CHRONOLOGIE
Mais ces circonstances qui, chez des esprits moins hauts, eussent été des causes d'anéantissement, ne firent que développer en lui le don créateur; il sut se replier sur lui-même et se créa ainsi tout un monde intérieur auquel nous devons ses œuvres les plus sublimes.
Depuis son départ de Bonn, où il faisait partie de l'orchestre de l'Archevêque-Électeur de Cologne, Beethoven n'occupa aucun poste officiel, ne fut titulaire d'aucune charge : seule, l'Académie d'Amsterdam (i) l'avait nommé membre d'honneur en 1809; quant à l'antique et illustre Société Viennoise des ^w;s de la Musique {1), elle ne commença à apprécier la valeur du musicien de génie qui végétait dans la capitale de l'Empire, que quatre ans avant sa mort. Plus clairvoyant, Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, avait fait offrir, en I 809, à l'auteur de la Symphonie héroique, des fonctions bien rémunérées que Beethoven refusa par patriotisme.
Animé d'une foi profonde en Dieu et en son art, Beethoven, comme Bach, fut un grand chrétien : toutes les oeuvres de sa dernière manière «n témoignent, aussi bien que ses propres écrits. Il pratiqua toute sa vie la sainte charité envers Dieu et envers son prochain, et mourut €n bon catholique, le 26 mars 1827.
L'œuvre de Beethoven se divise en trois époques, dont chacune est caractérisée par un style absolument différent (3). Chez nul musicien, en effet, les changements successifs et progressifs de l'àme ne se manifestèrent plus clairement et plus complètement que chez le poète de la Sonate pathétique, de la Symphonie pastorale et de la Messe en ré.
Nous intitulerons ces trois manières si tranchées :
Période d'imitation, de 1795 à 1801 (§ 9); Période de transition, de 1801 à 181 5 (§ 10); Période de réjlexion, de 181 5 à 1826 (§ u).
Voici, dans leur ordre de production, la liste chronologique des quarante-neuf Sond^its de Beethoven, les seules de ses compositions dont nous ayons à nous occuper dans ce chapitre :
(1) Maatshappij tôt Bevordering van Toonkunst.
(2) Gesellschaft der Musikfreunde.
Ces deux Sociétés existent encore à Amsterdam et à Vienne.
(3) L'un des ouvrages les plus utiles à consulter, pour bien connaître les Sonates de Beethoven, est un livre rédigé en français avec des pensées allemandes par un auteur russe, \V. de Lenz, et intitulé: Beethoven et ses trois styles {2 vol. : 1" éd., Stapleaux, Biuxelles, 1854; 2' éd., Lavinée, Paris, 1866; 3« éd., Legouix, Paris, 1908). Ce livre est des plus instructifs pour les élèves, parce qu'il fut écrit par un musicien et un enthousiaste. La plupart des autres publications sur ces Sonates ne donnent jusqu'à présent que d'inutiles descriptions ou de sèches nomenclatures. Quelques écrivains ont même tenté de contester cette classification des œuvres de Beethoven en trois manières successives; mais leurs assertions sont sans aucun fondement : ce sont opinions de musicographes dont nous n'avons pas à tenir compte ici, puisque nous nous adressons à des musiciens.
PREMIÈRE PÉRIODE (imitation) : 22 Sonates.
1795. 3 Sonates pour piano ; /a, L-4, l/r (dédiées à J. Haydn) . . Op. 2. 2 — pour violoncelle ; /"/l, 50/ (au roi de Prusse). . . — 5.
1796. I Sonate pour piano ; SOL — 49 n" 2.
— I — pour piano à quatre mains ; RÉ — 6.
— I — pour piano ; Mil> (à la comtesse de Keglevics). . — 7.
1797. 3 Sonates pour piano ; ut, FA, RÉ (à la comtesse de Browne). — 10.
1798. 3 — pour violon ; RÉ, la, MI\> (à Salieri) — 12.
— I Sonate pour piano {pathétique); ut (au prince Ch. de
Lichnowsky) — i3.
— 2 Sonates pour piano ; MI, SOL (à la baronne de Braun) . . — 14.
1799. I Sonate pour piano ; 50/ — 49 n» i.
1800. I — pour cor; FA — 17.
— I — pour piano ; S/ i? (au comte de Browne) .... — 22.
— 2 Sonates pour violon ; la, FA (au comte Fries) — 23.
DEUXIÈME PÉRIODE (transltlon) : 20 Sonates.
i8oi. 1 Sonate pour piano f/>asfora/e) ; ^£ (à J. de Sonnenfels) . Op. 28.
— I — pour piano ; LAi> (au prince Ch. de Lichnowsky). — 26.
— 2 Sonates pour piano (quasi fantasia); M/t) (à la princesse
de Liechtenstein), ut 5 (à la comtesse G. Guic-
ciardi) — 27n»'iet2.
1802. 3 — pour violon ; LA, Mf, SOL (à l'empereur Alexandre). — 3o.
— 2 — pour piano ; SOL, ré — 3 1 nos 1 et2.
i8o3. I Sonate pour violon ; /a (à Kreutzer) — 47.
— I — pour piano ; MJ\> — 3i no 3.
1804. I — pour piano ; fa, dite appassionata (au comte F. de
Brunswick) — 5y.
— I — pour piano ; UT (au comte Waldstein) — 53.
i8o5. I — pour piano ; Fiî — 54.
1808. I — pour violoncelle ; L.4 (au comte Gleichenstein). . — 69.
— I Sonatine pour piano ; SOL — 79.
1809. I Sonate pour piano; Fi4 fl (àla comtesseThérèseBrunswik). — 78.
— I — pour piano; i//t>, l'Adieu, l'Absence, le Revoir {à
l'archiduc Ro lolphe) — 81.
1^12. I — pour violon ; S0£, (à l'archiduc Rodolphe). ... — 96.
1814. I — pour piano ; mi (au comte Moritz de Lichnowsky). — 90,
TROISIÈME PÉRIODE (réflexion) : 7 Sonates.
18 f 5. 2 Sonates pour violoncelle ; UT, RÉ (à la comtesse Erdody)
1816. I Sonate pour piano ; LA (à la baronne Ertmann) . 1818. I — pour piano ; s/t) (à l'archiduc Rodolphe). 1820. I — pour piano ; M/ (à Maximilienne Brentano;
1021. I ~ pour piano ; la\>
1822. I — pour piano ; M/ (à l'archiduc Rodolphe). .
Op. 102.
lOI.
Sur ces quarante-neuf Sonates, trente- deux sont écrites pour piano seul : elles contiennent les plus importantes innovations du génie
SONATES POUR PIANO 337
beethovénien et méritent une étude spéciale. On peut même les considérer comme le véritable « Évangile musical » du xix* siècle, dont tout compositeur devrait connaître jusqu'aux moindres détails.
Nous donnons ci-après, dans l'ordre chronologique, le schéma analytique de chaque morceau avec quelques remarques, et l'analyse détaillée d'une Sonate-type, au moins, dans chacune des trois manières. Nous examinerons ensuite les principales particularités des dix Sonates de violon et des cinq Sonates de violoncelle.