Exp. Th. A, en RÉ
— Passage de transition court ;
— Th. B, en LA, en trois fragments bien déterminés :
ib', phrase mélodique, ] b", passage agogique, ' b", phrase complémentaire suivie d'une coda;
2. Partie médiane, qui garde le rythme de la coda et de la phrase
complémentaire ;
3. Réexp. : Th. B, en RÈ, avec ses trois fragments (b' b" b'") remplaçant A;
— Th. A, en RÉ, formant une simple conclusion, à la place de B.
La Sonate en iit, de 1784, que l'on a longtemps regardée comme faisant partie de la grande Fantaisie en ut (1785), erreur due à leur publication simultanée, est de la même structure que la Sonate analysée ci-dessus. Le second thème y devient extrêmement important, et le Rondeau, qui n'est pas sans offrir une certaine analogie avec celui de l'op. i3de '&Q&xh.oytn{Sojiate pathétique), présente tous les caractères du Rondeau beethovénien que nous étudierons dans le chapitre suivant et qui se différencie notablement de Tancien Rondeau français.
Friedrich Wilhelm RUST, dont les œuvres étaient peu connues avant que son petit-fils, le docteur W. Rust ( 1 ), les eût remises au jour à la fin du XIX* siècle, fut le trait d'union entre Haydn et Mozart, d'une part, et, de l'autre, Beethoven, dont il est le précurseur incontestable. Non seulement son style, déjà très en avance sur son époque, mais son écriture même et son invention mélodique se rattachent étroitement à l'esprit beethovénien, sans pour cela s'affranchir des pures traditions puisées dans les solides études qu'il fit à l'école des Bach.
Né à Woerlitz, près de Dessau, Friedrich-Wilhelm montra dès l'en-
(0 Le docteur Wilhei.m Rust (1832 f 1892) fut le dernier cantor de l'Ecole de Saint- Thomas à 1 eipzig ; il prit une part importante à la publication des œuvres complètes de J.-S. bach, son immortel prédécesseur.
aao LA SONATE PRÉ-BEETHOVÉNIENNE
fance de sérieuses dispositions musicales. Son frère, J.-L. -Anton Rust, avait été employé comme violoniste, en 1744 et 1745, dans les exécutions de la Thomas Sc/nile qui avaient lieu sous la direction du grand Sébastien Bach : il était revenu à Dessau plein d'enthousiasme pour ce puissant génie et animé d'un esprit de prosélytisme qui trouva chez le jeune Friedrich-Wilhelm un sujet admirablement préparé.
Celui-ci se nourrit, en eflet, de la saine musique du maître et, à l'âge de treize ans, il )ouait de mémoire tous les Préludes et Fugues du Clavecin bien tempéré. Malgré ces dispositions remarquables, la famille de Friedrich-Wilhelm s'obstina à l'orienter vers la jurisprudence, étude qui était alors regardée comme indispensable aux jeunes gens. Rust fut donc envoyé à cet effet à Halle, où il fréquenta beaucoup plus assidûment les leçons de Friedemann Bach que celles des professeurs de l'Université A vingt-trois ans, il abandonna définitivement le droit pour la musique et fit de sévères études, d"abord à Berlin, sous la direction de Benda, puis à Potsdam, avec Ph.-Emm. Bach.
Le prince Léopold III d'Anhalt-Dessau le prit alors sous sa protection et l'emmena même avec lui en Italie, en 1 765. Notre musicien séjourna deux ans dans la patrie de Scarlatti et se fixa en dernier lieu à Livourne, d'où sont datées plusieurs de ses œuvres. Ce séjour contribua à modifier son écriture et sa manière ; à partir de ce moment un curieux alliage s'établit chez lui entre le style n galant » mais sérieux des musiciens allemands et le gracieux enjouement des italiens
Rentré à Dessau, il devint, en 1775, directeur de la musique de la Cour, et écrivit alors un grand nombre d'oeuvres pour piano, violon et chant. Vers la fin de sa vie, sous le règne du nouveau prince-électeur Frédéric, il fut chargé de composer de la musique officielle à l'occasion de tous les événements intéressant la principauté.
Ce que l'on connaît jusqu'ici de l'œuvre de Rust comprend (1) :
1 7 sonates écrites spécialement pour le piano (piaiio-foiie 0 çlavicembald), dont 12 seulement ont été publiées.
28 sonates pour violon;
1 sonate pour violoncelle ;
8 sonates pour alto ou viole d'amour;
3 sonates pour harpe ;
6 compositions de musique de chambre (trios, quatuors, etc.) ;
f 1) Le» auvret de F, W. Rust qui ont éié publiées par son petit-fils sont pour la plupart truquées et moderntséei, suivant la condamnable coutume dont les i Herausgeber » allemands semblent s £ire arrogés ie monopole. Toutefois, et malgré les changements introduits dans lécnture instrumentale, la musique -He ces œuvres a éié presque partout respectée , \i véritable icrt du docieur Wilhelni fut de faire figurer dans certaines sonates de scr. aïeul notamment aans ia 5" (en LA), la 8« (en Ml), la io« (en UT), des passages assez considérable» ci même des .morceaux entiers de sa propre composition.
LrS PRÉDÉCESSEURS DE BEETHOVEN 331
10 pièces diverses pour piano ou pour violon (variations, suites pour violon seul) ;
2 livres de lieder (gravés de son vivant) au milieu desquels on rencontre l'admirable Todleukraii^, élégie avec chœurs sur la mort d'un enfant ;
1 recueil de Cantates pour une voix avec orchestre.
Enfin les « œuvres de circonstance » : Chaut des nymphes pour dix voix de femmes, à l'occasion de la réception du roi de Prusse Frédéric- Guillaume (1787) ; Cantate d'église pour la cinquantaine de M. de Marées, surintendant de la Cour(i79i); Cantate de fcte pour la « joyeuse entrée» du prince-électeur, ramenant à Dessau sa jeune femme Amalie de Gastein-Haubourg (1792) ; Motet pour la présentation à l'église de la princesse héréditaire d'Anhalt (1794).
Entre temps, Rust écrivait des divortissenients pour l'Opéra de Dessau : Pirame et l'isbé, Inkîe et Yariko, Krylas et Lalage, sons compter une opérette allemande: le Lundi bleu (1777), et nombre de Cantates pour l'église de la Cour.
Chez aucun des compositeurs de son temps, on ne rencontre, dans l'ordre de la Sonate, les audaces et les innovations qui foisonnent dans l'œuvre de Rust, tant au point de vue de l'instrument à clavier, qu'à celui de la disposition architecturale des pièces. Figurations espacées, traits d'agilité, non pas indifférents comme chez la plupart de ses contemporains, mais tendant toujours à l'expression mélodique, emploi des octaves aux deux mains, croisements dans le but de varier la sonorité, sons harmoniques, etc. ; tout cela est plus rapproché du style moderne que de celui de Mozart ou de Haydn.
C'est principalement dans la forme et la construction que Rust a de quoi nous étonner. Si la première période de sa vie ne nous fournit que d'intéressantes imitations dans la manière de Ph. Emm. Bach, quelque peu mitigées par l'influence de D. Scarlatti, dès la seronde période, vers 1775, la tendance pré-beethovénienne s'athrme, les modulations deviennent plus hardies, les trois pièces de la Sonate se suivent d'un seul tenant, disposition à peu près abandonnée depuis la Sonate italienne. Mais c'est surtout à partir de la troisième période (1792) que l'originalité du maître de Dessau s'épanouit dans sa plénitude.
11 établit délibérément la Sonate en deux mouvements, form.e qu'on ne retrouvera que dans les dernières œuvres de Beethoven ; bien mieux, il adopte pour quelques-unes de ces sonates le thème unique générateur des principales parties mélodiques de l'œuvre, et semble ainsi prévoir la traiisform.ation cyclique qui ne s'opérera définitivement qu'à la fin du xix'= siècle. C'est alors qu'il devient véritablement un précurseur de Beethoven, non seulement par la similitude des idées qui est flagrante,
3iï LA SONATE PRÉ-BEETHOVÉNIENNE
mais par la manière même de disposer les diverses parties de l'œuvre musicale.
Parmi les Sonates de Rust (i). celles qui offrent le plus d'intérêt sont les suivantes :
2' Sonate, en sol, écrite en Italie vers 1766. L'influence de Ph. Emm. Bach s'y fait évidemment sentir quoique tempérée par la préoccupation du style de Domenico Scarlatti et de ses successeurs. L'écriture instrumentale, comme aussi l'alternance du mineur au majeur sont, sans Conteste, de provenance italienne. Nombreuses sont ici les ressemblances avec certaines productions postérieures d'autres auteurs : le dessin initial du premier mouvement rappelle de très près celuidufinale delà sonate op. 64 de Beethoven, et, chose plus étrange, la première mesure de l'Adagio est bien proche parente de l'Allégretto de la Sonate en fa de Brahms, op. 5. Au reste, de même que le finale de Brahms, le curieux rondeau de Rust procède par simplification du thème, lequel, exposé primitivement en triolets, se reproduit ensuite en valeurs binaires pour terminer dans le stj'le calme d'une pièce d'orgue.
4° Sonate, en sol (2), écrite au retour d'Italie. Elle nous montre en Rust un curieux innovateur dans l'art de l'écriture pianistique ; l'impression de joie exubérante qui se dégage du charmant jt7;-t'5/o final ne peut trouver d'égale qu'à l'audition de certains rondos de J . Haydn.
Ces deux œuvres sont typiques de la première manière de leur auteur.
La 5' Sonate, en LA, datée du 2 mai 1775, est constituée en trois mouvements enchaînés sans interruption, forme que l'on ne rencontre chez aucun compositeur de la fin du xviii' siècle. Au premier mouvement fort bien construit, succède un adagio-faulaisie, à la manière de Ph. Emm. Bach, qui, partant du ton de la, oscille en s/b, en sol, en RÉ\, pour enchaîner avec le rondeau-final dont le troisième couplet en duo, si différent du reste, fait déjà présager la coupe du rondeau beethovénien.
La 6^ Sonate (1777) se différencie en tout de celles de la première manière. Les tonalités de RÈ'o et de SOL \,, peu «n usage alors, l'écriture très soignée et même parfois assez curieusement doigtée par l'auteur lui-même, enfin la musicalité des thèmes et des développements en font une pièce vraiment remarquable. Le premier mouvement et surtout V adagio:
(i) l.cs 12 principales Sonates pour piano ont été relc>ées avec grand soin par l'auieur de ce livre, sur les manuscrits de Rust conservés à la Bibliothèque de Berlin. Elles sont publiées par la maison Rouart, Lerolle et C'«, à Paris.
(a) Celle Sonate fut publiée après la mort de son auteur, par les éditeurs Heinrichs et Lehmann, à l.cipzip, sous le titre, libellé en français : Grande Sonate pour le Piano forte, composée par F. G. liust.
LEt PREDECESSEURS DE REETHOVEN
Adagio
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