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LE MOUVEMENT LENT. — TYPE L

La coupe binaire qu'on vient d'examiner appartenant indistinctement à presque toutes les pièces de la Suite, la physionomie particulière de la pièce lente (type L) ne se révèle pas dans sa structure thématique et tonale identique à celle du type S, mais seulement dans son rang, son mouvement et son style.

a) Rang de la pièce lente (type L). — C'est une simple raison de contraste ou d'équilibre qui détermine dans une Suite le rang de la pièce lente : on la place en principe entre deux pièces d'allure beaucoup plus vive ; et, comme la pièce initiale (type S) est plutôt mouvementée, une pièce lente a sa place toute naturelle au second rang.

Mais si le second rang est en effet l'un des plus fréquemment occupés par un morceau du type L, il est loin d'être le seul. Car le nombre des pièces d'une Suite étant extrêmement variable, celui des pièces lentes alternant avec des pièces du type M (voir ci-après, p. ii3 et suiv.), varie proportionnellement.

b) Mesure et mouvement. — Toujours en raison de la loi des contrastes, la mesure adoptée pour la plupart des morceaux lents est à trois temps; quant à leur mouvement, il correspond aux indications, d'ailleurs fort imprécises, Andante, Adagio, Largo, etc.

c) Style et rythme. — Le mouvement lent, dans la Suite, emprunte très souvent le nom, le rythme et le style de quelque ancienne danse solennelle et compassée, comme la Sarabande, la Courante ou la Sici-

lia LA SUITE

//>««e (i). On trouve aussi, sous le nom d'Ar/a (air), des pièces lentes sans parenté rythmique avec aucune danse, et caractérisées seulement par la riche ornementation de leur ligne mélodique.

Le type L n'offrant aucune particularité de construction, c'est seulement comme spécimen de style, et en raison de son intérêt musical, que nous citons, ci-dessous, la première partie de la charmante Sarabande de Rameau, intitulée VEntretien des Muses (2).

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(1) La Sicilienne (à 6/S) est une des rares formes demouvement lentavec mesure binaire; mais elle demeure ternaire par la subdivision de chacun de ses temps.

(2) Cette Sarabande fait partie de la 6« Suite pour clavecin de J.-Ph. Rameau (Éd. Durand et fils, p, 5o), dont il sera question ci-après, p. 140, dans la section historique.

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Parmi les airs de danse ;/o;/ dansés qui constituèrent peu à peu la forme Suite, les pièces de mouvement modéré (type M) ont conservé, après toutes les autres, leur caractère originel : elles sont demeurées les seules dansables, les seules dont les titres, empruntés pour la plupart au vocabulaire des danses élégantes ou rustiques en honneur à cette époque, coïncident réellement avec la forme rythmique et la coupe même de chacune de ces danses.

Sans entrer dans une recherche minutieuse, et plus chorégraphique que musicale, sur chacune de ces innombrables danses, nous n'avons à faire connaître ici que leur rôle dans la Suite, leur allure particulière, et certains modes d'adaptation spéciale du régime binaire à leur coupe et à leurs répétitions.

a) Rôle et rang du type M dans la Suite. — La loi de contraste précédemment signalée fait placer de préférence le mouvement modéré entre deux pièces plus lentes ; et, comme une même Suite contient généralement plusieurs pièces appartenant aux types L et M, le rang du type M doit être considéré en principe comme alternant avec celui du type L. Toutefois, cet usage n'est point observé avec la même constance

Cours de composition. — t. ii, i. b

que celui qui consiste à placer l'Allemande (S) au début et la pièce rapide (R) à la fin.

b) Mesures, mouvement et allure du type M. — Les pièces de ce genre étant des danses véritables (i) sont tantôt à deux ou quatre temps, comme la Gavotte, la Musette, la Bourrée, etc., tantôt à tî^ois, comme le Menuet, le Passepied, la Loure, etc. Elles n'ont donc pas de mesure propre. Quant à leur mouvement {Modej^ato, Allegretto^ etc.), il ne peut guère être défini que d'une manière relative, par rapport au type L, dont il n'atttint jamais la lenteur, et au type R, toujours plus rapide.

c) Coupe particulière à certaines pièces du type M : les Doubles, les Secondes danses, la forme Rondeau. — Chaque figure de danse étant en général assez simple et exécutée plusieurs fois consécutivement par différents couples, les airs correspondants étaient fort courts et se répétaient autant de fois que l'exigeait le nombre total des danseurs.

Pour remédier à la satiété qu'auraient entraînée les fastidieuses redites d'un même thème, les compositeurs de Suites prirent l'habitude de doubler leurs airs de danse.

Ces Doubles (2) constituaient à l'origine des reprises facultatives indiquées par un signe : les exécutants exerçaient leur talent en ornant ces reprises de toutes les fioritures et notes d'agrément suggérées par leur bon goût... ou leur désir de briller. A cet « âge d'or» du Double succéda l'inévitable empiétement du virtuose sur le musicien, de l'effet sur l'expression, de l'acrobate sur l'artiste : véritable « âge d'argent » contre lequel les compositeurs réagirent en écrivant eux-mêmes leurs variantes, pour les protéger et en maintenir les traditions par la gravure; c'est à cet « âge d'airain » que nous devons les immortels Doubles des Rameau et des Gouperin, précurseurs de la forme Variation, dont il sera question ci-après (chap. vi).

A côté des Doubles ornés, et toujours pour remplir le même office, on voit aussi apparaître les Secondes danses [Second menuet. Seconde gavotte, etc.), destinées à alterner avec la danse principale, qu'on répétait toujours pour finir.

Enfin, cet usage de l'alternance des thèmes fait éclore, en France, une forme infiniment plus musicale : le Rondeau^ où toutes les redites du

(i)En dehors des danses proprement dites, on rencontre parfois dans les Suites certains morceaux d'allure modérée assimilables au type M, mais dépourvus de toute particularité autre que la coupe binaire traditionnelle : tels le Cappriccio et le Scherzo, véritable amusement (en allemand Scher:^) musical, sans analogie avec la forme bien connue qui perpétua ce nom dans la musique symphonique.

(2) Bien que le Double appartienne plutôt, dans la Suite, aux danses de mouvement modéré (M), on en rencontre aussi, de loin en loin, dans les danses lentes (L), Sarabande, Sicilienne, etc.

thème principal sont séparées par des phrases modulantes, qui diffèrent presque toutes les unes des autres. Qui ne reconnaîtrait, dans cette forme si française, le refrain et les couplets de nos vieilles chansons ou rondes populaires médiévales (i), reparaissant dans la musique instrumentale, après avoir doté la poésie légère de ces petites pièces si gracieuses dont on a dit :

« Le Rondeau, né gaulois, a la naïveté ? »

Certes, la musique peut à bon droit s'approprier ce vers, qui résume à la fois les origines et le caractère de la forme Rondeau, appliquée, dans notre pays, au temps de la Suite, à toute espèce de danse d'allure modérée, et souvent même aux pièces rapides (type R) qui terminaient les Suites françaises.

On verra plus loin (p. 1 38 et suiv.) l'usage fréquent que firent de cette forme Rameau et le grand Couperin, auteur de l'exemple ci-dessous.

Cette Gavotte en Rondeau figure sous le titre VEpineuse dans le 26' Ordre du célèbre claveciniste français.

REFRAIN Modéré

l«r COUPLET (8 mesures)

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plet, on reprend

intégralement le

'" Refrain pour la

seconde fois.

(i) Voir I" liv., chap. v. p. 90.

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2§ COUPLET (8 mesures)

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