LIVRE I. TITRE VIII, PART. I. CHAP. I
nous allons voir que la loi la dispense de plusieurs des conditions de l'adoption ordinaire.
On a pensé qu'il était moral et exemplaire de favoriser la manifestation de la reconnaissance^ que fait naître dans le cœur de l'adoptant la belle action qui lui a sauvé la vie.
59. ^- Ce serait, je crois, s'attacher de trop près à la lettre même du texte, que de dire, avec Proudhon (t. I, p. 197) et Toullier (t. II, n" 989), que l'article 345 est tout à fait limitatif.
Voici, par exemple, une personne qui, au péril de sa propre vie, en a arraché une autre des mains des brigands, ou qui est allée la chercher dans l'intérieur d'un bâtiment qui s'écroulait, ou bien au fond d'un puits ou d'une mine, s' exposant ainsi elle-même à être écrasée sous les décombres ou à périr asphyxiée. Il n'y a là sans doute ni combat, ni flammes^ ni flots ; mais ces sortes de sinistres appartiennent si bien à l'espèce de ceux que la loi a prévus, que l'on ne comprendrait point qu'elle y eût fait une différence. Aussi l'adoption rémunératoire me paraîtelle alors permise, parce qu'en effet celui qui sera adopté, aura sauvé la vie de l'adoptant en exposant sa propre existence, dans un élan instinctif de dévouement provoqué par un danger actuel et flagrant, par un désastre manifeste tout à fait semblable à ceux que le texte a prévus (Duranton, t. III, n°284; Yalelte sur Proudhon, t. I, p. 197, Eote a; Duvergier sur Toullier, t. II, n" 989, note a; Marcadé, art. 345, n°7; Odilon Barrot , Encyclop. du droit, n° 48; Demante, t. II, n° 78; Zacharise, Aubry et Rau, t. IV, p. 655; Massé et Vergé, t. I, p. 355).
60. — Mais, d'un autre côté, il me semble aussi que ce serait trop étendre l'article 345, que de l'appliquer, comme ont fait plusieurs jurisconsultes, à l'hypothèse où U-î individu, un médecin surtout, aurait donné des soins à une personne atteinte d'une maladie contagieuse
(Delvincourt, t. I, p. 95, note 7; D., Rec. alph.y v'» Adoption, n*' 92-94; Ducaurroy, Bonnier et Roustaiiig, t. I, n" 514; ajout, aussi Taulier, t. I, p. 444).
Trois motifs m'empêcheraient d'admettre cette extension :
V Le texte de Farticle 3^5 me paraît y résister absolument. Ne m'objectez pas que je viens moi-même de m'éloigner de ce texle; j'ai déjà répondu que la ruine d'un édifice ou l'éboulement des terres dans une mine sont des accidents qui rentrent évidemment, sinon dans la lettre textuelle, du moins dans la pensée essentielle de l'article 345, parce qu'ils sont, de tout point, pareils aux accidents qu'il a prévus et qu'il n'a pu raisonnablement citer, parmi les autres désastres semblables, que comme exemples; mais l'interprétation la plus extensive ne réussira jamais à faire rentrer dans les termes de notre article, qui parle de combats, de flammes et de Ilots, le dévouement d'une personne près du Ut d'un malade;
2° Les travaux préparatoires attestent qu'il n'est pas, en effet, po&Êible d'étendre ainsi cette exception. 11 est vrai que la dernière rédaction soumise au conseil d'Etat portait que l'adoption rémunératoire serait admise en faveur de ceux qui auraient rendu à l'adoptant « d'importants services, tels que de lui avoir sauvé la vie, l'honneur ou la fortune. » Mais cette rédaction n'a pas été maintenue; M. Treilhard proposa, au contraire, w de réduire l'adoption pour services rendus à celui qui aurait sau\é la \ie à l'adoptant dans un combat. » La pensée de cet amendement fut adoptée; et dans la même séance, M. Bcrlier, rapporteur, proposa la rédaction qui forme aujourd'hui notre article 345, et qui fut admise sans discussion (séance du 1 1 frimaire an xi},
M. Perreau s'exprimait en ces termes dans son rapport au Tribunat :
« On doit savoir gré aux auteurs du projet d'avoir spé-