RAMEAU
Jean-Philippe Rameau, dont nous aurons à nous occuper plus spécialement comme compositeur (i), est l'auteur d un Traité de Iharmonie réduite à ses principes Jiaturels (Paris, 1722), oij, pour la première fois, est exposé méthodiquement le système du renversement, permettant de ramener l'accord à son état fondamental.
Rameau reproduit l'expérience de Zarlino pour ladivision harmonique de la corde (i, 1/2, i/3, 1/4, i/5, 1/6), et déclare que l'accord parfait est donné par la nature.
Mais il est moins catégorique en ce qui concerne la division arithmétique (i, 2, 3, 4, 5, 6, résonnancc inférieure) donnant l'accord parfait mineur. Il est très probable cependant que sa conviction intime sur ce dernier point était conforme à celle de Zarlino; en effet, l'auteur anonyme d'un ouvrage paru en 1762 et intitulé: Eléments de musique théorique et pratique , suivant les principes de M. Rameau, énonce formellement, page 20, le principe de la résonnance inférieure (2).
Consciemment ou non, ce principe apparaît du reste en maint endroit, dans les divers ouvrages de Rameau, et même dans son traité.
Son système de la Basse fondamentale, impliquant le déplacement du son générateur de l'accord, \a. prime, n'est pas autre chose que l'idée de Zarlino. Cette théorie est une innovation, par rapport à l'usage de la basse continue, ainsi que Rameau prend la peine de nous l'apprendre, page 206:
(i) Voir les deuxième et troisième livres.
(2) Cet ouvrage est attribué à d'Alembert: toutefois, Condiliac, dans l'approbation qu il fut chargé de formuler au nom du roi, s'exprime ainsi :
« M. Rameau doit être Hatté de voir à la portée de tout lecteur intelligent un systcmedont
• il a découvert les principes, et qui, cerne semble, pour dtre apprécié n'a besoin que d'être
« connu. »
« A Paris, ce 33 novembre x-'bi. »
« Il ne faut pas confondre, dit-il, la progression diatonique d'une basse dont nous parlons à présent (basse continue) avec la progression consonnante dont nous avons donné des exemples. Cette basse que nous appelons fondameîitale ne porte que des accords parfaits ou de septième, pendant que la basse ordinaire, que nous appelons continue^ porte des accords de toute espèce. Ainsi, cette basse fondamentale servira de preuve à tous nos ouvrages. »
Rameau déclare en propres termes, page ix, « qu'il n'y a qu'un seul accord dont tous les autres proviennent ». Cependant il reconnaît une existence distincte aux deux accords parfaits et à l'accord de septième.
Dans un exemple où il veut prouver la genèse de cet accord de septième, il reproduit une cadence de Zarlino (page 68):
h laquelle il ajoute une basse fondamentale :
i Il
OÙ l'on peut voir le principe des deux cadences de sens opposé en mineur et en majeur.
Tonique Dom''
lï o^
Dom'' Ton.
Un fait plus significatif vient à l'appui de cette opinion : Rameau appelle sixte ajoutée la note supérieure (re, par exemple) dans la disposition harmonique bien connue :
et il traite cette note mélo-
dique ascendante, ajoutée à l'accot^d parfait, comme une vraie dissonnance, qu'il ne confond nullement avec la septième.
Il est difficile de ne pas voir là le principe même à Taide duquel nous avons vérifié le sens différent du mouvement mélodique, suivant le mode, dans chacune des cadences (voir chap. vu, p. 112). On ne saurait cependant rien affirmer sur les idées de Rameau relativement aux modes de sens inverse : il a sans doute pressenti la véritable théorie, plutôt qu'il ne l'a comprise nettement.
Au surplus, la rédaction de son traité est extrêmement lourde et diffuse : en maint endroit, il énonce des principes contradictoires.
C'est ainsi notamment qu'après avoir déclaré (page 1 38) que « la mélodie provient de l'harmonie », il constate (page 329) qu'« il est difficile de réussir parfaitement dans les pièces à deux et à trois parties, si l'on ne compose toutes les parties ensemble, parce que chaque partie doit avoir un chant coulant et gratieux » {sic).
Cette dernière assertion, plus raisonnable que l'autre, nous autorise à considérer Rameau comme ayant vraiment compris le rôle prépondérant de la mélodie dans la musique, et celui des deux résonnances naturelles dans la formation de l'harmonie.
Après Rameau, c'est au célèbre violoniste Tartini, auteur du « Trille du diable », qu'on doit la reprise et la continuation des théories avancées par Zarlino.