‹ Cours de composition musicale (volume 3)Chapitre 158 sur 265 · J- 1789 Organis'.e · texte numérisé non relu

J- 1789 Organis'.e

de Saint-Gervais,

puis de Saint-Merry,

•{• après 18^3.

François, né à Paris, fut d'abord organiste à l'église Saint-Gervais en remplacement de son oncle de Crouiliy, puis à la Chapelle du roi Louis XIV. Ses oeuvres, véritables types du style français de cette époque, étaient fort estimées de J.-S. Bach, qui, nous l'avons dit, en avait même copié un certain nombre.

Il publia, outre ses Trios et son Ai-t de loucher le Clavecin (1717), quatre livres de Pièces pour clavecin, composés de 17 12 à 1727 et gravés en i7i3, 1716, 1722 et 1730 : chaque livre est divisé en plusieurs Ordres (de ordo : troupe rangée en bataille) qui constituent de vraies Suites de pièces, écrites dans la m.ême tonalité, mais changeant parfois de mode sur la même tonique.

Le nombre des pièces contenues dans chacun de ces Ordres est indéterminé, il varie de quatre jusqu'à vingt et une (dans le I"" livre); mais, en les examinant de près, il est facile de s'apercevoir que plusieurs de ces Ordres sont composés de deux, parfois même de trois Suites dans, le même ton, dont chacune commence en général par une Allemande et finit par une Gigue, un Passepied ou une pièce en Rondeau. Ces Suites pour clavecin se rapportent donc sans contredit au modèle de la forme Suite dont nous avons étudié les éléments (p. 107 à 118), puisque, dans chacune d'entre elles, on retrouve l'Allemande (type S), la Courante et la Sarabande (type L), la pièce modérée (type M), et enfin la Gigue (type R) ou le Rondeau français qui lui est substitué.

Le caractère de danse est parfaitement conservé dans les pièces de Couperin. Ainsi que les Ca;;;[o/22 de Maschera, elles portent souvent des titres de fantaisie plus ou moins burlesques ou difficilement explicables, comme ; la Ténébreuse, le Bauolet flottant, les Culbutes ixcxbxnxs^\cs Chinois, les Calotins el Calotines ou la Pièce à trétous; mais il est facile de rétablir le nom de leur forme véritable : celles

que nous venons de citer, par exemple, ne sont rien de moins qu'une Allemande, un Menuet, uno. G igue, une Loiire et une Gavotte en Rondeau.

Il ne faudrait pas exagérer l'importance de Couperin au point de vue artistique ; il s'en faut qu'il atteigne dans ses Suites la verve mélodique d'un Scarlatti ou le charme puissant d'un Rameau ; mais il n'en exerça pas moins une grande influence sur son époque, au point de vue de l'écriture du clavecin et des effets qu'il demandait à cet instrument si monotone par nature.

Dans la préface de son V livre, il énonce le grand principe de Vexpression, celui qui devrait régir toute la musique moderne : « Le « clavecin, dit-il, est parfait quant à son étendue et brillant par lui- « même ; mais comme on ne peut ni enfler ni diminuer les sons, je « saurai toujours gré à ceux qui, par un art infini soutenu parle goût, « pourront arriver à rendre cet instrument susceptible d'expression. »

Un peu plus haut il écrit : « L'usage m'a fait connaître que les mains « vigoureuses et capables d'exécuter ce qu'il y a de plus rapide et de « plus léger ne sont pas toujours celles qui réussissent le mieux dans les « pièces tendres et de sentiment, et j'avouerai de bonne foi que j'aime <( beaucoup mieux ce qui me touche que ce qui me surprend. »

N'est-ce point là la condamnation de beaucoup de virtuoses de toutes les époques et de tous les pays ?

Il faut connaître cependant certaines pièces de Couperin qui méritent d'être signalées, notamment :

1er YiYre : Les Papillons, Passepied qui termine la troisième Suite :ontenue dans le 2* Ordre.

La première Courante, en ut, dans le 3* Ordre, qui est si curieusement rythmée tantôt à deux, tantôt à trois, et dont nous donnons cidessous les mesures initiales :

Courante

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IP livre : Les Moissonneurs, vrai type du Rondeau français, en si t>, à trois Couplets et quatre Refrains ; cette pièce commence le 6^ Ordre.

IIP livre : Sœur Monique, Gigue en Rondeau, en fa; i8* Ordre.

Dans le IV* livre, qui est le plus intéressant :

La petite pince saiis rire, Passepied en 772/ ; 21' Ordre.

UArlequine, Passepied en fa ; 23' Ordre.

Enfin, dans le 26* Ordre, cette charmante Épineuse, lente Gavotte en /as, en forme de Rondeau à quatre Couplets et cinq Refrains dont nous avons donné ci-dessus l'analyse (p. 1 15 et 1 16) à titre de modèle.

Jean-François DANDRIEU, organiste, mort à Paris, laissa trois livres de pièces pour clavecin et un livre d'orgue.

Jean-Philippe RAMEAU. Pour la seconde fois, nous rencontrons le nom de ce grand musicien français ( i ) et nous le retrouverons à sa vraie place dans le Troisième Livre de ce Cours, lorsque nous traiterons du genre dramatique ; c'est alors que nous donnerons en détail l'histoire de sa vie et de sa carrière.

Bornons-nous à rappeler ici qu'avant de devenir l'un des plus grands auteurs dramatiques de l'histoire musicale, Rameau fut longtemps organiste à Paris, à Lille, à Glermont-Ferrand, et qu'il revint enfin, en 1 72 1 , dans la capitale, pour occuper les mêmes fonctions à l'église Sainte- Croix de la Bretonnerie. C'est seulement vers sa cinquantième année qu'il aborda le drame musical, où il devait atteindre la plus haute expression de son génie. Entre 1704 et 1733, année où il commença son premier opéra, il écrivit ses pièces de clavecin et de Musique de Chambre.

Son œuvre pour clavecin, la seule qui nous occupe dans ce chapitre, consiste en trois livres.

Le premier (1706), mxhwXé Premier livre de Pièces de Clavecin composées par M. Rameau, organiste des RR. PP. Jésuites de la î'ue Saint-Jacques, etc., contient dix pièces; le second (1724), Pièces de Clavessin avec une méthode pour la méchanique des doigts, en compte vingt et une; le troisième enfin (1736) porte le titre Nouvelles Suites de Pièces de Clavecin avec des remarques sur les différents genres de musique, et comprend seize morceaux.

On ne peut douter que ces ouvrages ne soient, comme les Ordres de Couperin, des recueils de Suites dans la réelle acception du terme, malgré la présence de quelques pièces isolées qui pourraient dérouter ceux qui ne sont point familiers avec les usages des auteurs du xvni* siècle ; il ne faut pas oublier que ceux-ci avaient coutume de pro-

(i) Voir 1" liv., p. i35.

fîter de la publication d'une œuvre d'ensemble pour y glisser des compositions n'ayant aucun rapport avec elle : témoin, les livres de Sonates de Ph.-Emm. Bach (voir ci-après, chap. m), et certaines publications de Mozart. Au reste, le titre même du dernier livre doit ôter toute hésitation à cet égard.

Le I" livre peut se diviser en deux Suites, toutes deux en la ; dans le IP livre, on compte facilement quatre Suites, deux en m/, une en RÉ, la dernière en ré, plus deux pièces isolées ; le III" livre contient deux Suites, en la et en sol, presque exclusivement composées de Menuets, plus quelques pièces isolées. Dans chacune des six premières Suites, il n'y a que quatre pièces, simples ou doubles ; dans les deux dernières, il y en a jusqu'à sept. De même que Couperin et la plupart des Français de son temps, Rameau donne à ses pièces de clavecin des titres fantaisistes.

Nous allons indiquer sommairement les particularités les plus intéressantes de ces recueils.

Plusieurs de ces danses furent replacées plus tard par l'auteur dans ses ouvrages dramatiques ; c'est ainsi qu'un rôle scénique important est dévolu dans Dar^danus a. la Bourrée dite Les Niais de Sologne {11^ livre), et que le Rigaudon intitulé Les Sauvages (III^ livre) figure dans les Indes galantes.

Rameau ne s'astreint pas toujours à commencer par une Allemande ni à terminer par une Gigue ; ses Suites sont cependant d'un très grand intérêt, non seulement par le choix des thèmes de danses qui y sont employés, mais encore par la structure des pièces présentant parfois des essais de formes nouvelles ; l'adaptation de la forme Rondeau aux danses usuelles y est extrêmement fréquente : dix-sept pièces sur quarante et une affectent cette forme.

IP livre (1724). La Villageoise (i); Bourrée en Rondeau à trois refrains, différant du Rondeau normal, en ce que chacun des deux couplets aboutit à une fausse rentrée du Refrain dans le ton du Couplet, avant le Refrain lui-même.

La 6* Suite, en ré, est à analyser tout entière, elle comprend :

1° l'Entretien des Muses (2), Sarabande en ré, dont nous avons cité cidessus toute la première partie (p. 112) comme type de morceau lent. Ses dessins mélodiques, d'un charmesi pénétrant, ne seraient point indignes de D. Scarlatti, ni peut-être même de J -S. Bach.

2*^ les Tourbillons (3), Gavotte en Rondeau, en ré, à trois Refrains.

(i) Le texte intégral des livres de clavecin de Rameau a été publié par la maison Durand €t fils ; la pagination ici indiquée se rapporte à celte édition : Éd. Durand, p. 33. {2) Ed. Durand, p. 50.

(3) Ibid., p. 52.

3° les Cyclopes {\), Bourrée en Rondeau, en re, d'une forme tout h fait originale assez rare à l'époque. Le Refrain, très long, ayant pour thème le dessin initial,

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est composé de trois périodes, dont la troisième est répétée ; puis, vient un premier couplet modulant en /.^i, suivi immédiatement du deuxième Refrain qui s'enchaîne à un développement, aboutissant à un repos au ton de la dominante ; enfin, le troisième Refrain, de tous points identique au premier, termine la pièce, dont l'écriture rappelle par ses croisements celle de Scarlatti.

4° le LLwdon (2), Menuet court, en RÉ^ suivi de la Boiteuse^ en ré, qui lui sert de Second Menuet.

Dans le IIP livre (1706), il faut lire les Trois Mains (3), Menuet "d'écriture croisée, extrêmement curieux, et V Enharmonique (4), qui présente d'originales successions de tonalités.

Jean-Baptiste SÉNAILLIÉ publia cinq livres de Sonates de violon affectant naturellement la forme Suite, et assez estimées de son temps; elles sont généralement divisées ainsi : i** Introduction large ou en forme d'Allemande; 2° Courante; 3° Air ou Largo; 4° Gigue ou parfois un autre morceau vif de rythme binaire.

Jean-Marie LECLAIR, l'un des plus célèbres violonistes français, abandonna au bout de peu de temps ses diverses fonctions à la cour ou à l'Opéra pour se consacrer à l'étude de son instrument et à la composition musicale, et mourut en 1724, assassiné à la porte de sa maison.

Il écrivit quarante-huit Sonates pour violon, en trois livres de seize Sonates chacun, mais de valeur très inégale. Dans le IP livre, il fait presque constamment usage de la double corde dans les positions les plus difficiles. Le IIP livre, composé, dit-on, après un séjour auprès de Locatelli, est le plus remarquable et contient des pièces d'un réel intérêt.

(i) Éd. Durand, p. 54.

(i) Ibid.^ p. 5o. Ce Menuet a servi de thème à M. i'aul Dukas pour ses VanalionSy Interlude et Finale.

(3) Éd. Durand, p. G;.

LES ALLEMANDS

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