ACCENT TONIQUE — ACCENT EXPRESSIF
L'accent affecte les mots et les phrases ; tonique dans le premier cas, il est exp?^essif àRns> le second.
V accent tonique porte sur l'une des syllabes du mot, comme sur l'un des temps du groupe rythmique.
Le mot important d'une phrase reçoit un accent plus fort ; le groupe rythmique qu'on veut rendre plus apparent dans une succession de mots musicaux est souligné par Vaccent expressif. Celui-ci peut être appliqué différemment, suivant qu'il se rapporte à la signification du mot ou au sentiment général de la phrase, mais // l'empoî^te toujours sur Vaccent tonique.
Comme le sentiment est le principe créateur de tout art, en déclamation comme en musique, l'accent expressif de sentiment, ou pathétique^ l'emporte à son tour sur l'accent logique ou de signification.
On peut s'en rendre compte par les accentuations diverses que prend une phrase simple, suivant qu'on l'énonce d'une manière indififérente (A), interrogative (B) ou affirmative [C) — par exemple : A) Énonciation d'un fait indifférent :
Il a quit-té la ville.
Deux accents logiques. — Pas d'accent pathétiqua.
la phrase est prononcée recto tono, avec une nuance égale d'intensité sur les syllabes accentuées des deux mots importants : quit/e, W/le. B) Interrogation :
Il a quit- té la ville ?...
(Accent tonique.) (Accent pathétique.
la phrase se précipite, le mot ville prend l'accent pathétique ; son intonation monte.
G) Affirmation :
Il a quit-té la ville.
(Acent pathétique.) (Accent tonique.)
LA MELODIE 3i
la phrase se ralentit; le mot quitté reçoit l'accent principal : son intonation monte légèrement ; le mot ville prend une forme concluante : son intonation descend.
Ainsi, sous l'influence de sentiments divers, cette phrase, d'abord indifférente, inerte, oii l'on distinguait à peine un rythme, devient vivante par l'effet de Vaccent (i).
Plus rapides ou plus lentes, plus fortes ou plus faibles, plus aiguës ou plus graves, les sylhibes semblent, pour ainsi dire, se musicaliser. Que leur manque-t-il encore pour devenir mélodie? Une détermination précise dans leurs rapports d'intonation..
LA MÉLODIE
La mélodie n'est donc autre chose qu'une succession de s(7is déterminés, dijférant entre eux à la fois par leur durée, par leur intensité et par leur intonation (gravité, acuité).
La mélodie suppose le rythme et ne saurait exister sans lui ; il suffit en effet que deux sons, émis successivement, diffèrent par une seule d£ leurs qualités intrinsèques (durée, intensité, acuité) pour constituer le rythme. La mélodie, au contraire, suppose l'émission de sons successifs, différant, non plus par une seule de leurs qualités, mais par toutes les trois.
Il faut donc ajouter au tniniymun rythmique que nous avons figuré par -
J jJ
Temps léger Temps lourd
des signes y déterminant les relations de durée, d'intensité et d'intonation, pour représenter la mélodie élémentaire, le minimujn mélodique. Telle sera, par exemple, la formule :
Temps legeriTeinps lourd
1° Sa relation d^ durée (ou a^o^/^we) est figurée par
Temps léger
Temps lourd
(précipitation rythmique du temps léger sur le temps lourd
2*» Sa relation d'intensité {ou dynamique) est figurée par
Temps léger j Temps lourd (accentuation du temps léger.)
(t) Acce»tus atiima vocis : L'accent est l'âme de lu voix.
3a LA MÉLODIE
3° Sa relation d'intonation (ou purement jnélodique) est figurée par
Temps léger | Temps lourd (abaissement mélodique du temps léger vers le temps lourd).
L'exemple que nous venons d'examiner, sous ses trois aspects différents, constitue une sorte de cellule ou de rythme mélodique.
On appelle groupe ?nélodique une succession de ces sortes de rythmes, et mélodie musicale^ une succession de groupes mélodiques soumis à certaines lois d'accentuation, de mouvement, de repos et de tonalité.
C'est ici tout simplement une adaptation plus large aux groupes, des principes appliqués aux 50725, dans notre première définition; cai Vaccentuation n'est qu'une forme de Vinlensité ; le mouvement et le repos sont des manifestations de la durée ; la tonalité est une conception plus complexe de Vintonation.
PL\CE DE l'accent TONIQUE DANS LE GROUPE MÉLODIQUE
De même que dans les jnots du langage, la désinence masculine ou féminine des rythmes mélodiques modifie la place de Vaccent tonique.
Dans un rythme masculin (v. chap. i, p. 26) l'accent tonique se place sur le temps léger; le temps lourd (chute) n'est que la conséquence de l'accent.
Ainsi, par exemple, la cellule ou rythme mélodique que nous venons d'examiner porte l'accent tonique sur sa première note :
Accent tonique
Rythme masculin •
Tempi léger ! Temps lourd
Dans un vyxhmt féininin, au contraire (v. chap. i, p. 26), l'accent tonique affecte le temps lourd de manière que la désinence féminine devient, pour ainsi dire, un rebondissement de l'accent. Si nous féminisons l'exemple précédent, l'accent tonique changera de place :
Accent tonique
Rythme féminin - "^
(i) Ce principe est le seul qui puisse expliquer les accents nécessaires de la syncope et de Yappoggiature, que prescrivent les traités de solfège sans en donner la vraie raison. A . A
La syncope : (^yrg=^^z^r=: |ijrji:^ est un rythme masculin, et porte, en conséquence,
T. légeqT. lourd A A
l'accent tonique sur le temps léger, tandis que l'appoggiature : fty h ^rid^z: ^^zg^—:
T. lég.iT. lourd produisant un rythme féminin, entraîne naturellement l'appui sur le lemps lourd.
LA MELODIE
Ce que nous disons ici du rythme mélodique s'étend au groupe qui n'est qu'une succession de rythmes, et nous lirons de cette extension la règle suivante :
Dans tout groupe masculin, la place de l'accent tonique est sur la fraction légère du groupe.
Accent tonique
Exemple : -fet?-p
anacrouse
Accent tonique
gÈ£g:|:j5a^^;^gg^^^^^:r—
Fr. légère
Fr.
lourde
1er groupe
Fraction îciicrc
',■ [groupe
! Fr.
lourde
Beethoven ( V'Symphonie)
Il est facile en effet de ramener ce fragment de mélodie à un schème rythmique masculin :
Rythme masculin : ^^ — ! — — '"^V^^
Temps léger :T. lourd
Temps léger
T. lourd
Dans tout groupe y^'wmzVz, l'accent tonique sera naturellement placé sur la fraction lourde du groupe, qui contient la désinence.
Exemple : ^^^^^f^w^^^^^fjrrj^
Accent tonique
Fraction légère
Fraction lourde
Beethoven (VI° Symphonie)
Le schème rythmique de ce fragment est évidemment féminin :
Rythme féminin : ^ J j^^^^j .J" f *
Temps léger
Temps lourd
Nous arrivons ainsi à déterminer dans la mélodie le principe de V accentuation.
PRINCIPE DE l'accentuation : LA RYTHMIQUE MÉLODIQUE
A) La place de Vaccent tonique varie suivant la forme^ masculine ou féminine^ du groupe mélodique.
Vaccentuation tient à l'essence même de la mélodie; elle lui donne sa signification en y déterminant la lythmique mélodique. Dans la musique pure, aussi bien que dans le chant, un simple changement d'accentuation modifie à la fois le sens rythmique et la signification musicale.
Cours ds composition 3
LA MÉLODIE
Dans la fraction légère du groupe féminin que nous venons d'examiner (p. 33) par exemple, le premier rythme est masculin ; il perdrait tout son caractère si on l'accentuait comme un rythme fémijiin (i) :
I Rythme masculin j
Accent
tonique
Ryihme féminin
Accent tonique
Temps léger jTenips lourd
Tempi léger {Temps lourd
De même, les deux périodes mélodiques ci-dessous, presque identiques en apparence, surtout lorsqu'on les transcrit dans la même tonalité et avec les mêmes valeurs de notes, comme nous le faisons ici, sont, en raison de leur accentuation, très différentes à l'audition (2) :
1er groupe masculin
Accents toniques . . /^
a] Période masculine fe^
^nè
fr. lourde
Beethoven
(Quintette, op. 16)
anacrouse
Accents toniques ....
b) Période féminine ^ ^ ^ ■
1er groupe féminin | anacr.
fr. légère
fr. lourde
2e groupe féminin
Mozart {Don Juan)
fr. légère 1 f. lourde
En effet, la première est plutôt masculine, malgré les petites notes ornementales
==r^'~ri'^— qui occupent la fraction
lourde de chaque groupe, et qui sont trop peu importantes pour en modifier le genre. Quant à la seconde, elle est nettement /e';;»'«me.
B) Il n'est point de mélodie qui commence sur un temps lourd. On remarquera que ces deux périodes commencent par leur frac-
(ij II est curieux de constater que cette période initiale de la Symphonie pastorale est, le plus souvent, interprétée avec l'accentuation la plus fausse qu'il soit possible de lui donner,
celle
-ci:P^
triste résultat de la tyrannie de la barre de mesure et de
l'enseignement antirythmique du solfège.
(2) Nous avons choisi intentionnellement ces deux exemples, dans lesquels la barre de mesure divise les groupes selon le rythme, disposition qui n'est pas toujours observée, même par les compositeurs de géni;.
LA MELODIE
tion légère : on peut donc les réduire aux deux schémas rythmiques suivants :
a) Rythme masculin : /k^ F -; J J^
T. léger jT. lourd||T. léger
ï. lourd
b) Rythme féminin : (!jy^-J^g^||^ !~^P~i
T. léger jT. lourd||T, Icgerj T. lourd
La place respective des temps légers et lourds est identique dans la plus grande partie des mélodies; aussi, Hugo Riemann (voir chap. ix) a-t-il formulé d'une façon absolue cette règle d'accentuation, qui ne comporte guère d'exceptions :
« Il n'est point de mélodie qui commence par un temps lourd. »
Comme complément h cette règle de Riemann, nous pouvons dire :
« Toute mélodie commence par une anacrouse exprimée ou sousentendue, j
On appelle anacrouse la préparation de l'accent : en effet, le premier groupe d'une mélodie commence le plus souvent par une ou plusieurs notes accessoires formant une sorte d'entrée en matière. Si le groupe est masculin, ces notes ont pour effet de préparer immédiatement le premier accent tonique et constituent une anacrouse.
Si le groupe est féminin, la préparation du premier accent est faite par toute la fraction légère du groupe; en ce cas, les notes accessoires du début (ou, si l'on veut, l'entrée en matière) ayant pour effet d'allonger cette fraction légère (ou anacrouse), contribuent au renforcement du premier accent tonique ; car celui-ci sera d'autant plus marqué que la chute sur la fraction lourde aura tardé davantage à s'opérer.
Mais cette anacrouse, exprimée la plupart du temps, comme dans Icxemple ^, ci-dessus p. 84 (i), est parfois sous-entendue ou élidée, comme dans l'exemple a. Dans ce dernier cas, et dans presque tous ceux du même genre, le deuxième groupe de la période donne l'indication de ce qu'aurait pu être l'anacrouse élidée du premier groupe.
Ainsi, dans l'exemple dont il s'agit [a, p. 34), le second groupe :
ag^^i^^
anacrouse
doit être considéré comme issu du groupe initial
anacrouse
(i) Voyez aussi l'anacrouse nettement exprimée au début de la période initiale de landante de la \''' symphonie de liccihoven, ci-dessus p. 33.
36 LA MELODIE
dont les deux premières notes {la, sib) ont été élidées et remplacées par une simple respiration :
C) L'accent expressif Vempor^te toujours en intensité sur l'accent tonique.
La musique étant, nous l'avons dit, un art où le sentiment prend un rôle prépondérant, l'accent expressifs dont on peut constater les effets quasi musicaux dans le langage parlé lui-même (voir les exemples page 3o), exerce une influence autocratique sur la rythmique musicale, à tel point que devant lui tout accent tonique s'atténue ou même disparaît.
L'accent expressif découle d'ordinaire du mouvement général de la phrase mélodique ; néanmoins il trouve aussi son application dans le groupe simple, notamment lorsque deux notes placées sur le même degré se suivent immédiatement. Dans ce cas, l'une des deux est généralement affectée de l'accent expressif.
Prenons pour exemple le groupe féminin :
Accent tonique
Accent expressif. . r
fraction légère
fr. lourde
L'accentuation du second fa # (note expressive) prend une telle importance que c'est à peine si Tappoggiature (?w/, ré) doit être marquée, et l'interprète qui ne tiendrait compte ici que du seul accent tonique commettrait un crime de lèse-rythmique.
Nous voyons donc, par tout ce qui précède, que \t groupe mélodique, véritable wo/ musical, est affecté par l'accent de la même manière que le i7ïot du langage usuel, et contribue, au même titre que ce dernier, à l'intelligence du discours musical, au moyen de l'accentuation, qui nous donne la clef de la rythnique.
PRINCrPK DU MOUVEMENT : LA PÉRIODE
Le mouvement mélodique consiste en une suite ininterrompue de groupes, partant du point initial pour aboutir au poijit final de la période.
Toute portion mélodique comprise entre le point où commence le mouvement et celui où il s'arrête constitue une période^ laquelle se
LA MELODIE
comporte, vis-à-vis de ses groupes, comme les groupes eux-mêmes visà-vis de leurs rythmes constitutifs.
La fin de la période se détermine par un jrrcV du mouvement, mais cet arrêt n'est jamais que momentané, et ne .peut constituer un état de repos qu'après la dernière période d'une phrase. Il est caractérisé musicalement par la demi-cadence^ lorsqu'il se produit sur une note n'émanant pas directement du sentiment de la tonique.
Le nombre des groupes dont se compose la période n'est pas limité.
Nous donnons ci-dessous quatre exemples de périodes mélodiques comprenant des groupes dénombre et de genres différents :
Accents toniques
1er groupe (masculin)
2e g^roupe (féminin)
lourd
Accents expressifs
léger
J.-S. Bach
(Pastorale pour orgue)
lourd
Cette période est composée de deux groupes de genre différent, dont les accents toniques et expressifs coïncident ; l'arrêt se produit sur le sentiment de la tonique et n'amène, conséquemment, point de demicadence.
Ace. expr.
Beethoven
: (Adagio du : Vn* quatuor, op. 3q)
Cette période, composée de quatre groupes féminins, est, de ce fait, parfaitement symétrique, et ne doit son effet douloureux qu'à la place des accents expressifs, qui viennent contrebalancer le rythme monotone des accents toniques.
> er gr. 2e gr. (masculin) (mascùliri) Accents toniques. ^ y^
^ 1 -p^ janacr. ^ :*:
Accents expressifs.
:>e gr. 4e gr.
(masculin) (masc.)
Accents ton. . /y yy
Weber
\' \ (Eutyantke
Accents eipr.
LA MÉLODIE
Cette longue période, formée de six groupes, présente une particularité assez fréquente, celle de Vélision de la fraction lourde d'un groupe masculin (le quatrième) dans la fraction légère d'un groupe féminin (le cinquième). La fusion de ces deux fractions non accentuées en une seule produit une sorte de rebondissement mélodique presque toujours caractérisé par l'appel d'un accent expressif plus intense. Dans ce cas, notre métrique moderne exige un allongement du dernier accent avant l'arrêt, pour que la mélodie redevienne symétrique, ainsi que nous l'observons dans ce même exemple, où le sixième groupe est d'une valeur pllis longue que les précédents.
Accents toniques. . yv an. s.-ent.
Accents expressifs
1er gr.
(masculin)
2e gr.
(féminin)
R. Wagner (Meistersinger
Ici. la période ne comprend que deux groupes de genre différent aboutissant, comme dans les deux exemples précédents, à une demi-cadence qui constitue le terme de la période.
Nous avons appliquédans tousces exemples les règlesde la rythmique basées sur l'accentuation, et non celles de la métrique usuelle, notablement différentes, comme on peut le voir.
Si Ton examine une mélodie 7?îesurée, il sera facile de se convaincre du caractère anacrousique de certaines me^wre^, par rapport aux autres mesures de la même mélodie.
Cette observation nous révèle l'existence, dans la musique mesurée, de mesures fortes et de mesures faibles, et nous en tirerons cette conséquence qu'il convient souvent de dédoubler la mesure pour retrouver le véritable rythme.
On pourrait écrire ainsi, par exemple, le thème du finale de la IX' symphonie de Beethoven :
I mesure I anacrousique
Accents toniques . .
mesure forte
mesure faible
^Ese^
Accents expressifs.
La première mesure est une véritable anacrouse ; c'est d'autant plus certain que l'accent tonique et l'accent expressif tombent sur la même note ; mais le défaut de coïncidence entre les deux sortes d'accent n'y
LA MÉLODIE
changerait absolument rien, comme on peut le voir dans cet autre exemple :
mesure anacrousiquo
(■nlc
Accents toniques A A
Accents expressifs . .
Beethoven
(iVndante du trio, op. (j-j)
L'accent tonique^ qui détermine le temps lourd dans le rythme féminin, est ici à la seconde mesure : la première est donc anacrousique (i), et l'accent expressif qui s'y trouve alfecte un temps léger, non accentué en rythme féminin ; cette circonstance, nous l'avons expliqué, ne l'empêche nullement de l'emporter dans l'interprétationsur l'accent tonique.
Bach et les auteurs de son époque employaient volontiers cette disposition en grandes mesures^ contenant deux ou même quatre de nos mesures actuelles; la facilité de lecture y perdait peut-être, mais la représentation rythmique y gagnait certainement ; on pouvait mieux suivre, de la sorte, le mouvement de la période mélodique.