LE MOUVEMENT MODÉRÉ. TYPE M
Parmi les airs de danse uon dansés qui constituèrent peu à peu la forme Suite, les pièces de mouvement modéré (type M) ont conservé, après toutes les autres, leur caractère originel : elles sont demeurées les seules dansables, les seules dont les titres, empruntés pour la plupart au vocabulaire des danses élégantes ou rustiques en honneur à cette époque, coïncident réellement avec la forme rythmique et la coupe même de chacune de ces danses.
Sans entrer dans une recherche minutieuse, et plus chorégraphique que musicale, sur chacune de ces innombrables danses, nous n'avons à faire connaître ici que leur rôle dans la Suite, leur allure particulière, et certains modes d'adaptation spéciale du régime binaire à leur coupe et à leurs répétitions.
a) Rôle et rang du type M dans la Suite. — La loi de contraste précédemment signalée fait placer de préférence le mouvement modéré entre deux pièces plus lentes ; et, comme une même Suite contient généralement plusieurs pièces appartenant aux types L et M, le rang du tj'pe M doit être considéré en principe comme alternant avec celui du type L. Toutefois, cet usage n'est point observé avec la même constance
CuUnS DE COMPOSITION. — T. Il, I . 8
que celui qui consiste à placer l'Allemande (S) au début et la pièce rapide (R) à la fin.
b) Mesures, mouvement et allure du type M, — Les pièces de ce genre étant des danses véritables (i) sont tantôt à deux ou quatre temps, comme la Gavotte, la Musette, la Bourrée, etc., tantôt à /roîs, comme le Menuet, le Passepied, la Loure, etc. Elles n'ont donc pas de mesure propre. Quant à leur mouvement {Moderato, Allegretto, etc.), il ne peut guère être défini que d'une manière relative, par rapport au type L, dont il n'atttint jamais la lenteur, et au type R, toujours plus rapide.
c) Coupe particulière à certaines pièces du type M : les Doubles, les Secondes danses, la forme Rondeau. — Chaque figure de danse étant en général assez simple et exécutée plusieurs fois consécutivement par différents couples, les airs correspondants étaient fort courts et se répétaient autant de fois que l'exigeait le nombre total des danseurs.
Pour remédier à la satiété qu'auraient entraînée les fastidieuses redites d'un même thème, les compositeurs de Suites prirent l'habitude de doubler leurs airs de danse.
Ces Doubles (2) constituaient à l'origine des reprises facultatives indiquées par un signe: les exécutants exerçaient leur talent en ornant ces reprises de toutes les fioritures et notes d'agrément suggérées par leur bon goût... ou leur désir de briller, A cet « âge d'or » du Double succéda l'inévitable empiétement du virtuose sur le musicien, de l'effet sur l'expression, de l'acrobate sur l'artiste : véritable « âge d'argent » contre lequel les compositeurs réagirent en écrivant eux-mêmes leurs variantes, pour les protéger et en maintenir les traditions par la gravure; c'est h cet « âge d'airain » que nous devons les immortels Doubles des Rameau et des Couperin, précurseurs de la forme \'ariation, dont il sera question ci-après (chap. vi).
A côté des Doubles ornés, et toujours pour remplir le même office, on voit aussi apparaître les Secritdes danses {Second menuet, Secoide gavotte, etc.), destinées à alterner avec la danse principale, qu'on répétait toujours pour finir.
Enfin, cet usage de l'alternance des thèmes fait éclorc, en France, une forme infiniment plus musicale : le Rondeau, où toutes les redites du
(i)En dehors des danses proprement dites, on rencontre parfois dans les Suites certains morceaux d'allure modérée assimilables au type M, mais dépourvus de toute particularité autre que la coupe binaire traditionnelle : tels le Cappriccio et le Scherzo, véritable amusement (en allemand Sclierjj musical, sans analogie avec la forme bien connue qui perpétua ce nom dans la musique symphonique.
(3) Bien que le Double appartienne plutôt, dans la Suite, aux danses ilc mouvement modéré (M;, on en rencontre aussi, de loin en loin, dans les danses lentes {l.). Sarabande, Sicilienne, etc.
thème principal sont séparées par des phrases modulantes, qui diffèrent presque toutes les unes des autres. Qui ne reconnaîtrait, dans cette forme si française, le refrain et les couplets de nos vieilles chansons ou rondes populaires médiévales (i), reparaissant dans la musique instrumentale, après avoir doté la poésie légère de ces petites pièces si gracieuses dont on a dit :
« Le Rondeau, né gaulois, a la naïveté ? »
Certes, la musique peut à bon droit s'approprier ce vers, qui résume à la fois les origines et le caractère de la forme Rondeau, appliquée, dans notre pays, au temps de la Suite, à toute espèce de danse d'allure modérée, et souvent même aux pièces rapides (type R) qui terminaient les Suites françaises.
On verra plus loin (p. 1 38 et suiv.) l'usage fréquent que firent de cette forme Rameau et le grand Couperin, auteur de l'exemple ci-dessous.
Cette Gavotte en Rondeau figure sous le titre VÉpineuse dans le 26' Ordre du célèbre claveciniste français.
ly COUPLET (8 mesures)
a la fin du Couplel, on reprend intégralement le Refrain pour la seconde fois.
(1) \oir l"" liv., chap. v. p. 90.
2? COUPLET (8 mesures I
suivi de la iioisiciiw reprise du rcjrjiii 3? COUPLET (18 mesures
suivi de la quatrième reprise du Refrain.
Le 4» Couplet mérite d'être cité en entier ; il contient tout un petit Rondeau enclavé dans le grand :
4? COUPLET (16 mesures)
L'ne cinquième et dernière reprise du Refrain principal en fa S mineur termine ce pctii modèle si intéressant de la coupe Rondeau.