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LES CONTEMPORAINS DE BEETHOVEN

chez d'autres, une tendance analogue : cette intrusion du trait dans la forme Sonate provient des usages du Concerto à solistes, dont nous étudierons la forme et le style dans la Seconde Partie du présent Livre. Une telle confusion de genres si différents ne pouvait avoir d'autre résultat que d'abâtardir la belle forme Sonate, et nous verrons bientôt que les meilleurs Romantiques, Schubert et Weber lui-même, ne purent se soustraire complètement à cet effet désastreux.

On possède de Hummel huit Sonates pour piano et violon et six pour piano, soit à deux mains, soit à quatre, soit même à trois ! Les quatre Sonates à deux mains sont les plus intéressantes (op. i3, en Mi\?, Sonate de r Alléluia', op. 20, en^a, dédiée à Haydn ; op. 81, en/ajf,et op. 106, en RÉ, datant de 1820).

John FIELD, né à Dublin, fut élève de Clementi et le suivit, d'abord à Paris, puis à Saint-Pétersbourg où il s'établit et acquit bientôt une grande renommée. Il écrivit quatre Sonates pour piano dans lesquelles l'influence beethovénienne est manifeste. Ensuite il renonça à cette forme et produisit des espèces de « miniatures musicales », à la manière de celles qu'on intitula originairement Bagatelles. On doit aussi à Field la « création » du genre Nocturne pour piano, qui fut depuis si répandu.

Ferdinand RIES naquit à Bonn, comme Beethoven, dont il fut même le seul véritable élève pendant quatre ans, de 1800 à 1804. Il écrivit une biographie de son maître, en i838, et mourut à Francfort, où il était directeur de la Cecilien Verein. Ries est l'auteur d'une Sonate pour violoncelle et de vingt Sonates pour violon.

Friedrich Wilhelm Michael KALKBRENNER, élève du Conservatoire de Paris, remporta de grands succès comme virtuose entre 1806 et 18 14; il voyagea ensuite pendant une dizaine d'années et revint se fixer, en'" 1824, à Paris, où il devint associé de la maison Pleyel.

En passant par l'Allemagne, il avait subi sans doute l'infîuence de Beethoven : aussi écrivit-il treize Sonates pour piano (dont trois à quatre mains) et quatre Sonates pour violon. Mais il ne tarda pas à se montrer jaloux de l'auteur des neuf Symphonies, pour lequel il manifestait, à tout propos et hors de propos, un fâcheux dédain (i). Il se borna dès lors à écrire, comme la plupart des virtuoses de son temps, des pièces de piano « pour salon ».

Toutes les œuvres de Kalkbrenner, sans exception, n'ont d'autre but que de faire valoir, au détriment de la musique, l'agilité des doigts de l'exécutant,

(i) Voir W. Je Lenz., op. cit.

Ignaz MOSCHELES, né à Prague, travailla, ainsi que Hummel, avec Albrechtsberger et Salieri, à Vienne, où il connut également Beethoven : il devint même son ami et fut chargé par le maître de préparer la transcription pour piano de Fidelio. Il s'établit à Londres en 182 1, puis en 1846 à Leipzig, où il mourut. Il écrivit une Sonate caractéristique^ op. 27, une Sonate mélodique, op. 49, et un grand Duo pour deux pianos, en forme Sonate, op. 92, intitulé Hommage à Haendel.

Karl Maria Friedrich Ernst, baron von Weber. lySô-J- 1824

Franz Peter Schubert 1797 f 1828

Jakob LuDWiG Félix Mendelssohn-Barthoi.dv. . 1809 f 1847

Frédéric-François Chopin 1 809 f 1849

Robert Schumann i8iof i856

Ces cinq compositeurs appartenant à la période romantique n'ont donné à la forme Sonate aucun essor nouveau : par l'effet de leur inaptitude à la construction ou de leur simple indifférence, ils l'ont laissée telle qu'elle avait été consacrée avant eux par Haydn, Mozart et Beethoven, se bornant à y introduire cette exagération expressive qui caractérise, dans tous les domaines, les productions du Romantisme. Ainsi, cette époque, pourtant si féconde en tentatives nouvelles dans la littérature et les arts plastiques, semble submerger peu à peu la belle forme Sonate sous le flot chaque jour grossi des « morceaux romantiques », pièces fantaisistes et sans formes nettes, dont il sera question à propos du genre descriptif et du Poème Symphonique dans la Seconde Partie du présent Livre. Et c'est seulement à l'Ecole Française contemporaine qu'il était réservé d'accomplir la véritable rénovation cyclique de la forme symphonique traditionnelle (voir ci-après, p. 422 et suiv.).

Karl Maria von WEBER naquit à Eutin, dans le duché d'Oldenbourg, d'une famille de musiciens apparentée à la femme de Mozart, Konstanze von Weber. Il s'occupa d'abord de lithographie et contribua beaucoup à perfectionner les procédés que venait de découvrir Senefelder ; mais il ne tarda pas à abandonner cet art pour la musique, qu'il étudia à Vienne avec l'abbé Vogler. Après avoir occupé divers postes, notamment à la cour de Wurtemberg, Weber fut nommé chef d'orchestre du théâtre national à Prague, en i8i3 ; peu de temps après, en 1816, !e roi de Saxe le chargea d'organiser à Dresde un Opéra allemand. C'est donc principalement dans le Troisième Livre de cet ouvrage que nous étudierons le rôle de Weber dans l'art musical dramatique : ses

œuvres de forme Sonate, qui sont beaucoup moins importantes, se répartissent ainsi :

1° six Sonates progressives pour piano et violon, op. 22 ;

2° première Sonate pour piano seul, en f/r, op. 24 (18 12) ;

3° deuxième Sonate pour piano seul, en la i>, op. 3g (1816) ;

4° Duo concertant pour piano et clarinette, en Mi i>, op. 48 (1816) ;

5° troisième Sonate pour piano seul, en ré, op. 49 (1816) ;

6° quatrième Sonate pour piano seul, en ;;n', op. 70(1819-1822);

7" une Sonate pour piano à quatre mains.

Les quatre Sonates pour piano seul, que Spitta qualifie assez justement de « Fantaisies en forme Sonate », méritent d'être étudiées, non pour leur construction, parfois très imparfaite, mais pour les trésors d'invention que le génie si prime-sautier de Weber y dépense, afin de suppléer, sans doute, à son inexpérience de l'architecture.

Cette fantaisie, souvent si séduisante, suffit amplement à alimenter l'intérêt des expositions et réexpositions ; mais il n'en est malheureusement pas de même dans les parties de développement, toujours défectueuses.

On retrouve dans toutes ces œuvres, comme dans le Freischûti et dans Eurjanthe, l'influence du Romantisme allemand, se dressant comme une perpétuelle protestation contre l'opéra italien et contre la musique française, dont le goût s'était répandu simultanément dans la plupart des Cours allemandes depuis la fin du xviii^ siècle.

Chez Weber, le mouvement initial de la Sonate affecte presque toujours un aspect dramatique et parfois même tragique. Le finale, au contraire, redevient un simple divertissement, en général de forme Rondeau, sans s'élever jamais à la haute portée qu'avait su lui donner Beethoven : de ce côté, il y a un véritable recul, comme si Weber avait voulu plutôt se rapprocher du style de Haydn. Dans les pièces lentes, on voit apparaître pour la première fois un procédé dont on a gravement abusé depuis, et qui consiste à faire entendre un même thème avec plusieurs harmonies différentes, en modifiant les « accords » employés sans toucher aucunement à la mélodie.

Nous donnons ci-dessous le plan de chacune des quatre Sonates de piano.

Première Sonate, op. 24, en ut. — Dédiée à la grande-duchesse Maria Paulowna.

— Composée à Berlin, en 181 2.

— En quab-e mouvements (S. L. AL R.) :

^0 Allegro, tn VI ^ de forme Sonate.

Exp. Th. A à la T.

— Pont et Th. B, très agogiques et ne se distinguant pas nette-

ment l'un de l'autre.

Dév. sans intentions précises et modulant à des tonalités assez mal

choisies, comme ré.

RÉEXP. Th. A, en Ml t).

— Pont et Th. B à la T.

2° Andante, eviFA, construit comme un Lied simple.

[. Thème principal en FA.

II. Exposition de trois thèmes nouveaux en UT, ut tx. RÉ :>. m. Thème principal en FA, réexposé quatre fois sur des harmonies différentes, avec une sorte de développement mélodique .

3° Minuetto, en mi, ayant la forme normale d'un Scherzo. 4" Rondo en ut : le célèbre Motum perpetuuni, sans autres particularités que son rythme continu et son extrême rapidité.

Deuxième Sonate, op. Sq, en la^ . — Dédiée à Frantz Lanzka.

— ■ Composée à Prague en i8i6.

— En quatre mouvements (S. L. M. R.) t

1° Allegro moderato, en la \>, de forme Sonate.

Exp. Th. A, en deux fragments [a' et a") n'offrant aucune espèce ae parenté l'un avec l'autre.

— Pont agogique.

— Th. B, qui commence sur la D. de MI b et se décompose en deux

phrases : b', sans grand cara;tère mélodique, et b", purement agogique, suivant l'usage du trait de Co«cer/o. Tout ce thème B se dégage difficilement du ton de LA [>.

Div. qui contient une troisième idée G, assez éphémère, en fa, et vaguement analogue au fragment a".

RÉEXP. partielle des deux idées : le fragment a' est enchaîné au fragment b", sans que a" ni b' soient réexposés ; la conclusion contient quelques éléments de b .

2» Andante en forme de grand Lied (LL), en ut, divisé en six sections toujours terminées par des cadences conclusives donnant à chacune d'elles l'aspect d'une véritable fin. Ce défaut de construction se retrouve chez la plupart des compositeurs qui, comme Weber, savent peu et mal développer leurs idées.

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