‹ Cours de composition musicale (volume 3)Chapitre 2 sur 265 · L'ART · texte numérisé non relu

L'ART

L'Art (en grec : téxvri, moyen) est un moyen de vie.

Moyen de vie pour le corps, sous forme d'arts utiles ou usuels.

Moyen de vie pour l'âme, sous forme d'arts libéraux ou libres.

Des arts utiles (industrie, commerce, agriculture, mécanique, locomotion, etc.) qui ont pour propagateur et principal moteur la science, nous ne nous occuperons ici qu'en ce qui touche leurs rapports avec les arts libéraux.

Les seuls qui nous intéressent sont ces arts dits libéraux^ parce qu'ils rendent véritablement et complètement libre l'artiste qui les cultive. C'est cette liberté absolue qui fait de la carrière artistique l'une des plus hautes et des plus nobles qui soient, si l'artiste a conscience de sa mission et sait employer dignement sa liberté.

Au point devue objectif, nous définirons donc l'Art : un moyen de yie pour l'âme, c'est-à-dire un moyen de nourrir l'àme humaine et de la faire progresser, en lui procurant le double aliment du présent et de ravenir,car l'àme humaine, ce n'est point seulement l'àme individuelle, mais encore l'àme collective des générations appelées à profiter de l'enseignement fourni par les œuvres.

L'Art est donc un moyen de nourrir l'àme de l'humanité, et de la faire vivre et progresser par la durée des œuvres.

Au point devue subjectif, une autre définition assez satisfaisante de l'Art a été donnée par Tolstoï : « L'Art, dit-il, est l'activité humaine par « laquelle une personne peut, volontairement, et au moyen de signes

lo INTRODUCTION. — L'ART

« extérieurs, communiquera d'autres les sensations et sentiments qu'elle « a éprouvés elle-même. «(L. Tolstoï : Qu'est-ce que l'Art ? 1898.)

Un exposé des origines de l'Art, des qualités de l'artiste et des caractères de l'œuvre d'art, fera mieux comprendre comment ces deux définitions se corroborent mutuellement : « moyen de progrès », disonsnous, « puissance de communication », ajfïirme Tolstoï, c*est toujours la condition essentielle à' enseigneme^it que nous allons retrouver à la base de tout art.

Un des premiers besoins de l'homme fut de se mettre à l'abri des intempéries du climat ; il dut se construire des habitations.

De cette nécessité est ïssntVArchitectuj^e^ première manifestation tangible de l'esprit humain dans le domaine de l'Art.

L'appropriation à un usage spécial des parties de l'habitation donna naissance à la Sculpture. Confondue avec l'architecture au début, elle ne tarda pas à vivre de sa vie propre sous une forme plus définie : la statuaire.

La coloration nécessaire de certaines surfaces ou de certaines saillies du bâtiment engendra la Peifiture, accessoire de l'architecture à l'origine, ainsi que le montrent ses formes les plus anciennes, la mosaïque, la fresque murale. Comme la sculpture, la peinture acquit plus tard par le tableau une existence distincte.

Les sentiments d'admiration pour les héros ou pour les beautés naturelles donnèrent bientôt au langage son vêtement artistique, et la Littérature prit naissance, sous forme de poésie primitive ou de chant simple.

En même temps, ou peut-être un peu plus tard, le poète, obéissant au désir d'union inhérent à la nature humaine, voulut associer tout le peuple à ses pensées et le faire chanter avec lui. Alors apparut le chant collectif, la monodie rythmée, origines delà Musique.

Telle paraît être la genèse primitive des cinq arts libéraux : Architecture, Sculpture, Peinture, Littérature, Musique.

Mais l'état dans lequel nous venons d'examiner ces arts n'a trait qu'à rw///z7e de la vie ; pour les //èeVer de leur attache corporelle, il fallait un mobile plus élevé, le quid dimmim du poète, qui va nous faire assister à la transmutation de cet état utilitaire en état religieux. En effet, le principe de tout art libre est incontestablement la foi religieuse.

Sans la Foi, il n'est point d'Art.

C'est par la foi, et même, si l'on veut, par la religiosité que l'art

INTRODUCTION. - L'ART ii

utile^ répondant aux besoins de la vie du corps, se transforme en art libéral, moyen de vie pour i'àme.

Et c'est ici le lieu de dire que les cinq formes d'art citées plus haut Revivent que d'une même vie, et se pénètrent mutuellement, à tel point qu'il est parfois difficile d'établir d'une façon certaine leurs limites respectives. Ce sont bien, en effet, non pas des arts différents^ mais des formes diverses de l'Art, de I'Art unique.

L'Art est un, en soi ; seule l'expression, la manifestation diffère suivant le procédé employé par l'artiste pour exprimer.

La raison de cette unité de l'Art est d'ordre surnaturel : au-dessus de tous les besoins humains plane l'aspiration vers la Divinité, l'élan de la créature vers son Auteur; et c'est dans l'Art, sous toutes ses formes, que Vâme cherche le mo/en de rattacher sa vie à l'Être qui en est le principe.

L'antiquité même attribuait à l'Art une puissance supra-naturelle sur les êtres animés ou inanimés; les mythes d'Orphée et d'Amphyon, pour ne citer que ce qui a trait à la Musique, sont là pour en faire foi.

L'idée de l'Art nous apparaît donc, dès l'origine, indissolublement liée à ridée religieuse, à l'adoration ou au culte divin.

C'est ainsi que la maison de Thomme devient le temple de Dieu, avec ses sculptures symboliques et ses peintures sacrées. Appliquée à des actes d'adoration collective, la Poésie devient la Prière. Le corps s'unit à Tàme par la prière mimée, dans une simultanéité de mouvements réglée par le rythme ; à la psalmodie monotone succède enfin la mélodie du cantique, élévation musicale de l'âme vers Dieu (i).

Un tel sujet prêterait à des développements sans fin, que nous nous contenterons de résumer dans le tableau ci-dessous, pour démontrer la transformation de l'art utilitaire en art libre et religieux. *

Architecture . . . Logement humain. . . . Temple de la Divinité.

Sculpture Appropriation des matériaux Ornementation des façades,

de l'habitation , pierres , des voûtes et des colonnes

poutres, supports du faîte. (arbres figurés).

Peinture Conservation des parties ex- Mosaïques, fresques repréposées à l'air ou à l'usure. sentatives, sujets, images.

Littérature .... Exposé historique ou légen- Célébration de la Divinité.

daire des faits héroïques.

Musique Récréation populaire. . . Célébration collective. Prière

(i) Voy. F. de Lamennais : De l'art et du beau. La description du temple chrétien.

Unique dans son principe divin, l'Art, nous venons de le voir, est multiple dans ses réalisations humaines. Il peut revêtir une foule de formes diverses suivant le procédé mis en œuvre par l'homme : pierres, reliefs, couleurs, paroles, sons. Entre ces divers moyens, l'artiste choisit celui qui répond le mieux au désir et au pouvoir d'expression qui sont en lui.

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