L'IDÉE MUSICALE
moniques qui la caractérisent et lui confèrent le rôle principal dans la genèse de l'idée.
Cette période principale contient le thème [i] générateur, de même que lacellule contient le motif. Ici encore, le contenant est lié nécessairement au contenu : il n'y a pas de période principale sans thème générateur.
Leur fonction commune est d'engendrer les autres périodes, contenant les autres éléments du thème ; celles-ci apparaissent en ordre logique, à la suite delà, période principale, ou, si l'on veut, génératrice; elles la complètent, la précisent ou l'amplifient, remplissant ici la fonction de périodes secondaires ou incidentes.
La Phrase. — La succession ordonnée de la période principale ou génératrice Qt de^ périodes secondaires constitue la phrase, c'est-à-dire renonciation de Vidée musicale.
La phrase contient Vidée, au même titre que la période principale contient le thème générateur et que la cellule contient le motif ; toutefois, si le motif est toujours entièrement inclus dans la cellule, et le thème dans la période, l'idée musicale n'est pas nécessairement énoncée par une seule phrase. L'énonciation intégrale de Vidée nécessite parfois, au contraire, deux et même trois phrases dont l'une, la principale, contient la partie essentielle de l'idée.
Il ne peut donc y avoir, musicalement parlant, de phrase sans idée, pas plus qu'il ne peut y avoir de période sans thème, ni de cellule sans motif.
La phrase, la période et la cellule sont entre elles pareillement dans une étroite dépendance : il n'y a pas de phrase sans période, ni de période sans cellule : chacun de ces trois éléments procède en quelque sorte des deux autres, et leur ensemble nous apparaît comme une véritable trinitédans l'unité.
Ce principe constitutif de Vidée musicale n'a point cessé d'être appliqué depuis Beethoven. Wagner et Franck, qui furent, après lui, les plus grands créateurs dans le domaine musical, n'ont jamais tenté de modifier l'ordre et la hiérarchie existant entre la cellule, \a. période et la phrase : il est aisé de le constater par quelques exemples empruntés à leurs œuvres (2).
(i) Thème est pris ici (comme précédemment le terme molif) dans son sens vrai, lequel implique l'idée de placer, de poser quelque chose (6i|jia,de ti'îvitit, je pose).
I,e thème est proprement « ce qui est posé», ce qui est mis là dans un but déterminé (celui d'engendrer l'œuvre); tandis que lemoti/, c'est « ce qui met en mouvement» la raison d'être.
L'abus qu'on a fait de ces termes excellents nous obligera souvent pour plus de clarté à substituer période à thème, comme nous substituerons cellule à motif.
(j) Les singulières « analyses thématiques» qu'on distribue encore de nos jours dans les concerts, sous prétexte d'aider à la compréhension d'ouvrages symphoniques nouveaux (ou même anciens), donnent à penser néanmoins qu'il règne dans l'esprit de beaucoup de compositeurs, et surtout de « musicographes », une imprécision déplorable, relativement à Vidée musicale et à ses éléments.
LA SONATE DE BEETHOVEN
i" Le rythme étant l'élément primordial de toute manifestation musicale, les cellules et périodes de caractère principalement ou exclusivement rythmique sont, de beaucoup, les plus fréquentes : chez Be'ethoven notamment, la plupart des périodes génératrices initiale* sont d'ordre rythmique\ celle de la Sonate de piano, op. io6, est particulièrement remarquable à cet égard :