LA SONATE D'THÉ.VUTIQUE
Ph.-Emm. Bach avait aussi rassemblé en un précieux recueil, aujourd'hui fort rare, les portraits de trois cent trente musiciens célèbres, depuis Bacchus, le dieu de la chanson, jusqu'à l'auteur luimême.
Johann Georg Leopold MOZART, le père du célèbre auteur de la Zaïiberjlôle, était fils d'un relieur d'Augsbourg. Il se rendit à Salzbourg, où il devint valet de chambre du chanoine comte de Thurn, puis violoniste de la chapelle de l'archevêque. En 1762, il était nommé maître de chapelle. Musicien distingué, il écrivit, outre son Traité de l'école du violon (1756) qui forma tous les violonistes allemands de la fin du xviii' siècle, un certain nombre de pièces dans la forme ternaire, notamment trois Sonates parues dans le recueil de soixante-douze Sonates en douze livraisons, connu sous le titre Œuvres mêlées, de Haffner (Nuremberg, 1766 à 1767). Dans ces trois Sonates, assez importantes pour l'histoire de cette forme, on trouve fréquemment l'entrée de la seconde idée soulignée par un changement complet de mouvement et de mesure (1).
Georg BENDA, né à Stare-Benadky, en Bohême, fut musicien de chambre à Berlin, puis, en 1760, maître de chapelle du duc de Gotha. Sa célébrité comme compositeur dépassait de beaucoup, en Allemagne, celle de J.-S. Bach. Il écrivit un certain nombre de Sonates de forme ternaire.
Johann Christian BACH, dit le « Bach de Londres », né à Leipzig, fit son éducation musicale sous la direction de son frère Charles-Philippe- Emmanuel. D'abord organiste à Milan, il devint, en 1739, chel d'orchestre et compositeur d'opéras à Londres, où il passa le reste de sa vie.
On a de lui plusieurs recueils de Sonates pour le clavecin, en forme ternaire ; le plus connu est l'op. 5, dédié au duc de Mecklembourg et contenant six Sonates, dont trois sont en deux mouvements seulement.
Johann Wilhelm H/CSSLER, né à Erfurt, pratiqua conjointement avec l'art musical le métier de fabricant de casquettes, voyagea dans toute l'Europe et finit par se fixer à Moscou où il mourut. Compositeur fort intéressant au point de vue de l'écriture du piano, il laissa près de quarante Sonates, dont la forme est assez variable : outre un grand nombre de pièces dans la forme de l'ancienne Suite (Allemandes, Rondeaux, Menuets, etc.), on y rencontre plusieurs pièces lentes en forme lied, et même des morceaux de construction ternaire à peu près régulière, comme dans les véritables Sonates.
Hœsler a publié :
I* quatre Sonates avec une Fantaisie (1775) ',
<i) Voir J.-S. Shedlock : The pianoforte Sonata (Londres, 189S).
3o6 LA SONATE PRE-BEETHOVÉNIENNE
- 2° six Sonates (1776), dont la 6°, en la, contient un finale nettement ternaire comme coupe, car sa partie médiane est distincte des deux expositions, mais très voisin de la Suite par sa tonalité qui oscille de la tonique au relatif dans Vexposition initiale, et du relatif à la tonique dans la réexposition (i);
3° six Sonates faciles [Letchte Sonaten) (1780), dont la première contient un finale de forme ternaire tout à fait régulière ;
4° dix-huit Sonates faciles, en trois livres (1786 à 1788). .
Pietro Domenico PARADISl, né à Naples, fut élève de Porpora et s'établit, vers sa trente-cinquième année, à Londres, où il britannisa son nom (Paradies) et eut de grands succès comme professeur et compositeur de pièces pour piano. Dans sa vieillesse, il voulut revoir l'Italie et mourut à Venise, âgé de quatre-vingt-deux ans.
Son œuvre la plus connue consiste en douze Sonates pour clavecin, imprimées à Londres en 1754 (2' édition à Amsterdam, en 1770). Ces Sonates, qui ne sont point toutes dans la forme ternaire et semblent un alliage germano-italien des styles respectifs de Ph.-Emm. Bach et de D. Scarlatti, sont cependant intéressantes comme écriture, la 8* notamment. Elles sont en deux mouvements, pas toujours de caractère opposé, et pour la première fois dans la Sonate pour clavecin, on y voit apparaître un système d'accompagnement qui consiste à arpéger l'harmonie en triolets ou en doubles croches, au lieu de la soutenir en accords liés :
^^^^^0mm
Ce système que Paradies fut le premier à employer et dont tous les compositeurs, jusques et y compris Mozart, abusèrent singulièrement, est connu sous la dénomination de basse d'Alberti, sans doute en souvenir du nom de son inventeur.