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CHAPITRE IX

Des Sels dont l'acide oxigéné est à base de Carbone. — Des Carbonates.

§ Ier-

Des Sous- Carbonates.

g3g. Propriétés générales. Tous les sous-carbonates soumis à l'action de la chaleur se décomposent à une température plus ou moins élevée ,

excepté ceux ù base de soude , de potasse , de barite et de lithinc : les produits sont l'oxidc ou le métal et de l'acide carbonique ; le souscarbonate de proloxidc de fer seul donne de l'oxide de carbone et un tritoxide de fer : celte anomalie provient probablement de la décomposition de l'eau que renferme ce sous-carbonate. Les sous-carbonates , indécomposables par l'action de la chaleur seule , se décomposent à une haute température par un courant de vapeurs d’eau : il se forme un hydrate , et l’acide se dégage (1). Les combustibles simples n’ont aucune action à froid sur les sous- carbonates ; à chaud ils agissent différemment suivant la température à laquelle le sous-carbonate est décomposablc. Lorsque le sous-carbonate peut se décomposer à la chaleur rouge obscur , l'acide se dégage et le combustible se comporte avec l'oxide comme nous avons dit ; lorsque le sous-carbonate peut , sans se décomposer , supporter l’action de la chaleur rouge , (et tous ceux de la seconde section sont dans ce cas), certains corps, tels que le soufre, l’iode, le chlore , l'azote et le sélénium, n’agissent, comme dans le cas précédent , que sur l'oxide ; mais l'hydrogène, le carbone , le bore et le phosphore agissent sur l'acide carbonique , le transforment en oxide de carbone , et on obtient en outre , avec l'hydrogène et les carbonates de barite , de potasse et de soude , des hydrates ; et avec la chaux et la stronliane , de l'eau et ces oxides -, avec le carbone et tous ces carbonates , les oxides purs ; enfin, avec le bore et le phosphore et l'un quelconque de ces carbonates ,. du carbone ou de l’oxide de carbone , et un phosphate ou un borate. Le chlore humide décompose à froid tous les carbonates , l’acide carbonique se dégage , et , par la décomposition do l’eau , il se forme des chlorates et des hydro-chlorates. Les métaux alcalins s’emparent de l'oxigènc de l’acide et de l’oxide de tous les sous-carbonates appartenant aux ordres suivans : les métaux du 3*' ordre décomposent en partie l'acide des sous-carbonates alcalins et dégagent de l’oxide de carbone ; mais ils absorbent souvent l'oxigène de

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(1) Oo peut facilement vérifier ce fait en plaçant le sous-carbonate dan) une petite capsale de platine , que I on introduit dans un tube de porcelaine que Ton fait rougir , et à travers lequel on lait passer un courant de vapeurs d'eau* .‘i L •)'* u ■ V -i ,r '\

loxidc et de l'acide des autres sous-carbonates ; quant aux autres métaux, ils agissent sur les sous-carbonates comme sur les oxides.

Quatre sous-carbonates seulement sont solubles dans l'eau , savoir : ceux de soude, de potasse, de lilhine et d'ammoniaque ; ceux de cliaux , de fer et de magnésie s'y dissolvent à l’aide d’un excès d’acide.

L'ordre d'affinité des bases pour l'acide carbonique par l'intermcde de l'eau, est le suivant : chaux, strontiane , liante , lithinc , potasse , «oude, etc. Aussi la chaux versée dans une dissolution de soude ou de potasse , forme un précipité de carbonate de chaux. Sans eau , la potasse et la soude sont au premier rang.

Tous les acides , excepté l’acide hydro- sulfurique et l’acide hydrosélénique , décomposent les sous-carbonates ; ils s’emparent de leur base et laissent dégager l’acide carbonique.

g4o. Les sous-carbonates naturels sont au nombre de 12 , savoir: ceux de magnésie , de chaux , de bai ile , de strontiane , de soude , de potasse , de manganèse , de zinc , de fer , de plomb , de cuivre et d'ammoniaque.

94 ( - Les sous-carbonates insolubles sc préparent parla voie des doubles décompositions : tous les autres se trouvent dans la nature.

g42. L’analyse des sous-carbonates ne présente aucune difficulté : la méthode la plus simple consiste à mettre dans une fiole à médecine ; garnie d’un tube de sûreté droit et d'un tube recourbé qui s'engage sous une cloche graduée et pleine de mercure , un poids déterminé de souscarbonate pulvérisé et d’eau , et à verser par le tube droit une quantité suffisante d'acide nitrique pour décomposer le carbonate ; l'acide dégagé passera dans la cloche , et lorsque la décomposition sera complète et que l’appareil sera revenu à la température ordinaire , on mesurera le volume du gaz renfermé dans la cloche , et en retranchant celui de l'acide introduit , on aura exactement le volume de l'acide carbonique que renfermait le carbonate décomposé , et au moyen de la densité connue de ce gaz et de la température , on en déduira exactement le poids par des expériences analogues. O11 a trouvé que dans tous les sous-carbonates, la quantité d'oxigène de l’oxide est à celle de l'acide comme 1 est à 2 , et à la quantité d’acide comme 1 est à 2,765.

g43. Sous-Carbonate de Magnésie. Ce sel est blanc , Insoluble i on peut l'obtenir en vçrsanl une dissolution de sous- carbonate de soude ou de potasse dans une dissolution de sulfate de magnésie. Il existe dans la nature , mais il y est très-rare k l’état de pureté ; jusqu'ici on ne l'a trouvé ainsi qu’en Moravie : mais combiné avec de la silice , de l'eau , et de l’alumine ou de la chaux , il est assez répandu ; telles sont les pierres connues sous les noms de talc , d ’asbesle , etc.

944. Sous- Carbonate de Chatsx. Ce sel , extrêmement répandu dans la nature , se présente sous un grand nombre de formes différentes , et ac rencontre dans toutes les espèces de terrains , dans les plus anciens comme dans ceux qui sont de récente formation. On trouve le carbonate de chaux, 1“ en cristaux réguliers dont les formes sont très - varices , et ont pour noyau ou forme primitive un rhomboïde oblique ; ces cristaux jouissent de la propriété de doubler les images ; la pesanteur spécifique de ces cristaux est de 2,71 ; 2° en masses compactes, cristallisées confusément à la manière du sucre ,. et que l'on désigne sous le nom de saccharo'ide ; tels sont tous les marbres statuaires ; les marbres colorés sont encore formés de carbonates de chaux , mais ils sont colorés ou par des oxides métalliques ou par des bitumes ; 3” en masses irrégulières sans indices de cristallisation , quelquefois dures et compactes , d'autres fois friables et poreuses ; telles sont les pierres à bâtir , les pierres à chaux 4* en bancs considérables , presque sans consistance, sous le nom de craie ; 5“ dans les coquilles terrestres , fluvialiles et marines , et dans les os des animaux ; 6" en dissolution dans certaines eaux , à laide d'un excès d'acide carbonique ; par l’exposition de ces eaux à l’air , l’acide carbonique se dégage et le carbonate de chaux se précipite et forme des couches compactes plus ou moins épaisses qui enveloppent tous les corps placés dans le lit de ces eaux. C'est à cette même cause que sont ducs ces masses compactes qui sc forment journellement dans les cavernes des montagnes calcaires ; les eaux qui suintent à travers les rochers laissent à la voûte et sur le sol des couches légères de carbonate de chaux qui , sc superposant, finissent par former à la voûte des cônes renversés , percés d'vn canal qui forme le chemin que parcourt le liquide qui s’écoule , et sur; le sol , des nappes mamelonnées souvent d’une étendue considérable.

I^cs usages du carbonate de chaux sont très - nombreux : le calcaire compacte sert à faire la chaux et comme pierre à bâtir ; les marbrée blancs et colorés sont employés dans l’art du statuaire et pour orner les édifices ; enfin , la craie purifiée est employée dans la peinture à fresque.

cj'5. Sous-Carbonate de Stronliane. Ce sel , découvert d'abord ï Strontian , en Ecosse , el depuis au Pérou ^ est très-rare ; il est ordinairement cristallisé eu aiguilles divergentes , jaunâtres ou vert pomme ; il est sans usage.

r) ;G. Sous-Carbonate de liante. Ce sel n’a encore été trouve qu’en Angleterre , dans le Lancashirc , en Styric et en Sibérie; il n’est jamais cristallisé régulièrement; il est sans usage.

g \r. Sous- Carbonate de Soude. Le sons-rarbonatc de soude est blanc, caustique , très-soluble dans l'eau ; il cristallise en prismes rhomboïdaux , dont les arêtes supérieures et inférieures sont remplacées par des facettes; ces cristaux sont efilorcsccns , renferment 62,69 d'eau de cristallisation ; ils éprouvent la fusion aqueuse et la fusion ignée.

Le sous-carbonate de soude existe dans un grand nombre de lacs saies, il y est mêle avec du sel marin et du sulfate de soude ; on le rencontre dans plusieurs plantes qui croissent sur le bord de la mer. On extrait le sous-carbonate de soude , i* des eaux qui le tiennent en dissolution ; il porte alors dans le commerce le nom de A citron ; 2° des plantes marines ; il est alors désigné sous le nom de Soude Naturelle ; 3° du sel marin ; ce dernier a reçu le nom de Soude Artificielle.

Le natron s'obtient par un procédé extrêmement simple ; il consiste à enlever du sol des lacs salés , desséchés par les chaleurs de l’été , un dépôt cristallin plus ou moins épais , compose principalement de souscarbonatc de soude et de sel marin ; il parait que ce sous-carhonatc de soude se forme par la décomposition du sel marin par le sous-carbonate de chaux. Le natron vient en grande partie d’Egypte ; on le recueille dans plusieurs lacs situés dans les déserts de Thaïat et de Saint-Macaire , à l'ouest du Delta. On trouve aussi du natron en Hongrie et en Amérique. • • ’

Les soudes que l’on désigne sous le nom de Soudes Naturelles proviennent

toutes de l’incinération de certaines plantes marines : l'opération consiste à faucher ces plantes à l’époque de leur maturité , à les faire sécher et ensuite à les briller dans des fosses ; au lieu d'une cendre pulvérulente on obtient des masses compactes en partie fondues , et qui sont formées de souscarbonate de soude , de sulfate de soude , de sel marin , de sous-carbonate de chaux , d’alumine , de silice , d'oxide de fer et du charbon qui a échappé à la combustion. Les soudes naturelles les plus estimées viennent d’Espagne ; on les fabrique principalement à Alicante , Carthagènc et Malaga ; elles proviennent de la barille. Elles renferment de o,25ào,4o de sous-carbonate de soude. Celles de France sont beaucoup moins estimées ; on en connaît trois variétés : le Salicor ou Soude de Narbonne, la Blanquette ou Soude d 'Aigues-Mortes, et le lrareck ou Soude de Normandie : le salicor provient de la combustion du salicorriia annua, et contient de 0,14 à 0,1 5 de sous-carbonate de soude ; la blanquette provient de l’incinération du salicornia curopoe , du salso/a tragus , du salsola kali , etc. clic ne renferme que de o,o3 à 0,08 de sous-carbonate de soude ;• enfin , le varcck provient de l’incinération des fucus qui croissent abondamment sur les bords de l’Océan ; il ne contient que très-peu de sous- carbonate de soude , mais beaucoup de sulfate et de chlorure de soude et de potasse , et une petite quantité d'iodurc de potassium.

Soudes Artificielles. Celte substance , aujourd'hui très-répandue dans le commerce et qui remplace avantageusement les soudes qui proviennent de l'incinération des plantes marines, est formée d’une quantité plus ou moins considérable de sous-carbonate de soude , toujours mêlé avec du sulfure de chaux et du charbon ; on y rencontre accidentellement du sel marin , du sulfate de soude et du sulfure de soude. Les soudes artificielles s'obtiennent en soumettant à l’action de la chaleur un mélange de sulfate de soude , de charbon et de sous-carbonate de chaux. Le charbon agit d'abord sur Je sulfate et le transforme en sulfure , et par une décomposition réciproque du sulfure de soude et du sous-carbonate de chaux, il se forme du sous-carbonate de soude et du sulfure de chaux. L’importance de cette fabrication nous oblige à donner ici quelques détails sur la disposition des appareils.

Dans tous les clablisscmens de soude artificielle , on fabrique en m^me temps le sulfate de soude necessaire à la fabrication de la soude. Ces deux produits s'obtiennent ordinairement dans deux fourneaux à réverbère, alimentés par le même foyer , et que l’on désigne sous le nom de /ours jumeaux ; à l'origine de cette fabrication , les fours à soude et à sulfate étaient chauffés par des foyers séparés , mais on a reconnu que la nouvelle disposition procurait une grande économie de combustible. La fig. 89 représente la coupe d’un four jiftncau : A est le foyer commun , B le sol du four à soude , C celui du four à sulfate , D une élévation qui sépare le sol des drux fours. Le sol du four à sulfate est formé de deux pierres de grès entièrement siliceux , et le sol du four à soude est formé de briques posées sur champ. Dans le premier four on met un mélange de 180 parties de sulfate de soude sec et calciné , de 180 parties de craie pulvérisée et de 1 10 de poussière de charbon de terre ; dans le second on met du sel marin sur lequel on verse une quantité suffisante d’acide sulfurique à 5o* pour le décomposer complètement ; on agite presque continuellement dans les deux fours , pendant toute la durée de l’opération. On reconnaît que la soude est cuite lorsqu'elle forme une masse presque liquide , d'où se dégagent de petites flammes éparses : alors on la tire du four avec un ringard et on la coule dans des moules carrés , en tôle trèsforte , dont elle prend la forme en sc refroidissant; quant au sulfate, on reconnaît qu’il est suffisamment calciné lorsqu'il est bien sec ; on le tire dehors comme la soude , mais on le laisse tomber sur le sol de l'atelier , où il sc refroidit. Les proportions que nous avons indiquées plus haut donnent 3oo parties de soude de 32 à 33°. >

Pendant la durée de cette double opération il sc dégage par. la cheminée des fours , 1° de l'acide carbonique qui provient du combustible du foyer et du mélange destine à former la soude ; a° de l’acide hydrochloriquc résultant de la décomposition du sel marin par l'acide sulfurique. Dans les grands élablisscmcns , la masse de ces fumées acides agit , dans certaines circonstances, avec beaucoup d’énergie sur les plantes voisines. Cette influence est nulle , ou du moins insensible , par les vents violeus et les temps calmes , parce que dans le premier cas les vapeurs sc dispersent

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à leur entrée dans l’atmosphère , et que dans le second, les fumées s’élèvent à une hauteur considérable et se dissolvent dans une grande masse d'air ; mais par les temps brumeux , ou lorsque l'air est agité par un vent léger, ces vapeurs tombent sur la terre avec une assez grande densité pour corroder les feuilles et les jeunes bourgeons. Pour éviter les effets fâcheux produits par les fumées des fabriques de soude , on a cherché à condenser l’acide hydro-chloriquc qu'elles renferment, et on a imaginé à cet effet différens appareils que nous allons décrire succinctement.

Les masses d’acide à condenser étant très-considérables , et jusqu'ici les usages de l’acide hydro-chlorique et des hydro- chlorates étant fort bornés , on ne peut pas espérer de profiter de l’acide condensé. De plus , les soudes étant à un prix peu élevé , il faut nécessairement que les fr^js de la condensation soient très-petits. La première idée qui se présente est d'effectuer la décomposition du sel marin dans des vases , clos , et de condenser l’acide dans un appareil semblable à celui de Wolff ; mais la quantité de combustible qu’exigerait ce procédé , le renouvellement fréquent des vases de fonte dans lesquels il faudrait opérer , et l’impossibilité d'obtenir du sulfate bien pur dans des vases où on na peut pas agiter le mélange de sel et d'acide sulfurique , rendent ce moyen impraticable ; il faut nécessairement condenser l’acide sans changer le mode d’opération. 11 n'y a donc d’autres moyens de condensation que de faire passer la fumée dans des canaux renfermant les matières propres à absorber l’acide hydro-chloriquc ; et ces matières ne peuvent être que de l'eau ou du carbonate de chaux , car ce sont les seules que l'on peut se procurer partout et presque sans frais. Ainsi tous les condensateurs ne sont que des canaux plus ou moins longs , dans lesquels la fumée se trouve en contact avec l'eau ou le carbonate de chaux , ou avec tous deux â la fois. On peut diviser les condensateurs en deux classes , 1° ceux dans lesquels l’eau est le principal agent ; 2° ceux dans lesquels le calcaire est la matière absorbante ; les premiers consistent uniquement en un ou plusieurs réservoirs rectangulaires sur le fond desquels s’élèvent des murailles verticales parallèles qui dépassent le niveau des eaux ; les intervalles qui séparent ces murailles en briques sont recou- / 58

verts de voûtes de même matière : il en résulte des canaux parallèles dont chacun communique avec le suivant par des ouvertures pratiquées dans les murailles. Lorsque le réservoir d'eau est supérieur au sol des fourneaux , la force ascensionnelle des fumées les dirige dans le condensateur; mais si le réservoir d’eau est au-dessous des fourneaux, il faut nécessairement un foyer d’appel qui doit être permanent, ou seulement instantané. Il devra être permanent si l’on ne peut pas, à l’extrémité du condensateur, élever une cheminée dans laquelle la fumée , en partie refroidie par son passage sur l'eau du condensateur, ait une force ascensionnelle plus grande qqp celle du canal de descente ; le foyer d'appel sera seulement nécessaire au commencement de l’opération ; dans le cas contraire voyez , pour plus de détail, le Cours' de Physique (383). Les condensateurs de la seconde classe sont formes d'un canal horizontal ou incliné , mais qn^s' élève audessus du sol et qui est entièrement formé de calcaire tendre. L’acide hydro-chloiïquc décompose ce sel , dégage l’acide carbonique et forme de 1 hydro-chlorate de chaux ; mais pour que le calcaire reste toujours à nu et puisse agir sans cesse sur l’acide hydro- chloriquc , il faut nécessairement dissoudre et enlever continuellement l'hydro-chloratc de chaux , et pour cela il faut faire circuler dans le canal un courant d’eau ou un courant de vapeur. Tous ces appareils peuvent remplir exactement le but proposé , lorsqu’ils ont des dimensions suffisantes : les obstacles, qui quelquefois sont insurmontables , sont la masse d'eau nécessaire à la condensation et l’évacuation des produits. Il existe encore un autre moyen de condensation , qui n’est qu’une application de l’appareil de M. Clément, qu’il a désigne sous le nom de Cascade Chimique ( voyez . Annales de Chimie, tom. i , pag. 178). Il consiste en une tour remplie de boules sphériques d’argile bien cuite ; on fait arriver les fumées par le bas de la tour, et un petit filet d’eau par la partie supérieure; l'eau et les fumées, divisées dans les nombreux interstices quelles ont à parcourir, l'une en montant , les autres en descendant , se touchent par de grandes surfaces, et il se forme de l’acide hydro-chlorique concentré qui tombe dans un réservoir situé à la partie inférieure de la tour, tandis que les fumées, dégagées d’acide, s'élèvent dans l’atmosphère. Cet appareil n'a pas été

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exécuté en grand ; il est cependant probable <]u’il re'ussirait pour les fours simples : mais je pense qu’il ne serait pas applicable à la condensation des fumées des fours doubles, parce que ceux-ci exigent un très-grand tirage, et que le passage des fumées dans les espaces étroits de la tour ralentit beaucoup leur vitesse ascensionnelle.

948. Sel de Soude. On désigne dans le commerce sous ce nom impropre , le sous-carbonate de soude extrait des soudes naturelles ou artificielles. Cette extraction se fait par un procédé très-simple ; il consiste à lessiver à froid les soudes pulvérisées , à faire évaporer ces lessives jusqu'à siccité , et ensuite à calciner à une chaleur modérée.

949. Essais des Soudes de Commerce. Les soudes brutes naturelles et artificielles renfermant toujours des substances* étrangères , de même que les sels de soude , et leur prix étant uniquement fondé sur la quantité réelle de sous-carbonate de soude pur qu’elles renferment , il était indispensable d’avoir un moyen simple et rapide pour en reconnaître la richesse. Ce moyen est fondé sur ce qu’un même poids de sous-carbonate de soude exigeant pour sa saturation toujours le même poids d’un même acide , il en résulte que les titres des soudes sont proportionnels aux quantités d'un meme acide nécessaire à la saturation d'un même poids de ces soudes. D'après cela on est convenu d’appeler degrés ou titre d'une soude le nombre de centièmes de son poids d'acide sulfurique concentré nécessaire pour sa saturation. Voici maintenant la méthode qu’on emploie pour faire cette opération : on pèse exactement deux décagrammcs de la soude à essayer , que l’on introduit dans une fiole à médecine ; on y verse deux mesures d’eau, et on agite pendant une heure; on laisse précipiter, et on décante une mesure de la liqueur surnageante que l'on place dans un vase de verre à large ouverture. Il est évident que cette quantité de liqueur contient tout le sous- carbonate de soude renfermé dans un décagrammc de soude ; on verse alors dans cette dissolution alcaline , de l’acide sulfurique concentré étendu de neuf fois son poids d’eau ; chaque gramme de cette liqueur renferme un décigramme d’acide concentré ; or comme un décigramme est la centième partie d'un décagrammc , il s'ensuit que chaque gramme de liqueur d’épreuve doqnc 1 * : ainsi en pesant

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, le flacon d'acide avant et apres la saturation , la différence des poids exprimée en grammes donnera le titre de la soude ; mais pour éviter ces deux pesées , on se sert ordinairement d’un tube gradué , de manière que le volume de liquide compris entre deux divisions successives pèse i gramme. Ces tubes portent le nom d ‘A Ica limé Ires. La saturation de la liqueur alcaline se reconnaît au moyen du papier de tournesol ; on dépasse ordinairement le terme de la saturation jusqu’à ce que le papier devienne sensiblement rouge. La première moitié de l'acide versé dans la liqueur alcaline ne dégage point d'acide carbonique , parce que l'acide abandonné par la moitié de la soude se combine avec l’autre moitié et forme un Carbonate neutre ; mais lorsque le carbonate neutre se décompose, une partie de l'acide carbonique se dégage, tandis que l’autre reste en dissolution; et comme l’acide carbonique jouit de la propriété de rougir le papier de tournesol , ce papier change de teinte bien avant la saturation complète ; mais il est facile de reconnaître si le rouge du papier de tournesol est dû à l’acide, carbonique ou à l’acide sulfurique-; car dans le premier cas la teinte est vineuse et disparaît en peu d’instans , tandis que dans le second cas elle est rose . et permanente. La dissolution de la soude dans l'eau doit être faite à froid ; car les soudes brutes renfermant beaucoup de sulfure de chaux, et ce dernier étant soluble à chaud , agirait sur le sous -carbonate de soude et il se formerait du sulfure de soude et du sous-carbonate de chaux; si cette décomposition était complète , le titre de la soude ne serait pas altéré , car le carbonate de chaux ne reste pas dans la liqueur sur laquelle on opère, et le sulfure de soude absorbe par la saturation autant d’acide que le carbonate qui l'a formé ; mais comme il pourrait rester une portion de sulfure de cbaux non attaquée, elle absorberait une certaine quantité de liqueur d’épreuve et ferait monter le titre trop haut.

Si les soudes ne renfermaient jamais que des sous-carbonates de soude et des sels non décomposables par l’acide sulfurique , leurs titres se détermineraient trcs-cxactcmenl par la méthode précédente ; mais ils contiennent souvent des sulfures et des sulfites , et quelquefois même des hypo-sulfites ( ces deux sels résultent de la décomposition des sulfures par l’air; le dernier ne s'y rencontre que très-rarement, parce que l'alcali en excès s'oppose à sa formation ). Ces substances n’étant d’aucun usage

dans les circonstances où l’on emploie la soude , et absorbant pour leur saturation une certaine quantité d’acide sulfurique , le litre des soudes se trouve trop élevé ; le sulfure absorbe toute la quantité d'acide sulfurique nécessaire à la saturation de la soude qui était combinée avec le soufre , et le sulfite seulement la moitié de l’acide necessaire à la saturation de la soude neutralisée par l’acide sulfureux , parce qu’il se forme un bisulfite , et qu’aussitùt qu’une partie de ce bi-sulfitc est attaquée par l’acide sulfurique , l’acide sulfureux libre rougit le papier de tournesol : quant à l’hypo-sulfile , la plus petite portion décomposée mettrait de l’acide en liberté , qui, agissant sur le papier de tournesol , n’altérerait pas le titre. 51" Velteret Gay Lussac, à qui on doit ces observations , ont trouvé un moyen trcs-simple de déterminer exactement le titre des soudes qui renferment des sulfures ou des sulfites t nu tous les deux à la fois ; il consiste à faire évaporer et calciner ensuite au rouge brun la liqueur décantée avec quelques grammes de chlorate de potasse ; l’oxigcne qui est produit par la décomposition de ce dernier transforme en acide sulfurique le soufre du sulfure cl l’acide sulfureux du sulfite , et comme ces quantités d’acide sulfurique saturent exactement la quantité de soude qui l’était par le soufre et l’acide sulfureux , et que le chlorure de potassium qui se forme est neutre , il en résulte qu’en dissolvant dans l’eau la matière calcinée et déterminant le titre comme ù l’ordinaire t on obtiendra exactement celui du xous-carbonalc de soude. Si la soude ne renfermait que du sulfure , on pourrait déterminer le litre du sulfure en faisant d’abord un essai sans employer de chlorate , et prenant la différence des deux titres. Si la soude ne contenait que du sulfite , le litre du sulfite serait le double de la différence des deux titres. Si la sonde renfermait du sulfure , du sulfite et de l’hypo-sulfitc , on ne pourrait pas déterminer le titre par la méthode précédente , attendu que l’acide de ce dernier sel, en se transformant en acide sulfurique , sature une quantité double de soude.

g5o. Sous- Carbonate de Potasse. Ce sel est acre , caustique , jouit de toutes les propriétés alcalines; il est très- soluble dans l’eau, incristallisable , déliquescent. Il existe dans les cendres de presque toutes les plantes , et principalement de celles qui sont ligneuses.

Les potasses du commerce s'obtiennent en lessivant à chaud les cendres des plantes ligneuses , faisant évaporer ces lessives , et calcinant les résidus. Ces potasses sont formées de sous-carbonate de potasse , de sulfate de potasse , ’de chlorure de potassium , d’alumine , de silice , d’oxide de fer et d’oxide de manganèse ; c’est dans les lieux où les bois sont très-communs que celte exploitation se fait.

Poue obtenir le sous-carbonate de potasse parfaitement pur , on ne

pourrait pas se servir de la potasse du commerce , parce qu’il serait difficile de le séparer complètement des autres sels solubles qu'elle renferme ; on emploie alors le procède suivant : on fait un mélange de deux parties de tartratc acidulé de potasse et d’une de nitrate de potasse ; on projette ce mélange dans une chaudière de fonte chauffée au rouge naissant ; on lessive le résidu , et on évapore à siccilé.

Le sous-carbonate impur du commerce est employé dans la fabrication du salpêtre, de l’alun, des savons mous, du verre, du bleu de Prusse. Depuis que les sels de soude sont répandus dans le commerce , la consommation de la potasse a beaucoup diminué , parce que la soude peut remplacer partout la potasse , excepté pour la fabrication de l’alun , du salpêtre et des savons durs.

g5i. Carbonate de Manganèse. Ce sel existe dans la nature , combiné avec de la silice cl de l’oxide de fer; sa couleur est rose ou violacée; on ne l'a encore trouvé qu'en Transylvanie. Il est sans usage.

<j5a. Sous- Carbonate de Fer, Fer Spathique. Ce sel est très-répandu dans la nature ; on le rencontre en cristaux ou en masses lamellaires , dont la couleur varie du jaune isabclle au brunj la forme primitive des cristaux est la même que celle de la chaux carbonatéc : il renferme souvent de la chaux , de la magnésie et de l’oxide de manganèse. Le fer apathique se rencontre ordinairement en filons puissans dans tes montagnes primitives ; on le trouve à Baygory dans les basses Pyrénées , dans le département de l’Isère , en Styrie , en Saxe et en Hongrie : on en retire du fer très-doux.

g53. Sous - Carbonate de Zinc. Ce sel est très-rare dans la nature; on ne l’a encore trouvé qu'en forme de concrétion en Carintbic et en Angleterre.

9IÎ4. Sous- Carbonate de Cuivre. Le sous-carbonate de cuivre naturel est vert, bleu ou brun ; ces variétés paraissent ne différer que par la quantité d’eau qu’elles renferment ; le bleu en contient plus que le vert , et le brun est tout-à- fait anhydre; le carbonate bleu est souvent cristallisé en prismes rhomboïdaux : le carbonate vert est plus souvent soyeux ou concrétionné; dans ce dernier état, il porte le nom de Malachite; le carbonate de

cuivre est aussi souvent mêlé avec des terres; ces matières portent alors le nom de Cendres Bleues ou de Bleu de Montagne , suivant qu'elles sont en poudre fine ou en masses; il colore quelquefois des pierres calcaires ou quartzeuzes, on les désigne alors sous le nom de Pierres tl Arménie ; enfin , il colore souvent des ossemens fossiles, connus dans le commerce sous le nom de Turquoises. Le carbonate de cuivre existe dans toutes les mines de cuivre ; mais les plus beaux échantillons de carbonate bleu se trouvent dans les mines de Cbcssy et de S‘-Bcl près de Lyon , et la malachite et les turquoises , principalement dans les mines de Sibérie. Les carbonates bleu et vert sont employés pour extraire le cuivre , la malachite comme objet d’ornement, et les turquoises servent , comme les pierres précieuses , dans la bijouterie.

gaa. Sous- Carbonate de plomb. Le sous -carbonate de plomb naturel est d'un blanc jaunâtre ; il est ordinairement cristallise ; on ne le trouve jamais en grandes masses; scs principaux gissemens se trouvent à S'*-Maric aux mines, dans les Vosges, à S'-Sauveur en Languedoc, en Bretagne, au Hartz, en Bohème et en Ecosse. Le sous-carbonate de plomb artificiel est blanc, très-dense, pur; il porte le nom de Blanc d‘ Argent; mêlé avec du carbonate de chaux ou du sulfate de barite , il est désigné sous le nom de Ccruse-, on en fait une grande consommation en peinture. Comme ce sei s’obtient au moyen des acétates de plomb , nous remettrons la description des procédés de sa fabrication à l'article Acétate de Plomb.

906. Sous - Carbonate, d Ammoniaque , Sel çolalil d Angleterre. Ce sel est blanc, très-odorant, très-volatil; à l’air libre, il se réduit en va- . peurs à la température ordinaire, et dans des vases clos, au-dessous du rouge cerise ; il est très-soluble dans l’eau froide, mais il ne l’est point dans l’eau bouillante , à cause de sa grande volatilité ; il est décomposé par la potasse ,. la soude , la lithinc , la barite , la strontiane et la chaux ; on ne le trouve point dans la nature , seulement il se forme dans la fermentation putride de l’urine , par la décomposition de l’urée. Il s’obtient en calcinant dans une cornue de grès un mélange pulvérisé d’une partie d’hydro- chlorate d’ammoniaque et d’une partie

et demie de sous- carbonate de chaux; il se forme de l’hydro-clilorate de chaux qui reste dans la cornue , et du sous-carbonate d’ammoniaque que l'on reçoit dans des ballons de verre , où il se condense , et cristallise en aiguilles. L’expérience est terminée lorsque la cornue étant au rouge cerise, il ne se dégage plus de vapeurs: i* de sel ammoniac fournit 7 à 800 grammes de sous -carbonate. Ce sel est composé d'un volume d'acide carbonique et de deux volumes d'ammoniac. Le souscarbonate d'ammoniaque est employé dans les laboratoires et en médecine. •

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