SONATES POUR VIOLONCELLE
Dév. très court, fourni presque entièrement par A et par un épisode tiré de B ;
Réexp. normale avec conclusion en la.
3° Adagîo consistant en une phrase de forme binaire, en ur, qui émane très certainement de la mélodie de V Introduction : cette mélodie elle-même reparaît in extenso, après l'Adagio, pour servir d'enchaînement au finale.
4° Allegro vivace, en ur Type S (modifié).
Exp. Th. A, en UT.
— Pont et th. B, en SOL, ne formant, pour ainsi dire, qu'un seul corps. Dév. très court.
RÉEXP. conforme à Vexposition.
— Dev. term., plus important que le dév. central, pour clôturer toute l'œuvre.
L'op. 102 n" 2, en «£■, est la seule Sonate pour violoncelle qui n'ait point d'Introduction. Le premier mouvement est régulier, et l'on peut estimer V Adagio l'une des plus hautes inspirations mélodiques de Beethoven ; sa forme est simple : c'est un Lied en trois sections dont la dernière est enchaînée par un conduit avec le finale-Fugue ; mais combien ce chef-d'œuvre dépasse l'ancien Andante-Lied de Haydn et de Mozart, au point de vue de la signification expressive !... Une phrase ternaire, en i-e, s'impose: calme en sa première période, elle s'émeut dans la deuxième, jusqu'au cri de douleur, tandis que la troisième période, plus courte, semble ramener la confiance et la tranquillité. Bientôt, dans la a* section du Lied, en ré [i], apparaît une céleste mélodie qui plane et chante jusqu'au retour du thème, troublé cette fois par un dessin plus inquiet. Le thème terminé, une nouvelle phrase mélodique s'élève, pour préparer le finale dans lequel s'accuse la prédilection de Beethoven pour la Fugue, à cette époque de sa vie.
On voit par ces quelques observations que les Sonates pour violoncelle méritent, plus que les Sonates pour violon, de retenir l'attention des musiciens, car elles contiennent, sous le rapport de la construction, une plus grande part d'innovation ; leur intérêt, toutefois, ne saurait être mis en parallèle avec celui des Sonates pour piano.
(i) Comme nous le verrons dans la Seconde Partie du présent Livre, César Franck, dans son 1" Trio, en fa H , semble être parti d'une idée similaire. Dans le premier mouvement de ce Trio, le second thème, qui régit l'œuvre entière, paraît assez proche parent de la mélodie beethovénienne en RÈ-
374 LA SONATE DE BEETHOVEN
Celles-ci, en effet, constituent avec les neuf Symphonies et les seqe Quatuors à cordes un monument incomparable, dont les inépuisables enseignements, la durée déjà séculaire et la constante sincérité réalisent au plus haut degré de perfection, dans le domaine de la musique instrumentale, les conditions essentielles de l'œuvre d'art, telles que nous les avons exposées dans l'Introduction du Premier Livre de ce Cours (i).
Sans doute, le but didactique de cet ouvrage nous obligeait à donner ici la première place aux enseignements techniques contenus dans l'œuvre beethovénien, à les exposer le plus nettement possible, à en faire ressortir enfin l'importance primordiale par de nombreux exemples et des commentaires détaillés. Mais -il n'en faudrait pas conclure que les lois de structure organique et tonale, indispensables à toute composition musicale, aient pu se confondre à aucun moment dans notre esprit avec la musique elle-même.
De telles lois, comme toutes les lois, ne sont à aucun degré l'expression de volontés ou de caprices individuels ou collectifs : elles résultent d'un état de choses qu'elles contribuent à ordonner, à perfectionner et surtout à conserver. On les constate, on les formule : on ne les crée point. Dans la musique symphonique, elles se vérifient à chaque instant, mais il ne suffirait pas de les appliquer scrupuleusement pour devenir, par cela même, un musicien; et elles ne sauraient nous donner, à elles seules, la « révélation de la musique », pour nous servir d'une expression de Beethoven, à qui nous donnons ici la parole une dernière fois.
Aussi bien, ce chapitre lui étant consacré spécialement, c'est à lui qu'il appartient de conclure :
« Ainsi que des milliers de gens, dit-il (2), se marient par amour, « chez qui l'amour ne se révèle pas une seule fois, bien qu'ils en « fassent le métier, ainsi des milliers de gens cultivent la musique et « n'en auront jamais là Révélation .' »
(i) Voir \" liv., Introd., p. 14 et i5. (3) Conversation avec Bettina Brentano.
LA SONATE