‹ Cours de chimieChapitre 32 sur 166 · C. i° Acide Phosphorique · texte numérisé non relu

C. i° Acide Phosphorique

174. Propriétés physiques. Solide, vitreux, incolore, sans odeur, saveur très- forte ; sa densité est plus grande que celle de l’eau. U

entre en fusion à la chaleur rouge , se volatilise à une température plus élevée. Cet acide attaque facilement le verre , les terres cuites et meme l’argent par le contact de l’air. C'est toujours dans des vases de platine que l’on doit en opérer la fusion. L'acide phosphoriqne n’est point décomposé par la plus haute température que nous puissions produire , mais il est décomposé en phosphore et en oxigène par un courant galvanique que l’on fait passer à travers un fragment d'acide phosphorique vitreux et un peu humide.

175. État naturel. Jusqu'ici on n’a rencontré l'acide phosphorique qu’en combinaison avec la chaux , l’oxide de plomb , l’oxide de fer , la potasse , la soude , la magnésie et l’ammoniaque.

176 . Préparation. On peut obtenir l’acide phosphorique par 4 procédés que nous allons décrire successivement.

t° On met un fragment de phosphore dans une petite coupelle placée dans une soucoupe reposant sur un bain de mercure ; on enflamme le phosphore et on le recouvre d’une cloche bien sèche et pleine d’air. L’acide phosphorique se dépose contre les parois de la cloche en flocons blancs , qu'on peut facilement recueillir lorsque le phosphore est éteint. Cette expérience ne pourrait pas se faire sur la cuve à eau , parce que l'acide phosphorique étant extrêmement soluble dans l’eau , il serait absorbé à mesure qu’il se formerait. Ce procédé donne de l’acide parfaitement pur.

2* On introduit dans une cornue de verre 1 partie de phosphore et 6 parties d acide nitrique j on chauffe légèrement , l’acide nitrique est décomposé , il se dégage de l'azote ou de l’oxide d’azote , et le phosphore , en absorbant l’oxigène de l’acide nitrique , passe à l’état d’acide phosphorique , qui reste en dissolution dans la liqueur. L’opération est terminée lorsque tout le phosphore a disparu ; alors on continue la distillation jusqu’à ce que la matière ait pris une consistance sirupeuse , et on la fait chauffer jusqu'au rouge-brun dans un creuset de platine. L’acide obtenu par ce procédé renferme toujours une certaine quantité d’eau.

3* On met dans un creuset de platine du phosphate d’ammoniaque , qii’on fait chauffer jusqu'au rouge : l’ammoniaque se dégage , et l’acide

phosphorique reste sous la forme d’un liquide visqueux , qui se prend en masse solide transparente par le refroidissement. L'acidc obtenu par ce procédé retient toujours un peu d'ammoniaque.

4" On dissout dans l'acide nitrique faible du phosphate de baritc , et on précipite la barite par l'acide sulfurique ; lorsque par des tàtonnemens la liqueur est parvenue au point de ne renfermer ni baritc , ni acide sulfurique , on filtre pour séparer le sulfate de baritc , et on fait évaporer pour chasser l’eau et l'acide nitrique. L'eau ne se dégage qu’en partie.

177. Propriétés chimiques. L'acide phosphorique est décomposé par le carbone ; cette décomposition n’a lieu qu'à une température très-élevée. Les produits sont du phosphore , de l’oxide de carbone ou de l’acide carbonique et de l’hydrogène phosphore ; ce dernier provient de la décomposition de l’eau que l'acide phosphorique renferme presque toujours. C’est sur l’action de l'acide phosphorique et du charbon qu’est fondée la préparation du phosphore (3q). Il est probable que l'hydrogène et le bore décomposent aussi l’acide phosphorique à une température trèsélcvée.

L’acide phosphorique se combine avec l'eau en toute proportion : l'affinité de l’acide phosphorique pour l’eau est très-grande ; car cet acide est très-déliquescent (i) , et lorsque après avoir été combiné avec ce liquide on l’a fait chauffer au rouge , il en retient encore '/s de |pn poids.

178. Analyse. On détermine la composition de l’acide phosphorique : 1“ en brûlant un poids déterminé de phosphore dans l’oxigène , et pesant l’acide phosphorique obtenu ; 2* en acidifiant le phosphore par l'acide nitrique ; on peut aussi la déduire de la composition des phosphates. Les différentes analyses qui ont été faites jusqu’ici ont donné des résultats qui diffèrent beaucoup entre eux. D’après Bcrzélius , l’acide phosphorique est composé de 0,42 de phosphore et de o,58 d’oxigène.

179. L’acide, phosphorique n’est employé que dans les laboratoires pour analyser quelques pierres qui renferment de la soude ou de la potasse. Il a été découvert par Margraff.

(1) On dit qu'un corps «I déliquescent lorsqu'il absorbe l'humidité de l'air et *e tique fie.

2° Acide Phosphatique.

170. L’acidc phosphatique renferme toujours une certaine quantité d’eau ; c’est un liquide visqueux très-sapide , ayant l'odeur du phosphore ;

6a densité est plus grande que celle de l’eau. L’acide phosphatique , soumis à l’action de la chaleur , se concentre d’abord ; mais il se décompose , ainsi que l’eau qu’il renferme , à la température de aoo*. Il se forme de l'acide phosphorique et de l’hydrogène phosphoré. Il est probable que l’acide phosphatique se décomposerait comme l'acide phosphorique par un courant galvanique.

181. Cet acide n’existe point dans la nature ; on l’obtient en faisant brûler lentement le phosphore dans l’air humide. Pour cela on place * les cylindres de phosphore dans des tubes de verre éfdés ( fig. 70 ) ; on range les tubes dans un entonnoir dont le bec est reçu dans un flacon qui repose dans une capsule pleine d'eau , et on recouvre le flacon et l’entonnoir par une cloche qui plonge dans l'eau de la capsule , et qui est garni de deux tubulures latérales. Les cylindres de phosphore sont séparés les uns des autres , afin qu'ils ne s’échauffent pas ; car il pourrait s’enflammer s'ils étaient en contact. La cloche repose sur l’eau , afin que l'air qu'elle renferme soit toujours saturé de vapeurs ; l’eau se combine avec l’acide phosphatique à mesure qu’il se forme , et s’écoule dans le flacon ; si l’air de la cloche était sec , l'acide resterait

à la surface du phosphore , et formerait une espèce de vernis qui soustrairait ce corps à l’action de l’air. La cloche est garnie de tubulures afin que l’air puisse sc renouveler à mesure qu’il abandonne son oxigène au phosphore. Cette opération est très-lente ; il faut ordinairement plusieurs mois pour brûler complètement un cylindre de phosphore de 2 à 3 grammes. L’acidc ainsi obtenu renferme une très-grande quantité d’eau ; on le concentre en le plaçant , avec une capsule pleine d’acide sulfurique très-concentré , sous le récipient d’une machine pneumatique , dans lequel on a fait le vide

182. L'acide phosphatique se comporte avec tous les corps déjà examinés ,

comme l’acide phosphorique ; seulement comme il renferme toujours une certaine quantité d'eau , celle-ci est souvent décomposée. Cet acide ne se combine point avec les oxides métalliques : toutes les fois qu'on le met en contact avec ces corps , il se transforme en acide phosphorique et en acide phosphoreux.

182. On peut déterminer la composition de l’acide pliosphatique : i* en brûlant du phosphore dans une cloche pleine d'oxigène , que l’on renouvelle à mesure qu’il est absurbé , et déterminant le poids du phosphore brûlé et celui de l'oxigène qui a été employé ; a° en transformant l’acide phosphatique en acide phusphorique par le chlore , et déterminant exactement la quantité de chlore nécessaire et la quantité d'acide phosphorique produit. Dans ce dernier procédé , c’est par la décomposition de l’eau que l’acide phosphatique est transformé en acide phosphorique, en même temps que le chlore passe à l’état d’acide hydro-chlorique ; or, comme le chlore absorbe un égal volume d’hydrogène , il en résulte que le volume d’oxigène qui se combine avec l’acide phosphatique est moitié de celui du chlore employé , puisque l'eau est formée de a volumes d’hvdrogènc et de « volume d'oxigène. Retranchant cette quantité de la quantité totale d’oxigène renfermé dans l’acide phosphorique obtenu , 011 aura la quantité d'oxigène que contenait l'acide phosphatique : la quantité de phosphore est déterminée par celle de l’acide phosphorique ; on a trouvé ainsi que l’acide phosphatique était composé de 0,47 de phosphnre et de o,53 d'oxigène. L’acide phosphatique est sans usage. Il a été découvert par M. Sage ; mais c’est Lavoisier qui le distingua le premier de l’acide phosphorique et reconnut qu'il renfermait moins d'oxigène.

3U Acide Phosphoreux.

184. Corps solide, très -soluble , très-sapide , sans odeur; se décompose par la chaleur , et donne les mêmes produits que l’acide phosphatique ; s'obtient en décomposant par l’eau , à la température ordinaire , le proto-chlorure de phosphore : l’hydrogène de l’eau s’unit au chlore , et son oxigène au phosphore , et de là des acides hydro-chlorique et phosphoreux. En faisant évaporer la liqueur , l’eau et l'acide hydro-chlorique se dégagent , et l’acide phosphoreux cristallise par le refroidissement. Cet acide a une ■ très-grande affinité pour l’oxigine ; par conséquent, il doit agir avec une grande énergie sur un grand nombre de corps brûlés. Il se combine avec les oxides métalliques et forme des sels que nous examinerons plus tard. Connaissant la composition du proto-chlorure de phosphore , il est facile d’en déduire celle de l'acide phosphoreux : en effet , l’eau renfermant 1 volume d hydrogène et un demi-volume d’oxigène , et le chlore absorbant un égal volume d’hy-

drogène , il s'ensuit que dans l’acide phosphoreux , le phosphore est combiné avec un volume d’oxigène égal h la moitié de celui du chlore qui existe dans le chlo- rure de phosphore.

Les analyses faites par MM. Davy , Bcrzélius et Dulong , ne sont point d'accord entre elles , parce qu’ils différent sur la composition du chlorure de phosphore : d’après Berzélius , l’acide phosphoreux serait composé de o,S& de phosphore et de o,44 d’oxigène. Cet acide est sans usage ; il a été découvert par uavy.

4° Acide Hypo - Phosphoreux.

i85. Liquide , incristallisablc , tris-soluhle ; se décompose par la chaleur , et produit du gaz hydrogène phosphoré , du phosphore et de l’acide phosphorique. On obtient l’acide hypo-phosphoreux en mettant un phosphure alcalin en contact avec l’eau : celte dernière est décomposée , et il se forme en même temps de l’hydrogène phosphoré qui se dégage , et des acides phosphorique et hypo-phosphoreux qui se combinent avec l'alcali. Lorsqu’on emploie du phosphure de baritc , le phosphate étant insoluble t se précipite ; l'hypo-phosphitc reste seul en dissolution , et la barite peut en être facilement séparée par l’acide sulfurique : la dissolution d'acide hypo-phosphoreux peut alors être concentrée à une douce chaleur , ou en la plaçant , avec une capsule pleine d’acide sulfurique , sous le récipient d’une machine pneumatique dans lequel on a fait le vide. Cet acide se dissout dans l’eau en toute proportion , agit sur un grand nombre de corps brûlés en absorbant leur oxigène , et se combine avec <y

les oxides métalliques en formant des sels d’une extrême solubilité. On parvient à analyser cet acide de la même manière que l'acide phosphoreux , en le transformant en acide phosphorique par le chlore. Il est composé de 0,7a de phosphore et de o,s8 d’oxigène. Cet acide est sans usage ; il a été découvert par M. Dulong.

D. i° Acide Sulfurique.

t86. Propriétés Physiques. L’acide sulfurique est un liquide blanc , d'une consistance oléagineuse ; il contient toujours de l'eau : celui qui est le plus concentré en renferme encore ’/j de son poids , porte à l’are'omètrc de Baumé 66°, et sa densité est de 1,842. Cet acide , lorsqu’il est concentré , agit avec une très-grande énergie sur l’économie animale; il détruit ou du moins change la nature de la plupart des matières végétales et animales avec lesquelles on le met en contact. L'acide sulfurique étendu d’eau , soumis à l'action de la chaleur , se concentre ,

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et la température de 1 ébullition s'élève jusqu’à une certaine limite , à laquelle l’acide lui -même se réduit en vapeurs. L'acide très -étendu se congèle à zéro, et, lorsqu'il est concentré, seulement à 12“ au-dessous de zéro. Lorsqu’on fait passer l’acide sulfurique en vapeurs à travers un tube de porcelaine incandescent d'uh très-petit diamètre, il est décomposé. On se sert pour faire cette expérience d'un tube de porcelaine de 3 à 6 millimètres de diamètre intérieur , que l'on place dans un fourneau à réverbère; à l’une des extrémités on adapte une cornue pleine d'acide sulfurique concentré ; à l’autre , un tube recourbé , disposé de manière à recueillir les gaz dans des cloches pleines de mercure. Lorsque le tube est incandescent , on réduit l’acide en vapeurs , cl on trouve dans les cloches un mélange d'acide sulfureux et d'oxigène : en absorbant le premier par de l’eau alcaline , on trouve que le gaz qui provient de la décomposition de l’acide sulfurique renferme 2 volumes d’acide sulfureux et 1 volume d’oxigene. L'acide sulfurique concentré est aussi décomposé par un courant galvanique : lorsque l’on fait plonger dans cet acide 2 fils de platine , communiquant avec les deux pôles d'une pile , le soufre en flocons se précipite à l'extrémité du fil négatif , et à l’extrémité du fil positif on trouve une matière brune qui est probablement du sulfate de platine.

187. État Naturel. D’après les observations de M. Baldassari et de M. Pictct, il parait que l’acide sulfurique se trouve libre dans la nature ; mais ce n’est que rarement et toujours en très-petite quantité. Au contraire , à l’état de combinaison , l'acide sulfurique existe en masses très-considérables ; c’est principalement en combinaison avec la chaux , la barite , la strontiane , la potasse , la soude , l'alumine , la magnésie et l’oxide de fer qu’on rencontre l’acide sulfurique dans la nature.

188. Préparation. La fabrication de l’acide sulfurique est fondée sur les phénomènes qui résultent de l'action réciproque du deutoxide d’azote , de l’oxigène , de l'acide sulfureux et de l'eau ; lorsque ces trois gaz sont en contact dans un espace saturé de vapeurs d’eau , le deutoxide d’azote absorbe l’oxigènc et se transforme en acide nitreux ; celui-ci cède l’oxigène qu’il a absorbé à l’acide sulfureux qui se transforme en acide sulfurique, se combine avec l’eau, et se précipite ; le deutoxide d'azote se combine

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avec une nouvelle quantité d'oxigène qu’il transmet à l'acide sulfureux ; et ainsi de suite , jusqu'à ce que tout l’oxigène ait etc absorbé , ou que tout l'acide sulfureux soit converti en acide sulfurique. On peut facilement constater tous ces faits par l'expérience suivante : daps un ballon à robinet (Jig. 10 ) on fait le vide , et au moyen d’une cloche à robinet, graduée , reposant sur le mercure , et sur laquelle le ballon peut s'adapter , on fait passer successivement G parties d'acide sulfureux , 3 parties d’oxigène et i de deutoxide d'azote : le ballon , séparé de la cloche , est plein de vapeurs d'acide nitreux ; si alors on introduit dans le ballon une quantité d'eau capable seulement d’huincctcr scs parois , les vapeurs rouges disparaissent , et il se forme une substance solide , blanche et cristalline , qui est une combinaison d’acide sulfurique et de deutoxide d'azote. Si on l’ouvre ensuite de manière à laisser entrer l’air , et si l’on y verse une quantité d'eau suffisante , les flocons blancs se dissolvent avec effervescence , les vapeurs rouges apparaissent de nouveau , et se dissipent en peu d’instans ; en réitérant l’ouverture du ballon à de certains intervalles , les mêmes phénomènes se reproduisent jusqu'à ce que la totalité de l'acide sulfureux ait disparu ; on trouve alors de l’acide sulfurique dans l'eau qu'on a introduit dans le ballon. I*a théorie que nous venons d’exposer*, et les expériences sur lesquelles elle est fondée, appartiennent à MM. Clément et Désormcs.

Il existe aujourd’hui deux méthodes bien distinctes pour obtenir l'acide sulfurique en grand : dans la première , le soufre est brûlé par un courant d’air continu ; dans la seconde, la combustion se fait en vase clos.

Dans le premier procédé , l'appareil se compose d’une chambre rectangulaire dont les parois sont formées par des lames de plomb soudées entre elles, et fixées à une charpente extérieure. Les dimensions de ces chambres sont très-variables ; elles ont quelquefois jusqu'à 60,000 pieds cubes de capacité : elles sont recouvertes par un toit qui se prolonge au-dessus d'une des faces latérales ; contre cette face latérale se trouve un massif de maçonnerie quadrangulaire dont la surface supérieure , horizontale , un peu concave , et au-dessous du sol de la chambre , forme Pâtre du fourneau de combustion. Sur les côtés de l’âtrc s’élèvent

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perpendiculairement des murs en briques retenus par des encastres de de fer à écrous : c'est sur ces murs que doit être placé le dôme métallique destiné à conduire les vapeurs dans la chambre ; la paroi verticale et antérieure du fourneau est percée d’une ouverture fermée par une porte de tôle , garnie elle-même d’un trou circulaire. Cest par l’ouverture de la paroi du fourneau qu'on le charge ; c'est par l’ouverture de la porte que le courant d’air s'introduit ; à la partie supérieure de la chambre , du côté de la face opposée à celle où se trouve le fourneau , est placé un tuyau de plomb de 4 pouces de diamètre et de c5 à 20 pieds de hauteur , destiné à verser dans l’atmosphère les gaz superflus , résidus de ceux qui ont concouru à la formation de l’acide. Pour se servir de cet appareil , on commence par introduire de l’eau dans la chambre de manière à ce que le sol soit recouvert d’une couche de 2 à 3 pouces ; ensuite on introduit dans le fourneau un mélange de 10 parties de soufre et d’une partie de salpêtre ; on l’embrase par un morceau de soufre enflammé : la combustion , alimentée par le courant d’air , se propage , la température augmente , et le salpêtre se décompose ; il se forme en même temps de l'acide sulfureux et du deutoxidc d’azote ou de l'aride nitreux qui se rendent dans la chambre pleine d’air saturé de vapeurs d’eau : l'acide nitreux transforme l’acide sulfureux en acide sulfurique qui se condense , et l’acide nitreux , se reformant continuellement par la présence de l’air , peut servir à convertir en acide sulfurique une très - grande quantité d'acide sulfureux. Pendant toute la durée de l’opération , il se dégage par la cheminée , de l’azote , un peu d’acide sulfureux et de deutoxidc d’azote. On retire l’acide de la chambre par des robinets qui sont placés à la partie la plus basse , il ne porte jamais que de 35 à 45* de l'aréomètre de Baumé ; on le concentre ordinairement jusqu’à 5o* en le faisant chauffer dans de grandes chaudières de plomb. La fig. 71 représente la disposition de l'appareil.

Dans la seconde méthode , les chambres de plomb sont hermétiquement fermées ; une ou plusieurs faces latérales sont garnies d’ouvertures quadrangulaircs , qu'on nomme portes d'évaporation ; elles sont fermées par des trapes verticales , qu'on fait mouvoir avec des treuils. Le four-

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neau de combustion a un foyer pour recevoir le combustible destiné à chauffer une plaque de fonte très-épaisse , un peu concave et qui renferme le mélange de soufre et de salpêtre ; au-dessus de cette plaque se trouve le dôme qui conduit les vapeurs dans la chambre , en avant la porte de chargement (i). A côté de ce fourneau se trouve une chaudière en fonte qu’on nomme Bouillote , fermée par un chapiteau garni d’un tuyau qui communique avec la chambre. Pour mettre cet appareil en activité , on place d'abord sur la plaque de fonte un mélange de io parties de soufre et d une partie de nitre ; on enflamme le soufre avec une barre de fer rouge , on ferme la porte de chargement dont on lutc les jointures avec de l’argile humide ■, et on allume le feu sous la plaque ; alors on met de l’eau dans la bouillote , et on chauffe de manière à introduire un courant' continu de vapeurs d’eau dans la chambre. L’acide sulfurique se forme de la même manière que dans les chambres à courant d’air , seulement la chambre étant exactement fermée , les vapeurs qui s'accumulent et se condensent successivement , tourmentent les parois de la chambre par des pressions qui agissent tantôt de dedans en dehors , tantôt de dehors en dedans. On évite les inconvéniens qui pourraient résulter d’une trop grande variation de pression dans l’intérieur de la chambre , au moyen de plusieurs soupapes qui permettent à une partie des vapeurs de sortir , ou qui laissent rentrer de l’air. Dans ce mode d’opération le soufre passe à l’état d’acide sulfureux, uniquement par l’oxigène renfermé dans le nitrate de potasse j tandis que , dans les chambres à courant d’air , c’est en grande partie par l’oxigène de l’air que le soufre est acidifié. Lorsque la totalité du soufre a été brûlé , on fait tomber les feux , et lorsque les vapeurs se sont condensées , ce qu’on reconnaît facilement en frappant contre les parois de la chambre , car alors elle résonne comme si elle était vide , on ouvre les portes d’évaporation et la porte de chargement ; les résidus gazeux de la chambre se dégagent ; ils sont formés d’azote et de deutoxide d’azote qui , par

(i) Dans on grand nombre de fabriques On a supprimé les plaques de Coûte , et on brûle le sonfre •ur Titre d'un fourneau , comme dâni le procède i courant d’air.

le contact de l’air , passe à l'état d’acide nitreux ; ce n'est que dans le cas où l’opération a été mal dirigée qu'on y trouve de l'acide sulfureux. L’acide sulfurique qu’on obtient par ce procédé est plus concentré que celui que donnent les chambres à courant d’air ; il porte ordinairement So*. Le figure 72 représente l’appareil que nous venons de décrire.

Dans l'un et l’autre de ces modes de combustion du soufre , 100 parties de soufre rendent de l^oo à 4^o d’acide sulfurique à 5o°, et on obtient toujours pour résidu de celte combustion une matière grise , composée de sulfate de potasse , et des substances étrangères qui étaient renfermées dans le soufre ; la potasse de ce sulfate provient du salpêtre , et l'acide sulfurique du soufre , et de l’oxigène du salpêtre. Ces résidus sont employés dans la fabrication de l'alun.

L’acide sulfurique à 5o“ est au point de concentration suffisant pour les fabriques de soude , et pour plusieurs autres usages ; mais il ne l’est point suffisamment pour tous. On concentre l’acide sulfurique dans de grandes cornues de verre qui contiennent jusqu'à trois quintaux d’acide ; elles sont placées dans des cavités cylindriques, verticales, pratiquées dans l’épaisseur d’uu fourneau , et terminées inférieurement par des cliaudières de foute pleines de sable. La figure 73 représente la disposition de l'appareil. Les cornues soumises à l’action de la chaleur , laissent dégager de l'eau , de l’acide nitrique et un peu d’acide sulfurique ; ainsi l’acide se purifie à mesure qu'il se concentre. Lorsque l’acide est parvenu à 66* , ce qu’on reconnaît facilement , et par la durée de l’opération , et par la diminution de volume du liquide , on laisse refroidir et on soutire l’acide par un siphon en plomb que l’on introduit par une tubulure placée à la partie supérieure de la cornue. La concentration de l’acide sulfurique exige beaucoup de précautions , car la température étant très-élevée , surtout à la fin de l'opération , un courant d’air froid fait souvent briser les cornues avec explosion , et l’acide bouillant étant projeté à une distance assez considérable , peut occasionner de funestes accidcns. Plusieurs fabricans , pour ne pas perdre l'acide lorsque les cornues se brisent , emploient , au lieu de sable , de l’argile sèche et pulvérisée ; il se forme alors du sulfate d’alumine , dont on se sert dans la fabrication de l’alun. A Paris , on

emploie pour concentrer l’acide sulfurique de grands alambics de platine : quoique le prix de ces appareils soit très-élevé , comme ils ne s'altèrent point , et que la conduite de l'opération n'exige aucune précaution , il parait qu'il y a une véritable économie.

L’acide concentré n’est point encore parfaitement pur ; il renferme presque toujours une certaine quantité de sulfate de plomb et les sels qui étaient renfermés dans l’eau dont on s’est servi ; si l’on a employé les chambres à courant d’air ; pour le purifier , il faut le distiller : cette opération se fait dans une cornue en verre , elle exige beaucoup de précautions , car l’ébullition de l’acide concentré a lieu à environ 3oo* , et elle est accompagnée de soubresauts. On ne doit jamais opérer que sur de petites quantités d’acide ; la cornue doit être placée dans un fourneau à réverbère , pour qu’elle soit inaccessible au courant d’air , et on doit y introduire des fragmens angulaires de platine ; ils ont la propriété de diminocr les mouvetnens brusques qui accompagnent ordinairement l’ébullition de l’acide concentré. Cette dernière purification n’est nécessaire que pour un très-petit nombre d’opérations chimiques.

1 89. Propriétés Chimiques. L’acide sulfurique a une très-grande affinité pour l’eau ; il se combine avec elle en toutes proportions , et toujours avec dégagement de chaleur et condensation. Lorsqu’on verse de l’eau dans de l’acide sulfurique concentré , l’eau reste à la partie supérieure ; mais par l’agitation la combinaison à lieu : en employant quatre parties d'acide à 66*, et une partie d'eau, le thermomètre monte de io5\ C’est en vertu de cette grande affinité de l’acide sulfurique pour l'eau , qu’il absorbe l’humidité de l’atmosphère (1). Lorsque l’on ’ftiet l’acide sulfu* rique concentré en confhct avec la glace , suivant les proportions" relatives , il se produit de la chaleur ou du froid , parce que la fusion de la glace produisant du froid , et la combinaison de l’acide et de l’eau , de la chaleur , l’effet résultant est la différence de ces deux effets partiels. ■ . . . —

(») Lorsque l’acide sulfurique cal esposd £ Taie , en même temps qu’il absorbe la vapeur d’eau , U *e colore en brun : celle altération provient des matières végétales qui sc trouvent en suspension dans l’air ; l’acide sulfurique les décompose , et c’est le charbon qui provient de celte décomposition qui colore l’acide.

Le mélange de quatre parties d'acide et d’une de glace fait monter le thermomètre de 5o* , et un mélange de quatre parties de glace et d'une d’acide le fait descendre jusqu'à 17* au-dessous de zéro.

Comme il est souvent très-important de connaître les densités et les degrés des différons mélanges d’eau et d’acide sulfurique , nous réunirons dans le tableau suivant le résultat des observations de M. Vauquclin et de M. d’Arcct.

QrASTITÉ

QUANTITÉ

DE KSI TÉ

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