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II. — LES COMPOSITEURS KRANÇAIS

Jacques Champion de Chambonnières. 1610 f 1671

. . . Du Vai i65o f 1723

François Couperin 1668 -f 1733

Jean Ferry Rebel 1669 f 1747

Jean-Philippe Rameau i683 f 1764

Jean-François Dandrieu 1684 f 174(^

Jkan-Marie Leclair 1687 f 1764

Jean-Baptiste Sénaillié 1689 f 1730

Jacques Champion de CHAMBONNIÈRES, issu d'une famille d'organistes, fut claveciniste de la Chambre de Louis XIV, et maître de Couperin et de d'Anglebert. On a de lui de fort intéressantes pièces pour clavecin, en deux livres (1670).

Du VAL fut le premier Français auteur de Suites de danses pour le violon, intitulées Sonates, conformément à la coutume italienne.

Jean Ferry REBEL, né à Paris, l'un des vingt-quatre violons du Roi, devint, en 17 18, compositeur de la Chambre et chef d'orchestre de l'Opéra ; il publia un recueil de douze Sonates pour violon et basse continue, d'autres pour violon seul, et une Fantaisie, également pour violon, qui constitue une Suite, véritable, car elle comprend un Grave, une Chaconne, une Lotire et un TambouriJi.

Une autre « Fantaisie » intitulée Les Caractères de la Dance(i)et restée au répertoire de l'Opéra depuis 1716 jusqu'à 1745, n'est, elle aussi, qu'une Suite dans le style de l'époque. Toutefois, elle était destinée à être dansée et non jouée au concert. Les morceaux de cette Fantaisie s'enchaînent tous (2); quelques-uns même ne se terminent pas, se servant de leur modulation à la dominante pour préparer l'entrée de la danse suivante. Bien avant Leclair, Rebel employa sur le violon les doubles et triples cordes dans ses sonates.

Nous citons ici la Loure des « Caractères de la Dance » comme un exemple d'alternance des rythmes binaires et ternaires dans la musique de ce temps :

Loure

Violon B.C

rjrr r)

François COUPERIN, dit le Grand, est le plus illustre membre d'une famille presque exclusivement composée de musiciens, comme celle des Bach. Nous donnons ci-après le tableau généalogique des membres de la famille Couperin qui se firent connaître dans l'art musical :

(i) M. Pierre Aubry a publié une intéressante notice historique sur cette Fantaisie dont il donne la musique en entier.

(2) Les titres des treize pièces dont cette Suite est composée sont les suivantf • Prélude, Courante, Menuet, Bourrée, Chaconne, Sarabande, Gigue, Rigaudon, Passepied, Gavotte, Loure, Musette et Sonate.

LA SUITE

Charlis Col'pebin' de Chaumes en Brie

Louis

Organiste de

Saini-Getwsis.

François

Sieur de Crouilly

Organiste de Saint-Gervais.

Nicolas

Musicien de chambredu comie de Toulouse.

Organiste de Saint-Gervais

Armand Louis

Organiste de St-Gcrvais ei de Notre-Dame.

Charles

Organiste de SaintGervais.

François

[!e GtanJ)

Clavec:ni.ste de la Chambre du Roi.

Oigani.Me de Saint-Gervais.

iMarianne

Orgnnistc

de l'abbaye

de V.onlbrison.

Mahoueritk-.Antoinetts

Claveciniste

de la Chambre

du Roi.

PlERRF-LoilS

KUANÇOIS-GtRVAlS

Organiste

de Saint-Gervais,

puis de Saint-Merry,

■j- après 1SJ3.

François, né à Paris, fut d'abord organiste à l'église Saint-Gervais en remplacement de son oncle de Crouilly, puis h la Chapelle du roi Louis XIV. Ses oeuvres, véritables tj-pes du style français de cette époque, étaient fort estimées de J.-S. Bach, qui, nous l'avons dit, en avait même copié un certain nombre.

Il publia, outre ses Trios et son Art de toucher le Clavecin (1717), quatre livres de Pièces pour clavecin, composés de 1712 à 1727 et gravés en 1713, 1716, 1722 et 1730 : chaque livre est divisé en plusieurs Ordres (de ordo : troupe rangée en bataille) qui constituent de vraies 5;/»es de pièces, écrites dans la même tonalité, mais changeant parfois de mode sur la même tonique.

Le nombre des pièces contenues dans chacun de ces Ordres est indéterminé, il varie de quatre jusqu'à vingt et une (dans le I" livre) ; mais, en les examinant de près, il est facile de s'apercevoir que plusieurs de ces Ordres sont composés de deux, parfois même de trois Suites dans le même ton, dont chacune commence en général par une Allemande et finit par une Gigue, un Passepied ou une pièce en Rondeau. Ces Suites pour clavecin se rapportent donc sans contredit au modèle de la forme Suite dont nous avons étudié les éléments (p. 107 à 118), puisque, dans chacune d'entre elles, on retrouve l'Allemande (type S), la Courante et la Sarabande (type L), la pièce modérée (type M), et enfin la Gigue (type R) ou le Rondeau français qui lui est substitué.

Le caractère de danse est parfaitement conservé dans les pièces de Couperin. .Ainsi que les Ca/zi^owi de Maschera, elles portent souvent des titres de fantaisie plus ou moins burlesques ou difficilement explicables, comme : la Ténébi-euse, le Barolet flottant, les Culbutes ixc.xbxnxs, les Chinois, les Calolins et Calotines ou la Pièce à irétous ; mais il est facile de rétablir le nom de leur forme véritable : celles

LES FRANÇAIS f>g

que nous venons de citer, par exemple, ne sont rten de moins qu'une Allemande ^nxï Memief,une Gigue,uneLow'e et une Gavotte en Rondeau.

Il ne faudrait pas exagérer l'importance de Couperin au point de vue artistique ; il s'en faut qu'il atteigne dans ses Suites la verve mélodique d'un Scarlatti ou le charme puissant d'un Rameau ; mais il n'en exerça pas'moins une grande influence sur son époque, au point de vue de l'écriture du clavecin et des effets qu'il demandait à cet instrument si monotone par nature.

Dans la préface de son I" livre, il énonce le grand principe de Vexpression, celui qui devrait régir toute la musique moderne : « Le « clavecin, dit-il, est parfait quant à son étendue et brillant par lui- « même ; mais comme on ne peut ni enfler ni diminuer les sons, je « saurai toujours gré à ceux qui, par un art infini soutenu parle goût, « pourront arriver à rendre cet instrument susceptible d'expression. »

Un peu plus haut il écrit : « L'usage m'a fait connaître que les mains « vigoureuses et capables d'exécuter ce qu'il y a de plus rapide et de « plus léger ne sont pas toujours celles qui réussissent le mieux dans les « pièces tendres et de sentiment, et j'avouerai de bonne foi que j'aime « beaucoup mieux ce qui me touche que ce qui me surprend. »

N'est-ce point là la condamnation de beaucoup de virtuoses de toutes les époques et de tous les pays ?

Il faut connaîtrecependant certaines pièces de Couperin qui méritent d'être signalées, notamment :

I" livre : Les Papillons, Passepied qui termine la troisième Suite ;ontenue dans le 2' Ordre.

La première Courante, en ut, dans le 3* Ordre, qui est si curieusement rythmée tantôt à deux, tantôt à trois, et dont nous donnons cidessous les mesures initiales :

Courante

140 LA SUITE

II' livre : Les Moissonneurs, vrai type du Rondeau français, en si t>, à trois Couplets et quatre Refrains ; cette pièce commence le 6' Ordre.

IIP livre : Sœur Monique, Gigue en Rondeau, en fa; i8° Ordre.

Dans le IV' livre, qui est le plus intéressant :

La petite pince sans rire, Passepied en mi ; 21* Ordre.

VArlequine, Passepied en fa ; 2 3' Ordre.

Enfin, dans le 26' Ordre, cette charmante Épineuse, lente Gavotte en fa s, en forme de Rondeau à quatre Couplets et cinq Refrains dont nous avons donné ci-dessus l'analyse (p. i i5 et 1 16) à titre de modèle.

Jean-François DANDRIEU, organiste, mort à Paris, laissa trois livres de pièces pour clavecin et un livre d'orgue.

Jean-Philippe RAMEAU. Pour la seconde fois, nous rencontrons le

nom de ce grand musicien français ( 1 ) et nous le retrouverons à sa vraie place dans le Troisième Livre de ce Cours, lorsque nous traiterons du genre dramatique; c'est alors que nous donnerons en détail l'histoire de sa vie et de sa carrière.

Bornons-nous à rappeler ici qu'avant de devenir l'un des plus grands auteurs dramatiques de l'histoire musicale, Rameau fut longtemps organiste à Paris, à Lille, à Clermont-Ferrand, et qu'il revint enfin, en 1721, dans la capitale, pour occuper les mêmes fonctions à l'église Sainte- Croix de la Bretonnerie. C'est seulement vers sa cinquantième année qu'il aborda le drame musical, où il devait atteindre la plus haute expression de son génie. Entre 1704 et 1733, année où il commença son premier opéra, il écrivit ses pièces de clavecin et de Musique de Chambre.

Son œuvre pour clavecin, la seule qui nous occupe dans ce chapitre, consiste en trois livres.

Le premier (1706), intitulé Prew/er lii>}-e de Pièces de Clavecin composées par M. Rameau, organiste des RR. PP. Jésuites de la rue Saint-Jacques, etc., contient dix pièces; le second (1724), Pièces de Clavessin ai'ec une méthode pour la méchanique des doigts, en compte vingt et une; le troisième enfin (1736) porte le titre Nouvelles Suites de Pièces de Clavecin avec des remarques sur les différents genres de musique, et comprend seize morceaux.

On ne peut douter que ces ouvrages ne soient, comme les Ordres de Couperin, des recueils de Suites dans la réelle acception du terme, malgré la présence de quelques pièces isolées qui pourraient dérouter ceux qui ne sont point familiers avec les usages des auteurs du xviu* siècle ; il ne faut pas oublier que ceux-ci avaient coutume de pro-

(i) Voir 1" liv., p. i35.

fiter de la publication d'une œuvre d'ensemble pour y glisser des compositions n'ayant aucun rapport avec elle : témoin, les livres de Sonates de Ph.-Emm. Bach (voir ci-après, chap. ni), et certaines publications de Mozart. Au reste, le titre même du dernier livre doit ôter toute hésitation à cet égard.

Le I" livre peut se diviser en deux Suites, toutes deux en la ; dans Je II* livre, on compte facilement quatre Suites, deux en wn', une en RÉ, la dernière en ré, plus deux pièces isolées ; le IIP livre contient deux Suites, en la et en sol, presque exclusivement composées de Menuets, plus quelques pièces isolées. Dans chacune des six premières Suites, il n'y a que quatre pièces, simples ou doubles ; dans les deux dernières, il y en a jusqu'à sept. De même que Couperin et la plupart des Français de son temps, Rameau donne à ses pièces de clavecin des titres fantaisistes.

Nous allons indiquer sommairement les particularités les plus intéressantes de ces recueils.

Plusieurs de ces danses furent replacées plus tard par l'auteur dans ses ouvrages dramatiques; c'est ainsi qu'un rôle scénique important est dévolu dans Dardanus à la Bourrée dite Les Niais de Sologne [W livre), et que le Rigaudon intitulé Les Sauvages (III' livre) figure dans les Indes galantes.

Rameau ne s'astreint pas toujours à commencer par une Allemande ni à terminer par une Gigue; ses Suites sont cependant d'un très grand intérêt, non seulement par le choix des thèmes de danses qui y sont employés, mais encore par la structure des pièces présentant parfois des essais de formes nouvelles ; l'adaptation de la forme Rondeau aux danses usuelles y est extrêmement fréquente : dix-sept pièces sur quarante et une affectent cette forme.

IP livre (1724). La Villageoise (i); Bourrée en Rondeau à trois refrains, différant du Rondeau normal, en ce que chacun des deux couplets aboutit à une fausse rentrée du Refrain dans le ton du Couplet, avant le Refrain lui-même.

La 6' Suite, en 7-e, est à analyser tout entière, elle comprend :

1° l'Entretien des Muses (2), Sarabande en re, dont nous avons cité cidessus toute la première partie (p. 1 1 2) comme type de morceau lent. Ses dessins mélodiques, d'un charmesi pénétrant, ne seraient point indignes de D. Scarlatti, ni peut-être même de J -S. Bach.

2° les Tourbillons (3), Gavotte en Rondeau, en ré, à trois Refrains.

(i) Le texte intégral des livres de clavecin de Rameau a été publié par la maison Durand et fils ; la pagination ici indiquée se rapporte à cette édition ; Éd. Durand, p. 33.

(2) Ed. Durand, p. 50.

(3) Ibid., p. 52.

M» LA SUITE

3° les Cycîopes [ï). Bourrée en Rondeau, en ré. d'une forme tout à fait originale assez rare à l'époque. Le Refrain, très long, ayant pour thème le dessin initial.

est composé de trois périodes, dont la troisième est répétée ; puis, vient un premier couplet modulant en la, suivi immédiatement du deuxième Refrain qui s'enchaîne à un développement, aboutissant à un repos au ton de la dominante; enfin, le troisième Refrain, de tous points identique au premier, termine la pièce, dont l'écriture rappelle par ses croisements celle de Scarlatti.

4° le Lardon (2), Menuet court, en /?£, suivi de la Boiteuse, en ré. qui lui sert de Second Menuet.

Dans le III* livre (17116), il faut lire les Trois .Mains (i), Menuet d'écriture croisée, extrêmement curieux, et l'Enharmonique (4), qui présente d'originales successions de tonalités.

Jean-Baptiste SÉNAILLIÉ publia cinq livres de Sonates de violon afiéctant nmurellement la forme Suite, et assez estimées de son temps; elles sont généralement divisées ainsi : 1° Introduction large ou en forme d'Allemande; 2° Com-ante ; 3° Air ou Largo; 4» Gigue ou parfois un autre morceau vif de rythme binaire,

Jean-Marie LECLAIR, l'un des plus célèbres violonistes français, abandonna au bout de peu de temps ses diverses fonctions à la cour ou à l'Opéra pour se consacrer à l'étude de son instrument et à la composition musicale, et mourut en 1724, assassiné à la porte de sa maison.

Il écrivit quarante-huit Sonates pour violon, en trois livres de seize Sonates chacun, mais de valeur très inégale. Dans le II' livre, il fait presque constamment usage de la double corde dans les positions les plus difficiles. Le IIP livre, composé, dit-on, après un séjour auprès de Locatelli, est le plus remarquable et contient des pièces d'un réel intérêt.

(1) Éd. Durand, p. 34.

(i) Ibid., p. 5q. Ce Menuet a servi de thème à .M, Paul Dukas pour ses Variiilions, Interlude et Finale.

(.^) Éd. Durand, p. 07.

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