FLUOR
L'appareil est un simple tube en U, en platine, muni crajutages latéraux, également en platine, et refroidi vers — 50° par un bain de chlorure de méthyle, dans lequel on fait passer un courant d'air sec ; les électrodes sont de gros fils en platine iridié, sertis dans des plaques de fluorine qui servent de bouchons aux deux branches du tube.
Dès que le courant passe, on voit se dégager de l'hydrogène au pùle négatif, et au pôle positif un gaz qui n'est autre que du fluor, saturé de vapeurs d'acide fluorhydrique ; pour enlever celles-ci, il suffit de faire passer le gaz dans un petit tube en platine, rempli de fluorure de potassium sec, qui les absorbe, sans toucher au fluor.
Etat naturel. — Le fluor se rencontre abondamment dans la nature, surtout sous la forme de fluorure de calcium {fluorine des minéralogistes); cette matière, admirablement cristallisée en cubes, se trouve dans un grand nombre de filons métalliques.
Le fluor existe également dans Vapatite (fluophosphate de calcium)^ la topaze (JtuoslUeate d'alumine)^ la cryoUthe {ftuoahuninate de sodium)^ très abondante au Groenland, le 77ifca (fluosilicate complexe) et même, en petite quantité, dans les os, où il accompagne le phosphate tricalcique, à l'état de fluorure de calcium.
MM. Becquerel et Moissan ont signalé la présence de traces de fluor libre dans certains échantillons de fluorine naturelle.
Acide fluorhydrique, HFl.
58. Propriétés physiques. — L'acide fluorhydrique est, à la température ordinaire, un liquide incolore,
HYDROGÈNE ET METALLOÏDES
très mobile, qui répand à l'air d'épaisses fumées blanches et possède une odeur suffocante; on le reconnaît à ce qu'il attaque le verre et même le cristal de roche, à froid.
Sa densité est égale à 1,06 ; il bout à 19^,5 et se congèle à — 102^ (Olszewski).
L'acide fluorhydrique est le plus corrosif de tous les acides ; il produit sur la peau des ulcérations extrêmement douloureuses et ne doit par suite être manié qu'avec de très grandes précautions.
59. Propriétés chimiques. — L'acide fluorhydrique est très stable ; sa chaleur de formation (37^^^6 à l'état gazeux) est en effet supérieure à celle de tous les autres hydracides ; il en résulte qu'il réagit moins aisément que ces derniers.
Parmi les métalloïdes il n'y a guère que le bore et le silicium qui le décomposent ; il y a alors dégagement d'hydrogène.
3HFl+B=rBF13 + 3H.
4HFl + Si = SiFP + 4H.
Avec les métaux vulgaires, il donne de l'hydrogène et un fluorure.
2HF1 + Znz=z ZnFP + 2H.
Il n'attaque pas le mercure, ni les métaux nobles.
L'acide fluorhydrique se combine à l'eau avec une grande énergie : il donne ainsi un hydrate HF1,2H20, qui est liquide et bout à 120 degrés.
Sa propriété la plus curieuse est d'attaquer à froid la silice et, d'une manière générale, tous les composés
ACIDE FLUORHYDBIQUE 61
du Silicium en donnant du tétrafluorure de silicium tiitl* et de 1 acide fluosilicique SiFlOH^.
Si02 + -JHF] = SiF14 + 2H20.
Si02 GHFl = SiF16H2 -f- 2W0.
C'est pour cette raison qu'on l'emploie pour graver le verre, à peu près de la même façon qu'on grave le cuivre à l'eau forte.
La gravure est opaque quand on se sert de l'acide fluorhydrique gazeux, elle reste transparente quand on se sert de l'acide fluorhydrique liquide.
Ce corps doit être considéré comme un acide énergique ; il donne avec toutes les bases des sels, qui ne sont autres que les fluorures ou fluorhydrates métalliques ; ces derniers résultent de l'union des fluorures proprement dits avec un excès d'acide fluorhydrique.
2HFl-f CaO=CaFP + H20 2HF1 + KOH = KF1,HF1 -f H20.
60. Préparation. - L'acide fluorhydrique commercial se prépare en distillant un mélange de fluorine
Fig. 17. — Préparation de l'acide fluorhydrique.
pulvérisée et d'acide sulfurique; l'opération s'effectue dans une cornue en plomb ou en fonte, dont le col est en relation avec un réfrigérant de même substance (fig. 17).
CaFP + S0'H2 = SOiCa -f- 2HF1.
CHIMFE. ^
62 HYDROGÈNE ET MÉTALLOÏDES
Le produit que l'on obtient de cette manière est assez impur: il renferme toujours une certaine quantité d'eau et d'acide sulfurique, mécaniquement entraînés pendant la distillation, enfin un peu d'acide fluosilicique, qui a pour origine le sable préexistant dans la fluorine.
Pour le purifier, on le sature exactement par du carbonate de potassium, ce qui donne le fluorure KFl.