Histoire. L’azote a été découvert en 1775 par Lavoisier
Le poids de la molécule d'azote, déterminé par le rapport de sa pesanteur spécifique à celle de l’oxigène , est de 0,884.
Air Atmosphérique.
27. Propriétés Physiques. Nous reti voyons pour ce qui regarde les propriétés physiques de l’air atmosphérique au commencement de ce chapitre , et pour plus de détails , au Cours de Physique , I" partie, chap. 5.
28. Composition. L’air atmosphérique est composé de 79 parties d’Azotc , de 21 d’Oxigène , de quelques millièmes d’ Acide carbonique et de Vapeur d'eau.
Tous les phénomènes de la combustion indiquent dans l’air la présence de l’oxigène ; on en détermine la quantité en faisant détonner dans l’cudiomèlre un mélange d’air et d’un excès d’hydrogène, le tiers de l’absorption est la quantité d’oxigène que renfermait l'air soumis à l'expérience.
On pout reconnaître la présence de l'acide carbonique dans l’air , par la propriété que possède cet acide , de former dans l’eau de chaux ou de barite un précipité blanc insoluble , et on parvient à en déterminer exactement la quantité par le procédé suivant. Dans un ballon de verre M N {fig. 4o ) de plusieurs litres de capacité , et fermé par une virole en cuivre , garnie d’un robinet , on introduit une dissolution de barite ; après avoir fermé le robinet , on agite la liqueur , pour favoriser la combinaison de la barite avec l'acide carbonique ; ensuite on fait le vide dans le ballon, 3 l'aide d'un tuyau de cuir AB, qui s'adapte au robinet du ballon et au plateau d’une machine pneumatique ; on remplit de nouveau le ballon d’air atmosphérique en ouvrant le robinet P ; par l’agitation on absorbe encore l'acide carbonique renfermé dans cette nouvelle quantité d'air, et on répète celte expérience autant de fois qu’il est nécessaire , pour que le précipité soit en quantité suffisante pour être recueilli et pesé ; la capacité du ballon , multipliée par le nombre d’expériences , donne le volume d’air sur lequel on a opéré et le poids du précipité, donne, par la .connaissance de sa composition, celui de l’acide carbonique qu’il contient , et par conséquent celui que renfermait la masse d’air qui a été soumise à l'action de l'eau de barite.
L’évaporation lente, mais continuelle , des liquides qui sont exposés à l’air , les brouillards , les nuages et une infinité d’autres phénomènes , ne permettent pas de douter de l’existence de l’eau dans Pair. Si cependant on voulait démontrer directement la présence de l'eau dans l’air atmosphérique, le moyen le plus direct consiste à mettre, dans un ballon de verre, un mélange de 5 parties de sulfate de soude cristallisé et de 4 parties d’acide hydro-chloriquc : ces deux substances, par leur réaction , produisent un froid de plusieurs degrés au-dessous de zéro , et. les vapeurs qui sont en contact avec le ballon , condensées par le refroidissement, se précipitent à l’état liquide sur la surface extérieure du ballon et s'y congèlent.
Pour déterminer la quantité de vapeur d’eau contenue dans l’air atmosphérique , on pourrait employer l’appareil dont on sc sert pour estimer la quantité d'aride carbonique : on commencerait par introduire
dans le ballon du chlorure de chaux : cette substance ayant une trèsgrande affinité pour l’eau , absorberait en peu d'instans toute la vapeur contenue dans l’air renfermé dans le ballon ; on renouvellerait celui-ci un certain nombre de fois ; l’augmentation de poids du chlorure de chaux donnerait la quantité d'eau absorbée, et connaissant, par la capacité du ballon et le nombre de fois que l’air a été renouvelé le volume d’air sur lequel on a opéré , on en déduirait le poids de la vapeur d’eau renfermé dans un volume quelconque d’air.
Toutes les analyses faites sur l’air recueilli dans un grand nombre de lieux différens à la surface du globe, ont toujours donné 21 d’oxigène et 79 d’a/.ote. Le même résultat ayant été obtenu sur de l’air recueilli par M. Gay-Lussac dans un voyage aérostatique à une hauteur de 6900 mètres , il paraît que dans l’air atmosphérique le rapport entre l’oxigène et l’azote est permanent. Il n’en est pas de même de l’acide carbonique ; la quantité en est toujours très -petite, mais elle est variable. Quant à la vapeur d’eau , la quantité varie dans des limites extrêmement étendues.
29. Propriétés Chirnù/ues. Dans tous les phénomènes de la combustion , l’air atmosphérique agit de la même manière que l’oxigène pur, puisque l’azote , à l'ctat de gaz , n’exerce aucune action sur les autres corps : mais comme dans l'air l’oxigènc se trouve dilaté par son mélange avec l’azote , les phénomènes de la combustion , dans l’air atmosphérique , ont un degré d’intensité beaucoup plus faible que dans l’oxigène pur.
La combustion absorbe continuellement une grande quantité d’oxigène, et verse dans l’air atmosphérique de l’acide carbonique et d’autres corps gazeux ; les animaux qui respirent par des poumons, transforment également en acide carbonique nnc grande quantité d’oxigène ; et les plantes , par l’action des rayons solaires, décomposent l’acide carbonique, absorbent le carbone et rendent libre une quantité correspondante d’oxigène. U semble , d’après cela , que la composition de l’air atmosphérique ne doit point être permanente ; cependant , depuis une trentaine d’années que l’on observe , on n’a pas aperçu la moindre altération dans sa composition. Pour concevoir ce résultat , il faut remarquer que de tous les
phénomènes qui tendent à altérer la composition de l'atmosphère , les plus influens sont ceux produits par la respiration des animaux et par la végétation ; et les effets produits sont opposés , les animaux transforment loxigène en acide carbonique , et les plantes l’acide carbonique en oxigène. Il paraît cependant difficile d'admettre qu'il y ait une exacte compensation. Mais comme la quantité d’acide carbonique fournie par les animaux est très-petite relalix’oment à la masse de l'atmosphère , et que cette quantité est encore diminuée par l'action des plantes , si ces deux causes ne se compensent pas exactement , l'altération qui en résulte ne pourra être appréciable qu’après un temps très-considérable.
Il est évident que tout ce que nous venons de dire sur la permanence de la composition de l’air , n’est applicable qu’à des masses d’air communiquant librement avec le reste de l’atmosphère, et qu'une masse d’air isolée de toute part , ou qui ne peut se renouveler que difficilement , doit éprouver, par la combustion et l’action des plantes et des animaux, des altérations considérables.
30. Histoire. La composition de l'air atmosphérique , et le râle qu’il joue dans les phénomènes de la combustion et de la respiration , n’ont été bien connus que par les travaux de Lavoisier. C’est lui qui le premier découvrit que l’air était composé de deux corps gazeux , dont l'un seulement était absorbé dans la combustion.
D. Chlore.
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3 1 . Propriétés Physiques. Ce corps, dont le nom dérive du mot grec yàtopo;,
qui signifie verdâtre , est un gaz d'un jaune-verdâtre , d’une odeur forte et tellement caractérisée , qu’il est impossible de la confondre avec celle d'aucun autre corps. Il n’éprouve de la part des fluides impondérables aucune altération ni dans sa nature ni dans sa forme. Sa pesanteur spécifique est de a,43>6. .u
; 32. Etat naturel. Le chlore n’existe jamais dans la nature que combiné avec d’autres corps. Los composés naturels dans lesquels le chlore entre
comme élément , sont : le chlorure (le sodium , substance connue sons le nom de Se/ marin , les chlorures de cuivre et d'argent et les hydrochloratcs de soude , de chaux , de magnésie et d'ammoniaque.
33. Préparation. On peut préparer le chlore par deux procédés différens. Le premier consiste à soumettre à l'action de la chaleur, dans un ballon ou une cornue de verre [fig. 19 ) , un mélange d’une partie de peroxide, de manganèse et de 5 à 6 parties d’acide hydrochlorique : l'acide hydrocldorique se partage en deux parties , l'une se décompose en chlore qui se dégage , et en hydrogène qui sc combinant avec une partie de l'oxi-
gène , du peroxide de manganèse , forme de l’eau ; l'autre partie sc
combine avec le manganèse ramené à l’étal de proloxide et forme de l'hydrochloratc de proloxide de manganèse qui reste dans l'appareil. Le second procédé , qui est beaucoup plus avantageux que le premier, consiste à soumettre A l'action de la chaleur un mélange formé avec une partie de peroxide de manganèse , 4 de sel marin , 2 d'acide sulfurique concentré, étendu, 2 parties d’eau; on pulvérise et on mêle l’oxide et
le sel , on l'introduit dans le ballon ou la cornue , et on verse peu à
peu l'acide par le tube de sûreté. L’acide sulfurique se divise en deux parties : l’une, agissant sur le peroxide de manganèse , produit un dégagement d'oxigène et du protosulfate de manganèse ; l'autre , en agissant sur le sel marin, produit un dégagement d'acide hydrochlorique et du sulfate de soude : l'oxigènc , en sc combinant avec l'hydrogène de l'acide hydrochlorique, produit de l’eau , et le chlore se dégage. On doit recueillir le chlore dans des cloches pleines d'ean , parce qu’il attaque le mercure ; mais il faut avoir soin de ne pas laisser le chlore trop longtemps en contact avec l'eau, parce qu’il s’y dissoudrait; il faut, pour le conserver , le recueillir dans des flacons de verre A goulot étroit , et lorsqu’ils sont pleins , les fermer sous l’eau avec des bouchons de verre.
L’eau ayant la propriété de dissoudre à la température et à la pression ordinaire une fois et demie son volume de chlore, c’est toujours en dissolutions dans l’eau qu'on emploie ce gaz ; on prépare ces dissolutions au moyen d'un appareil de Wolf (5), ( fig . i5 et 16). L’eau dissolvant d'autant plus de chlore que la température est moins élevée , lorsqu'on
veut obtenir «les dissolutions très-concentrées , il faut environner les flacons d’un mélange frigorifique. Le chlore ayant la propriété de décomposer l'eau par l’action de la lumière , on doit conserver les dissolutions de chlore dans des vases couverts «le papier noirci.
Comme le chlore attaque avec une très-grande énergie toutes les substances végétales , souvent il se fait jour à travers les lut* en les rongeant , et s’échappe , du moins en partie , dans l'air atmosphérique. Aussi , lorsqu’on veut l’obtenir à l’état de gaz , on emploie ordinairement une cornue dont le col très- allongé (fig. 41 ) est plongé lui - mi’me sous des cloches pleines «Veau. Et lorsqu’on veut l’obtenir en dissolution dans l’eau , il est plus avantageux d’employer l'appareil représenté fig. 17 , et de se servir d’un ballon (Jïg. ) construit sur le même principe , et garni d’une tubulure fermée par un bouchon de verre : par cette tubulure , on peut enlever le résidu de chaque opération et introduire de nouvelles substances dans le ballon , sans être obligé de démastiquer l'appareil qui est placé au col du ballon. Si , malgré ces précautions , une certaine portion de chlore se dégageait dans l'air atmosphérique , on neutraliserait ce gaz au moyen de l’ammoniaque.
Dans les arts on emploie une grande quantité de chlore en dissolution dans l’eau. On se sert , pour obtenir cette dissolution , d’une cuve en maçonnerie garnie d'une couche de mastic. Le gaz , porté par un tube au fond de cette cuve pleine d’eau , est oblige de suivre une goutière renversée qui s’élève , en serpentant , jusqu'à la surface du liquide. Le gaz , forcé de parcourir un grand circuit , se dissout en bien plus grande quantité que si les bulles avaient traversé sans obstacle la masse d’eau.
34. Propriétés Chimiques. Le chlore se combine avec l’oxigène en plusieurs proportions différentes ; mais ces combinaisons n’ont jamais lieu lorsque ces deux corps sont à l'état de gaz ; par conséquent , le chlore n’est pas combustible dans les circonstances ordinaires.
Le chlore et l’hydrogène se combinent avec avec une très-grande facilité. Lorsque après avoir introduit dans un ballon un mélange de chlore et «l'hydrogène , on place ce ballon dans un lieu obscur , les deux gaz se
mêlent , malgré leur différence de pesanteur spécifique , mais ne se combinent pas. Si le ballon est exposé seulement à la lumière diffuse , la combinaison a lieu lentement , la couleur jaune et l'odeur du chlore disparaissent , et on trouve dans le ballon un gaz que nous connaîtrons plus tard sous le nom d ' Ac'ule hydro-chlorique. Si, au lieu d’exposer le mélange de chlore et d'hydrogcnc à la lumière diffuse , on le soumet à l'action directe des rayons solaires , la combinaison a lieu instantanément avec explosion. Pour faire cette expérience sans danger , on introduit dans une fiole à médecine parties égales de chlore et d’hydrogène , on ferme la fiole avec un bouchon de liège , et on la jette de manière à lui faire rencontrer les rayons solaires. La combinaison a aussi lieu instantanément par une chaleur de 200 degrés environ.
Le chlore altère les teintures bleues végétales , mais ces altérations sont bien différentes de celles qui proviennent des acides : les couleurs bleues rougics par les acides reviennent , par les alcalis , à leur teinte primitive ; ^celles , au contraire , qui ont été mises en contact avec le chlore , sont dénaturées sans retour. L'action du chlore sur les matières végétales n'est point bornée aux seules matières colorantes ; il agit sur toutes les substances végétales cl même sur toutes les matières animales. C’est à la grande affinité du chlore pour l’hydrogène , qu’est duc retic action si énergique que le chlore exerce sur les matières organisées : c’est en s’emparant de leur hydrogène qu'il les dénature.
35. Histoire. Le chlore , découvert en 1774 par Schéele , fut d’abord désigné sous le nom A' Acide marin dephiogisliqnr. A la création de la nomenclature chimique , on le désigna sous le nom A' Acide muriatique uscigéné. Plus tard , MM. Gay-Lussac et Thénard démontrèrent que tous le» phénomènes auxquels le chlore donne naissance, pouvaient s'expliquer également bien , en regardant ce corps comme simple ou comme composé. Jusqu’ici il a etc impossible de résoudre d’une manière complète le problème de la nature du chlore , mais toutes les probabilités sont en faveur de l’hypothèse qui le regarde comme un Corps simple ; et cette dernière opinion est admise par tous les chimistes.
36. Usages, ün emploie le chlore en dissolution dans l’eau pour blanchir
Mpft . TnrWïr**, lict . Brt^ron rf Gcf/*r,JYt*/f>.
DE CHIMIE. 4i
ta pâte du papier , les estampes , les tissus de lin , de chanvre et de coton ; pour désinfecter l’air corrompu par des miasmes putrides. Nous ne parlerons de ces différens usages du chlore que dans la seconde partie de ce Cours.
Le poids d’une molécule de chlore , déduit du rapport de sa pesanteur spécifique à celle de fosigène , est de 3,196.
Corps Simples , Solides, Fusibles et Volatils.
Ces corps sont au nombre de 4 > savoir : le Phosphore , le Soufre , l'Iode et le Sélénium.
A. Phosphore.
37. Propriétés Physiques. Le phosphore est solide , translucide , jaunâtre , ductile comme la cire ; son odeur est analogue â celle de l'hydrogène impur ou de l’atsénic en vapeur. Sa pesanteur spécifique est de 1,77 ; placé dans l'obscurité en contact avec l'air , il est lumineux ; son nom dérive des deux mots grecs <pû>c et qxpc>, qui signifient porte lumière.
Le phosphore est fusible à 4 ; il se réduit en vapeurs à une température de 200* environ ; la fusion du phosphore doit s'exécuter sous l'eau, ou dans une atmosphère d'azote ou d’hydrogène , ou enfin dans un tube étroit dont l'air ne puisse pas se renouveler ; car la température à laquelle le phosphore s’enflamme est très - peu élevée au - dessus de celle de la fusion. La distillation du phosphore ne doit être pratiquée que sur de très-petites quantités , et dans une cornue pleine d'azote ; le col de la cornue doit être incliné , chauffé , et son extrémité doit plonger dans l’eau chaude; à la tin de l’opération , pour éviter l’absorption , et la rentrée de l'air qui déterminerait la combustion du phosphore resté dans le col de la cornue , on ferme l’ouverture avec un /. 8
bouchon de liège ; il reste dan» la cornue une substance rouge qui parait être de l’oxide de phosphore.
La lumière solaire colore le phosphore en rouge ; ce phénomène a lieu dans le vide , dans l'azote et dans l’hydrogène : la lumière diffuse agit de la même manière , mais beaucoup plus lentement : il est probable que ce phénomène est dû à la décomposition d'une certaine quantité d’eau que le phosphore renferme toujours et d’où il résulte de l’hydrogène phosphore et de l’oxide rouge de phosphore. M. Davy a observé qu’en faisant passer un courant galvanique à travers du phosphore en fusion , il se dégageait du gaz hydrogène phosphore , phénomène qui ne peut s'expliquer que par la décomposition de l’eau.
38. État Naturel. Le phosphore ne se trouve dans la nature qu’à l’état d’acide combiné avec certains oxides métalliques, principalement avec la chaux , l’oxide de plomb ; le phosphate de chaux existe dans les os , dont il forme à peu près les ’/s. 11 parait cependant que le phosphore existe libre dans quelques matières animales.
3g. Préparation. Le procédé qu’on employait autrefois , consistait à évaporer à siccité de l'urine putréfiée , à faire rougir le résidu de celle opération , à le traiter par l’eau pour séparer les sels solubles , et enfin à soumettre cette substance au plus haut degré de chaleur que nous puissions produire : le phosphore se dégageait en vapeurs , que l'on condensait en les faisant arriver dans l’eau. Ce procédé , long et dégoûtant, ne donnait que peu de produit; il fut perfectionné par Margraff, qui conseilla de mettre un sel de plomb dans l’urine épaissie. Mais ce ne fut qu'après la découverte du phosphore dans les os , faite par Gahn en 1789 , que Scheclc indiqua un moyen simple de se procurer en grande quantité et à peu de frais le phosphore qui jusqu’alors n’avait été obtenu qu’en très-petite quantité et à un prix exorbitant.
Le procédé qu’on suit maintenant consiste à mettre dans une cornue de grès lutéc (1) un mélange de 6 parties de phosphate acide de chaux
(1) O11 Iule le» cornues , afin qu'elles puissent miens résister i l'action du feu ; on se sert d’un mélange d’argile . de sable et de paille hachée- ; on courre d'abord toute la surface de la cornue d’une couche mince et égale ; on la fait sécher à l'ombre , ou applique alors une seconde couche , et ainsi de suite jusqu’h ce que l’épaisseur «oit suffisante.
DE CHIMIE. x 43
calciné au rouge , et de 1 partie de charbon. la cornue est placée dans uu fourneau à réverbère {fig. 4^ ) » et le col de la cornue plonge dans un vase plein d'eau', à la partie supérieure duquel on place un tube de verre d’un petit diamètre et long de plusieurs pieds ; on chauffe graduellement la cornue jusqu’au rouge - blanc : au commencement de l’opération il ne se dégage que des gaz; mais, au bout d'un petit nombre d’heures , le phosphore coule par le col de la cornue et vient se condenser dans l’eau. Les gaz qui se dégagent au commencement de l’opération , sont composés d’oxide de carbone et d’hydrogène carboné , gaz qui proviennent de la décomposition de l’eau qui relient encore le phosphate acide de chaux par le charbon ; plus tard , ce dernier s'empare de l’oxigènc de l’acide phosphorique , se transforme en oxide de carbone , et le phosphore mis en liberté se réduit en vapeurs, et vient se condenser dans le vase plein d’eau : l'oxide de carbone , qui se dégage en même temps que le phosphore , est accompagné d’hydrogène phosphoré qui provient encore de la décomposition de l’eau : c’est le dégagement de ces gaz qui sert de guide pour augmenter ou diminuer le feu. L’expérience dure ordinairement de 24 à 3o heures. Le phosphore n’est pur qu’au commencement de l’opération ; à mesure qu’elle avance et que la température devient plus élevée , il prend une teinte rouge ; il est alors mêlé de charlmn et d'oxide. On le purifie en le faisant passer à l’état liquide à travers une peau de chamois ; cette opération doit être faite sous l’eau , afin que le phosphore ne s'enflamme pas. On lui donne la forme cylindrique, au moyen d’une pipette à robinet {fi g. 44 ) î on plonge l’extrémité de la pipette dans le vase où l'on a fait fondre le phosphore sous l'eau; on aspire d’abord une petite quantité d’eau , puis du phosphore ; on ferme le robinet, on enlève la pipette et on la plonge dans de l’eau froide : le phosphore se solidifie , et on fait sortir le cylindre par une tige qu’on introduit par l’ouverture du robinet. Le phosphore doit être conservé dans de l’eau privée d’air par l’ébullition et dans l’obscurité.
4o. Propriétés Chimiques. Le phosphore se combine avec l’oxigène , l’hydrogène et le chlore ; il n’cxcrcc aucune action sur l’azote.
Le phosphore se combine avec l’oxigènc en G proportions différentes , et donne naissance à 4 acides et à 3 oxides. Nous n'examinerons ici que les phénomènes qui acompagnent les combinaisons directes du phosphore et de l’oxigène gazeux.
Lorsque le phosphore est place dans l’air atmosphérique , il sc consume lentement en produisant des vapeurs blanches qui sont lumineuses dans l’obscurité , et qui constituent l'acide que nous désignerons plus tard sous le nom d 'Acide phospha/ûfue ; lorsque la combustion lente du phosphore a lieu, pour qu’elle sc continue , il faut que l’air soit humide ; autrement l’acide qui sc forme , se dépose sur le phosphore , et le soustrait à l’action de l’air. Cette combustion lente sc produit à une température d'autant plus basse que l'oxigènc est plus dilaté , ou par son mélange avec d'autres gaz , ou par une. diminution de pression. Ainsi le phosphore n’est point lumineux dans l’oxgènc pur h la température de 37* et sous la pression de o.^G^ niais il le devient si on augmente la température , ou si on le mêle avec de l’azote , ou de l’hydrogène , ou enfin si on diminue la pression ; cependant , dans tous les phénomènes chimiques , l’action de L'oxigène croît avec sa densité. On ignore la cause de celte singulière anomalie.
Le phosphore est un peu soluble dans l’alcool, l’éther, les huiles; ces dissolutions sont transparentes , l’eau en sépare le phosphore, qui brûle à la surface ; des papiers imprégnés de ces dissolutions sont lumineux dans l’obscurité , à la température de iG*.
Le phosphore en fusion , mis en contact avec l’air atmosphérique ou avec l’oxigène pur , brûle avec une grande chaleur et une lumière éclatante , surtout dans l’oxigènc pur : il sc produit d’épaisses vapeurs blanches , ayant une forte odeur d'ail ; la grande chaleur et l'éclat de la flamme proviennent, du moins en partie , de ce que le produit de la combustion est solide , (to) (1 1) (ia). Les vapeurs blanches qui se forment dans la combustion vive du phosphore sont de l’acidc phosphorique.
L’hydrogène ne sc combine avec le phosphore qu’à l’état de gaz naissant. Le chlore se combine arec le phosphore à la température ordinaire : cette combinaison a lieu avec dégagement de chaleur et de lumière. Nous reviendrons plus tard sur ces combinaisons.
4 t. Histoire. Brandt , alchimiste de Hambourg , en cherchant , au moyen de l’extrait d’urine , à transformer l’argent en or , découvrit le phosphore en 1669: surpris de l'apparition d’un corps qui jouissait de la propriété singulière d'étre lumineux par lui - même , il communiqua sa découverte à Kunkcl , chimiste allemand , qui en fit part à Kraft , chimiste de Dresde ; celui-ci part pour Hambourg , achète le procédé de Brandt , et parcourt la France et l’Angleterre pour faire voir son phosphore. Kunkcl , piqué du procédé peu délicat de Kraft , à qui il avait fait part du projet qu'il avait d’acheter le secret de Brandt , chercha à le découvrir , et y parvint après un travail opiniâtre. Boyle le découvrit aussi de son côté ; mais la préparation de ce corps singulier ne fut connue qu’en 1737, époque à laquelle un étranger vint à Paris offrir la communication du procédé de la fabrication du phosphore ; cependant , ce ne fut que long-temps après que le phosphore , devenu plus commun au moyen du procédéadécouvcrt par Scheele, permit aux chimistes d'en étudier les propriétés.
4a. Usages. On n’emploie le phosphore que pour analyser l’air, pour former quelques produits particuliers , et pour faire les briquets phosphoriques. On analyse l'air par le phosphore, en introduisant dans un tube gradué (fg. 45 ) , reposant sur l’eau et renfermant un volume quelconque d’air , un cylindre de phosphore fixé à l’extrémité d’un tube de verre ; lorsqu'il cesse d’étre lumineux dans l’obscurité , la quantité de gaz absorbée représente la quantité d’oxigène que renfermait l’air sur lequel on a opéré. Nous parlerons de la fabrication des briquets phosphoriques lorsqu’il sera question du phosphure de soufre.
Le poids de la molécule de phosphore, déduit de ses combinaisons avec l’oxigène, est de ( Benélius. )
B. Soufre.
43. Propriétés Physiques. Le soufre est solide , jaune , inodore , insipide. La pesanteur spécifique du soufre fondit, est de 1,99 ; celle du soufre naturel çst de 2,o33. ,
Les cristaux naturels de soufre , qui sont transparens, possèdent la double
réfraction. Le soufre est un très - mauvais conducteur de l'électricité ; par le frottement , il acquiert l’clcctricité résineuse.
Soumis à l’action de la chaleur , il se fond à la température de iog degrés ; par une fusion prolongée , il prend une teinte rougeâtre , s’épaissit, et conserve long-temps sa mollesse même lorsqu'il est plongé dans l’eau froide ; mais il finit par reprendre sa couleur et sa fragilité primitive ; il se réduit en vapeur à une température inférieure à la chaleur rouge.
Lorsque le soufre a été fondu , et qu’après avoir laissé congeler la surface supérieure on enlève , par un trou qu’on y pratique , le soufre encore liquide , on trouve , en cassant le vase , toutes les parois tapissées d’une foule d’éguillcs cristallisées ; ces cristaux ne paraissent avoir aucun rapport avec les cristaux naturels.
44- État Naturel. Lc^oufre est une substance très-répandue à la surface du globe ; on le trouve à l’ctat natif, c’est-à-dire , mêle seulement avec quelques substances étrangères. On le trouve aussi combiné avec différens métaux ; à l'état d’acide sulfureux , de sulfate et d’hydro-sulfalc , cl enfin dans plusieurs substances végétales et animales.
Le soufre natif forme , tantôt des bancs très-étendus dont l’épaisseur varie depuis quelques décimètres jusqu'à plusieurs mètres ; d’autres fois il est en masses irrégulières ; d’autres fois , enfin , il est en grains d’une petitesse extrême. On le rencontre dans toutes les espèces de terrains , mais principalement dans ceux qui sont volcaniques et dans les terrains de sédiment, c’est-à-dire , qui ont été formés par les dépôts des eaux. Les mines de soufre natif les plus importantes sont celles de la Solfatare , près de Pouzolc , dans le territoire de Naples ; celles de Sicile , des états de Rome , dislande , de la Guadeloupe , et de Quitto dans les Cordilières.
45. Extraction. On extrait le soufre des mines où il existe à l’état natif, et de celles où il est combiné avec le fer.
La première opération à laquelle on soumettes mines de soufre natif , est une véritable distillation qui s’exécute de la manière suivante : on met la mine de soufre dans des creusets de terre d’environ un mètre de hauteur; ces creusets sont placés sur deux rangs dans des fourneaux très-allongés ,
qu'on désigne sous le nom de Galères , de manière que la partie supérieure des creusets dépasse le dôme du fourneau. On ferme ces creusets par des couvercles de terre qui communiquent par un tuyau incline avec un vase Couvert, percé par son fond et situe au-dessus d’une tinette en bois pleine d’eau. Le soufre, réduit en vapeurs par l'action de la rlialeur , se liquéfie dans le vase qui est placé au-dessus de la tinette ; de là il tombe dans l’eau , où il se fige. Le soufre qui a été soumis à cette opération , renferme encore y„ de son poids de matière terreuse ; on le désigne sous le nom de Soufre Brut. Autrefois on se bornait , pour le purifier , à le maintenir en fusion tranquille pendant un temps suffisant pour que les substances étrangères se fussent précipitées ; on enlevait le soufre supérieur avec des cuillers de fer , et on le versait dans des moules cylindriques en bois de hêtre. On employait aussi un autre procédé , encore en usage : il consiste à mettre le soufre en fusion dans de grandes chaudières de fonte qui sont surmontées d'un dôme en maçonnerie , destiné à faire arriver les vapeurs sulfureuses dans une grande chambre close où ces vapeurs se condensent en une poudre très-fine , désignée sous le nom de fleur de soufre. Mais on emploie à Marseille , depuis quelques années , un procédé qui n’est qu’une modification de celui de la fabrication de la fleur de soufre , et an moyen duquel on obtient du soufre en masse ou en canon , infiniment plus beau que celui qui résulte de la purification par simple dépôt. Ce procédé consiste à faire arriver les vapeurs sulfureuses dans des chambres beaucoup plus petites que celles qui sont destinées à la fabrication des fleurs de soufre , et à ne point suspendre l'opération pendant la nuit. Les premières vapeurs donnent naissance à de la fleur de soufre ; mais bientôt la température de la chambre étant augmentée par l’arrivée continuelle des vapeurs , celles-ci tombent sur le sol à l’état liquide: on fait alors écouler le soufre par des tuyaux très - courts qui sont placés à la partie la plus basse de la chambre , d’où il est reçu dans des moules en bois de hêtre. Quelquefois on laisse refroidir lentement le soufre liquide sur le sol de la chambre : on le désigne alors sous le nom de Soufre Candi : il est ordinairement transparent et d’une pesanteur spécifique plus grande que celle du soufre moulé ; car ce dernier étant
toujours refroidi brusquement , il conserve presque le volume qu'il «rail à l'état liquide , et l’intérieur de la masse est composé d'un grand nombre d'éguilles prismatiques qui se croisent dans tous les sens , et qui laissent' entre elles des espaces assez, considérables. C’est à cause de cette disposition que le soufre moulé , lorsqu'il est comprimé dans la main , fait entendre un bruit particulier qu'on désigne sous le nom de Cri du Soufre. Cette propriété n'appartient point aux masses de soufre qui sont homogènes. Pour obtenir du soufre candi, il faut, dans une chambre de 64 mètres cubes , distiller au moins 100 kilogrammes de soufre par heure. Une plus grande dimension dans la chambre et la suspension de l'operation pendant la nuit produiraient de la fleur de soufre.
Le soufre se relire aussi quelquefois du sulfure de fer. On emploie pour cela deux procédés différons : le premier consiste à déposer , lits par lits , des pyrites et du bois ; on en forme une pyramide quadrangulaire tronquée , dont la partie supérieure est composée de pyrites- On allume le bois , qui fait brûler et volatiliser une |>artie du soufre : la combustion continue pendant plusieurs mois. Le soufre , réduit en vapeur., se condense en partie vers le sommet de la pyramide et se réunit dans de petites cavités qu'on y a pratiquées ; on l'y puise de temps en temps avec des cuillers de fer.
a* On place presque horizontalement sur un fourneau plusieurs tuyaux de terre , coniques ou pyramidaux , mais tronqués et ouverts aux deux extrémités. On les remplit de 1 5 kilogrammes environ de pyrites concassées. On ferme la grande ouverture , et on place à la petite une étoile de terre qui empêche les pyrites de sortir, mais qui ne s'oppose pas à l’écoulement du soufre fondu , lequel se rend dans des réservoirs pleins d eau. On emploie quelquefois , comme dans les mines de Néricic en Suède , de grandes, retories de fer. De 3oo kilogrammes de pyrite , on retire 10 à i5 kilogrammes de soufre. Le soufre ainsi obtenu renferme encore beaucoup de substances terreuses , et doit être purifié par les • procédés déjà indiqués. >
46. Propriétés Chimiques. Le soufre , à une température qui dépasse peu celle de sa fusion , brûle avec une flamme bleue , une odeur suffo-
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quante , et en produisant peu de chaleur et peu de lumière. Le produit de la combustion est un corps gazeux que nous connaîtrons plus tard sous le nom d ’Acule Sulfureux. C’est en grande partie à la nature gazeuse du produit de la combustion du soufre qu'on doit attribuer le peu de chaleur et de lumière qui accompagnent ce phénomène. Le soufre se combine encore en trois autres proportions différentes avec l’oxigène ; mais ces combinaisons n'ayant point lieu directement , nous n’en parlerons que plus tard. L’hydrogène , à l'état du gaz naissant , se combine avec le soufre en deux proportions , et donne naissance à deux corps composés, que l’on désigne sous les noms d 'Acide Hyduo - Sulfurique , et A'Hydrure île Soufre. L'azote est sans action sur le soufre. Le chlore et le phosphore agissent au contraire sur le soufre avec une très -grande énergie , et forment avec lui des corps désignés sous les noms de Chlorures et Phosphores de Soufre.