LE MADRIGAL
A l'époque de la plus belle floraison du motet, nous voyons la musique profane aff"ecter une forme assez indéterminée qu'on désigne sous le nom générique de madrigal.
Rien n'est plus imprécis que ce mot, dont i'étymologie même est incertaine (i) et les applications extrêmement variables.
Originairement, le madrigal paraît avoir été une composition vocale écrite en général pour chœur de trois à six voix, sur un sujet profane et le plus souvent erotique. La vogue de ce genre de composition se répandit rapidement au cours de le seconde moitié du xvi« siècle, et persista même au siècle suivant (2).
Entre la chanson polyphonique et le madrigal, la délimitation est malaisée, aussi bien comme date que comme forme. On doit pourtant considérer le madrigal comme postérieur, parce que c'est en lui que viennent se résumer et se confondre toutes les formes musicales qui servirent de transition entre la fin de V époque polyphonique et le début de Vépoque métrique.
Il semble que ce genre de musique ait longtemps oscillé entre l'art
(r) On ne connaît guère pour cette appellation d'autre origine que les mots mandra (troupeau) tl gai (naéiodie), empruntés à, la vieille langue provençale.
le mot espagnol nudiugada (aube) offre aussi une ana'ogie intéressante.
(2) Il existe encore de nos jours, en Angleterre, une association dont le but est de favoriser la culture de cette sorte de composition : c'est la « Madrigal Society », de Londres, fondée en 1741.
du geste et celui de la parole. Sans doute, le madrigal est principalement issu du motet, forme dramatique nettement basée sur la rythmique expressive du langage ; mais, en raison des milieux et des sujets profanes qui lui sont plus spécialement réservés, il obéit aussi h la rythmique essentiellement populaire du geste.
Dans son état primitif, le madrigal était traité d'une façon exclusivement musicale : chacune des voix y concourait pour sa part à l'exécution, comme dans le motet; cependant, un .moindre souci de l'expression, une disposition vocale plus facile, plus négligée, et souvent plus voisine de l'harmonie plaquée que de la polyphonie, y apparaissaient déjà.
Sous ce premier aspect, le madrigal n'était autre chose qu'une sorte de motet profane, avec paroles en langue vulgaire, ce qui l'apparentait à la chanson, dont il adoptait parfois la division en couplets. Mais, au moment où l'esprit renaissant s'empara de l'art musical, c'est-à-dire vers la fin du xvi« siècle, le madrigal ne tarda pas à affecter deux manières d'être très différentes, dont nous allons donner une brève description, nous réservant de les étudier à part et d'une façon plus complète dans les deux autres parties du cours de composition, lorsque nous traiterons des formes svmphoniques ex. dramatiques auxquelles ces transformations du madrigal simple donnèrent naissance.