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LES PRÉDKCESSEURS DE BEKTHOVEN

Franz Joseph Haydn 1732 f 1809

Woi.FGANG Amadeus Mozart. . . 1756 t 1791 Friedrich Wii.hei.m Rust . . . . i73ut 1 70''>

Franz Joseph HAYDN, fils d'un charron musicien de Rohrau-sur- Leitha, lit son éducation comme enfant de chieur à la Stcyhansh-irche

; I) Ces sii Sonates furent éditées, croyons-nous, avec une Suite de Chjnsons, acparciiinicni dans le but d'attendrir Icsdditcurs et de faciliter la vcn\e... Dc|i

LES PRF-IDÉCESSEURS DE BEETHOVEN îo;

de Vienne. A partir de l'âge de seize ans, ayant perdu sa voix de soprano et, par suite, sa place d'enfant de chœur, il commença à végéter misérablement. Il raconta lui-même plus tard qu'il lui était arrivé fréquemment de remplacer un repas parla lecture,sur un clavecin vermoulu, des belles œuvres qu'il pouvait se procurer. Il fit ainsi véritablement sa nourriture des Sonates wurtembergeoises d'Emmanuel Bach, qui venaient de paraître. Elles suscitèrent en lui le plus grand enthousiasme et lui servirent pour ainsi dire d'éducatrices, au point de vue du style et de l'écriture.

Après avoir essayé de plusieurs métiers, notamment de celui d'accompagnateur chez Porpora, où il apprit à écrire pour les voix, il fut distingué par le comte Morzin qui lui confia la direction de sa chapelle à Lukawec, en i^bg. Enfin, en 176 1 , il devint maître de chapelle et directeur de l'orchestre du prince Esterhazy, position qu'il occupa pendant trente ans. Vers la fin de sa vie, en 1790, il commença à voyager et se rendit deux fois en Angleterre, pour diriger ses Symphonies aux concerts organisés par le violoniste Salomon. C'est dans l'un de ces voyages, en passant par Bonn, qu'il connut le jeune Beethoven, son futur élève. Très patriote, Haydn mourut de chagrin, lors de l'entrée des Français vainqueurs dans la capitale de l'Empire allemand en 1809.

Le style musical de Haydn est, sans conteste, la continuation de celui de Philippe-Emmanuel Bach avec lequel il a, surtout en ses premières années de production, bien des analogies. Ses thèmes sont cependant plus caractérisés que ceux du musicien de Hambourg ; ils possèdent cette pointe d'italianisme commune à tous les compositeurs du sud de l'Allemagne, et aussi une certaine allure populaire, assez inattendue chez un maître de chapelle qui passa son existence dans une cour princière.

La Sonate de Haydn est souvent bien plus indéterminée, comme forme, que celle de ses prédécesseurs. Il y intervertit fréquemment les types de mouvements, sans grand souci des habitudes alors en vigueur, terminant, par exemple, la Sonate sur un Menuet varié ou remplaçant la pièce lente du milieu par un Rondeau, etc.

Le Alenuet semble être sa forme favorite ; il use avec prodigalité de cette danse, abandonnée à l'époque précédente, et qui, dernier legs de la forme Suite, finit par trouver un asile définitif dans la Sonate, où elle engendrera le moderne Scher'{o.

Haydn construit la plupart de ses Sonates en trois mouvements ; quelques-unes sont en deux, et la première, seule, en quatre mouvements.

Il écrivit :

i" six Sonates pour^a/T'o« (sorte de violoncelle de petite dimension, qu'afléctionnait particulièrement le prince Esterhazy) ;

2* trois Sonates pour violon et pianoforte ;

ao8 LA SONATE PRE-BEKTHOVEMENNE

i" quarante Sonates pour pianoforte, sur lesquelles trente-sept seulement ont été publiées.

Nous allons passer en revue celles qui, dans cette collection, oflrent par leurs thèmes ou leur structure un intérêt particulier^'

La i" Sonate, en SOL, publiée en 17Ô7 (i), compte, nous l'avons dit, quatre mouvements .

I' Allegro d'antienne forme, sans reexpositwn ; 20 Menuet, en SCL avec tno à la tonique miiieute ; 3» Adagio, en sol, de forme Suite ; 4» Allegro, de coupe ternaire.

Les six Sonates, op. i3, publiées en 1774 par J. Hummel, à Amsterdam (i), présentent encore des artifices d'écriture (imitations, canons, etc.) qui sentent le travail d'école et une certaine préoccupation d'imiter les anciens maîtres du contrepoint. Les trois dernières figurent, sans raison, dans les éditions allemandes, comme écrites pour le violon.

Les six Sonates, op. 14, imprimées chez Longmann et Broderip en 177(3(3), méritent un plus long examen, car elles donnent vraiment la caractéristique de la première époque du maître, celle où l'art et l'esprit d'un Ph.-Emm. Bach régnent en despotes sur sa pensée.

De ces six Sonates, une seule, la 5°, en A//, n'a que deux mouvements ; deux se terminent par des Menueh, les trois autres sont construites amsi :

I» Premier mouvement, de forme Sonate;

20 Menuet;

3" Rondeau, avec reprises variées.

Il est à remarquer que toutes les pièces finales de cet op. 14, soit Metiuets, soit Rondeaux, présentent l'aspect de variations.

Dans le premier mouvement de la 3", en fa, le second thème \Q) sernble être sorti de la plume d'Knimanucl Bach :

fi)N«?) des éditions Holle ei LitollT.

( ,) Trois de ces Sonates seulement ont été publiées à nouveau : elles portent les n«« 16, n et 18, dans les éditions Holle et LitolfT, (>) N» iO à ai, éd. Holle et Litolff.

LES PKKUliCKSSEUKS DE BEETHOVEN 109

mais le trio en fa, du Menuet, ott're au contraire un jeu de rythmes contrariés assez rare à cette époque ;

La 4" Sonate, en la, a été surnommée la « Sonate des cors », parce qu'une sorte de fanfare de chasse clôt chaque reprise, et circulera travers le premier mouvement où l'on chercherait en vain un second thème. A la fin de la réexpositioti, les fanfares disparaissent et la pièce s'enchaîne à un court Adagio, simple transition légèrement modulante entre deux morceaux de même tonalité et de même nature.

Les six Sonates publiées par Artaria, à Vienne, en 1780 (i), et dédiées à Franziskaet Marianne von Auenbriigger, marquent l'époque médiane de la carrière du compositeur, sa « seconde manière », dirait-on aujourd'hui. Elles apparaissent dégagées de toute influence, et certaines d'entre elles méritent d'attirer l'attention par leur fraîcheur mélodique et leur belle tenue.

Telle la 2' Sonate, enw/ c, dont le premier mouvement présente cette particularité que le second thème (B) ne semble d'abord être qu'une transposition du. premier (A) au ton relatif; mais on s'aperçoit bientôt que, tout en empruntant à celui-ci ses éléments principaux,* il est conduit d'une façon toute différente au point de vue expressif et arrive à former un ensemble complet :

econd élémPtit

(il N"" 1, 10, II, 12, i.\ ti 14 des tditioiis Moiic et I.itoUÎ. Cours ot composition t. m, i

Le rythme de toute la partie médiane est tiré de ce second thème.

la réexposition se fait, comme on pouvait s'y attendre, par une fusion des deux thèmes, car la répétition du second au ton principal aurait engendré nécessairement une fastidieuse monotonie, grave défaut dans la composition musicale.

Le Sc/ier:^audo, en forme de Rondeau varié, qui suit ce premier mouvement, est construit sur une mélodie absolument identique à celle du Rondeau placé au début de la .S« Sonate de ce même recueil. C'est bien à dessein que Haydn traite deux fois ce même thème au cours de la même publication : il s'en est expliqué avec son éditeur en lui enjoignant de mettre au verso du titre de la 5" Sonate une note pour avertir qu'il l'a « fait exprès ».

On peut constater, par les extraits de ces deux pièces que nous donnons ci après, l'utilité de cet avertissement:

i.r:s PKiaMCCKSSKi'Rs de lin-.THovr.N

Quant au Menuet final de cette 2' Sonatt il fait présager certains menuets expressifs de la « première manière » de Beethoven :

Le premier mouvement de la (j' Sonate, en ul, est aussi fort intéressi.nt à cause de l'impoitance qu'y prend le second thème :

Celui-ci, en effet, s'étale très mélodiquemcnt, suivi de ses complémentaires, en vingt-trois mesures, tandis que le premier thème en compte à peine huit. C'est en cela surtout que Haydn prépare, bien plus que Mozart, l'avènement de la seconde idée beethovénienne.

Parmi les dernières Sonates, un certain nombre ne comptent plus que deux mouvements sans grande corrélation apparente : l'une d'elles, en SOL. consiste simplement en c/c'//.v Rondeaux variés. Mais il en est deux cependant qu'il faut mettre hors de pair, car elles peuvent être

2,2 LA SONATr: PRK-BKKIIIOVRNIENN'-:

regardées comme les véritables manifestations de la « troisième manière » de Haydn.

Ces Sonates sont toutes deux en mi\> (i). La première, dédiée à M""' von Genziger, offre certaines particularités frappantes.

Pans le premier mouvement, le second thème (B) est tiré du premier (A), comme dans beaucoup de Sonates précédentes ; mais il suffit d'une très légère modification de degré pour lui donner un aspect tout différent, ainsi qu'on peut en juger par les citations ci-dessous :

I premier llièm

@) au V; defrè

rappel de a" au II"" degré

En outre, la partie médiane, au lieu de procéder par répétitions ou par imitations, prend ici l'aspect d'un développement organisé suivant les principes beethovéniens (2) :

Cette conclusion, assez simple, de Vexposilion du second thème atteint, au cours de cette partie médiane, une telle envergure qu'on

(1) N» 3 et g des éditions Holle et Liiolfl.

(a) On étudiera dans le chapitre suivant les principes du vrai Jcveloppement.

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