LES TROIS ETATS SUCCESSIFS DU COUPLET
D'après l'intéressant ouvrage de M. Tiersot, que nous avons déjà cité, et auquel sont empruntés tous les exemples qui vont suivre, on peut distinguer dans la forme du couplet trois états successifs différents.
A) Vers le xi* siècle, le couplet est formé par un seul vers, et la mélodie par une période unique correspondante, qui se répète indéfiniment.
De ce genre est le Lai des Aînans, pièce certainement très ancienne (Tiersot, p. 407) :
Hé, Diex, mercy quant aven-ra Ke celé faice mon vo- loir !
Mais le plus souvent, ce vers unique est composé de dix syllabes, et séparé en deux hémistiches égaux par une assonance, comme dans le Lai d'Aalis, très probablement postérieur au précédent : la forme musicale consiste toujours en une période unique, à peine modifiée une fois sur deux (Tiersot, p. 408) :
Fran-ce déboinaire, de ta grant franchise
A (légèrement modifié)
Ne porrait retraire nus en nulle guise.
La Dance delà régine Amnllouse (Tiersot, p. 42) présente aussi un type mélodique de la même époque : malgré la forme plus compliquée de la poésie (quatre vers égaux sur une rime unique, et un cinquième plus court), cette mélodie consiste aussi en une période unique, dont les quatre répétitions sont interrompues par des formules tonales, comparables aux vocalises qui terminent les phrases des traits, dans le chant grégorien.
LA CHANSON POPULAIRE
"Nous voyons apparaître ici pour la première fois le refrain en forme ornée, destine à être repris et dansé par le peuple :
^^rrfn--^^igfii;;^a!igHH^^Lj r'i-j'JTr f I r r r J if
Al en tradc del tens clar, E- ya. Pir joi- e recomençar, E- ya. Et pir jalous irritar,
Coda
E- ya. Vol la re-gi-ne mostrar Kelc est si a-mo-rour se.
REFRAIN (vite)
Alla vi', a'ia vi- e, ja-
lous.
Las-saz nos, las-saz nos ballar
^-ÇT^^
en-trc nos, en-tre nos.
^) Dès le xii« siècle, le couplet d'un seul vers a disparu : sa forme la plus usuelle est faite de deux vers égaux, et comporte par conséquent deux périodes mélodiques différentes, généralement suivies d'un refrain (i). Tel est, par exemple, le /^jZ'//aM d'Aucassm et Nicoléte [Tiersot^ p. 409}» dont le refrain n'est qu'une simple formule finale :
|;gsEË3r r J^a^^^M^^
Qui vau-rait bons vers o-
îr Del dépari du vieil catif?
Tant par est dou- ce
Dans les pièces de la même époque où le couplet se compose de quatre vers, chacune des deux périodes mélodiques est répétée, comme dans le Jeu de Robin et Marion (Tiersot, p. i53); le refrain qui encadre cette mélodie est tiré de la seconde période : ses paroles consistent en une série d'onomatopées bizarres et dépourvues de toute espèce de signification, comme presque tous les refrains des chansons de cette époque :