LES PRÉDÉCESSEURS DE BEETHOVEN
Franz Joseph Haydn 1732 f 1809
WoLFGANG Amadeus Mozart. . . 1736 f 1791 Friedrich WiLHELM RusT . . . . 1739 f 1796
Franz Joseph HAYDN, fils d'un charron musicien de Rohrau-sur- Leitha, fit son éducation comme enfant de chœur à la Stephanskirche
(1) Ces six Sonates furent éditées, croyons-nous, avec une Suite de Chansons, apparemment dans le but d'attendrir les éditeurs et de faciliter la vente... Déjà
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de Vienne. A partir de l'âge de seize ans, ayant perdu sa voix de soprano et, par suite, sa place d'enfant de chœur, il commença à végéter misérablement. Il raconta lui-même plus tard qu'il lui était arrivé fréquemment de remplacer un repas par la lecture,sur un clavecin vermoulu, des belles œuvres qu'il pouvait se procurer. Il fit ainsi véritablement sa nourriture des Sonates wurtembergeoises d'Emmanuel Bach, qui venaient de paraître. Elles suscitèrent en lui le plus grand enthousiasme et lui servirent pour ainsi dire d'éducatrices, au point de vue du style et de l'écriture.
Après avoir essayé de plusieurs métiers, notamment de celui d'accompagnateur chez Porpora, où il apprit à écrire pour les voix, il fut distingué par le comte Morzin qui lui confia la direction de sa chapelle à Lukawec, en ijbg. Enfin, en 1761 , il devint maître de chapelle et directeur de l'orchestre du prince Esterhazy, position qu'il occupa pendant trente ans. Vers la fin de sa vie, en 1790, il commença à voyager et se rendit deux fois en Angleterre, pour diriger ses Symphonies aux concerts organisés par le violoniste Salomon. C'est dans l'un de ces voyages, en passant par Bonn, qu'il connut le jeune Beethoven, son futur élève. Très patriote, Haydn mourut de chagrin, lors de l'entrée des Français vainqueurs dans la capitale de l'Empire allemand en 1809.
Le style musical de Haydn est, sans conteste, la continuation de celui de Philippe-Emmanuel Bach avec lequel il a, surtout en ses premières années de production, bien des analogies. Ses thèmes sont cependant plus caractérisés que ceux du musicien de Hambourg ; ils possèdent cette pointe d'italianisme commune à tous les compositeurs du sud de l'Allemagne, et aussi une certaine allure populaire, assez inattendue chez un maître de chapelle qui passa son existence dans une cour princière.
La Sonate de Haydn est souvent bien plus indéterminée, comme forme, que celle de ses prédécesseurs. Il y intervertit fréquemment les types de mouvements, sans grand souci des habitudes alors en vigueur, terminant, par exemple, la Sonate sur un Menuet varié ou remplaçant la pièce lente du milieu par un Rondeau, etc.
Le Menuet stmh\t être sa forme favorite; il use avec prodigalité de cette danse, abandonnée à l'époque précédente, et qui, dernier legs de la forme Suite, finit par trouver un asile définitif dans la Sonate, où elle engendrera le moderne Scherzo.
Haydn construit la plupart de ses Sonates en trois mouvements ; quelques-unes sont en deux, et la première, seule, en quatre mouvements.
Il écrivit :
1° six Sonates pour baryton (sorte de violoncelle de petite dimension, qu'affectionnait particulièrement le prince Esterhazy) ;
2° trois Sonates pour violon et pianoforte ;
LA SONATE PRE-BEKTHOVENIENNE
i" quarante Sonates pour pianoforte, sur lesquelles trente-sept seulement ont été publiées.
Nous allons passer en revue celles qui, dans cette collection, oflrent par leurs thèmes ou leur structure un intérêt particulier.
La i" Sonate, en sol, publiée en"t767 (i), compte, nous l'avonsdit, quatre mouvements .
l'Allégro d'ancienne (orme, sans reexposition ; io Menuet, en SOL. avec Irio à la tonique mineure ; 3» Adagio, en sol, de forme Suite ; 40 Allegro, de coupe ternaire.
Les six Sonates, op. i3, publiées en 1774 par J. Hummel, à Amsterdam (i), présentent encore des artifices d'écriture (imitations, canons, etc.) qui sentent le travail d'école et une certaine préoccupation d'imiter les anciens maîtres du contrepoint. Les trois dernières figurent, sans raison, dans les éditions allemandes, comme écrites pour le violon.
Les six Sonates, op. 14, imprimées chez Longmann et Broderip en 1776(3), méritent un plus long examen, car elles donnent vraiment la caractéristique de la première époque du maître, celle où l'art et l'esprit d'un Ph.-Emm. Bach régnent en despotes sur sa pensée.
De ces six Sonates, une seule, la 5°, en mi, n'a que deux mouvements; deux se terminent par des Menuets, les trois autres sont construites amsi :
I» Premier mouvement, de forme Sonate;
20 Menuet ;
3" Rondeau, avec reprises variées.
Il est à remarquer que /0M/e5 les pièces finales de cet op. 14, soit Menuets, soit Rondeaux, présentent l'aspect de variations.
Dans le premier mouvement de la 3*. en fa, le second théine (B) semble être sorti de la plume d'Emmanuel Bach :
(i)N»33 des éditions Holle et LitoIflF.
(s) Trois de ces Sonates seulement ont été publiées à nouveau : elle» portent les n" 16, 27 et 28, dans les é.iitions HoUe et Litolff. (3J N» >o k a3,éd. Holle et Litolff.
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mais le trio en fa, du Menuet, otire au contraire un jeu de rythmes contrariés assez rare à cette époque :
VW'l t
La 4* Sonate, en la, a été surnommée la « Sonate des cors », parce qu'une sorte de fanfare de chasse clôt chaque reprise, et circulera tra^ vers le premier mouvement où l'on chercherait en vain un second thème. A la fin de la réexpositioii, les fanfares disparaissent et la pièce s'enchaîne à un conn Adagio, simple transition légèrement modulante entre deux morceaux de même tonalité et de même nature.
Lessix Sonates publiées par Artaria, à Vienne, en 1780 (i), et dédiées à Franziskaet Marianne von Auenbriigger, marquent l'époque médiane de la carrière du compositeur, sa « seconde manière », dirait-on aujourd'hui. Elles apparaissent dégagées de toute influence, et certaines d'entre elles méritent d'attirer l'attention par leur fraîcheur mélodique et leur belle tenue.
Telle la 2' Sonate, en ut S, dont le premier mouvement présente cette particularité que le second thème (B) ne semble d'abord être qu'une transposition du premier (A) au ton relatif; mais on s'aperçoit bientôt que, tout en empruntant à celui-ci ses éléments principaux,* il est conduit d'une façon toute diflerente au point de vue expressif et arrive à former un ensemble complet :
(^ premier thème
(S) premier élément : © second élément
(détaché)
(il N"» 1, 10, u, 12. 1?, et 14 des éditions Hoiie et LiloUI Cours dk composition t. 11, i
LA SONATE l'RE-BEETHOVENIENNE
B) second thème rappel de a'
Itiél
rappel de a"
Le rythme de toute la partie médiane est tiré de ce seconi thème.
la réexposition se fait, comme on pouvait s'y attendre, par une fusion des deux thèmes, car la répétition du second au ton principal aurait engendré nécessairement une fastidieuse monotonie, grave défaut dans la composition musicale.
Le Scher:{ando, en forme de Rondeau varié, qui suit ce premier mouvement, est construit sur une mélodie absolument identique à celle du Rondeau placé au début de la 5« Sonate de ce même recueil. C'est bien à dessein que Haydn traite deux fois ce même thème au cours de la même publication : il s'en est expliqué avec son éditeur en lui enjoignant de mettre au verso du titre de la 5' Sonate une note pour avertir qu'il l'a « fait exprès ».
On peut constater, par les extraits de ces deux pièces que nous donnons ci après, l'utilité de cet avertissement:
LES PREDECESSEURS DE BEETHOVEN
^cherzando
I2Z Sonate)
Rondeau, initial
(5: Sonate I
Quant au Menuet final de cette 2* Sonate il fait présager certains menuets expressifs de La « première manière » de Beethoven :
Le premier mouvement de la 6° Sonate, en ui^ est aussi fort intéressant à cause de l'impoi tance qu'y prend le second thème :
Celui-ci, en effet, s'étale très mélodiquement, suivi de ses complémentaires, en vingt-trois mesures, tandis que le premier thème en compte à peine huit. C'est en cela surtout que Haydn prépare, bien plus que Mozart, l'avènement de la seconde idée beethovénienne.
Parmi les dernières Sonates, un certain nombre ne comptent plus que deux mouvements sans grande corrélation apparente : l'une d'elles, en SOL. consiste simplement en deu.x Rondeaux variés. Mais il en est deux cependant qu'il faut mettre hors de pair, car elles peuvent être
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regardées comme les véritables manifestations de la « troisième manière » de Haydn.
Ces Sonates sont toutes deux en Mii> (i). La première, dédiée à M"" von Genziger, offre certaines particularités frappantes.
Pans le premier mouvement, le second thème (B) est tiré du premier (A), comme dans beaucoup de Sonates précédentes ; mais il suffit d'une très légère modification de degré pour lui donner un aspect tout différent, ainsi qu'on peut en juger par les citations ci-dessous :
I premier thème
rappel de a" an l^S degré.
En outre, la partie médiane, au lieu de procéder par répétitions ou par imitations, prend ici l'aspect d'nn. développement organisé suivant les principes beethovéniens (2) :
Cette conclusion, assez simple, de Vexposition du second thème atteint, au cours de cette partie médiane, une telle envergure qu'on
(1) N" 3 et 9 des éditions Holle et Liiolff.
(3) On étudiera dans le chapitre suivant les principes du vrai développement.
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ne peut s'empêcher de penser par moments à l'/l/Ze^ro initial de l'op. b-] du géant de Bonn, par exemple, à l'apparition des trois notes caractéristiques, sous cette forme :
Enfin, lors de la réexpositioii, le passage de transition entre les deux thèmes grandit notablement et le second thème lui-même se présente à nouveau, sans avoir besoin, cette fois, de l'appui du premier. Ce morceau est vraiment une innovation dans l'ordre de la Sonate.
U Adagio tn si\> est un véritable type du lied à reprises variées, dont nous retrouverons la forme agrandie dans la « première manière » de Beethoven; l'analyse le fera mieux comprendre que la description :