l'ornement polyphonique ou contrapontique
A cette Variation tout i?itri?isèqiie des Thèmes par l'ornement rythmomonodique, sorte de floraison spontanée et instinctive de la voix qui chantait librement les louanges du Créateur, la polyphonie médiévale ne devait point tarder à imposer sa rigoureuse discipline. En effet, la superposition de chants différents, simultanés et le plus souvent imités l'un par l'autre, à tour de rôle et à intervalles constants, tout en laissant subsister dans chacune des parties mélodiques Vêlement otvtemental, réglait plus sévèrement sa forme ou sa durée, et le répartissait entre les diverses voix par des moyens totalement inconnus des monodistes.
Ainsi paraît s'établir avec les premiers déchants et diaphonies (i) l'usage de faire entendre des vocalises ornementales ;^ar/e<?5, en même temps que le Thème liturgique intégral, chanté par le peuple.
Dans cet éiai polyphonique de la Variation, le Thème subsiste m/r/;zsèquement : il ne varie pas ; la Variation circule autour de lui, s'en inspire.
(1) Voir 1" liv., chap. x.
L'ORNEMENT POLYPHONIQUE ^^,
le commente et l'imite, sans l'atteindre ni le pénétrer : elle devient purement extrinsèque.
VorHeme)it coulrapotttique diffère donc essentiellement du précédent en ce qu'il a pour base nécessaire la superposition consonnantc de sons différents, V Harmonie, V Accord (i).
La succession d'intervalles harmoniques élémentaires, formés par l'adjonction d'une ou de plusieurs mélodies au-dessus ou au-dessous du Thème préexistant, constitue le Contrepoint consonnant {note contre note). En voici un exemple emprunté au magnifique Choral Aus tiejer Noth de J.-S. Bach (2):
(2) 73) (4) TS) ^6) TtT
I Notes consonnautt's qui deviendront la \aiiation
Dans cette ligne contrapontique rudimentaire, ror;/ew<?;// prend naissance par la subdivision rythmique des valeurs, dite contrepoint Jîguré {deux, trois, quatre notes contre une., etc.). Il en résulte une ligne ou une trajectoire mélodique faite de valeurs plus brèves, en forme de neumes plus ou moins ornementaux, qui prennent \e\xT point d\-ippui, de distance en distance ou de mesure en mesure, sur les intervalles consonnants déterminés précédemment.
Entraînés par leur propre mouvement, ces neumes ou ornements contrapontiques peuvent même déplacer parfois leurs points d'appui respectifs : la consonnance, au lieu d'être rigoureusement simultanée, est alors retardée., ào. temps en temps, par suite de la non-coïncidence des rythmes appartenant aux parties mélodiques superposées, comme si, dans cette superposition, l'une ou l'autre des parties avait été reculée d'un ou de plusieurs temps par rapport à l'ensemble. Cette disposition très spéciale est connue sous le nom de contrepoint sjncopé.
Consonnance., subdivision rythmique et syncope, tels sont en définitive les éléments or^tï;//<///t^5 du Contrepoint. Leur adaptation esthétique à un Thème, par le moyen de Vimitation musicale sous toutes ses formes {directe., inverse, rétrograder, augmentée, diminuée, etc.), constitue Vorjiement contrapontique ou Contrepoint Jleuri, dont nous donnons ciaprès un exemple appliqué au même Thème que l'exemple précédent:
(i) Voir \" liv., chap. vi.
(3) Éd. Petcrs, vol. VI, p. :6.
Variation contrapontique
I a, imité et
diminup
ië
g^g#r- rr =f^
'-rr'irrTîz;
-^- ii^'^^^J: