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17° LEÇON. =— 6 JuIN 1828,
SOMMAIRE
Frotochlorure de chrôme.—Perchlorure,—Protochlorure d’an-
tmoine ou beurre d’antimoine., — Différens procédés pour le préparer. — Deutochlorure. — Chlorure de cobalt; il est employé comme encre de sympathie. — Diverses encres de sympathie. — Chlorure de bismuth. — Protochlorure de cuivre. — Formeavec l’ammoniaque une dissolution incolore. — Perchlorure. — Son emploi dans l’artifice. —— Sous-chlorure. — Chlorure de nickel, — Chlorure de plomb, connu autrefois sous le nom de plomb corné. — Sous-chlorure. — Sa préparation pour la peinture. — Protochlorure de mercure ; le plus pur est obtenu par un chlorure et le protonitrate de mercure, — Sa grande insolubilité. — Deutochlorure ou su blimé corrosif, -— Dangers dans sa préparation. — Action de la lumière. — Sous-chlorure. — Hydrochlorate double de mercure et d’ammoniaque. — Chlorure d'argent. — Son excessive insolubilité. — Fondu , on le nommait autrefois {ne cornée. — Sa dissolubilité dans l’ammoniaque. — I] peut cristalliser dans cette dissolution. — Action de la lumière. — Sa décomposition par le zinc et le fer.
Le chlore forme avec le chrôme deux chlorures, qui sont tous deux volatils. ‘
Pour obtenir le protochlorure de chrôme, on
peut s'y prendre de plusieurs manières : on peut
G.-L. Chim. 17e Lego. ï
décomposer un sel de chrôme par le charbon et le chlore, ou bien combiner directement le chrôme avec l'acide hydrochlorique. Le sel étant desséché donne un produit volatil. À l’état solide, il a une couleur de fleurs de pêcher; il se dissout dans l’eau, et la dissolution est colorée. Les alcalis le décomposent.
L'autre chlorure de chrôme s'obtient de la manière suivante : On fait un mélange de 1 partie de sel marin et de 2 parties de chromate de potasse; on fond le tout ensemble : on concasse grossièrement le mélange que l’on met dans une cornue ; on verse dessus de l'acide sulfurique, et lon chauffe légèrement ; en chauffant, il se produit une vapeur excessivement foncée, qui se condense ensuite en un liquide. Pour condenser cette vapeur, on plonge le récipient dans un mélange de glace du sel, qui produit un froid de 20° au-dessous de zéro environ. Le liquide est très foncé , noir, auss? noir que de l'encre : c’est le perchlorure de chrôme. Il correspond à l'acide chromique, et contient 3 atomes d’oxigène : il
y a par conséquent 3 atomes de chlore.
Ce chlorure, comme l'indique sa préparation, est très volatil. Exposé à l'air, il fame abondamment; quand il est en couches minces sur les parois des vases qui le renferment ,; On voit la richesse de sa couleur rouge. Îl se décompose à l'air, et il y a formation d’acide hydrochlorique et d'acide chromique.
On forme avec l’antimoine et le chlore trois combinaisons correspondantes au protoxide, au deutoxide ou acide antimonieux , et à l'acide antimonique.
Le premier est ce qu’on appelle communément beurre d’antimoine. On peut lobtenir en chauffant un mélange de 1 partie d’antimoine et 2 parties de sublimé. Ce produit a l'apparence butireuse : c'est le protochlorure d’antimoine.
On peut le former encore d’une manière plus simple, en traitant de l’antimoine métallique par le chlore de manière que le métal soit en excès. Si le chlore était en excès, on aurait un perchlorure.
On peut aussi traiter l’antimoine par un mé-
Jange d'acide nitrique et hydrochlorique , ou de
G.-L. 17e LEÇON. 1
l’eau régale : les deux acides se décomposent rapidement, et l'acide hydrochlorique passe à l’état de chlore et s’unit au métal, Une partie de l’oxigène de l'acide nitrique décomposé s'empare de l'hydrogène de l'acide et forme de l’eau ; l’autre partie oxide le métal, ou se dégage encore combmée à l'azote. Telle est la manière d'agir de l'eau régale.
Si l’on veut maintenant avoir le protochlorure anhydre, on est obligé d’évaporer la dissolution; mais quand il a perdu son eau, si l’on continue à chauffer , 1l se volatilise.
On peut encore préparer ce sel en mélant du sulfate de protoxide d’antimoine avec du sel marin ; on chauffe : il se fait du sulfate de soude, et le protochlorure d'antimoine se volatilise.
Enfin, en traitant le sulfure d’antimoine par Vacide hydrochlorique. Ce sel fond à la température de l’eau bouillante, et se volatilise à une température plus élevée. C’est un caustique puissant : voilà pourquoi on en fait usage en Pharmacie. Quand on le jette dans l’eau , 11 la décom-
pose aussitôt et donne un précipité considérable.
DE CHIMIE. 5 Ce précipité est ce que l’on appelait autrefois poudre d’Algaroth; c’est un sous-chlorure ou un sous-hydrochlorate. L’oxigène remplace une parie du chlore.
En lavant la poudre d’Algaroth avec du carbonate de potasse, on a du deutoxide d’antimoine très pur. La potasse enlève le chlore que contient ce sous-chlorure. On peut obtenir du deutoxide d'antimoine en chauffant la poudre d’Algaroth ; mais alors il se fait un partage du protochlorure, l'antimoine se volatilise, et il ne reste que l’exces d’oxide. |
Le deutochlorure d'antimoine, que je ne ferai que nommer, s'obtient en prenant le deutoxide d’antimoine et en le dissolvant dans l'acide hydrochlorique concentré. Il se comporte comme l’autre quand on le dissout dans l’eau.
On connait aujourd’hui un troisième chlorure dont la découverte a été faite par M. Rose, chimiste de Berlin, et qu’il a obtenu en faisant passer du chlore sur du métal. Cette opération s'exécute de la manière la plus simple : on fait passer un
chlore à travers un tube qui contient du chlo-
rure de calcium pour le dessécher; on le fait ensuite passer dans un autre tube qui suit le premier, et dans lequel on a mis de lantimoine ; on n’a pas même besoin de chauffer. Aussitôt que le chlore est en contact avec l’antimoine, la combinaison s'opère : il y a production de chaleur, et l’on verrait des étincelles si la combinaison avait lieu dans un tube transparent. Le perchlorure coule, parce qu’on ménage une inclinaison au tube.
Pour avoir le perchlorure pur, il faut le disüiller une seconde fois.
Ce perchlorure est remarquable par sa grande volatilité; par ses propriétés physiques, qui peuvent être utiles dans plusieurs circonstances. Lorsqu'on le dissout dans leau, il fame, ce qui annonce sa volatilité ; et la partie qui est dissoute se décompose, et donne de l'acide antimonique ou peroxide d’antimoine.
Le chlorure de cobalt peut être fait par l’acide hydrochlorique et le cobalt même. Je cite cette préparation pour indiquer une propriété qu'il est
bon de connaitre : c’est que le cobalt se dissout
dans l’acide avec dégagement d'hydrogène. On opère d’une manière plus expéditive en prenant de l’oxide de cobalt ou de la mine de cobalt, que l'on traite par l'acide ydrochlorique ; on forme alors une dissolution rose groseille : c’est le chlorure de cobalt. Il est là mêlé avec de l’eau; si l’on veut-lavoir sec, 1l faut chauffer et évaporer la dissolution rosée. Il jouit d’une certaine volatilité. Quand il a été disüllé, il présente un tissu cristailin lamelleux.
La dissolution rosée est susceptible de changer de couleur, suivant la concentration du liquide. S1 nous évaporions, uous obtiendrions un liquide d’un bleu tres intense. Ce sera la concentration
qui donnera cette couleur. En chauffant la disso-
lution jusqu’à l’ébullition , elle change également
de couleur et devient bleue.
On écrit sur le papier avec les dissolutions de cobalt; en faisant chauffer le papier, l'écriture qui était inaperçue paraît bleue.
- Le chlorure de cobalt peut donc avoir diverses couleurs, selon les degrés de concentration de la
dissolution. La couleur bleue est un caractère
de sa pureté. S'il était impur, la couleur tirerait au vert. C'est qu’alors ce cobalt est mélé à du fer ou à du nickel, métaux qui donnent des dissolutions jaunes. Le jaune et le bleu forment le
vert.
Le chlorure de cobalt est susceptible de cristalliser; on l'obtient en petits cristaux rouges grenat. Ces cristaux se dissolvent dans l'alcool , qu'ils teisnent en rouge. À une chaleur un peu élevée, les cristaux se fondent: ils perdent ensuite leur eau, se dessèchent, et enfin se volatilisent.
On a donné le nom d'encre de sympathie au chlorure de cobalt impur. C’est la première encre de cette espèce qui a été connue ; elle date de plus d’un siècle et demi. Cette encre est la dissolation de chlorure de cobalt qui change de couleur par la chaleur. Ordinairement elle est verte et s'obtient en prenant simplement le cobalt du commerce qui contient de l’arsenic : on le dissout dans l'acide nitrique que l’on mêle au sel marin.
Je saisis cette occasion pour dire un mot des
encres de sympathie en général. Former une
encre de sympathie consiste à se procurer un liquide avec lequel on peut écrire, dont les caractères disparaissent en séchant ou ne laissent qu'une trace excessivement légère, et qui ensuite, par un moyen quelconque, deviennent lisibles. Or, on peut dire que l’on a aujourd'hui plusieurs centaines d’encres de sympathie. Rien n'est plus facile que d'écrire avec un liquide incolore et de faire apparaître les caractères.
En écrivant avec une dissolution de plomb ou avec de lacétate de plomb on aura des caracières noirs, par l'acide hydrosulfurique.
Une ‘dissolution de bismuth se conduira de même avec le même acide.
Une dissolution de fer dans l'acide nitrique ou sulfurique donnera une encre qui paraîtra noire par une décoction de noix de galles, ou qui donnera des caractères bleus en employant le cyanoferrure de potassium.
Voilà un papier sur lequel on vient d'écrire avec de l’acétate de plomb; on y passe de l’hy-
drosulfate d'ammoniaque et les caractères paraissent,
ME cs
I y a encore d’autres encres que celles que nous venons de citer, et qu'il est plus difficile de reconnaitre : c'est lorsqu'on écrit avec des sucs végétaux, avec du suc d’oignon ou du suc de navet, par exemple. L'écriture ne paraît pas, et il n'y a pas moyen de la faire paraitre avec des réactifs; mais en présentant le papier à un brasier, il arrive que la matière végétale se calcine avant ou apres le papier. Si elle se calcine avant, les caractères sont noirs; si le papier se calcine le premier, les caractères seront blancs sur un fond noir.
Maintenant, il s'agirait de reconnaître si l’on a écrit avec une encre invisible sur ce papier ; cela est aisé en chauffant le papier , où les caractères présentent une différence. En général, le feu est un excellent moyen pour savoir si l'on 2 écrit avec de l'encre de sympathie.
Si le feu indique que l'encre est une dissolution métallique, on passe un hydrosulfate ou du cyanoferrure.
On obtient avec le bismuth et le chlore un
chlorure. En général, le chlore se combine avec
DE CHIMIE. 11 tous les métaux ; c’est par le moyen du chlore que l'on est parvenu à les dissoudre tous : on n'aurait pas dissous l'or sans le chlore.
On obtient ordinairement le chlorure de bismuth, en distillant ensemble 2 parties de per-
chlorure de mercure et 1 partie de bismuth.
__ En traitant l'oxide de bismuth par l’acide hydrochlorique, on obtient encore le chlorure de bismuth, mais par la voie humide. On peut aussi employer l’eau régale pour disscudre le métal ; alors il faut que l'acide nitrique ne domine pas : s'il dominait, on aurait pour résultat un oxide ou un nitrate. Dans toutes les dissolutions métalliques par l’eau régale, il faut en général que l'acide hydrochlorique domine si lon veut avoir des chlorures.
Le chlorure de bismuth se comporte comme le chlorure d’antimoine quand on le verse dans Veau : l'acide hydrochlorique a plus d’aflinité pour l’eau que pour le métal, et 1l y a séparation; on a une poudre qui est un sous-sel. En la lavant avec un peu de carbonate de potasse,
on a de l’oxide de bismuth parfaitement pur.