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LA CRÉATION ARTISTIQUE

La force qui pousse l'artiste à créer, c'est le besoin d'exprimer ses sentiments (i) et de les communiquer aux autres d'une façon durable par des œuvres.

Cette expression artistique a pour cause nécessaire une impy^ession préalable, laquelle peut, d'ailleurs, n'avoir été ni immédiate, ni même consciente ; il n'est pas rare, en effet, qu'une idée artistique provienne d'impressions reçues très antérieurement à sonéclosion, et sans aucune prévision du rôle que ces impressions seront appelées à jouer dans la genèse de Xidée (2).

Quoi qu'il en soit, Torigine de tout? œuvre d'art est dans Vimpression. Celle-ci, en effiçurant l'âme, y produit le sentiment ; par sa durée elle détermine Vémotion, qui, dans sa forme la plus aiguë, peut aller jusqu'à son terme extrême : \apassion (3).

Pour créer, au sens artistique du mot, il est donc nécessaire d'avoir été ému^ et d'avoir la volonté de traduire son émotion.

Il faut avoir senti et souffert son œuvre, avant de la réaliser. A ce prix seulement, l'œuvre sera vraiment sincère, expresssive, durable.

(1) La Musique, plus encore peut-être que toute autre forme d'art, a pour effet d'exprimer des sentiments et non des objets, aberration grotesque qu'on a fort sottement reprochée à R. Wai^ncr. On n'exprime pas des objets : le thème dit de VEpée, dans le Ring des Nibelungen, ne peut exprimer une épée, mais bien un sentiment héroïque commun à plusieurs personnages.

(2) L'impression photographique des plaques est en tous points comparable à ces impressions humaines: la plaque que l'on développe (expression, réalisation) ne porte aucune trace apparente (inconscience) de l'impression lumineuse, reçue parfois très antérieurement.

(3) On pourrait poser ainsi cette sorte de règle de proportion : L'impression est au sentiment ce que l'émotion est à la passion.

Facultés créatrices <X Ivipression \

INTRODUCTION. — L'ŒUVRE D ART ET L'ARTISTE i3

LES FACULTÉS ARTISTIQUES DE l'aME

Les facultés mises en action par l'âme humaine dans l'œuvre de création artistique sont au nombre de sept :

Imagination.

Cœur.

Esprit.

Facultés créatrices d'£':vjt?re55zon J Intelligence.

Mémoire.

( Volonté.

Facultés créatrices de /?e^/z5a//on j Conscience.

L'œuvre d'art est la résultante du travail de ces sept facultés chez l'homme pourvu do-don créateur.

Examinons maintenant le rôle spécial de chacune de ces facultés.

h' Impression, préalable à l'éclosion de l'œuvre d'art, met tout d'abord en jeu deux facultés primordiales : Vlmaginatioji^ dont l'effet est de représenter des images^ et le Cœur[\), qui se manifeste par les sentiments. On doit considérer le Cœur comme la plus importante des facultés artistiques, car c'est de l'Amour [Caritas) que découlent les plus hautes et les plus nobles manifestations de la pensée humaine.

Pour parvenir à l'Expression, trois autres facultés sont nécessaires :

1° UEsprit{2), qui crée des rapports superficiels entre les objets, les actes et les personnes ; il a pour effet le trait ; — 2' V Intelligence, qui perçoit les rapports élevés, profonds et étendus ; son effet est Vidée ; — 3* la Mémoire^ qui conserve les connaissances acquises, par l'effet du souvenir.

Ces facultés d'impression et d'expression suffiraient à la production virtuelle de l'œuvre d'art ; mais, pour en opérer la réalisation, il faut encore faire intervenir deux facteurs puissants de la création artistique : la Volonté^ qui met en œuvre les facultés créatrices, et la Co;iscience^ qui les discerne.

(i) Ce que nous appelons ici le cœur, c'est une des formes rte la factiltéde râmc que les philosophes désignent généralement sous le nom de sensibilité.

(2) Par esprit, nous entendons ici la qualité de l'homme d'esprit, du trait d'esprit, du mot spirituel, et non pas le concept de l'Esprit opposé par les philosophes à celui de la Matière.

La dilTcrence entre l'esprit et Vintelligence pourrait assez justement se comparer aux notions mathématiques de surface et de volume.

La surface se mesure par deux dimensions (longueur et largeur), elle est essentiellement « dans le plan » ; — de même, l'esprit apprécie seulement les rapports superficiels entre les idées et les choses.

Le volume, au contraire, se mesure par trois dimensions (longueur, largeur et profondeur), il est essentiellement t dans l'espace » ; — de même, l'intelligence perçoit les rapports intimes, profonds entre les idées et les choses, dont elle pénètre les raisons.

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