FORMATION DES SUCRES PAR LA PLANTE
En somme, la glycose, le galactose, l’inosite, la lacline, les dcxtrines et le glycogène, les amyloses, la cellulose, sont propres aux plantes et aux animaux. Les autres sucres se retrouvent le plus souvent, quelquefois en très grande abondance dans les plantes.
Origine «les sucres dans la plante. — A 1’ exception de quelques
substances telles que l’érythrite, la xylite, l’arabitc, l’isodulcite, la quereite, les alcools hexavalents, la perséite, toutes les substances qui viennent d’être citées font partie de la classe des hydrates de carbone et reviennent à de l’aldéhyde méthylique CIPO quintuplé ou sextuplé, ou à des anhydrides de ces polymères. Or, nous savons déjà que l’aldéhyde formique et les sucres dérivent directement de l’action de la chlorophylle sur le système C02-f-H20, qui se transforme directement, dans la feuille illuminée, en glycose, polymère de cet aldéhyde, et en oxygène :
6 CO2 + ü20 = C6H1206 + 60
6 vol. Glycose. 6 vol.
et quoique, à côté de la glycose, nous ne trouvions pas dans la feuille l’aldéhyde formique qui semble se polymériser aussitôt, du moins nous constatons la puissance réductrice du protoplasma et l’existence dans beaucoup de feuilles du produit d’oxydation de cet aldéhyde, l’acide formique.
D’autre part, il est acquis aujourd’hui que cette transformation de l’aldéhyde formique en sucre n’est pas une vue théorique, et qu’elle peut être artificiellement produite soit en polymérisant cet aldéhyde au moyen des alcalis ( Lœw ), soit en partant de l’aldéhyde glycérique C3-H603 ou glycérose que E. Fischer a changé par polymérisation en un véritable sucre C6IP06, l’acrose, apte à fermenter et qu’il a transformé, au moyen d’hydrogène naissant, en passant par un dérivé intermédiaire d’oxydation, l’acrozone C6II10OG, en une vraie lévulose C6H,206 et en mannite CGHu06 qui peut donner à son tour des sucres doués du pouvoir rotatoire.
L’origine de tous ces hydrates de carbone et de leurs dérivés hydrogénés (érythrite, arabite, mannite) est donc certaine; ils dérivent de la polymérisation de l’aldéhyde formique, qui tantôt se quadruple pour donner le terme de passage C*H804 apte par hydrogénation à former l’érythrite, tantôt se quintuple pour faire naître l’arahinose CsIl10O5 d’où dérivera l’arabine CfH1205 par hydrogénation, tantôt et le plus souvent se sextuple pour donner les glycoses C6H1206 dont l’hydrogénation produit la mannite et la dulcite C’IPO0 enfin qui, dans un premier stade de déshydratation, forment les saccharoses :
2 G6H,a0° = C,2II2S0u + H*0
SYNTHÈSE DES SUCRES ET DES GLUCOSIDES- Par line déshydratation plus avancée ces glycoscs donnent les dextrines :
2CGII1206 = C12II2°010 + 2II20
lesquelles en se polymérisant à leur tour formeront les amidons, l’inuline, les celluloses, etc.
Dexlrine. Amidon.
Ce ne sont point là des vues théoriques, de simples hypothèses. Cet ensemble de réactions qui nous permet de rattacher à l’aldéhyde formique les sucres les plus divers, les dextrines, les amidons, les celluloses, etc., dérivés de polymérisations successives, quelquefois accompagnées d’hydrogénation, on en a réalisé aujourd’hui au laboratoire la suite complète et régulière; quant aux végétaux, nous verrons que, pour accomplir ces mêmes réactions polymérisantes, hydrogénantes ou déshydratantes, aussi bien que les phénomènes inverses, ils possèdent dans leurs cellules et dans les ferments qu’elles sécrètent, des agents très efficaces qui leur tiennent lieu de nos réactifs chimiques habituels. Exposez quelques instants cà la lumière des feuilles de bananier, de laitue, de strélitzia, qui ne contenaient plus de sucre après être restées quelque temps à l’obscurité, vous y verrez reparaître aussitôt le glucose. Présentez 5 à 6 minutes au soleil les feuilles des végétaux les plus divers, d’une spirogyra par exemple, vous y constaterez bientôt l’amidon bleuissable par l’iode partout où la lumière aura frappé. Mais si, réciproquement, la plante repasse à l’obscurité, par exemple durant la nuit, 1 amidon disparaîtra des feuilles, transformé en cellulose, peutêtre en dextrine, glycose ou gommes solubles qui sont allés former ses réserves d’hydrates de carbone, de celluloses, de mucilages, etc., ou qui ont contribué à constituer des produits plus complexes, tels que les albuminoïdes, réaction plus délicate sur laquelle nous reviendrons.
Parmi ces produits compliqués que le glucose ou les corps de sa iarmlle contribuent notoirement à former, il faut citer avant tout ces composés si répandus dans la plante, qu’on a nommés cjlucosides paicc qu en s hydratant ils se dédoublent en glycose, lévulose, inosite, quei cite, etc., et un autre compose différent dans chaque cas, et dont le radical était uni a 1 hydrate de carbone dans la molécule primitive du glucoside. Dans celte nombreuse classe de corps, citons la salicinc C il O de 1 écorce de saute et de peuplier, qui se dédouble en saligénine et glycose :
C1*H,80T + li20 = C’IlsS2 -f C°II120c
Salicinc. Saligénine. Glycose.
52 SYNTHÈSE DES SUCRES, DES GLUCOSIDES, DES TANINS, ETC., I’AR LA PLANTE.
L ’esculine des feuilles de marronnier donne de même de l’esculetine et du glucose; Yarbutine C12H,607 fournit de l’hydroquinone C°I1602 et de la glycose :