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LES ALLEMANDS

nitivement en qualité de directeur des Académies musicales et de plusieurs théâtres d'Opéra.

Son bagage symphonique se compose de douze Sonates pour violon ou flûte avec basse continue ; treize Sonates pour deux hautbois ou violons avec basse continue et dix-huit Suites de danses pour le Clavecin, en deux livres, œuvre où l'on reconnaît l'influence de Kuhnau, auquel il ne craint pas d'emprunter des passages entiers reproduits textuellement, sans même chercher à pallier le plagiat.

Johann Sébastian BACH (voir ci-dessus, p. 76 et suiv.). Bien que les Suites de Bach ne puissent être classées parmi ses œuvres les plus géniales, on peut néanmoins dire qu'il porta la forme Suite à son plus haut degré de perfection ; il fut le dernier et le plus complet des compositeurs de Suites, car, après sa mort, c'est-à-dire vers le milieu du xvui* siècle, cette forme disparut complètement pour faire place peu à peu à la Sonate.

Bach écrivit environ vingt-cinq œuvres affectant nettement la forme Suite.

Les premières remontent à l'époque de Gœthen, où, n'ayant pas d'orgue à sa disposition, il écrivait pour d'autres instruments, et plus spécialement pour le clavecin ; on les nomrne Suites françaises, bien que cette dénomination ne leur ait point été attribuée par leur auteur.

Les Suites françaises sont au nombre de six, comprenant chacune six ou sept pièces, sauf la première qui n'en compte que quatre et la dernière qui en à huit; toutes commencent par une Allemande et se terminent par une Gigue.

La plus remarquable est la sixième, en Mi, divisée en Allemande, Courante, Sarabande, Gavotte, Polonaise, Bourrée, Menuet, Gigue, le tout sur la même tonique, sans changement de mode, .n//

Ces Suites datent de 1721 et 1722.

Les six Suites dites anglaises sont d'une époque postérieure; on y voit apparaître, comme dans les Suites de Kuhnau, le Prélude qui, fort court dans la première, devient très développé dans les cinq autres, affectant même, dans la sixième, la coupe de l'Ouverture française du xvii' siècle, Andante et Allegro (1).

A part la première, ces Suites sont toutes composées de six pièces ; la troisième, en sol, est à étudier particulièrement ; elle comprend :

1° un Prélude type, modulant aux tonalités de la Fugue, sans retour au thème initial dans la tonalité principale ;

(0 Voir 11 Seconde Partie du présent Livre.

2° une Allemande, courte relativement à la longueur du Prélude

3° une Courante ;

4° une Sarabande intéressante,

dans laquelle le retour à la tonalité est effectué à l'aide d'une modulation enharmonique:

Sa disposition est assez exceptionnelle dans les pièces de clavecin de l'époque ; cette Sarabande est suivie d'un Double, où la mélodie est présentée avec d'innombrables « agréments » ;

5° une Gavotte très connue (suivie de sa Musette) :

f)" une Gigue hi 12/8, dont la seconde partie présente le thème renversé, ce qui est assez fréquent dans les gigues de Bach.

Nous arrivons maintenant aux six Partitas que le maître grava luimême et qui sont certainement les plus remarquables de toutes ses Suites. Elles datent de l'année 1731 et forment la première partie du recueil intitulé Clavierubung.

La I" Parlila, en SI t,, se clôt par la curieuse Gigue que nous avons donnée comme exemple de cette forme (voir ci-dessus, p. i 17).

La 2' Partila, en ut, s'ouvre par une Sinfonia en forme d'Ouverture française et contient, de plus, un Rondeau exactement conforme au type si fréquemment employé par Coupcrin et Rameau.

LES ALLEMANDS i^,

La 4* Partita est en RE et commence également par une longue Ouverture.

Cette œuvre est, par l'indéniable beauté de ses thèmes, la plus remarquable du recueil : toutes ses pièces paraissent construites sur un même schème mélodique, disposition à peu près sans exemple dans le genre de la Suite.

L'Allemande, qui suit l'Ouverture, présente une de ces longues phrases comme le maître de la Mattheus- Passion, seul, sut en créer. L'admirable mélodie s'impose d'abord en une ligne simple, mais éminemment expressive :

Allemande

puis elle monte, monte toujours, en s'adornant au passage de volutes exquises comme celles des alléluia grégoriens, et cette ascension dure vingt-cinq mesures, sans que léchant cesse un instant d'être expressii sans que l'intérêt faiblisse une seconde, jusqu'au repos à la dominante si glorieusement conquis I La seconde partie, qui compte trente-deux mesures, ne le cède en rien à la première et gagne majestueusement le repos de la tonique, sans redescendre des hauteurs célestes où plane depuis le début l'angélique mélodie.

Voilà de l'art pur, voilà de la vraie beauté !

Une grave Courante, une douce Aria, une Sarabande délicieusement ornée, un Menuet et une alerte Gigue complètent cet admirable monument dominant de cent coudées le niveau ordinaire de l'ancienne Suite de danses.

Ldib" Partita, en soL, qui s'ouvre sur un Prceambulum, contient un Menuet qui semble chercher tout le temps son véritable rythme, pour ne le trouver qu'aux cadences et le perdre ensuite jusqu'à la cadence prochaine.

Voici les quatre premières mesures de ce morceau :

Menuet

rT"

La 6' et dernière Partita est aussi d'une fort grande beauté. Elle commence par un véritable chef-d'œuvre intitulé Toccata, qui mérite une étude particulière.

C'est d'abord un imposant Prélude en mi (i) :

plein de fantaisie et coupé par une charmante phrase mélodique reparaissant en partie dans la Fugue qui suit. Les dernières notes de la cadence tonale de ce prélude servent, en eft'et, d'entrée thématique h une Fugue, dont le sujet n'est pas sans analogie avec celui du Prélude, Choral et Fugue de C. Franck (voir ci-deshus, p. 97).

Cette Fugue, une des plus régulières que Bach ait écrites, a du reste été analysée en détail au chapitre précédent (p. 58 et 59).

Des six autres morceaux qui composent cette belle Partita^ il faut encore retenir la Courante aux charmantes modulations, VAria d'une religieuse simplicité et la Gigue dont la seconde partie est le renversement de la première.

Après Bach, la forme Suite fut complètement délaissée. Quelques musiciens du xix* siècle, Franz Lachner et Jules Massenct. entre autres, tentèrent cependant, dans leurs Suites pour orchestre, de faire revivre ce titre ; mais, en dehors du titre, rien dans la structure ni dans le

(1) Le manuscrit autographe de Bach porte pour ce dessin initial, stpl triples crochet éjale» i on ne sait pourquoi ce texte a été altéré dans ta plupart des éditions.

LES ALLEMANDS Ml

Style de ces pièces symphoniques, éminemment fantaisistes pourla plupart, ne rappelle en quelque manière l'ancienne Suite française, allemande ou italienne.

Seul, Alexis de CASTILLON écrivit, vers i87i,deux Suites pour piano, qu'on pourrait rattacher aux types que nous venons d'examiner, si la plupart de leurs pièces, fort intéressantes par leur écriture, n'avaient une coupe totalement différente de la forme binaire traditionnelle dans la vieille Suite instrumentale.

Le type spécial de la Suite proprement dite a donc disparu pour jamais, croyons-nous. Mais, pareille à la tradition toujours renouvelée sans cesser d'être elle-même, la Suite défunte est encore vivante dans sa fille aînée, la Sonate, devenue à son tour la mère féconde de presque toutes les formes symphoniques contemporaines.

Technique. — i. Définitions. — a. Origines de la Sonate : formation du type ternaire ; réduction du nombre des mouvements. — 3. Le mouvement initial : type S. — 4. Le mouvement lentj la forme Lied: type L. — 5. Le mouvement modéré ; le Menuet : type M- — 6. Le mouvement rapide ; le Rondeau : type R. — 7. Etat de la Sonate avant Beethoven : le cycle ; le style ; la forme.

HuTORiQUB. — 8. Divisions de l'histoire de la Sonate pré-beethovénienne. — 9. La Sonate italienne. — 10. La Sonate allemande primitive.— 11. La Sonate dithématique. — 12. Les prédécesseurs de Beethoven.

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