DE BEETHOVEN
Technique. — i. L'idée musicale. — 2. Le développement et la modulation. — 3. Le mou vement initial : type S. — 4. Le mouvement lent : type L. — 5. Le mouvement modéré le Menuet ; le Scherzo : type M. — 6. Le mouvement rapide ; [le Rondeau : type R. — 7. Unité de la Sonate de Beethoven.
Historique. — 8. Chronologie des Sonates de Beethoven. — 9 Sonates pour piano: première manière (lygS à 1801). — 10. So.iates pour piano : deuxième manière (1801 à i8i5). — I I. Sonates pour piano : troisième manière (i8i5 à i8j6). — 12. Sonates pour violon, violoncelle, etc.
TECHNIQUE I. l'idée musicale.
La Sonate, telle qu'elle a été définie au précédent chapitre (p. i53), conserve avec Beethoven tous ses caractères primordiaux : elle ne se compose jamais de plus de quatre pièces différentes ; l'instrument à clavier, le piano, pour lequel elle est écrite, joue seul, ou en qualité d'accompagnateur d'un instrument récitant (violon, violoncelle, etc.), jouant seul; ses pièces constitutives, dont le nombre diminue de plus en plus tandis que leur forme progresse et se renouvelle, se suC' cèdent dans un ordre logique de mouvements différents et sont reliées entre elles par une parenté tonale étroite et constante ; enfin, la coupe ternaire y apparaît dans toute sa perfection et y supplante presque entièrement les usages et les formes provenant encore de la Suite.
Mais, à ces caractères permanents de la Sonate pré-beethovénienne viennent s'en ajouter d'autres, tellement importants et tellement spéciaux, qu'il était indispensable d'en faire l'objet d'une étude séparée et approfondie.
Les dessins contrapontiques que nous avons comparés à un « véhicule tonal » allant, dans l'ancienne forme Suite, de la tonique au ton roisin
J3a LA SONATE DE BEETHOVEN
pour revenir ensuite à leur point de départ (voir ci-dessus, p. iio), s'étaient élevés déjà au rôle de thèmes. Dans la forme Sonate, en effet, ils commençaient à se différencier plus ou moins nettement des dessins accessoires modulants qui les reliaient entre eux, ainsi que les arches d'un pn}it relient l'une à l'autre les deux rives d'un cours d'eau.
Sous l'impulsion du génie beethovénien, \e thème va s'accroître dans de telles proportions, il prendra tant de noblesse et de puissance, que sa seule énonciation l'imposera définitivement à l'entendement et à la mémoire : il acquerra ainsi la valeur et les prérogatives d'une idée, radieuse souveraine des vastes domaines symphoniques où, sans jamais cesser d'être elle-même, elle pourra revêtir tour à tour les aspects les plus difîérents.
Cette idée, véritable être organisé musicalement suivant des principes rythmiques, mélodiques ou harmoniques que nous allons examiner, se comporte dans l'œuvre comme toute idée, tout être, toute force : elle agit. Et cette action spéciale se manifeste par un procédé nouveau, que pressentirent déjà les précurseurs immédiats du maître de Bonn : le développement, soumis aux lois immuables des relations tonales et des modulations, c'est-à-dire aux moyens harmoniques d"e.vpression dont le mécanisme a été sommairement indiqué déjà au Premier Livre de ce Cours (i), mais dont le fonctionnement complexe nécessi tait une étude détaillée qui va trouver ici sa place logique et légitime.
Car les idées musicales, leurs développements et leurs modulations constituent autant d'élénients noi;>yeaux ou renouvelés dont l'art symphonique tout entier es^redevable à Beethoven principalement, sinon exclusivement. Mais, comme îa forme Sonate a bénéficié plus que toute autre (et peut-être avant toute autre), de ces véritables « apports) personnels » du maître, il convient de les bien connaître en eux-mêmes, afin d'apprécier leur gigantesque répercussion sur chacun des types fondamentaux des ^wa/r<? mouvements (S. L. M. R.) et sur l'unité synthétique de cette forme de composition.
Avant de poursuivre cette étude, qui fera l'objet du présent chapitre, nous con%\àévtvoxxsàonc\ts idées musicales, en elles-mêmes, puisqu'aussi bien (c'est Beethoven qui nous le dit), « en musique, tout procède de Vidée et tout y retourne » (2).
Eléments de l'idée musicale. — « L'idée est une étincelle volée à l'infini. » Cette image poétique de Vidée, prise dans son sens général, peut s'appliquer à Vidée musicale mieux peut-être qu'à toute autre : a la
(1) Voir I" liv., ch. vin.
(3) Bettina Brcntano, Conversation» avec Beethoven,