aux mêmes conclusions. C’est probablement en se transformant en ces dernières bases qu'elles se désassimilent. Elles nous paraissent jouer dans le noyau des cellules un rôle de protection plutôt qu un rôle actif.
J’en dirai autant des lécithines qui forment, on le sait, la majeure partie de la matière grasse enveloppant et isolant le cylinder axis, et sans doute les parties les plus délicates des globules rouges et blancs. Leur dédoublement en acide stéarique, oléique, phospho-glycérique et névrine fait entrevoir le mécanisme de leur synthèse. Il est aussi très probable que c’est par une série de détriplements inverses qu elles disparaissent, quoique, à ce qu’il semble, avec une grande lenteur.
La bilirubine résulte du dédoublement, avec oxydation, de la matière colorante du sang en passant par l’hémaline qui, elle-même, avons nous vu, paraît dériver d’un déquadruplement de 1 hémoglobine en albumine, hématine, urée et acides gras. La bilirubine est reliée a 1 hé mâtine par l’équation :
C34H3iAz4FeO'i + 5 II*-0 -f 0 = C3aH38Az406 + FeO + CaH*Oa
Hématine. Bilirubine.
La plus grande partie de la bilirubine est évacuée avec lus matières