TARTINI
GiusEPPE Tartini, né à Pirano en 1692, mourut à Padoue en 1770, après une existence assez agitée. Outre ses compositions musicales (sonates et concertos), Tartini a laissé plusieurs ouvrages théoriques, dont le principal est intitulé: Trattato di musica, secondo la vera scien-a deirarmonia[\). Ce traité, paru en 1734, réalise un progrès notable sur celui de Rameau, au point de vue de la netteté des idées. L'auteur exclut de notre système musical l'harmonique 7, et oppose directement l'une à l'autre les deux résonnances engendrant les deux modes (pages 65, 66,91).
On doit aussi à Tartini d'intéressantes découvertes sur la production des sons résultants qui proviennent de la différence entre le nombre des vibrations de deux sons réels, émis simultanément.
Tartini avait remarqué notamment que l'émission sur un violon de
la sixte (<p ^ -I engendre un troisième son beaucoup plus grave : ^' —
et plusieurs autres, moins perceptibles, dont les rapports avec celui-ci suivent les lois de la progression harmonique ascendante.
Mais il était réservé à Von Œttingen, dont nous parlerons ci-après, de tirer de cette découverte toutes les conséquences qu'elle comporte.
AprèsTartini,il semble que pendant près d'un siècle la théorie harmonique soit totalement tombée dans l'oubli. La routine de la ^^755^ continue règne en souveraine absolue sur toute la musique de cette époque.
Les divers traités parus entre 1760 et 1840 ne sont que des manuels de basse chiffrée, dénués de tout fondement rationnel.
C'est seulement en 1845 que nous voyons reparaître en France
(0 Traité de musique, selon la vraie science de l'harmonie.
quelques idées plus saines et plus élevées sur renseignement de l'harmonie et les origines de la gamme.
BARBKREAU
Auguste Barbereau, né à Paris en 1799, fut élevé à Reicha, obtint le prix de Rome en 1824, et fut plus tard professeur au Conservatoire. Il mourut à Paris en 1879. Barbereau s'occupa de musique surtout au point de vue historique et didactique. Il avait constaté l'insuffisance, déjà notoire à son époque, de l'enseignement de h. composition, et fit de très louables efforts pour y porter remède ; mais son Traité de composition musicale, paru en 1846 et conçu sur des plans fort vastes, est malheureusement resté inachevé
Dans cet ouvrage, l'auteur considère notre gamme moderne comme directement issue d'une série illimitée de quintes allant soit vers le grave, soit vers l'aigu. Cette théorie est exposée plus en détail dans son Etude sur V origine du système musical^ parue en i852 et inachevée également.
Il appartenait à Durutte de reprendre plus scientifiquement les idées de Barbereau, et de démontrer mathématiquement leur concordance avec la progression harmonique.
durutte
Le comte Camille Durutte, né à Ypres en i8o3, polytechnicien distingué, vécut à Metz, où il se livra à l'étude approfondie de la mathématique musicale, et mourut à Paris en 1881.
Dans sa Technie harmonique, parue en i8d5, et complétée en 1876, Durutte, malheureusement imbu, comme tous ses contemporains, des théories qui reconnaissent à chaque accord consonnant ou dissonnant une réalité distincte, se livre à des calculs mathématiques fort abstraits sur toutes les combinaisons possibles avec les tierces majeures et mineures, depuis l'accord parfait, jusques et y compris les accords de onzième et de treizième.
Cette étude ne saurait se concilier avec notre conception beaucoup plus simple de l'harmonie; mais elle est précédée d'une introduction remarquable, empruntée en grande partie aux écrits du philosophe slave Hœné Wronski, et d'un résumé d'acoustique, qui méritent d'être signalés.
Cette introduction établit l'insuffisance de la série des harmoniques pour la genèse de notre gamme, la nécessité d'un rapport unique pour servir de base à notre système musical, et la limite de perception des organes auditifs de l'homme, en ce qui concerne la distinction entre les diverses intonations des sons.
HISTOIRE DES THÉORIES HARMONIQUES i3g
Le résumé d'acoustique montre que les systèmes proposés, depuis et y compris Pytliagore, pour la genèse de notre gamme, se résument tous dans \' échelle des quintes, et que le tempérament empêche de discerner l'écart théorique de calcul entre les quintes exactes et les quintes tempérées (voirchap. vi, p. io5, note).
En dépit de cette constatation, énoncée explicitement en note au bas de la page 52'", l'auteur n'en continue pas moins à attribuer une personnalité différente à chacun des sons que notre oreille identifie par l'enharmonie. L'échelle des quintes se présente donc à lui sous la forme d'une ligne droite indéfinie, et non d'un cycle fermé.
Quant au mode mineur, Durutte semble n'en point connaître d'autre que celui dont le type est la gamme mineure de la, avec altération de la sensible {soin). Il s'ingénie vainement à en fournir une explication rationnelle.
X^'est en Allemagne que nous retrouvons, à peu près à la même époque, le principe des deux gammes opposées, et des modes symétriques.