‹ Cours de composition musicale (volume 4)Chapitre 41 sur 150 · LES COMPOSITEURS ALLEMANDS · texte numérisé non relu

LES COMPOSITEURS ALLEMANDS

DiETRiCH Becker i554-j- 16. .

Johann Hermann Schein. . . . 1 586 f i63o

Samuel Scheidt 1687 t '7^4

Clamor Heinrich Abel 16. . -j- 16. .

Heinrich Johann von Birer. . . 1644-}- 1704

Johann Kuhnau 1660 -j- 1722

Georg Friedrich Haendel. . . . i685 -j- 1759

Johann Sébastian Bach . . , , 1 68 3 f 1700

Dietrich BECKER, de Nuremberg, étudia à Venise sous Andréa Gabrieli. Son style pourrait servir de trait d'union entre l'art contrapontique des Gabrieli et celui des Corelli et des Kuhnau.

Becker laissa deux recueils publiés à Hambourg, en 1668 : l'un, de Sonates pour violon en forme Suite ; l'autre, de pièces instrumentales avec basse continue, sous le titre Musikalisc/ie Friihlings-Friichte. Ces publications furent très répandues en Allemagne, où elles contribuèrent efficacement à l'éducation des compositeurs.

Johann Hermann SCHEIN, Saxon, étudia le droit à l'Université de Leipzig, puis embrassa la carrière musicale et devint finalement caiitor de l'école Saint-Thomas de Leipzig, en 1616.

Il publia, en i6ij, un Banchetto musicale îieivei- animithiger Padoaiten Gagliarden, etc., comprenant vingt Suites de cinq danses chacune, pour la plupart ainsi disposées : 1° Pavane, 2° Gaillarde, 3° Courante, 4° Allemande, 5° Tripla (Gigue). Ces Suites sont à quatre et cinq voix.

Samuel SCHEIDT, né h Halle, apprit la musique à Amsterdam sous la direction de Sweelinck, et devint par la suite maître de chapelle du Margrave de Brandebourg, à Halle, où il mourut.

Outre de nombreuses œuvres d'orgue, Scheidt laissa deux livres de Ludi musici (1621-1622), recueils de Paduanen, Gagliarden, Allemande, Can\onen und Intraden, à quatre, cinq, six et sept voix

Clamor Heinrich ABEL, Concertmeister de la cour de Hanovre, écrivit trois livres de Suites instrumentales {Allemande, Courante, Sarabande et Gigue), publiés de 1674 à 1687, sous le titre Erstlinge musikalischer BUimen et réimprimés en 1687 sous le nom Opéra musica.

Heinrich Johann von BIBER, violoniste, né en Bohême, mourut à Salzbourg, où il occupait le poste de maître de chapelle de l'archevêque, après avoir séjourné à la cour de Bavière.

On connaît de lui, outre six Sonates pour violon (1681) qui sont

,^4 LA SUITE

d'un grand intérêt pour l'étude de cet instrument, deux autres Sonates ou Suites instrumentales, publiées en 1676 avec la singulière mention : ta}7t aris quant aulis servientes (i).

Johann KUHNAU, l'un des plus importants compositeurs allemands de l'époque antérieure à Bach, né à Neu-Geysing (Saxe), ne fut pas seulement un musicien, mais un profond érudit, versé dans la connaissance du grec et de l'hébreu. Reçu avocat à l'Université de Leipzig, il exerça longtemps cette fonction conjointement avec celle de cantor de l'école Saint-Thomas, poste auquel il avait été appelé en remplacement de Kuhnel, en l'année 1684; il devint, en 1700, directeur de la musique de l'Université.

Esprit chercheur et inventif, Kuhnau laissa dans tous les genres un grand nombre d'ouvrages, parmi lesquels il faut citer son Traité de Composition encore manuscrit, et le roman intitulé le Charlatan musical (der fnusikalische Quacksalber), publié en 1 700 et contenant la critique des musiciens italiens de son époque.

Kuhnau fut le premier qui osa écrire des Sonates de Chambre pour clavecin seul, le titre de Sonate étant jusqu'alors, en Allemagne, exclusivement réservé aux œuvres pour violon, conformément àsonétymologie. Il composa environ vingt-sept Suites ou Sonates (2): celles qu'il intitule Biblischeii Historien (1700) seront examinées dans la Seconde Partie du présent Livre à titre d'origines du Poème Symphonique, et l'on verra ci-après (chap. m) les sept Sonates rassemblées sous la dénomination de Frische Klainer Friichte (1696) ; les seules que nous ayons à retenir ici sont les quatorze Suites en deux livres, publiées sous le titre Neue Klavier Uebiing.

Le I" livre, paru en 1689, contient sept Suites ou Partien, dans tous les tons majeurs employés sur le clavicorde, c'est-à-dire ut, ré, MI, FA, SOL, LA, SI b ; chaque Partita est divisée en Prélude (le plus souvent suivi d'une Fugue), Allemande, Courante, Sarabande et Gigue.

Le II' livre, qui est le plus remarquable, fut gravé en 1692 et édité à nouveau en 1695, 1703 et 1726. Il consiste en sept Suites dans les tons mineurs, suivies d'une Sonate en si\> très appréciée à son époque.

(i) Nous devons mentionner ici, à son rang chronologique, Henry Purcell (i658 f lôgS), organiste del'abbaye de Westminster depuis 1680. Cet Anglais, le seul qui mérite d'être cité dans cette période de l'histoire de la Suite, fut surtout compositeur de théâtre ; on connaît de lui, cependant, douze Sonates pour deux violons et basse continue (i683), plus huit Suites pour instruments à clavier, parues sous le titre Lessons for the Haipsichord or Spinnet etimprimées en i6g6. Elles sont toutes parfaitement construites, et l'uned'elles notamment, la 5» en UT, est composée de huit pièces que l'auteur intitule Prélude, Almand, Courante, Saraband, Cebell (Gavotte), Minuet, Riggadnon, Mardi.

(2) Les œuvres complètes pour clavecin de Kuhnau ont été éditées d'après leur texte original dans les Denkmàler Deulscher Tonlciinst (Breiikopf et Hârtel, 1901).

MS

Le Prélude de la i" Suite, en ut, est tout à fait séduisant par la forme soignée de ses contours mélodiques et l'élégance de son style presque identique à celui de J.-S. Bach. Il paraît du reste fort probable que Bach avait attentivement étudié les oeuvres de son prédécesseur à l'école Saint- Thomas. Ce Prélude est en deux parties; l'une, agogique, débute ainsi :

La seconde est d'un mouvement plus calme, quoique son dessin principal et son rythme soient tirés de la première ; nous donnons ici tout le commencement de cette seconde partie, afin d'en mieux montrer l'analogie avec certaines pièces de Bach :

^ jTJin

^fP'^f^p

,1- -I-— Jl J

tri (; jj

=ffffT

Mé

LA SUITE

La 7* Suite, en si, est également pleine d'intérêt, depuis le Prélude rempli d'une gaîté « bon enfant » jusqu'à la charmante Gavotte que nous reproduisons ici tout entière :

Gavotte

Ai^M

4'*jrç^

gsi

Ér-

TI

hU

tr~

iïU

On peut donc dire de Kuhnau qu'il fixa, en Allemagne, l'ordre des pièces de la Suite (i).

Qeorg Friedrich H/ENDEL, né à Halle, fils d'un barbier de la cour^ commença par s'établir à Hambourg où il se lia, puis se brouilla avec Mattheson, et composa de nombreux opéras. De 1707 à 1710, il voyagea en Italie, puis se rendit à Hanovre et de là à Londres, où il se fixa défi-

(1) Dans une Cantate écrite en l'honneur de l'électeur Johann-Georg, vainqueur des Turcs (if.S^), Kuhnau employa aussi pour la première fois, croyons-nous, un procédé d'expression repris, il y a quelque trente ans, par le compositeur flamand Peter Benoît ; il faisait arriver successivement, par les diverses rues qui donnaient sur la place centrale de la ville, des groupes chantants qui s'unissaient ensuite en un ensemble grandiose.

nitivement en qualité de directeur des Académies musicales et de plusieurs théâtres d'Opéra.

Son bagage syinphonique se compose de douze Sonates pour violon ou flûte avec basse continue ; treize Sonates pour deux hautbois ou violons avec basse continue et dix-huit Suites de danses pour le Clavecin, en deux livres, œuvre où l'on reconnaît l'influence de Kuhnau, auquel il ne craint pas d'emprunter des passages entiers reproduits textuellement, sans même chercher à pallier le plagiat.

Johann Sébastian BACH (voir ci-dessus, p. 76 et suiv.). Bien que les Suites de Bach ne puissent être classées parmi ses œuvres les plus géniales, on peut néanmoins dire qu'il porta la forme Suite à son plus haut degré de perfection ; il fut le dernier et le plus complet des compositeurs de Suites, car, après sa mort, c'est-à-dire vers le milieu du xviii* siècle, cette forme disparut complètement pour faire place peu à peu à la Sonate.

Bach écrivit environ vingt-cinq œuvres affectant nettement la forme Suite.

Les premières remontent à l'époque de Cœthen, où, n'ayant pas d'orgue à sa disposition, il écrivait pour d'autres instruments, et plus spécialement pour le clavecin ; on les nomme Suites françaises, bien que cette dénomination ne leur ait point été attribuée par leur auteur.

Les Suites françaises sont au nombre de six, comprenant chacune six ou sep/ pièces, sauf la première qui n'en compte que quatre et la dernière qui en a huit; toutes commencent par une Allemande et se terminent par une Gigue.

La plus remarquable est la sixième, en mi, divisée en Allemande, Courante, Sarabande, Gavotte, Polonaise, Bourrée, Menuet, Gigue, le tout sur la même tonique, sans changement de mode.

Ces Suites datent de 1721 et 1722.

Les six Suites dites anglaises sont d'une époque postérieure; on y voit

apparaître, comme dans les Suites de Kuhnau, le Prélude qui, fort court

• dans la première, devient très développé dans les cinq autres, affectant

même, dans la sixième, la coupe de l'Ouverture française du xvii' siècle,

Andante et Allegro (i).

A part la première, ces Suites sont toutes composées de six pièces ; la troisième, en sol, esta étudier particulièrement; elle comprend :

1° un Prélude type, modulant aux tonalités de la Fugue, sans retour au thème initial dans la tonalité principale;

(i) Voir 11 Seconde Partie du présent Livre.

148 LA SUITE

2» une Allemanie, courte relativement à la longueur du Prélude ;

3° une Courante ;

4° une Sarabande intéressante,

dans laquelle le retour à la tonalité est elTectué à l'aide d'une modulation enharmonique :

Sa disposition est assez exceptionnelle dans les pièces de clavecin de l'époque ; cette Sarabande est suivie d'un Double, où la mélodie est présentée avec d'innombrables « agréments » ;

5° une Gavotte très connue (suivie de sa Musette) :

6» une Gigue à 12/8, dont la seconde partie présente le thème renversé, ce qui est assez fréquent dans les gigues de Bach.

Nous arrivons maintenant aux six Partitas que le maître grava luimême et qui sont certainement les plus remarquables de toutes ses Suites. Elles datent de l'année 1731 et forment la première partie du recueil intitulé Clavierïibung.

La I" Parlita, en si t), se clôt par la curieuse Gigue que nous avons donnée comme exemple de cette forme (voir ci-dessus, p. 1 17).

La 2* Partita, en ut, s'ouvre par une Sinfonia en forme d'Ouverture française et contient, de plus, un Rondeau exactement conforme au type si fréquemment employé par Couperin et Rameau.

La 4* Partita est en RE et commence également par une longue Ouverture.

Cette œuvre est, par l'indéniable beauté de ses thèmes, la plus remarquable du recueil : toutes ses pièces paraissent construites sur un même schème mélodique, disposition à peu près sans exemple dans le genre de la Suite.

L'Allemande, qui suit l'Ouverture, présente une de ces longues phrases comme le maître de la Mattheus-Passion, seul, sut en créer. L'admirable mélodie s'impose d'abord en une ligne simple, mais éminemment expressive :

Allemande

Ni.

pjm fp^^^

puis elle monte, monte toujours, en s'adornant au passage de volutes exquises comme celles des alléluia grégoriens, et cette ascension dure vingt-cinq mesures, sans que le chant cesse un instant d'être expressii sans que l'intérêt faiblisse une seconde, jusqu'au repos à la dominante si glorieusement conquis I La seconde partie, qui compte trente-deux mesures, ne le cède en rien à la première et gagne majestueusement le repos de la tonique, sans redescendre des hauteurs célestes où plane depuis le début l'angélique mélodie.

Voilà de l'art pur, voilà de la vraie beauté !

Une grave Courante, une douce Aria, une Sarabande délicieusement ornée, un Menuet et une alerte Gigue complètent cet admirable monument dominant de cent coudées le niveau ordinaire de l'ancienne Suite de danses.

La 5' Partita, en soL, qui s'ouvre sur un Prœambulum, contient un Menuet qui semble chercher tout le temps son véritable rythme, pour ne le trouver qu'aux cadences et le perdre ensuite jusqu'à la cadence prochaine.

LA SUITE

Voici les quatre premières mesures de ce morceau :

Menuet

La 6' et dernière Partita est aussi d'une fort grande beauté. Elle commence par un véritable chef-d'œuvre intitulé Toccata, qui mérite une étude particulière.

C'est d'abord un imposant Prélude en mi (i) :

plein de fantaisie et coupé par une charmante phrase mélodique reparaissant en partie dans la Fugue qui suit. Les dernières notes de la cadence tonale de ce prélude servent, en effet, d'entrée thématique à une Fugue, dont le sujet n'est pas sans analogie avec celui du Prélude, Choral et Fugue de C. Franck (voir ci-dessus, p. 97).

Cette Fugue, une des plus régulières que Bach ait écrites, a du reste été analysée en détail au chapitre précédent (p. 58 et ôg).

Des six autres morceaux qui composent cette belle Partita, il faut encore retenir la Courante aux charmantes modulations, VAria d'une religieuse simplicité et la Gigue dont la seconde partie est le renversement de la première.

Après Bach, la forme Suite fut complètement délaissée. Quelques musiciens du xix* siècle, Franz Lachner et Jules Massenet, entre autres, tentèrent cependant, dans leurs Suites pour orchestre, de faire revivre ce titre ; mais, en dehors du titre, rien dans la structure ni dans le

(i) Le manuscrit autographe de Bach porte pour ce dessin initial, sipt triples crochet égales ; on ne sait pourquoi ce texte a été altéré dans la plupart des éditions.

Style de ces pièces symphoniques, éminemment fantaisistes pourla plupart, ne rappelle en quelque manière l'ancienne Suite française, allemande ou italienne.

Seul, Alexis de CASTILLON écrivit, vers iSyijdeux Suites pour piano, qu'on pourrait rattacher aux types que nous venons d'examiner, si la plupart de leurs pièces, fort intéressantes par leur écriture, n'avaient une coupe totalement différente de la forme binaire traditionnelle dans la vieille Suite instrumentale.

Le type spécial de la Suite proprement dite a donc disparu pour jamais, croyons-nous. Mais, pareille à la tradition toujours renouvelée sans cesser d'être elle-même, la Suite défunte est encore vivante dans sa fille aînée, la Sonate, devenue à son tour la mère féconde de presque toutes les formes symphoniques contemporaines.

LA SONATE PRÉ-BEETHOVÉNIENNE

Technique. — i. Définitions. — J. Origines de la Sonate : formation du type ternaire ; réduction du nombre des mouvements. — 3. Le mouvement initial : type S. — 4. Le mouvement lent; la forme Lied: type L. — 5. Le mouvement modéré ; le Menuet : type M- — 6. Le mouvement rapide ; le Rondeau ! type R. — 7. Etat de la Sonate avant Beethoven : le cycle ; le style ; la forme.

Historique. — 8. Divisions de l'histoire de la Sonate pré-beethovénienne. — 9. La Sonate italienne. — 10. La Sonate allemande primitive.— 11. La Sonate dithématique. — 12. Les prédécesseurs de Beethoven.

TECHNIQUE

Page 1